L'édito

Pour les Etats génEreux de l'enfance

Le 26 mai prochain se tiendront les Etats  génEreux de l’enfance en répliqueaux Etats généraux de l’enfance lancés le 16  février  2010 par legouvernement  pour répondre à un engagement pris par le président de laRépublique  le 20 novembre 2009 à l’occasion du 20° anniversaire del’adoption de la Convention internationale sur les droits de l’enfance.L’organisation précipitée de cette journée prolongée par  l’installation degroupes de travail , le choix restreint des associations invitées, maissurtout l’angle d’attaque retenu n’ont pas manqué de susciter les plusextrêmes réserves des  professionnels et des militants au fait des réelsenjeux. Beaucoup ont décliné l’invitation, d’autres, et non des moindressont notoirement assis d’une seule fesse sur le siège qui leur a étéréservé. Ils sont prêts au départ dans les semaines qui viennent sil’impulsion  initiale n’est pas singulièrement corrigée. En vérité, il y apeu de chances d’assister à une inversion de logique. On attend sous peu undiscours du président de la République pour conclure une dynamique qui,c’est le moins qu’on puisse dire, n’aura pas mobilisé le ban et l’arrièreban du pays. La critique majeure tient bien à l’idée qui domine cette démarche:  l’enfantest un être fragile qu’il convient de protéger contre lui-même et contreautrui. Ses parents  - et eux seuls finalement - peuvent être source de tousles dangers : il faut les repérer, les contrôler et ne pas les perdre devue. Le cœur des Etats généraux porte sur l’enfance en danger ... dans lemême temps  où l’Etat se fait condamner par le Conseil d’Etat pour ne pasavoir créé le fonds de compensation pour la protection de l’enfance. La réalité est bien plus complexe. Outre des violences dans certainesinstitutions, y compris de protection de l’enfance  il y a une violencepublique en plein et en creux dont souffrent les plus  jeunes. Plus gravel’angle d’attaque retenu par l’Etat est erroné et réducteur.Il y a des années et des années que nous avions abandonné cette approche entous points réductrice . Il  est encore plus choquant qu’elle relève la têteà l’occasion d’une réflexion suscitée par la Convention  internationale desdroits de l’enfant qui par sa modernité inspirée notemment par FrançoiseDolto porte un tout autre discours tourné vers le XXI° siècle, et non pasvers le XIX°.Pour la CIDE ratifiée avec tambours et trompettes par la France l’enfant estd’abord une personne et comme tel  titulaire de tous les droits et libertésafférents à l’humain, notamment la liberté de conscience et la libertéd’expression individuelle et collective à travers le droit d’association.Comme tout individu il doit être respecté dans son corps et dans sa psyché,mais fondamentalement être de pensée et non pas objet, il est doué desentiments, d’affect et d’une capacité en construction pour discerner ce quiest bien pour lui et, sinon décider de son sort,  du moins être partieprenante de ce qui le concerne. De cela aucun mot lors de ces Etats généraux de l’enfance, alors même quel’enjeu est majeur pour nos sociétés de permettre aux plus jeunes de s’yinscrire et d’en partager les valeurs en s’exprimant et en s’engageantcollectivement et dans la durée. Est loin d’être dépassé ou ringard lecombat pour développer les conseils municipaux ou départementaux de jeunes,pour promouvoir  les fanzines et journaux lycéens avec leur version modernedes sites internet ou encore pour permettre à des enfants de s’engager dansla vie associative. Pas plus qu’est obsolète la question de la capacité desmoins de 18 ans à s’exprimer sur toutes les décisions qui les concernent etpas seulement dans l‘univers judiciaire à l’occasion notamment d’uneprocédure de séparation parentale. De tout cela pas question dans ces Etatsgénéraux officiels.Tout aussi grave, la démarche proposée n’est pas de nature à permettrequ’émergent les termes de cette politique de l’enfance explicite que leComité des experts de l’ONU nous reproche de ne pas avoir. Beaucoup dechoses se font pour les enfants de  France sur des initiatives privées ousur des démarches publiques, mais avec quel projet explicite ou implicite ?Il y manque une cohérence globale qui suppose déjà d’identifier qui doitfaire quoi, mais aussi de veiller à mettre en place les temps et les lieuxde concertation  et de coordination. Là encore la question n’est pasd’aujourd’hui mais elle prend un relief particulier avec deux millionsd’enfants pauvres (sur la base de la référence européenne) et l’impactprévisible de la crise économique et sociale sur les familles les plusfragiles, avec trop d’enfants confrontés à de nombreuses difficultés commel’échec scolaire et surtout sans espoir. Elle prend aussi du relief dans unmoment où la puissance publique se restructure en n’hésitant pas à jouer àla patate chaude s’agissant des politiques sociales sur fond de  crise desfinances publiques.  Plus que jamais demain les collectivités locales auronten charge les politiques de l’enfance. Pour autant cela ne signifie pas quel’Etat sera quitte. A lui notamment de garantir la sécurité des enfants ; àlui de faire les lois et de veiller à leur respect par la police et lajustice ; à lui tout simplement de veiller aux politiques de solidariténationale. Il aurait été intéressant lors de ces Etats généraux de l’enfancede réfléchir aux conséquences de la RGPP et de la mise en œuvre desconclusions du rapport Balladur.Peut-on encore accepter que l’enfance ne soit pas un objet de politiqueeuropéenne ? Le mot enfant n’existe pas  dans les textes européens où l’onparle d’élève, de consommateur, de futur travailleur et consommateur.L’Europe n’est décidément pas sociale.Encore faut-il s’entendre sur les termes d’une politique de l’enfance, auminimum sur un angle d’attaque. Or force est de constater que dans ce payson  a une vision utilitariste de l’enfance à travers l’approchedémographique implicite : l’enfant n'est-il  pas l’avenir de l’homme au sensoù sans enfants notre société serait nous dit-on vouée à regresser. Bingo :sans que l’on sache pourquoi, notre pays se situe dans le peloton de têtedes Etats d’Europe procréateurs. Le taux de descendance par femme est ledeuxième , sinon le  premier d’Europe. Avec un peu plus de 810 000naissances par an nous battons nos records des deux dernières décennies duXX° siècle.  Réjouissons-nous en, mais ce critère nataliste ne peut passuffire à identifier une politique. Par-delà une démarche utilitariste ne peut-on pas encore avoir aussi lesouci du meilleur accueil possible de ces enfants.  Il n’y a pas decontradiction entre les deux.  Force est de constater que dans le même tempsoù l’enfant est attendu sinon désiré, il est vécu comme source de danger.Déjà les femmes continuent de « tomber" enceintes  !  Plus sérieusementl’enfant est rapidement représenté dans ce pays comme sources de tous lesdésagréments  et de tous les dangers quand  il n’est pas une charge et pire,pour la Cour de cassation (arrêt Bertrand de février 1997) un risque civilcontre lequel on devrait s’assurer quand on est parent ou tiers puisqu’iln’est plus possible, sauf force majeure, d’échapper à l’obligationd’indemniser les dégâts causés par l’enfant accueilli.La démarche retenue a encore l’inconvénient de ne pas aborder des sujets quifâchent et sur lesquels depuis des années on attend une réponse publique. Je pense notamment au dossier « Enfants étrangers isolés » : environ 6000 à7000 enfants arrivent chaque année en France sans adultes pour y recherche,soit la protection face aux persécutions, soit le plus souvent lapossibilité d'y étudier et d'y apprendre un métier pour finalement aiderleur famille.  Nous attendons toujours qu’un ministre ose affronter ce sujetdélicat, mais passionnant qui a une dimension européenne et mondialeévidente. Au lieu de cela nous allons de commission en parlementaire enmission -  la dernière en date est la sénatrice Isabelle Debré - sans quedes réponses explicites soient apportées. L’Etat ne veut pas assumer sesresponsabilités sur le sujet en veillant à fixer des règles du jeu valablessur l’ensemble du territoire national. Les services sociaux départementauxet les conseils généraux ont le sentiment d’être abandonnés alors même quela prise en charge de ces enfants est une responsabilité conjointe. Et unechance pour notre pays.Mais il est d’autres sujets qui mériteraient une concertation et unerépartition harmonieuse des compétences et des moyens comme le fait derenforcer l’offre de service social en milieu scolaire. L’Etat et lesconseils généraux sont là encore condamnés  à s’accorder sachant qu’il  estde leur intérêt commun à ce que les enfants puissent bénéficier d’une pleinescolarité et pour cela ne voient pas leur situation sociale se dégrader.L’Etat les accueille à travers l’école quand les services sociaux lescherchent ; les service sociaux départementaux auraient intérêt à les aiderles plus tôt possible en accord avec l’Etat pour limiter les prises encharge lourdes avant que ce dernier les exclue … pour violences scolaires.Ces constats nous amènent à suggérer une autre approche résolument pluspositive. Depuis deux ans à travers Défense des Enfants international–Francenous proposons une réflexion pour promouvoir une politique POUR le bien êtredes enfants. Quelles sont nos utopies pour nos enfants  ?  Plutôt que denous attacher à tous les malheurs qui frappent les enfants ou dont ilsseraient sources, prenons en compte nos objectifs et de là déclinons lespolitiques sectorielles qui s’imposent  sur le  champ de la famille, del’éducation, du logement, de la culture, de l’investissement citoyen, etc...Abandonnons  le contre et la posture défensive, pour aller vers le Pour etl’espoir !On est loin du compte par rapport à une démarche de cette nature. On préfèreparler violence des enfants, délinquance, pression des enfants émigrés,parents démissionnaires.Alors pour tenter de déboucher sur cette politique de l’enfance qui associepolitique nationale et politiques locales, qui mobilise  le champ public,mais aussi le champ privé, on s’associera aux Etats génEreux de l’enfancequi entendent dresser un inventaire des besoins des enfants et de leursparents, des responsabilités qui relèvent de la puissance publique, de leursforces et de leurs faiblesses.Par exemple il est vain d’entonner l’hymne aux  responsabilités parentalessachant que la première ligne de protection des enfants  est constituée parleurs parents si, dans le même temps, on n’identifie pas précisément lesadultes en responsabilités (le statut des beaux-pères et des belles-mèrestraine à être adopté), mais si également on ne vient pas soutenir lesparents en difficulté plutôt que de les fustiger. A la confiscation desallocations familiales dont la gestion dans  certains cas peut être garantieon préférera des démarches d’aide et de soutien à l’exercice desresponsabilités parentales.  Ainsi beaucoup de parents, jeunes ou issus de l’immigration, sont perdus surles termes de l’autorité. Ils ont le sentiment d’être contrés dans leurvelléités de les exercer. C’est pourtant un des rares services qui puisseêtre rendu aux enfants que d’exercer une autorité structurante carrassurante sur eux.  Le dr Aldo Naouri a tort quand il soutient qu’un adultene doit pas  expliquer sa décision à un enfant, au contraire, mais expliqueren peut pas dire fléchir et surtout adulte capable de décider. En revancheil a raison sur la nécessité rassurer les parents sur le fait qu’ils sont endroit et en devoir de décider pour leur enfant ; il faut aussi rappelerpubliquement aux enfants que les parents sont en droit et en devoirsd’exercer leur  autorité, c'est-à-dire savoir dire non et s’opposer. Cen’est pas les nier comme sujets de droits. On voit bien ici laresponsabilité de la puissance publique de tenir un discours républicainhaut et fort. Où est-elle aujourd’hui cette parole publique sinon dansl’incantation et l’opprobre lancé sur certaines  familles ?Ce n’est pas d’un discours du président de la République sur des basestronquées et étriquées, d’une autre époque en tout cas, à partir de rapportsrédigés par des hauts fonctionnaires dont nous avons  besoin, mais d’unvrai débat public étalé sur la durée qui valorise aussi des pratiquesintéressantes comme il en est tant en France. Plus que jamais Freinet  avecsa pédagogie est d’actualité.A la caricature d’Etats généraux de l’enfance nous préférons donc sansvergogne les Etats génEreux de l’enfance du 26 mais prochain.

 

14 février 2010
La prison pour enfants : en sortir, enfin !
  Colombie, Brésil, Cambodge, Inde, Madagascar, Russie, Israël, USA, France etc. Autant de pays qui ont signé, le plus souvent ratifié,  la Convention internationale sur les droits de l’enfant (CIDE) adoptée à l’unanimité le 20 novembre 1989 par l’assemblée générale de l’ONU. 
Ce texte n’est pas « un chiffon de papier » (comme l’affirmait le gouvernement chinois parlant des dispositions onusiennes)  adopté par « le Machin » (qualificatif accordé par le général de Gaulle à l’ONU), mais un traité international qui, en tant que, tel à valeur constitutionnelle sinon supra constitutionnelle (art. 55 de la Constitution française du 4 octobre 1958). 
Les Etats s’y engagent à traiter dignement leurs enfants c’est à dire les personnes de moins de 18 ans. Sous peine de  devoir rendre des comptes devant la communauté internationale des défaillances de leur politique. La reconnaissance concrète des droits humains implique un premier combat pour leur consécration formelle, mais également de se mobiliser pour leur respect au quotidien par ceux-là mêmes qui les ont concédés. 
Or un énorme fossé existe couramment entre les droits formels et les droits réels.  Vingt ans après  l’adoption de la Convention internationale des piqûres de rappel peuvent être nécessaires s’agissant du traitement réservé de par le monde aux enfants en conflit avec la loi. 
Un engagement fort 
Qui peut un seul instant affirmer que la Colombie, le Brésil, Madagascar, le Cambodge, Israël, l’Inde, ou  encore la Russie, pour ne citer que ceux là,  respectent leurs engagements internationaux ?  Il n’est pas inutile de rappeler les termes de la CIDE pour que chacun mesure précisément combien est majeur l’écart entre les engagements souscrits en ratifiant la CIDE et ce que l’on tolère sinon ce que l’on met sciemment en place. Ces lignes peuvent paraitre arides, mais elles constituent  notre loi interne. Quand le débat est celui que l’on connait ces jours-ci sur la garde à vue en général, plus particulièrement appliquées aux enfants, elles valent d’être lues ou relues.
Vous pouvez dépasser ces deux artiles mais ce serait dommage  
Article 37
Les Etats parties veillent à ce que :
a) Nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : ni la peine capitale ni l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération ne doivent être prononcés pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de 18 ans ;
b) Nul enfant ne soit privé de liberté de façon illégale ou arbitraire : l’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être en conformité avec la loi, n’être qu’une mesure de dernier ressort, et être d’une durée aussi brève que possible ;

c) Tout enfant privé de liberté soit traité avec humanité et avec le respect dû à la dignité de la personne humaine, et d’une manière tenant compte des besoins des personnes de son âge : en particulier, tout enfant privé de liberté sera séparé des adultes, à moins que l’on estime préférable de ne pas le faire dans l’intérêt supérieur de l’enfant, et il a le droit de rester en contact avec sa famille par la correspondance et par des visites, sauf circonstances exceptionnelles;
d) Les enfants privés de liberté aient le droit d’avoir rapidement accès à l’assistance juridique ou à toute assistance appropriée, ainsi que le droit de contester la légalité de leur privation de liberté devant un tribunal ou une autre autorité compétente, indépendante et impartiale, et à ce qu’une décision rapide soit prise en la matière.
 
Article 40
1.       Les Etats parties reconnaissent à tout enfant suspecté, accusé ou convaincu d’infraction à la loi pénale, le droit à un traitement qui soit de nature à favoriser son sens de la dignité et de la valeur personnelle, qui renforce son respect pour les droits de l’homme et les libertés fondamentales d’autrui, et qui tienne compte de son âge ainsi que de la nécessité de faciliter sa réintégration dans la société et de lui faire assumer un rôle constructif au sein de celle-ci.

2.       A cette fin, et compte tenu des dispositions pertinentes des instruments internationaux, les Etats parties veillent en particulier :
a) A ce qu’aucun enfant ne soit suspecté, accusé ou convaincu d’infraction à la loi pénale en raison d’actions ou d’omissions qui n’étaient pas interdites par le droit national ou international au moment où elles ont été commises ;
b) A ce que tout enfant suspecté ou accusé d’infraction à la loi pénale ait au moins le droit aux garanties suivantes :         
I - à être présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie ;         
II - à être informé dans le plus court délai et directement des accusations portées contre lui, ou, le cas échéant, par l’intermédiaire de ses parents ou représentants légaux, et à bénéficier d’une assistance juridique ou de toute autre assistance appropriée pour la préparation et la présentation de sa défense.        
III - à ce que sa cause soit entendue sans retard par une autorité ou une instance judiciaire compétentes, indépendantes et impartiales, selon une procédure équitable aux termes de la loi, en présence de son conseil juridique ou autre et, à moins que cela ne soit jugé contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant en raison notamment de son âge ou de sa situation, en présence de ses parents ou représentants légaux ;        
 IV - à ne pas être contraint de témoigner ou de s’avouer coupable ; à interroger ou faire interroger les témoins à charge, et à obtenir la comparution et l’interrogatoire des témoins à décharge dans des conditions d’égalité ;        
V - s’il est reconnu avoir enfreint la loi pénale, à faire appel de cette décision et de toute mesure arrêtée en conséquence devant une autorité ou une instance judiciaire supérieure compétentes, indépendantes et impartiales, conformément à la loi ;       
VI - à se faire assister gratuitement d’un interprète s’il ne comprend ou ne parle pas la langue utilisée ;        
VII - à ce que sa vie privée soit pleinement respectée à tous les stades de la procédure.

3.       Les Etats parties s’efforcent de promouvoir l’adoption de lois, de procédures, la mise en place d’autorités et d’institutions spécialement conçues pour les enfants suspectés, accusés ou convaincus d’infraction à la loi pénale, et en particulier :
a)       D’établir un âge minimum au-dessous duquel les enfants seront présumés n’avoir pas la capacité d’enfreindre la loi pénale ;
b)      De prendre des mesures, chaque fois que cela est possible et souhaitable, pour traiter ces enfants sans recourir à la procédure judiciaire, étant cependant entendu que les droits de l’homme et les garanties légales doivent être pleinement respectés.
4.       Toute une gamme de dispositions, relatives notamment aux soins, à l’orientation et à la supervision, aux conseils, à la probation, au placement familial, aux programmes d’éducation générale et professionnelle et aux solutions autres qu’institutionnelles seront prévues en vue d’assurer aux enfants un traitement conforme à leur bien-être et proportionné à leur situation et à l’infraction.” 

A la lecture de ces deux articles, réalisant le niveau d’exigence de la CIDE,  on comprend mieux pourquoi les USA se soient contentés de signer la Convention sans la ratifier ! Ils ont marqué leur intérêt pour le texte de telle sorte qu’une américaine – Mme Carole Bellamy - a pu être élue directrice générale de l’UNICEF, mais sans faire en sorte qu’il soit contraignant pour eux. Une hypocrisie !  Et nombre de ceux qui ont fait leur ce texte sont loin de le respecter dans la lettre et surtout dans l’esprit. 
Le photo-reportage récemment publié de Lizzie Sadin (»Mineurs  en peine », Lizzie Sadin, Actes Sud) est implacable. Comment nier que trop Etats (mal)-traitent des enfants et ne leur apportent pas  les soins et réponses adaptés à leur âge et à leurs besoins ? On est loin de la pétition de principe rappelée plus haut et des engagements juridiques et politiques souscrits devant la communauté internationale.
D’aucune manière la minorité des détenus n’est vraiment prise en considération sauf à partir de l’idée que ces jeunes âmes sont malléables et peuvent être purement et simplement mâtées par certains arguments forts et tout simplement par la violence. Déjà on ne doit pas perdre de vue que la plupart de ces enfants n’auraient jamais du relever de la justice, d’une privation de liberté et en tout cas d’une réponse carcérale. Auteurs de rapine ou de vols de survie ils sont les victimes de l’extrême pauvreté et de l’absence de politiques sociales dignes de ce nom pour garantir à tout enfant le droit d’être élevé simplement et correctement par sa famille. On ne le dira jamais assez fort. Les preuves sont réunies sur ces images.  Ajoutons qu’à supposer qu’ils aient commis des délits, sinon des crimes justifiant une sanction, la punition qui leur est infligée est généralement démesurée. Ce n’est pas tant la durée du séjour dans ces centres qui est en cause que la nature de la prise en charge imposée dont le point focal est bien la violence du traitement infligé. Le pire est que les pouvoirs publics revendiquent le plus souvent de s’inscrire dans une prétendue démarche de “réhabilitation” ou de prévention de la récidive.  
Mais comment peut-on un seul instant prétendre “éradiquer“ le crime par les méthodes comportementalistes ainsi développées ? Par exemple, que dire du niveau intellectuel de ces américains qui aboient tels des chiens fauves aux oreilles des détenus,  jeunes ou moins jeunes, ou veulent les anesthésier en les épuisant physiquement ? Ont-ils un instant le sens du ridicule ?  Comment apprendre la vie dans un univers aussi peu conforme à la vie que ces structures carcérales ?
On est bien à l’école du crime que dénonçait en son temps (1977), pour la France, Alain Peyrefitte, ministre de la justice et académicien, reprenant ainsi l’analyse de nombre de militants.  Ces violences sont condamnables moralement et souvent même pénalement. Ce sont des délits et parfois des crimes. Comment qualifier autrement les violences dont trop d’enfants sont victimes en prison ?
Osons l’affirmer : leurs  auteurs, ces « matons », gardiens et autres surveillants, ne sont que de vulgaires délinquants qui devraient être punis comme tels. Et ceux qui leur donnent des ordres ou leur fournissent des moyens sont complices, sinon coauteurs, de cette violence d’Etat.  Pire, le traitement infligé à certains enfants dans quelques pays relève purement du crime contre l’humanité dans la mesure où il y a systématisme et caution étatique. Une fois tombés dans les mains de leurs bourreaux ces enfants ne peuvent plus se défendre. Là-encore les photos parlent d’elles-mêmes.  Plus grave encore, comment prétendre à travers ces humiliations ou ces violences psychologiques, physiques ou sexuelles forcer au respect de la loi et des institutions ? 
Tout simplement, que dire de cet Etat qui exige d’être respecté mais pratique la violence, tout simplement la tolère et s’avère incapable de protéger ceux dont il a la garde contre des crimes dont ils sont les victimes dans sa propre maison ?  Cette violence d’Etat est moralement insupportable. 
Cette violence d’Etat est une atteinte aux droits humains élémentaires.
Cette violence d’Etat  affaiblit, appauvrit le combat pour le respect de la loi qui lui sert de justification et d’objectif. Elle le délégitime.  Enfin tout simplement elle ne permettra pas d’atteindre l’objectif sécuritaire prétendument assigné en faisant en sorte que chacun de ces enfants qui a pu franchir la ligne jaune de la loi trouve un jour sa place dans la société en respectant sinon en adhérant aux lois du pays.  Elle vise à briser toute personnalité, à robotiser l’individu. Elle sert aussi d’exutoire, disons-le crûment et en pesant des mots qui ont un sens, à de la graine de fascistes. Il faut oser dire qu’elle justifie tous les arbitraires et toutes les dépravations. Elle est répugnante et doit être dénoncée comme telle. A y regarder de près elle n’est que le reflet de la société qui la tolère.En voyant ces photos on pense immédiatement au quartier VIP de la prison de la Santé à Paris. Deux poids, deux mesures, comme il y a deux poids, deux mesures dans la justice au quotidien même si beaucoup ont du mal à le réaliser et même si certains de l’intérieur de l’institution tentent de limiter cette tendance lourde.  Et la France ? 
La France elle-même se doit de balayer devant sa porte quand elle aborde la question pénitentiaire. Les rapports parlementaires des années 2000 font foi.  Il est évident qu’il n’y a rien de comparable ici avec ce qui se fait en Colombie, au Brésil, au Cambodge, à Madagascar, en Russie ou encore aux USA ou sous d’autres cieux. La France a indéniablement franchi des étapes, mais pour autant elle est loin du compte. D’ailleurs qui s’en préoccupe vraiment ?  Les français sont souvent convaincus  qu’ici, dans ce beau pays dit Patrie auto-proclamée des droits de l’Homme, on ne peut pas mettre de mineurs en prison. Ne leur dit-on pas à longueur de  temps, ce qui est faux, que les juges sont laxistes et que l’impunité est garantie ? Donc, pour eux, le débat sur « enfants et prison » vaut pour le tiers monde ; pas pour la France ! CQFD. 
Qui sait qu’aujourd’hui il y a environ 700 mineurs incarcérés en France et que sur l’année ce sont 3500 à 4000 mineurs qui vont en prison ?  Qui sait que 6000 peines de prison  ferme sont prononcées chaque année et 15 000 peines de prison avec sursis simple ou sursis mise à l’épreuve ? Les lois les plus récentes votées doivent en toute logique faire croître le recours à l’incarcération. Certes le nombre de mineurs incarcérés baisse légèrement actuellement mais  faut y ajouter ceux des mineurs « détenus » en centres éducatifs fermés
Le maître-mot du projet de code de justice pénale pour les mineurs destiné à remplacer l’ordonnance du 2 février 1945 sur l’enfance délinquante est « sanction ». Qui sait qu’en France depuis 1989 un enfant ne peut plus être incarcéré avant 13 ans ? Jusque là le seuil était à 10 ans. Et cela grâce à Françoise Dolto, Alexandre Minkowski, Stanislas Tomkiewicz et quelques autres, dont un millier de magistrats  et de travailleurs sociaux. Une petite révolution avait alors affirmé le Garde des Sceaux Albin Chalandon du gouvernement de Jacques Chirac qui avait relayé cette demande d’adaptation de la loi. Ce n’est que depuis peu que la France s’assigne réellement pour objectif de séparer les mineurs incarcérés des majeurs d’âge.  
Elle s’efforce déjà d’assurer la sécurité des jeunes qui lui sont confiés.   Matériellement certains quartiers pour mineurs sont réellement ” la honte de la République”’ pour reprendre le titre d‘un des rapports parlementaires.  Sur les 59 lieux français de détention pour mineurs, nombre ne sont pas aux normes internationales. Des travaux ont été menés récemment ou sont en cours.  Les nouveaux Établissements pénitentiaires pour mineurs (6 impulsés par la loi de 2002 viennent d’ouvrir récemment)  peuvent accueillir 480  garçons et filles de moins de 18 ans. Comme l’avançait le ministre de la justice Perben en 2002, ils se veulent des écoles entourées de murs. Encore faut-il y affecter les personnels prévus. On sait que les conditions de vie qui y sont faites aux jeunes détenus sont anxiogènes d’où déjà plusieurs incidents graves dont un suicide. Des syndicats professionnels et  associations ont  même demandé la fermeture de ces structures. 
La prison pour quoi faire ?  Un enfant n’a pas a priori sa place en prison. Le recours à la prison pour les enfants doit être exceptionnel. Il peut s’imposer par exemple en matière criminelle quand la mort a été donnée volontairement, ou même involontairement. Une sanction s’impose pour que l’enfant meurtrier ait bien le sentiment d’avoir payé sa faute. A défaut cet enfant auquel on a affirmé qu’il avait commis l’irréparable et un fait gravissime en donnant la mort sera à la recherche permanente de la sanction pour pouvoir enfin tourner la page.  
Disons le aussi net : il peut aussi être nécessaire de mettre un temps à l’écart des jeunes personnes qui représentent objectivement  un danger pour la société. Il ne faut pas d’être angélique. Là encore les jeunes concernés ne comprendraient pas une défaillance qui pour eux s’analyserait comme une mansuétude et une faiblesse quand avec l’air de pas y toucher ils recherchent souvent une autorité qui les sécurise. Ce sera une peine de prison, ce pourra aussi être une détention provisoire qui les mette un temps à l’écart. Ici deux réflexions s’imposent. 
1°La privation de liberté n’est pas une fin en soi, mais une étape d’une prise en charge.  Comme à la maison le parent réagit face à une bêtise puis on reprend la démarche éducative. La violation de la loi peut appeler à une réaction vive notamment l’incarcération soit par une détention provisoire soit par une peine. Pour autant le cycle ne termine pas là. Il faut d’entrée de jeu tenter de préparer les étapes suivantes. Le jeune acceptera d’autant plus cette sanction qu’il sait que ce n’est pas une fin en soi. Ce faisant nous sommes dans une démarche d’adultes en nous projetant dans l’avenir quand le jeune généralement est dans le seul temps présent. Adultes, nous savons que, tel un aimant  attire la ferraille,  la prison appelle la prison si rien ne se passe dans la vie du jeune : démarche sur lui-même, psychothérapie, travail avec les parents, projet scolaire ou professionnel, perspective d’éloignement du quartier et des copains en sortant de prison, etc. A défaut celui qui est allé une fois en prison y retournera. Ici comme ailleurs 2°Il faut assumer la répression et ne pas semer la confusion avec des démarches éducatives. Des jeunes personnes y compris parfois mineures d’âge, exception-nellement comme cela a été réaffirmé, doivent être mises à l’écart pour les protéger et protéger la société, pas seulement éloigner physiquement mais « contenus ».
Mais il est clair que si ce temps de privation de liberté ne doit pas faire renoncer à tout projet éducatif, ce projet ne peut qu’être limité dans ses ambitions. Il peut comprendre l’intérêt de se préoccuper de soi et de son corps quand tant de jeunes détenus s’avèrent être en mauvaise  santé sur le plan psychique mais aussi  - avec un lien entre les deux - sur le plan physique : ulcères, dentition dégradée, etc. sont courants. Il devra se coucher à des heures plus classiques et à se lever à des heures normales et donc ainsi avoir la possibilité de retrouver un rythme plus proche de la vraie vie.. Etc.
Tout simplement ce temps peut être une occasion d’être face à soi même et à son avenir, de rencontrer aussi un personnage (surveillant, éducateur etc.) qui, dans ce moment difficile, redonnera de l’espoir. Pour autant, il faut combattre l’idée d’une prison qui apprendrait à vivre dans la cité, qui serait source de socialisation. C’est un mythe. 
La mise en œuvre de démarche éducative doit se faire dans des lieux contenants certes, mais distanciés des prisons, Il n’y a pas de démarche éducative sans prise de risque. Un foyer doit être ouvert au sens où peut en sortir volontairement quitte à violer l’interdiction qui vous avait été faite d’en sortir sans l’ordre du juge. Il appartiendra au juge d’en tirer les conséquences. L’éducateur recherchera le jeune qui refuse la démarche éducative en fuguant, une fois, deux fois, trois fois et à un moment donné le jeune se demandera pour quoi enfin quelqu’un lui marque un intérêt quand jusqu’ici si peu l’ont fait et acceptera généralement cette démarche. L’accueil dans un foyer n’est pas une sanction comme de plus en plus souvent on nous le soutient et comme la loi à venir entend l’affirmer.
 Aujourd’hui on doute de tout et on est dans la confusion. On doute de la seule prison pour réinsérer et on lui assigne un objectif éducatif démesuré (ex. les Établissements pénitentiaires pour mineurs). On doute des foyers éducatifs  et de leur capacité à convaincre de l’intérêt d’une démarche éducative : on les autorise à refermer leurs portes comme au temps jadis les maisons de correction. C’est la démarche éducative – garantir aux enfants en conflit avec la loi- le droit à l’éducation qui est de nature à protéger la société et aussi de prendre en compte les droits de la personne. Pour cela, plus que jamais, il faut préférer les hommes et les femmes aux hauts  murs des prisons ou des foyers. Il ne s’agit pas de cautionner la délinquance ; loin de là. Ce ne serait pas un service à rendre à ces jeunes.
 Il ne s’agit nullement de faire preuve de faiblesse ou de négliger les victimes et encore moins la dangerosité potentielle de certaines jeunes personnes. Là encore on ne leur rendrait pas service.  Il s’agit simplement d’être efficace - protéger la société -  dans le cadre des valeurs que nous véhiculons et que nous entendrons voir respectées par chacun y compris demain par ceux qui sont aujourd’hui en conflit avec la loi. 
Les photos de Lizzie Sadin montre avec force combien sur tous les continents on est loin, très  loin du compte, y compris aux USA, actuel gendarme du monde. Il est temps, il est grand temps qu’une campagne mondiale de dénonciation se développe et que la pression internationale jouent sur la mauvaise conscience dénonce et combatte cette violence d’Etat.Mieux si l’on arrive à convaincre que la bonne voie pour réduire  le recours à la prison est de développer une justice sociale, encore mieux des politiques sociales en amont que tentent de prévenir non pas la récidive, mais le premier passage à l’acte. Certains pays – on pense à la Suède – arrivent à gérer leurs détenus dans des centres pénitentiaires le plus souvent ouverts, sans violence et sans humiliation.     Certains pays ont un nombre extrêmement bas d’enfants incarcérés. La Finlande en avait 5 en septembre 2009. Pourquoi ce qui est possible sur tel coin de la planète ne le serait-il pas ailleurs ?  Bien évidemment aujourd’hui cela relève de l’utopie. On peut au moins exiger que les Etats remplissent les engagements qu’ils ont pris et garantissent la sécurité et un bon traitement des personnes détenues, qu’elles soient mineures ou majeures.
Un dispositif de sanctions morales ou financières doit être mis en place pour sanctionner les défaillances, mais d’abord et surtout un dispositif d’accompagnement et d’aide méthodologique.  Une société qui n’a que les prisons que l’on voit dans cet ouvrage à offrir à ses enfants en souffrance ou en conflit avec la loi doit s’interroger sur elle. Elle est criminogène; elle est coupable, elle fait fausse route. Qu’on le veuille ou pas, là encore il faut faire le pari des droits. C’est bien parce qu’une jeune personne se sentira protégée par la loi qu’elle respectera la loi ! Trop souvent la prison pour enfants relève de l’exorcisme et du camouflage de l’échec des politiques économique et sociale. Il est temps de réagir. Que ce livre par la charge émotionnelle  des photos y contribue, peut être. Et on s’en réjouira, même si la tâche à mener apparaît alors dans toute son immensité.
En tout cas, il suscite des commentaires passionnants comme ces radioreportages que j’écoutais le mardi 9 entre 17 et 18 h sur France inter sur les prisons d’enfants en Russie ou dans d’autres pays du monde. Ce n’est peut être qu’un début. J‘étais content d’avoir préfacé ce livre, aujourd’hui j’en suis fier. 

30 janvier 2010

Arrêtons de parler adoption pour les enfants d’Haiti

Ce qui devait arriver est arrivé. Des personnes - américaines en l’espèce - viennent d’être interpellées pour avoir voulu faire sortir une dizaine d’enfants d’Haiti aux fins de les adopter sans être titulaires des autorisaitons nécessaires certains de ces enfants n’étant d’ailleurs pas orphelins. Il est possible qu’ils aient eu les meilleures intentions du monde. On conçoit même qu’ils aient été choqués de ce que malgré tout ce qui a été déployé par les autorités locales et par la communauté internationale,  l’effort ne soit pas à la hauteur du problème posé.
Pour autant la fin ne peut pas justifier tous les moyens.
Il y a besoin de l’aide publique comme il y a besoin de  la mobilisation de la société civile, mais il faut aussi respecter certaines regles du jeu si l’on ne veut pas demain se retrouver confrontés à des difficultés inextricables, et tout simplement si l’on ne veut pas laisser se développer tous les trafics possibles.
Les pouvoirs publics garants du respect de ces regles accepteront d’autant plus l’aide venue de la société civile, les ONG ou les particuliers, que celle-ci sera reellement désinteresée et perçue comme telle. Or aujourd’hui on peut parfois douter de ce désinteressement. L’arrivée médiatisée de l’avion de la Scientologie est une illustration parmi d’autres.
Il est clair que l’adoption vient ici polluer le traitement du cas des enfants. Pourquoi mettre cette réponse en avant sinon parce que des personnes - et je l’entends parfaitemernt bien - sont en quête d’enfants à accueillir.
Tout le monde s’accorde et je l’ai dejà développé ici pour affirmer qu’ il n’y a aucune raison de ne pas tenter d’accellerer les procédures déjà en cours. C’est ce que font avec un grand dévouement les fonctionnairres du ministère des affaires étrangères qui contribuent à faire venir les 400 ou 600 enfants qui étaient concernés … dans la mesure où ils sont encore vivants. Plus ou moins discretement - sauf quand telle ministre convoque la presse à  4 heures dui matin pour être filmée ou photographiée avec un enfant dans les bras -, ils sont présents à Roissy ou Orly. Cette tache délicate est en train d’être menée à bien. La chose est malaisée notemment parce que beaucoup de documents ont disparu dans le séisme. Mais elle suit son cours.
Reste que des milliers et des milliers d’enfants se retrouvent orphelins après ce drame exceptionnel où ils ont perdu leurs parents
Il va falloir les repèrer, les prendre en charge, voir si des membres de leur famille élargie peut les accueillir.
Et il y a fort à parier, malheurereusement,  que nombre ne trouveront pas de réponse adaptée en Haiti en sachant que s’est ouverte  une période plus ou moins longue d’incertitude et donc d’insécurité juridique (identité, survie ou non des parents, etc.).
Mettons en place des réponses pour ces enfants de nature à leur prodiguer les soins médicaux et autres nécessaires, leur garantir l’environnement affectif nécessaire. Mais prenons le temps de bien évaluer leur situation. Si l’adoption doit venir elle viendra en son temps. Aidons dans le même temps à la reconstruction du tissu haitien.
Mais on ne devrait plus parler adoption avant longtemps. 
Je reprends le raisonnement developpé dans mon précédent post sur le sujet (numéro 353).
Il y aurait 15 000 candidats à l’adoption en France. Ces derniers temps, chaque année, un millier de foyers français s’ouvrait à des enfants haitiens. 
S’il y a 30 000, 40 000 enfants privés de familles à aider, aidons ces 30 000, 40 000 enfants.  Il faudra éventuellement chercher des familles qui, à terme, deviendront éventuellement leurs familles d’adoption. Mais l’heure n’est pas venue de penser en terme d’adoption. Bref, pensons aux enfants et pas à nous ! Beaucoup de gens ne voient leur intervention que pour adopter un enfant quand il y a tant de modalités d’aides possibles. 
Deconnectons notre aide humanitaire des adoptions. Il faut ici un discours public ferme. A défaut nous allons apparaitre comme des rapaces qui fondent sur Haiti pour résoudre notre problème - repondre aux personnes en quête d’enfants - et non pas pour répondre aux enfants en quête d’aide.
Identifions la puissance publique comme seule légitime à parler de projet d’adoption en conformité avec la convention de la Haye de 1983. Fustigeons et condamnons si nécessaire ceux qui passeraient outre comme cela vient donc d’être relevé en Haiti.
Si nous tenons aujourd’hui un discours ferme, demain nous pourrons  dire aux français - et aux autres qui de par le monde ont une capacité d’accueil d’enfants - : ” “X” enfants ont besoin d’une famille d’accueil : ouvrez vous à eux; non pas pour vous qui avez votre compte d’enfants, mais pour eux qui sont privés de famille”.
Plus que jamais il faut clarifier publiquement le sujet de l’adoption

27 janvier 2010

Le voile intégral implique une condamnation intégrale

La commission parlementaire sur le voile intégral vient donc de rendre un verdict somme toute sans surprise et conforme à ce qu’il émergeait dans la dernière période : en langage trivial on dirait qu’elle a canné dans la dernière ligne droite. On peut ne pas approuver et souhaiter que le débat ne s’arrête pas là.
Elle propose une déclaration solennelle de l’Assemblée pour utiliser la voie ouverte par la dernière reforme constitutionnelle.  Cette pétition de principe rappellera le souci de protéger les femmes,  y compris contre elles-mêmes et entonnera l’hymne à la laïcité à la française. Soit. Cela mange pas de pain et permettra un travail pédagogie. Il y a quelques années l’exposé des motifs jouait ce rôle. Admettons le plus.
Ensuite une loi viendrait condamner le port du voile intégral dans les institutions  publiques quand de simples textes réglementaires suffiraient ou l’interdiction d’accès à la nationalité français pour des femmes qui auraient des pratiques religieuses trop marquées (on veut croire que la loi sera rédigée en d’autres termes) quand la plupart des femmes qui portent le voile intégral en France sont françaises. On sent bien les mesures d’affichage.
Sur le cœur de cible à savoir le port de ce vêtement qui ne laisse apparaitre que les yeux  dans l’espace public les parlementaires de tous bords n’ont pas réussi à s’accorder, les clivages ne passant pas  par les options politiques partisans.
Les arguments avancés explicites sont juridiques ou pratiques. Laissons de côté la géopolitique internationale. Ils ont en commun le souci d’éviter un désaveu du politique. On craint la censure du Conseil constitutionnel ou le fait que la loi ne puisse pas être appliquée. On a tort.
Les juristes sont divisés sur l’attitude possible du Conseil constitutionnel. Il faut dire qu’il y a de quoi être prudent sinon échaudé compte tenu des difficultés que le politique a rencontré dans sa production de normes avec dans la dernière période avec ce même Conseil constitutionnel qui d’initiative  a annulé la taxe carbone, mais en encore du fait  les décisions passées du Conseil d’Etat  par exemple sur le refus du gouvernement de créer le fonds de péréquation pour la protection de l’enfance prévu par la loi du 5 mars 2007) ou à venir (ex. :  l’annulation de la décision supprimant la publicité sur les chaines publiques de télévision)  auxquelles  s’ajoutent des décisions judiciaires de base comme celles frappant ces jours-ci le placement en rétention administrative des kurdes débarqués  en Corse.
Pour autant nombre de juristes estiment qu‘il y a matière à argumenter une interdiction générale du voile intégral dans l’espace public. Ainsi le code pénal n’introduit pas de nuance dans son interdiction de se promener nu pour ne pas choquer la pudeur alors que la nudité n’est pas en tant que telle tenue pour condamnable sur une plage peu fréquentée par le public. Tout simplement d’un côté de la route, sur la plage, une femme peut déambuler poitrine dénudée quand de l’autre bord, côté ville et a fortiori dans les magasins, on demande une tenue décente.
Masquer l’intégralité de son corps est vécu par une grande partie du corps social comme un signe d’aliénation des femmes, y compris malgré leur volonté apparente et leur justification. Il y a toujours eu de tout temps des « esclaves » pour justifier l’esclavage, des salariés maltraités pour justifier leur condition d’exploités, des femmes battues pour justifier la violence de leur homme. Des luttes ont permis de libérer les uns et de mieux faire traiter les autres. Et beaucoup reste parfois à faire ! L’histoire du sort fait aux femmes illustre à  elle  seule cette démarche. On a dénoncé les pétroleuses du début du XX° et combien de femmes ont accepté comme normal d’être sous la férule de hommes durant des siècles et des siècles.
Personnellement avec bien d’autres de très longue date je suis choqué que dans l’espace public s’affiche ce que je tiens comme un signe d’aliénation des femmes par des hommes et j’aspire à une interdiction ferme de cette pratique qui me heurte.
Le conseil constitutionnel a matière à légitimer une condamnation globale et permanente.
Par ailleurs il est surprenant et même choquant d’entendre des responsables politiques qui nous arrosent tous les jours de lois nouvelles venir nous dire que celle-ci ne serait pas applicable faute pour la police d’intervenir alors que somme toute il ne s’agit que de verbaliser. 
Si on les suivait on devrait immédiatement abroger les lois sur la fraude fiscale, les textes sur les violences faites aux femmes, tout simplement le  code pénal quand il interdit notamment  l’appropriation du bien d’autrui, c’est-à-dire le vol.  Cette attitude négative et démobilisatrice est scandaleuse. Les policiers verbaliseront s’il le faut les quelques  contrevenantes comme ils verbalisent tous les jours d’autres infracteurs de tous poils.
Avant de sanctionner on peut sans doute ménager une période de transition. On sait ensuite que les françaiis sont plutôt légitimistes et respectent d’eux-mêmes la loi. On verra bien si cette loi de la République est victime d’une action concertée.
Bien sûr il faut ramener le problème à sa juste dimension : à peine 350 cas nous dit-on. 2000 jeunes filles portaient le « voile islamique «   à l’école dans les années 2000, 500 au moment du vote de la loi  sur les signes religieux ostentatoires et finalement à la rentrée 2004-2005 50 à 60 seulement ont été « sanctionnées » après une procédure de dialogue.
J’étais initialement contre le vote d’une loi sur le voile à l’école estimant que la jurisprudence du Conseil d’Etat était tout à fait opérationnelle et que les termes de l’article 15 de la CIDE suffisait largement à faire la loi dans la mesure où la Convention des >Nations unies sur les droits de l’enfant a intégré l’ordre juridique français. Dès l’époque je prétendais qu’il fallait traiter le problème non pas sous l ‘angle religieux mais sous celui de l’exploitation des femmes parles hommes (conf. Mes blogs sur le sujet)
J’ai évolué en faveur d’une loi en voyant l’attaque qu’à l’époque un certain islam extrémiste tentait contre la République afin de la tester. N’allait-il pas jusqu’à demander que le ramadan légitime certains enfants de ne pas aller à l’école. Et après tout,  dans le passé la République avait passé des compromis avec les catholiques ou les israélites. Mais là les islamistes intégristes plaçaient la barre un peu trop haut. Il fallait politiquement leur marquer des limites.
La loi du 9 mars 2004 a joué son rôle : elle ne s’imposait pas juridiquement pour régler les problèmes, mais politiquement elle fut une loi efficace et bien reçue pour affirmer cette limite. Au final est dommage que quelques jeunes Sikhs  pas prosélytes pour un sou aient pâti de ce texte;  ce que personne n’avait vu venir. J’observe que les anglais notamment qui nous avaient moqué sur cette loi sont aujourd’hui plus modérés.
Nul doute qu’il y ait actuellement une exploitation de ce thème du voile intégral faussement qualifié de burqa  dans le cadre d’un combat contre l’immigration avec des arrières pensées électorales. Et de fait la France a des problèmes bien plus importants à gérer. Pour autant doit-on renoncer à traiter celui-là. Je n’ai pas la preuve qu’il y ait aujourd’hui une nouvelle attaque salafiste comme le prétend tel hebdomadaire mais il me semble qu’il est temps que les partisans de la laïcité à la française, qu’ils soient croyant ou non, ne tremblent pas.
Quand nous allons à l’étranger, dans d’autres cultures, nous nous efforçons de les respecter. Un ordre public règne qui doit être respecté par tous nationaux ou pas, et vice-verça.  La réciproque doit être valable .
Tout simplement il s’agit très nettement de marquer les limites de la sphère privée et de la sphère publique, du religieux et du laïc, mais aussi la conception, que l’on se fait de l’être humain. Chez soi chacun fait ce qu’il veut à condition quand même de respecter les règles d’ordre public – ainsi l’homme marié est condamnable (depuis peu il est vrai) à imposer des relations sexuelles à son épouse. De même les parents se doivent de ne pas maltraiter leurs enfants.
Il est important ici que  jeunes filles de France puissent se retrancher derrière la loi pour marquer les limites du religieux ou du communautarisme sur leurs personnes.  Le juge des enfants le sait bien qui voit au quotidien de projets de mariage formés par des parents pour leurs jeunes filles quitte parfois à en tirer quelques milliers d’euros. La loi est là pour protéger et garantir les plus faibles, y compris contre leurs propres faiblesses. Les jeunes femmes doivent pouvoir gérer leur vie et leur mode de vie comme elles l’entendent sans être menacées, voire violentées comme cela arrive encore trop souvent.
Le débat public n’est pas terminé sur cette question. Il n’y a pas de complexe ni de tabou à avoir. La laïcité doit combattre tous les extrémistes religieux de quelque bord qu’ils soient … a fortiori  quand ils essaient de qualifier de religieux ce qui ne l’est pas. Car nul n’ignore aujourd’hui qu’aucun précepte religieux impose le port du voile intégral.
Il est temps de passer à un vote courageux sans tourner autour du pot et sans camouflages sécuritaires. Au nom des femmes de France. Nous n’avons pas cédé sur l’excision. Ne cédons pas surle voile.

24 janvier 2010

Haïti : l’adoption, une question publique et pas seulement privée

Trouver le ton juste s’agissant du sort à réserver aux enfants orphelins d’Haïti n’est pas chose aisée. Il semble que les pouvoirs publics y parviennent. On s’en réjouira.
Bien évidemment chacun a été littéralement sidéré par l’ampleur du drame supporté par une grande partie du peuple haïtien qui n’avait pas besoin de cela pour avoir déjà eu son lot de catastrophes en tous genres dans le passé venues en rajouter aux accidents politiques qui ont fait de ce pays une des zones les plus pauvres du monde. Comment ne pas être sensible au sort des enfants de Port au Prince, mais aussi des villes plus éloignées de la capitale quand tant d’orphelinats ont été frappés, et tout simplement quand tant d’enfants qui ont survécus après la formidable secousse sont désormais orphelins. Il faut s’en préoccuper.
 Pour autant l’adoption est-elle la réponse adaptée ? Même si on peut y aspirer pour ne pas se prendre la tête, il est impossible de répondre par un simple mot à cette délicate question.
L’adoption n’est qu’une réponse parmi d’autres, elle a sa place pour les enfants sans parents ; elle n’est pas LA réponse.
Pour traiter ce sujet il faut ici se référer aux termes d’un débat qui n’est pas d’aujourd’hui et englobe des équilibres délicats à tenir. Déjà afin de sortir des réponses simplistes sur un sujet aussi douloureux et affectif il faut avancer par petits pas.
Déjà comment ne pas approuver la démarche consistant à accélérer la venue vers leur famille d’accueil des enfants qui ont fort heureusement survécu à la catastrophe et depuis plusieurs mois, sinon plus encore, attendent de concrétiser le jugement qui les faire entrer dans une famille détentrice d’un jugement d’adoption. On sait qu’Haïti est devenu ces dernières années le pays dont majoritairement proviennent les enfants adoptés par nos concitoyens. Les procédures y sont particulièrement longues et minutieuses, pour de bonnes ou mauvaises raisons.
400 situations sont ainsi en état d’être accélérées et d’ores et déjà une trentaine d’enfants sont arrivés en France. On ne peut qu’apprécier les efforts déployés par les autorités françaises come d’autres pays « accueillants » l’ont apparemment fait pour les enfants qui devaient venir les rejoindre. On regrettera simplement la médiatisation extrême de l’événement, avec l’arrivée pour les journaux de 20 heures, les caméras dans l‘avion, et un taux d’encadrement médical et social impressionnant quand les besoins sont énormes pour les enfants restés au pays, l’épouse du président de la République sur le tarmac. Trop c’est trop !
S’agissant ensuite des enfants destinés à être adoptés ici, mais dont les procédures sont loin d’être achevées il doit pouvoir y avoir des mécanismes permettant en lien avec les autorités haïtiennes, plus que jamais en grande difficulté, d’apporter une conclusion plus rapide que cela n’aurait été le cas dans le passé. On apprend que le ministère des affaires étrangères aurait fait partir 6 fonctionnaires français ; un magistrat a spécialement être affecté à ces situations. Là encore on ne peut qu’approuver et en attendre un effet bénéfique pour les enfants concernés. Tout cela relève du bon sens et les pouvoirs publics français semblent avoir bien fait.
Pour en venir maintenant au cœur du sujet, à savoir les enfants qui étaient orphelins sans projets d’adoption ou qui le sont devenus à la suite du tremblement de terre, il faut effectivement être prudents et traiter rationnellement chacun des situations.
Chacun comprendra que l’adoption trans-nationale ne peut pas, de longue date, de par le mon de, être la seule réponse. C’est tellement évident au regard de l’ampleur du problème posé en Haiti. On peut répondre par l’absurde : que ferait-on pour ces enfants orphelins s’il n’y avait plus de candidats à l’adoption dans nos pays? Les ferait-on venir malgré tout ?
Dans les temps à venir c’est donc bien en Haïti que les réponses aux enfants sans famille doivent être apportées. Plus que jamais, dans la phase de reconstruction qui s’ouvre, il va falloir être attentif aux institutions qui prennent en charge les enfants en difficulté et bien évidemment contribuer à une politique qui, sur la durée, réduise le nombre des enfants délaissés. A court terme, par-delà les soins médicaux et psychologiques pour réduire les conséquences de la catastrophe, c’est bien vers les structures de l’enfance que les efforts vont devoir être déployés. On peut ici penser que de conseils généraux français au regard de leur savoir-faire en la matière pourront « parrainer » des régions d’Haïti comme on l’a fait jadis dans un partenariat franco-roumain.
Nul doute cependant que dans les années à venir, s’agissant des enfants d’ores et déjà vivants, la pression sera forte pour aller vers l’adoption. Ici comme ailleurs, aujourd’hui comme hier, il faudra vérifier si ces enfants sont réellement adoptables. Sont-ils véritablement sans famille ? L’adoption plénière soit la rupture d’avec la famille d’origine pour rejoindre une autre famille est-elle la plus adaptée à tel enfant ? L’adoption simple qui permet à l’enfant concerné de rester juridiquement dans sa famille d’origine tout en s’inscrivant d’une manière pérenne dans une nouvelle famille devenant juridiquement la sienne est encore une voie qu’il faut explorer pour les enfants d’un certain âge qui, comme les plus petits, ont aussi le droit d’être accueillis en famille et sauvés. D’autres formules comme le parrainage financier ou non , la délégation d’autorité parentale ou la tutelle sont à disposition. Il faudra également vérifier que des solutions locales n’existent pas soit à travers la famille élargie soit plus rarement - mais qui sait ? - à travers des Haïtiens.
Ces principes sont ceux qui guident sur la planète l’adoption transnationale - expression préférable, me semble-t-il, à adoption internationale-
Elle peut apparaitre technocratique et fouler aux pieds la compassion que l’on doit avoir pour des enfants démunis et qui souffrent ; elle s’impose pour autant et peut ne pas être dépourvue d’humanité. Il n’y a pas d’un côté les généreux et compassionnels et de l’autre les technocrates sans cœur. Les pouvoirs publics ont ici une responsabilité majeure. Il s’agit non seulement de veiller au sort fait aux enfants concernés et aussi à ce que nos ressortissants qui les accueillent ne se fourvoient pas ou ne soient fourvoyés dans des « filières » préoccupantes, il s’agit tout simplement qu’en l’espèce la France ne ternisse son image de marque internationale et ne s’engage pas vers des incidents diplomatiques.
Que ne dirait-on si l’on découvrait à terme que des enfants ont fait l’objet de trafics sachant que dès qu’il y a souffrance, drame et la pauvreté d’une côté et un irresistible désir d’enfants de l’autre les conditions de dérapages sont réunies. L’histoire est là pour la rappeler. Des difficultés diplomatiques avec la Colombie dans les années 80 au cas des enfants roumains ou coréens plus récemment.
Bref l’adoption n‘est pas qu’une question privée, mais est un sujet infiniment public qui nous concerne tous. Un langage de vérité s’impose de la part des responsables politiques concernés, mais aussi des associations qui connaissant la problématique de l’adoption internet et transnationale. On lira avec intérêt sous ce billet la prise de positon de DEI-France qui essaie de cerner les termes du débat au regard de nos engagements politiques et juridiques. La fin ne saurait pas tout justifier d’autant plus qu’ici très rapidement on peut basculer.
On relèvera que tous les articles de presse qui traditionnellement sont consacrés à l’adoption commencent par traiter du sort particulièrement douloureux des enfants privés de familles pour quasi inéluctablement s’achever par la dénonciation du « dur parcours du combattant » de ces gens qui se désespèrent d’être parent ! Aucun pays ne peut consacrer un droit à adopter ; notre droit consacre le droit de l’enfant sans famille à voir poser la question de son adoption (voir mes autres billets sur le sujet). La nuance est de taille Il ne s’agit pas de nier le souci des personnes de aspirent à s’ouvrir à des enfants, ni de contester leur motivations ; il ne s’agit nullement de contester la souffrance de ceux qui veulent adopter et n’y parviennent pas. Il s’agit simplement de ne pas mélanger les problèmes à traiter. Il nous faut venir en aide aux enfants d’Haïti, à tous les enfants d’Haïti qui se trouvent en difficulté et pour chacun de trouver les réponses adaptées ; il s’agit aussi de songer aux enfants qui naitront dans les temps à venir pour leur préparer des conditions de vie qui leur permettent d’être désirés, de naitre dans les meilleurs conditions et d’être accueillis par ceux qui les ont désirés. L’adoption par des non haïtiens doit rester une réponse marginale à ces problèmes à gérer sur place et sur la durée, malheureusement sur la longue durée.
Aux pays occidentaux qui apportent leur aide dans cette période et vont l’apporter sur la durée de trouver le ton juste come cela a été le cas jusqu’ici.
PS : Une amicale pensée à Marc PLUM, jeune et brillant magistrat d’une grande humanité détaché aux Affaires étrangères et décédé dans la catastrophe apparemment dans l’immeuble des Nations Unies où il était affecté

 


Polanski, prêtres irlandais et violences sexuelles
Roman Polanski devrait donc sortir de sa prison suisse pour demeuré retenu en Suisse, le temps de la procédure d’extradition. Non seulement il serait contraint de demeurer dans son chalet de Gstadt, mais placé  sous contrôle d’un bracelet électronique. A cette assignation à résidence s’ajouterait une caution de 3 millions d’euros en liquide. 
Ainsi la justice et le gouvernement suisse qui ne fait pas appel acceptent  aujourd’hui ce qu’ils refusaient hier dans le temps de l’interpellation. J’avoue ne pas voir le fait nouveau justifiant ce revirement, mais dont acte. Indéniablement le régime imposé au cinéaste pour sa remise en liberté est sévère.
L’est-il justement parce qu’il s’agit  d’une personnalité mondialement connue et reconnue ? Peut être. Il  me semble pourtant que l’argument essentiel aux yeux des magistrats est bien le fait que Roman Polanski ait cherché  plus de 30 ans durant à échapper à son juge,  mais aujourd’hui encore se refuse toujours à être extradé vers les USA.
Suivant ce dernier rebondissement de l’étranger à travers  les medias disponibles  une nouvelle fois j’ai été « surpris » de voir France 24 évoquer en boucle une « affaire de mœurs » remontant à 30 ans dans laquelle « le cinéaste avait été condamné ». Il fallait avoir bien suivi cette affaire pour prendre la mesure  réelle du contenu du dossier. Objectivement on frisait, pour ne pas dire plus, la désinformation  ou l’information très légère. En tout cas, fréquemment le sort du cinéaste intéresse plus que ce qui est à l’origine de l’affaire : les faits initiaux et les développements postérieurs. On  banalise pour en arriver à s’indigner du fonctionnement de la justice !
Les termes du problème sont pourtant simples. Roman Polanski alors âgé de 43 ans admet avoir eu des relations sexuelles complètes, y compris la sodomie, ave c une jeune fille âgée alors voici quelques 30 ans d’au plus 14 ans. Elle  se serait jetée dans ses bras ou y aurait jeté par ses parents dans les bras pour  faire carrière. La jeune fille avança rapidement avoir été droguée et violée ; Roman Polanski conteste ces derniers points. En tout cas l’abus d’autorité d’un adulte sur une enfant est indéniable. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’étaient pas à armes égales dans cette relation sexuelle.
Des négociations ayant été engagées et acceptées Roman Polansky devait finalement fuir les USA et le jugement en ayant compris que le juge de l’époque allait rompre  cet accord pour se « faire « une personnalité. La peine encourue était alors de 40 à 50 ans. Depuis le juge a quitté ses fonctions, des négociations ont été menées avec la victime qui a été indemnisée.
De longue date elle demande et réitère son souhait d’en terminer avec cette affaire.  Dans les premières réactions pour demander qu’on en finisse avec le volet judiciaire on a beaucoup tiré argument du positionnement de la victime désormais mère de famille.
Pour parfaitement compréhensible sa position ne peut pas faire celle de la justice. L’interdit légal de toute relation sexuée entre adulte et enfant ne peut pas faire l’objet d’un accord entre agresseur et agressé. Il s’agit au nom de l’ordre public de protéger tous les enfants et de rappeler que la violation de l’interdit sera sanctionnée quoiqu’il arrive et même si le temps passe. On relèvera que  la prescription n’aurait pas été acquise en France : elle n’est acquise que 20 ans à compter de la majorité de la victime et peut être interrompue.
Aujourd’hui la loi de l’Etat ayant changé et les faits retenu n’étant qualifiés que d’attouchements, la peine encourue serait désormais de 2 à 4  ans. C’est peu mais telle est la loi de cet Etat américain. Et apparemment le parquet n’entend pas retenir plus que le fait d’attouchement sur mineure.Indéniablement Roman Polansky a des atouts pour ne pas supporter une peine de prison ferme. Peu nombreux sont ceux qui souhaitent qu’il soit incarcéré. En revanche, beaucoup, pour ne pas évoquer l’opinion publique dont on ne sait pas qui elle recouvre, seraient choqués que le statut d’artiste et l’argent permettent de ne pas avoir à rendre des comptes sur des faits d’une telle gravité.Certes est important que la victime sache qu’elle a bien été victime quand trop souvent on veut lui faire assumer une part, sinon une grande part de la responsabilité de ce qui s’est passé. Dans le cas d’espèce, cela est patent.
Bien sur ici comme dans d’autres matières il faut savoir tourner la page mais pas dans le silence. Une sanction même aujourd’hui symbolique doit pouvoir être prononcée.Une autre affaire croise celle-ci qui aurait aussi tendance à être banalisée alors qu’elle est d’une gravité exceptionnelle. La circonstance que les faits soient aujourd’hui anciens et aient cessé depuis  1990 note rien à la nécessité de les dénoncer voire de rechercher les coupables.  Je veux parler de ce scandale qui en Irlande veut que dans de nombreuses institutions catholiques pour enfants  les jeunes pensionnaires soient violentés dans tous les sens du terme durant des années. Nombre sont encore vivants qui témoignent de ce que leur vie en a été bouleversée. 
La commission d’enquête instituée en 2000 a interrogé 1.090 hommes et femmes hébergés dans 216 institutions, dont des foyers pour enfants, des hôpitaux et des écoles des années 1930 à 1990.Le scandale n’éclate pas d’aujourd’hui ; cela fait une bonne décennie que l’on en parle sans le moindre doute.
Ces jours ci vient simplement d’être rendu public un rapport de cinq volumes  fruit de neuf années d’enquête sur des institutions qui ont aujourd’hui fermé leurs portes. ce rapport, élaboré par une commission d’enquête créée par le gouvernement de Dublin en 2000 pointe du doigt la déférence qui était celle du ministère de l’Education envers les ordres religieux et son incapacité à faire cesser les violences infligées aux enfants.
“Un climat de peur, créé par des sanctions omniprésentes, excessives et arbitraires, s’est propagé à la majeure partie des institutions, en tout cas à toutes les institutions de garçons”, y lit-on. “Les enfants vivaient dans un climat de terreur quotidien, en se demandant d’où viendraient les prochains coups.”
Quand les actes débordaient un peu plus que qu’il était toléré les prêtres n’étaient pas déplacé. Les prêtres en charge direct des enfants sont mis en cause, mais on sait aussi que de nombreux évêques irlandais ont également eu des comportement coupables au point où un moment si l’on voulait faire carrière dans les métiers de robe c’est en Irlande qu’il fallait ces derniers temps recherche r un poste (humour).
L’Eglise catholique a bien évolué depuis deux décennies. Aux USA elle a su admettre sa responsabilité en matière de pédophilie et il lui en a déjà couté cher financièrement parlant ; en France elle a su dans des prises de position et des écrits admettre la pédophilie de certains  prêtres pour la condamner et elle ose désormais aborder avec eux la question de leur sexualité. J’ai salué ce travail dans un blog.
Je trouve sain que les prêtres qui ont dérapé en Irlande et ailleurs et ceux qui les ont couvert ou cautionné rendent aujourd’hui des comptes s’ils sont encore de ce monde. Comme il est sain que le tortionnaire khmer soit jugé même tardivement. Il est sain aussi que par-delà le shommes mis en cause  les responsabilités institutionnelles soient nettement identifiées. En France on sait que l’Education nationale ou d’autres institutions publiques ou privées ont pu parfois couvrir certains faits criminels. Je parle bien sur d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître …
Les criminels de cette taille ne doivent pas avoir de repos. Et cela doit être su !Même si le jour de leur jugement la décision sera certainement affectée par le temps qui se sera écoulé.
En tout cas, je le répète une page pourra être tournée quand on aura bien identifié qui est la victime et qui est le bourreau. Contrairement à ce qu’avançait Johnny Halliday il y a 3 semaines dans le JDD, il n’y a pas à ficher la paix à Roman Polansky au seul prétexte que tout cela est vieux.


18 novembre 2009
Droits de enfants : un souffle perdu ?
La France et le Monde s’apprêtent à célébrer le vendredi 20 novembre 1989 le XX° anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant.Pourquoi un tel engouement pour un texte qui finalement n’est qu’un traité adopté par “le machin” (expression de Charles de Gaulle pour qualifié l’ONU) ?
Il est quand même exceptionnel que l’on fête un texte de loi.L’adoption de ce traité à l’unanimité par l’assemblée générale de l’ONU était déjà un fait exceptionnel quand on sait les réticences sinon les farouches oppositions qu’il avait suscité. C’est sur le plan politique le fruit d’un travail d’un siècle et sur le plan technique un cheminement de 10 ans pour adopter un texte qui enfin soit contraignant pour les Etats, quand jusque-là (1914 par la SDN puis 1959 par l’ONU ), on se contentait de Déclarations, pétitions de principe n’engageant personne. Aujourd’hui les Etats doivent rendre des comptes et la France en sait quelque chose puisqu’elle est passée en jugement, une nouvelle fois, en juin dernier à Geneve sur son application de la Convention. Ce texte peut etre invoqué directement par les justiciables devant les juridictions. Ce n’est pas rien.
D’autant, et c’est la grande force de ce document, qu’il ne se contente pas d’être porteur de l’idée que l’enfant est un être fragile qu’il faut protéger contre autrui sinon contre lui-même. A la Dolto s’il l’on prend une reférence française, il affirme que l’enfant est une personne et à ce titre doit se voir reconnaitre les droits politiques de la persone humaine : liberté de conscience, liberté d’opinion, liberté d’expression et liberté d’association (art. 12 à 15). Il est delibérément tourné vers le 21° siècle et non pas vers le 19°. Comme personne, l’enfant doit être respecté dans son corps et son intimité, mais comme personne il doit avoir son mot à dire sur les décisions qui le concernent.
Enfin, pour la première fois, un seul et même document traite de l’ensemble des droits civils et politiques, économiques sociaux et culturels quand jusqu’à present 80 textes internationaux étaient recensés avec des signatures et ratifications disparates. Il en résulte une cohérence et de cette cohérence ressort un projet pour l’enfant; qui plus est un projet démocratique qui a du souffle.
La communauté internationale ne s’y est pas trompée. On craignait de ne pas réunir les 20 ratifications indispensables à l’entrée en vigueur, d’où le sommet mondial pour l’enfance provoqué pour 1990. Dès aout 1990, elles étaient réunies et la France n’arrivait qu’en 23° positon, mais première de l’U.E. Aujourd’hui toute la planète a fait sienne ce texte sauf la Somalie et les USA. On peut s’interroger sur l’incapacité des USA, héraut des libertés de par le monde, à ratifier un tel texte. Ils l’ont signé pour s’assurer de la présence d’une américaine à la tête de l’UNICEF, mais ils ne l’ont pas fait entrer en droit interne.
Soyons clairs : cet engouement pour les droits de l’enfant signe bien un échec de par le monde des droits de l’homme ou plutôt des droits humains. La communauté internationale, devant le non respect des droits de l’homme, a adopté la stratégie de promouvoir les droits des enfants. Elle a eu raison.Une dynamique en est resulté avec un deuxième sommet mondial et un plan pour l’enfance. Les succès sont mitigés mais c’est mieux que rien. Le combat doit continuer et ne sera jamais achevé.Reste que dans un pays comme le notre la dynamique de la fin des années 80 est essoufflée.
Le Comité des Experts de l’ONU, après les ONG comme DEI-France, l’a relevé dans ses Observations et Recommandations de juin 2009.A preuve le pied de nez infligé par le gouvernement français à l’ONU : “Vous me demandez de renforcer le rôle du Defenseur des enfants, je supprime carrément le poste et je confie cette responsabilité de vigilance au sein du Défenseur des droits à un collège de trois personnes !”. Les associations sont légitimement vent debout contre cette reforme inutile et régressive. Le combat n’est pas terminé.
Autre illustration : l’absence de ministère de l’enfance dans l’écriture gouvernementale.Le 20 novembre, jour des droits des enfants de par la loi, s’est réduit à un dépôt de gerbe au monument des droits des enfants. Le dialogue associations-pouvoirs publics instauré en 1990 est mort. Au mieux, il y aura une reunion d’une heure dans le bureau du président de la République. Une caricature du dialogue sérieux qui se nouait sur des thèmes, des textes et des proposions concrétes.
Enfin et ce n’est pas le moins : le président de la République n’a toujours pas repondu à la demande d’audience de Mme Versini, Défenseur des enfants, qui entend conformément à la loi de 2000 qui l’institue lui remettre son rapport annuel. Déjà l’an dernier, elle n’avait pas été reçue, et cette année, le président semble avoir la même démarche alors que l’article 3 est formel : le Défenseur remet un rapport; il ne l’envoie pas par la Poste, il ne le fait pas porter. Nous osons espérer que ce 20 novembre 2009 le président de la République saura mesurer l’impact médiatique d’un refus d’audience.Tout cela - et d’autres détails - revèle combien ceux qui nous gouvernent sont bloqués sur ce sujet. ils ont l’impression que parler des droits de l’enfant, c’est dépouiller les parents et les porteurs d’autorité. Ils pensent qu’il faut faire prévaloir les devoirs sur les droits. Il veulent distinguer les bons enfants des mineurs delinquants. Etc.
Ils se trompent sur toute la ligne : c’est bien parce qu’ici et maintenant les enfants seront investis de leurs droits que l’on pourra exiger d’eux le respect de leur environnement humain et matériel. Et dire que les enfants ont des droits ne veut pas dire que les adultes n’aient plus de responsabilité, y compris celui de décider une fois l’avis de l’enfant recueilli comme la loi le pr&voit.C’est notre intérêt commun de prendre en compte les droits de l’enfant.Souhaitons que le président de la République qui sait écouter sera entendre cette approche de bon sens. La France y gagnera en interne et ne dilapidera pas son capital sympathie sur le thème des droits et libertés à l’étranger qui constitue son fond de commerce.
Réponse vendredi soir.
Enfin, même si la pauvreté est une question essentielle - 2 millions d’enfants pauvres en France selon les critères européens-, même si l’enfance mal-traitée reste une réalité; c’est sous l’angle de l’enfant personne qu’il faut savoir aborder ce thème. Sortons de la commisération judéo-chrétienne et osons parler droits. Oui, à la fin de châtiments corporels pour promouvoir le bon sens : l’éducation ne se fait pas dans la violence. pour utile cette approche est réductrice.


17 novembre 2009
Une loi anti fessée ? Une parole à tenir

A quelques jours du XX° anniversaire de l’adoption de la convention internationale sur les droits de l’enfant Edwige Antier, députée de Paris prend donc l’initiative de déposer une proposition de loi visant à interdire les châtiments corporels à l’encontre des enfants.
Elle a un discours de raison : la fessée et la gifle soulagent celui qui les inflige, mais ne règlent aucun problème. L’enfant ne sera pas plus “sage” après ! Et un fonctionnement permanent à la gifle ou à la fessée ne peut pas être un mode d’éducation,masi une maltraitance à enfants.
Certains confondent encore trop souvent violence et autorité : on peut faire preuve d’autorité sans avoir à exercer de violence physique. Les parents d’aujourd’huile savent. On a quitté de longue date le martinet dans la relation parents-enfants. Qui peut estimer que ce soit une régression.
J’ai dejà été plusieurs à relever ici combien une partie de la communauté issue de l’immigration africaine ou haïtienne n’en était pas là et avaient le sentiment que privés du droit de battre ses enfants les parents étaient dépossédés de leur autorité. Il nous faut les convaincre qu’il n’en rien et que les droits humains à la française constituent un tout : les droits de l’homme qui s’est réfugié, ici les droits de la femme, mais aussi les droits de l’enfant, bref les droits humains!
La réaction de Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP est une nouvelle fois un peu courte pour ne pas dire affligeante : pas besoin de loi, il y a trop de lois ! Il y a quelque jour s le même nous disait que le viol supporté par la jeune fille abusée par la jeune victime de R. Polansky était une affaire privée.
Il est dommage qu’Edwige Antier n’ait pas relié” son initiative à la démanche impulsée par le Conseil de l’Europe pour en terminer avec les châtiments corporels.
Il est encore plus dommage qu’elle n’ait pas rappelé que Mme Morano, ministre en titre de la famille et alors président du conseil des ministres de l’U.E. avait signé à Stockholm le 10 septembre 2008 l’appel du conseil de l’Europe en présence de la reine de Suède et de 17 autres ministres européens qui contribuaient à lancer cette campagne à travers leur signature.
La France s’est donc engagée publiquement. Le secrétaire général de l’UMP semble l’ignorer.
Mme Morano ne manquera pas d’honorer sa parole, la parole publique de la France, en relayant Mme Antier.
Rassurons les âmes sensibles qu craindraient de déstabiliser les projets gouvernementaux sur l’enfance délinquante : on peut combattre les châtiments corporels et être fermes à l’égard des enfants en conflit avec la loi. Je dirai mieux : d’autant plus ferme qu’on les respecte.


14 novembre 2009
Contraception en Charente-Poitou
Le torchon brule entre le ministère de l’Education nationale et la présidente de la région Poitou Charente qui a décidé d’adresser un « kit contraception » aux infirmières scolaires de son ressort eu égard à sa compétence sur les lycées.
 La pomme de discorde réside dans un carnet de chèques contraception mis à disposition de ces infirmières afin qu’elles en fassent bénéficier les élèves qui voudraient consulter un médecin généraliste, accéder à des contraceptifs, mais aussi régler une expertise médicale et effectuer une visite de contrôle. Apparemment cette initiative faisait l’objet d’un travail conjoint de plusieurs mois avant qu’au dernier moment, informé, le ministre Luc Chatel refuse à sa rectrice de s’associer à cette démarche.
A l’origine de ce projet  le fait qu’en Poitou-Charente en 2007 455 jeunes filles mineures d’âge ont connu une grossesse, 60% choisissant de l’interrompre. Dans le même temps la prescription de pilule du lendemain est en augmentation : 1000 prescriptions enregistréesIl faut ajouter qu’en 2006 au plan national 13 230 IVG sur les 200 000 pratiquées concernaient de jeunes filles de 15 à 17 ans et que chaque année environ  6000 nouvelles mères à l’échelle du pays ont moins de 18 ans.
Bref, Ségolène Royale, avec l’appui de l’ensemble des élus de tous bords de la région, a estimé que le Conseil régional avait une responsabilité à venir en aide aux jeunes filles afin qu’elles puissent accéder à une contraception efficace. Cela paraît une attitude de bon sens.
Quelle mouche a donc piqué le ministre d’Education nationale pour tenter de paralyser cet envoi à « ses » infirmières ?A l’entendre « l’éducation n’a pas à se substituer au Planning familial, seule autorité à prescrire des contraceptifs à un enfant mineur ». Ajoutant « Nous avons affaire à des élèves mineures. L’autorité parentale est quelque chose qui compte » (Le Monde du 14 novembre 2009).On peut, on doit,  être surpris par cet argumentaire en tous points d’une autre époque.Le ministre oublie la circulaire de 1999 (signée S. Royale mais toujours en vigueur- qui autorise  les infirmières scolaires à donner la pilule du lendemain.
Il oublie que depuis 1975 la contraception est libre gratuite et anonyme pour les moins de 18 ans. C’est un droit de l’enfant, fille ou garçon.Le rôle de la puissance publique n’est-il pas de permettre à chacun, et notamment aux plus fragiles, d’accéder à leur droit par l’information et la fourniture de moyens si nécessaire ?
Les parents ont bien évidemment une responsabilité dans ce domaine comme dans bien d’autres. Comme ils se doivent de former leurs enfants à savoir s’exprimer sans injurier ou diffamer ou porter atteinte à l’ordre public, ils se doivent de les informer sur la sexualité et l’accès aux moyens contraceptifs afin qu’ils maîtrisent au mieux leur sexualité.
Reste que les parents n’ont pas être informés de la sexualité de leur enfant ; reste que les parents n’ont pas à intervenir systématiquement sur l’accès à la contraception ou même une décision d’IVG. A priori il est souhaitable qu’un dialogue se noue entre parents et enfants sur ce sujet mais il est des pudeurs et des difficultés relationnelles qui font que tout cela n’est pas si aisé dans tous les cas.
S’agissant de l’iVG, comme je l’ai déjà conté ici, un temps il a fallu que les juges des enfants viennent pallier l’absence de présence parentale ou tout simplement le refus des jeunes filles, pour les raisons les plus diverses, de mobiliser leurs parents sur une IVG. Mieux il nous est même arrivé de combattre le refus d’autorisation parentale au prétexte que « la jeune fille est une salope et doit en baver » (fait vécu ; cela ne s’invente pas !). 
Il est de fait que le législateur avait sciemment omis de traiter du problème du conflit jeunes filles-parents en exigeant qu’outre l’accord de la jeune il l fallait celui de l’un ou l’autre des titulaires de l’autorité parentale. Les juges des enfants de 1975 jusqu’au 2001 acceptaient pour la plupart d’entre eux d’intervenir pour mobiliser l’ASE aux lieu et place  au lieu et place des parents défaillants. En 2001 la loi a maintenu cette exigence tout en acceptant qu’un tiers intervienne en appoint de la jeune fille en remplacement du parent. L’idée est bien que les jeunes filles ne soient pas seules dans cet instant délicat. Il est tout  à fait souhaitable que ce soient ses parents qui l’assistent, mais il est tout à fait possible que cela ne puisse se faire. Il ne fallait plus paralyser l’application de la loi.
Ce qui est surprenant, c’est que le Parlement continue à exiger a priori l’accord de l’un ou l’autre des parents. En quoi un père ou une mère peuvent-ils prétendre opposer un droit de veto sur le projet d’IVG formé par leur fille ? Son corps lui appartient pour reprendre l’expression de Mai 68. On retiendra que les parents ne peuvent pas imposer une IVG à leur fille. Il faut qu’elle donne deux fois son accord pour l’IVG et la deuxième fois hors la présence de ses parents. En d’autres termes une jeune file enceinte qui entend mener à terme sa grossesse ne peut pas en être empêchée par quiconque même par ses parents.Tout logiquement, ceux ci n’ont pas à être informés du projet de leur fille qui peut donc se faire assister d’une tierce personne.
Ajoutons, loi de 2002 sur les droits des malades oblige, qu’un mineur peut interdire à un médecin de donner accès à son dossier médical à ses parents sauf diagnostic vital.
En d’autres termes la position de Luc Chatel s’entend idéologiquement, mais n’est pas conforme au droit.En pratique, si j’ai bien suivi, la présidente de région entend passer outre au refus ministèriel et envoyer ses kits aux infirmières qui sont en droit des les recevoir et de les utiliser.
A 7 jours du 20° anniversaire de l’adoption de la Convention internationale sur les droits de l’enfant par l’ONU Il serait souhaitable le ministre français de l’Education nationale adapte son discours juridique , accepte l’initiative « Poitou-Charente », voire tente de la généraliser au plan national. Comme il serait souhaitable que les autres régions prennent une telle initiative même si celle-ci est « royaliste ». 

11 novembre 2009
Homosexualité et adoption : rien de nouveau sous le soleil

Le tribunal administratif de Besançon vient donc d’annuler la décision du Conseil général du Jura qui refusait l’agrément à une femme pour être candidate à l’adoption au prétexte de sa sexualité; E n l’espèce elle revendiquait haut et fort son homosexualité et de vivre en couple.
Il convient de rappeler que l’adoption d’un enfant confié à un service de l’Aide sociale à l’enfance, à une œuvre habilitée ou un enfant venant de l’étranger  suppose que le candidat à l’adoption ait reçu prélablement un agrément à cet effet.
Le tribunal affirme – réaffirme serait plus exact – une jurisprudence administrative bien assise selon laquelle les orientations sexuelles d’un homme ou d’une femme ne doivent pas être prises  en compte pour l’agrément.  Au final l’adoption est prononcée par le tribunal de grande instance.
En revanche, mais c’est une autre sujet, un comportement sexuel  pourrait amener à s’interroger  sur l’opportunité de confier un enfant à cette personne. Encore faudrait-il être assuré de ce que les conditions de vie faites à l’enfant seraient préoccupantes. Ainsi rien ne doit interdire, par principe  à une jeune femme d’adopter alors quelle se prostitue, mais si l’on peut craindre que l’enfant soit plus ou moins embarqué dans un univers prostitutionnel,  il faudrait savoir renoncer à ce projet d’adoption.
Dans le passé d’autres décisions administratives sont déjà venues sanctionner des refus d’agrément de présidents de  conseils généraux (dans le Doubs notamment).
Donc rien de véritablement neuf sous le soleil  avec le jugement de Besançon malgré les gros titres des journaux qui y voient une avancée substantielle dans la reconnaissance du droit à adopter des personnes homosexuelles!
En vérité il convient immédiatement de nuancer singulièrement deux types d’informations diffusées dans la foulée.
Tout d’abord avoir un agrément ne signifie pas que l’on va adopter. Ne parlons pas du cas particulier qui donne prétexte à réflexion car la jeune femme est aujourd’hui âgée de 48  ans - âge objectivement déjà avancé pour adopter -  et surtout il faudra encore vérifier si un enfant de ce département du Jura est dans le besoin de l’environnement qui lui serait ainsi proposé
Si l’on reste dans le registre général, deux difficultés peuvent se présenter, sinon trois
1)                  L’agrément n’entraine pas juridiquement  nécessairement adoption. Il est nécessaire, mais insuffisant. Le tribunal, judiciaire cette fois-ci, qu’est le Tribunal de Grande Instance devra au final consacrer le nouveau lien de filiation et il  peut toujours refuser l’adoption une fois qu’un enfant a été confié à la personne retenue.
2)                  Il n’est pas évident qu’il y ait des enfants à adopter dans le ressort de l’agrément. Je rappellerai qu’il y a en tout et pour tout, et il faut s’en réjouir 2 300 enfants pupilles de l’Etat en France et donc à ce titre adoptables. Ces enfants souvent âgés, présentant des particularités, fréquemment de couleur de peau ou en fratrie, intéressent guère les gens qui veulent adopter et tout logiquement au regard de leur parcours veulent adopter un enfant très jeune, plutôt un bébé, de type européen et en bonne santé.  En 1900 il y avait 1250 000 pupilles de l’Etat, 40 000 encore en 1980, 20 000 en 1990.
3)                  Dans ce contexte de pénurie d’enfants adoptables rien ne dit que les services administratifs  ne préféreront pas orienter un enfant en recherche de famille vers un couple hétérosexuel  plutôt que vers une personne célibataire ou vers une personne se revendiquant homosexuelle  vivant en couple. C’est le besoin de l’enfant de chair et de sang qu’ils ont en charge qui doit les guider. Un enfant peut avoir le besoin d’un couple; un autre pas.
Deuxième erreur d’analyse de certains commentateurs dans les médias : la décision de Besançon ne vaut pas droit pour les couples homosexuels d’adopter ce qui est la vraie et grande revendication du moment. La question reste posée.  La loi  ne permet pas actuellement de créer une double filiation paternelle ou maternelle : il faut un père et une mère.
Le gouvernement - avec un certain courage reconnaissons-le - reste hostile à l’adoption par un couple homosexuel. Il n’a pas manqué de rappeler dès hier qu’il n’était pas question de changer de positionnement.
Même si cette approche est inaudible par certains il faut continuer à affirmer que
1° l’adoption de mineur d’âge n’est pas là pour satisfaire une personne ou un couple, mais un enfant sans famille. Maintenant si cela est possible pourquoi ne pas répondre aux deux attentes : celle de l’efnant qui en en étant privé a besoin d’une famille ; l’attente de celui ou de ceux qui, sans enfants, au regard d’un projet familial souhaite(ent) en accueillir.
Depuis 1984 tout enfant a le droit d’être adopté même s’il présente des handicaps. Jusque-là seul un enfant en bonne santé pouvait être « servi à l’adoption » pour reprendre l’expression utilisée par les services sociaux. En revanche, la loi ne consacre toujours pas  au bénéfice des adultes  - et comment pourrait-elle le faire à défaut de pouvoir en garantir l’exercice concret ? – un droit à adopter.
2° la création d’un lien juridique entre un enfant et deux hommes ou deux femmes, sachant que cet enfant peut avoir  et a généralement un père et une mère, n’est pas une chose banale au regard de notre organisation sociale. Les règles de la filiation sont essentielles dans la société. Poussons-le bouchon : si l’on se détache de la référence paternelle et maternelle pourquoi ne pas admettre que trois personnes ou quatre forment une famille et accepter que ces trois ou quatre là puissent adopter le même enfant ?
Un couple de personnes du même sexe peut élever tout à fait correctement un  enfant ; et l’on peut admettre que celui ou celle qui n’est pas le père ou la mère biologique ou juridique se voit délégué des droits d’autorité parentale sur lui. C’est d’ailleurs ce que la justice fait petit à petit. Les penchants sexuels n’ont rien à voir avec la capacité à élever un enfant.
On nous assure qu’aujourd’hui, en France, 35 000 enfants seraient élevés par des couples homosexuels. Je ne sais pas d’où vient ce chiffre et quelle est sa fiabilité, mais admettons ! L’argument développé veut alors de dire que ce fait doit désormais créer le droit, sinon beaucoup d’enfants vont en pâtir ! L’argument est bien sûr spécieux.
Mais la réponse est simple : notre droit actuel permet  déjà de consacrer les responsabilités d’un adulte sur un enfant. Aujourd’hui, comme je l’ai déjà relevé,  on peut atteindre ce résultat  par délégation partielle de l’autorité parentale ; demain avec le statut des tiers  en cours d’élaboration on améliorera sans doute ce jeu de responsabilités. (Reste seulement à trancher entre les trois propositions sur table)
Faut il aller jusqu’à donner deux pères légaux ou deux mères légales à un enfant en plus de ses géniteurs ? Personnellement  je doute que ce soit « l’intérêt supérieur de l’enfant » visé à l’article 3 de la Convention internationale sur les droits de l’enfant.

23 septembre 2009

La jungle et les enfant

La jungle a donc été encerclée, envahie et enfin rasée comme il avait été annoncé de longue date pour être remise en son état naturel.
Ses habitants  – on n’ose pas utiliser d’image trop dure -  en ont été évacués. Parmi eux 135 mineurs d’âge - sur 250 personnes interpellées. On s’attendait à trouver le double d’enfants au vu des estimations de ces derniers jours, étant entendu qu’au sens juridique français et international on appelle enfant une personne de moins de 18 ans.Ces enfants ont été accompagnés nous dit-on dans 5 centres spécialisés. On doit traduire par foyers de l’enfance car il ne saurait être question de retenir administrativement des personnes mineures par définition non expulsables.
Je suppose - et je veux croire - que le parquet de Calais dument informé aura fait le nécessaire pour prendre les décisions qui s’imposent et pour ensuite saisir le juge des enfants local. Il reviendra à celui-ci de recevoir chacun d’entre eux et de faire le point sur sa situation. Il sera alors amené à confirmer la décision initiale de confiement à l’Aide sociale à l’enfance ou à envisager une autre orientation. Encore faudra-t-il que le jeune n’ait pas fugué.
Cela lui sera parfaitement loisible dans la mesure où – fort heureusement - les foyers de l’enfance ne sont pas des lieux clos dans lesquels sont enfermés les enfants en danger. On peut donc en partir facilement. Et de fait nombre des enfants étrangers isolés dont nous nous préoccupons, quelle que soit la qualité de l’accueil qui leur aura été ménagé par des services sociaux souvent pas préparés à ce type de prise en charge,  n’hésitent pas à repartir dans l’instant ou le temps de prendre une collation ou une douche. Ils obéissent à leurs parents ou aux filières qui les cornaquent ; tout simplement ils ne comprennent pas ce que nous voulons leur apporter.
Ils le comprennent d’autant moins qu’ils font l’objetr d’une décision à caractère administratif même prise parle parquet sans avoir été entendu, sans avoir pu s’expliquer sur leur situation et sans surtout avoir vu les pistes qui pouvaient leur être offertes. Un mineur peut obtenir un titre de séjour voire même l’obtention du statut de refugié politique. Régulièrement, en Seine Saint Denis nous décrochons, ce Graal. Certes il faut parfois du temps et beaucoup d’énergie. Mais la circulaire du 5 mai 2005 fonctionne.
En l’espèce il y a tout lieu de penser que les enfants sortis de la Jungle dans ses conditions qui l’on  connait, emmenés en car de police dans ces « centres » dont on nous parle, n’auront pas nécessairement trouvé des interlocuteurs parlant leur langue ou assistés de traducteurs. Je crains même que ce dialogue n’ait pas pu être engagé.I l est d’autant plus difficile qu’en l’espèce ces enfants de Calais et de la côte n’ont qu’un objectif : passer en Grande Bretagne où ils pourront obtenir de travailler ou enfnats de l’ex-Jungle  quittent rapidement les structures dans lesquelles ils ont été conduits et se retrouvent sous peu dans ce qui est appelé à devenir une nouvelle jungle.
Un coup d’épée (médiatique) dans l’eau.
Il faut admettre que la tâche n’est pas aisée pour les pouvoirs publics littéralement coincés par l’appel d’air déclenché par les règles britanniques et la réglementation française qui veut - fort heureusement – qu’un enfant ne soit pas expulsable. Déjà pour les adultes le problème est délicat à régler ; pour les moins de 18 ans il est sans solution apparente sauf à prendre les risque de créer une structure spécialisée pour les mineurs avec à l’entrée la question classique aujourd’hui de la preuve de l’âge en l’absence de papiers. Avec des personnels spécialisés comme au Lieu d’Accueil et d’Orientation géré par  la Croix Rouge à Taverny (95) , avec un accueil et un accompagnement de qualité on peut faire le pari du temps. Peu de jeunes fuguent du LAO, en tous cas moins qu’à l’ASE. Avec plus de temps qu’il n’était initialement prévu on arrive à trouver une orientation positive pour la plupart de ces jeunes.
En tout cas, ils ne vivent pas dans une jungle de tous les dangers. Une structure de cette nature créerait-elle un sous-appel d’air. Peut être. Mais somme toute à une échelle qui resterait limitée et surtout qui nous permettrait d’être en cohérence avec le discours qui en nous  tenons sur la qualité de la réponse apportée par la France.
Reste que de la même manière que la France soutient à juste titre que les difficultés  rencontréesé par Malte du fait des milliers d’immigrans accueiullis est un problème européen qui appelle à la solidarité européenne, la question des mineurs étrangers non accompagnés devrait trouver une réponse européenne et les points de fixation comme la côte calaisienne devraient être traités entre la Grande Bretagne et la France.
Il y a des moments où le droit touche ses limites : il faut faire du politique.

 

16 septembre 2009

Defenseur des enfants : après l’amende, la mort

L’annonce fait l’effet d’un vrai coup de tonnerre parmi tous ceux qui en France portent la cause des enfants : le gouvernement se propose de supprimer purement et simplement le poste de Défenseur des enfants créé en 2000  sur initiative parlementaire pour le fondre au sein du futur Défenseur des Droits, et ce contrairement aux engagements souscrits au parlement lors  du débat sur la réforme constitutionnelle.

La réaction au vitriol de Dominique VERSINI, actuelle titulaire de la fonction, se comprend à plus d’un titre.Déjà du simple fait qu’elle n’ait pas été un tant soit peu informée d’éventuelles interrogations sur l’institution au point de vouloir lui couper le cou. Le moins qu’il se pouvait faire était d’en débattre avec la responsable pour rechercher des améliorations et déjà de vérifier si ces interpellations étaient fondées. Les associations concernées dont nombre avait porté le projet en son temps, auraient également pu avoir un mot à dire.Non seulement l’intéressée apprend la nouvelle comme un simple quidam après le conseil des ministres mais le verdict de mort sans procès ne lui est même pas expliqué a posteriori. Tous les ministres qui auraient pu avoir un mot à dire sur le sujet affirmant qu’ils ne sont pour rien dans la décision on peut penser qu’elle a  été prise à un autre niveau. Mais sur quel fondement ?Sur le fond la décision est encore plus  surprenante que la France a comparu en juin dernier devant le Comité des Experts de l’ONU sur sa manière d’appliquer la convention internationale sur les droits de l’enfant. Elle y a été tancée sur de nombreux points. Dans ses Recommandations le Comité a insisté une nouvelle fois auprès des autorités françaises sur la nécessité de mobiliser l’institution Défenseur des enfants. Pour toute réponse, à la veille de commémorer le 20° anniversaire de l’adoption par l’ONU d’un des textes majeurs de l’histoire de l’humanité, le gouvernement français répond par un pied de nez en proposant de la mort par fusion de l’institution au sein d’un magma sans doute intéressant, mais aux contours encore flous. En quoi la spécificité enfance sera-t-elle sauvegardée au sein du futur Défenseur des Droits ?

En tout cas il est ainsi démontré ce qu’il en vaut en France du caractère autonome d’une institution créée et dépendant de la puissance d’Etat. Un trait de plume peut la rayer.

En 2005, à l’initiative de Michel Charasse, le Sénat avait déjà mis  le Défenseur de l’enfant à l’amende quand Claire Brisset alors titulaire du poste avait mis en cause violemment les pratiques des conseils généraux en matière de protection de l’enfance. Claire Brisset avait tapé fort, trop fort sans doute, sans toutes les nuances qui s’imposaient, mais fondamentalement elle n’avait pas tort sur certains ratés et quant à la marge de progression possible pour 5 milliards d’euros de dépenses annuelles et 450 000 enfants concernés. A preuve la loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance votée sur la base de ses critiques et de quelques autres que nous portions.On peut penser que les différentes prises de position de la Défenseure actuelle notamment sur le sort réservé aux enfants étrangers isolés ou sur la révolution proposée en matière de justice pénale des mineurs ont pu contribuer à irriter, et en tout cas à ne pas militer pour le maintien de son autonomie.

C’est pourtant à l’honneur d’une institution et plus généralement d’une démocratie que de savoir intégrer la critique. Le rôle de gratte-poil est indispensable pour éviter les réveils douloureux après l’anesthésie de l’autosatisfaction. Une institution comme le défenseur des enfants interpelle régulièrement les institutions de la République. Elle les titille plus ou moins vertement, mais au final elle les protège.Sans compter que par ses propositions régulières et distanciées de la gestion au quotidien elle peut les aider à progresser.Le coût, au demeurant modeste, vaut la chandelle !  


La suppression du jour au lendemain de cette institution sans concertation interne ni externe avec les associations engagées sur le sujet ne peut donc que susciter les pires interprétations et susciter le courroux.Ne doit-on pas y voir une nouvelle fois le signe que nous dénoncions à Geneve de l’effritement de l’intéret pour la promotion des droits de l’enfant en France quand la conjoncture devrait, au contraire, conduire les pouvoirs publics à promouvoir les droits de la personne pour exiger en retour que chacun, jeune et moins jeune s’implique et s’investisse dans les regles communes. Conf. le débat sur le difficile dialogue Police-jeunes.Il va être difficile de démontrer qu’il s’agit là avec cette disparition d’une avancée pour les droits humains.Une nouvelle fois la France étant une référence internationale nous allons écorner notre capital sympathie aux yeux de la communauté internationale à la veille du 20 novembre et de la réunion à Paris du réseau européen des 35 Défenseurs des enfants dont Mme VERSINI doit assurer la présidence.Provocation ? Maladresse ? Ou simple gestion administrative du dossier fusion au sein du futur Défenseur des droits sachant que la Commission Déontologie de la police qui a fait un remarquable travail passerait également à l’as. Il est sans doute encore possible  de reagir.On doit y appeler le gouvernement sinon les parlementaires. En 2005, le Parlement avait renoncé à l’amende de 100 000 euros sur le budget du Défenseur proposée par les sénateurs ; aujourd’hui il faut éviter la mort de l’institution. Le parlement a le pouvoir de dire non au projet qui lui est avancé.Une réflexion sur ses modes d’intervention et sa portée peut être nécessaire ; en tout cas, il ne doit pas être porté atteinte à son existence et à son indépendance par rapport à tous les pouvoirs. Il va de l’intérêt des enfants de France , mais de notre intérêt supérieur à tous. A défaut il ne faut pas être grand prophète pour voir venir moultes réactions nationales et internationales contre ce coup de force quand tant de vrais problèmes sont à traiter

 

31 août 2009

Les tensions jeunes-police : vrais et faux problèmes

 Ce lundi 31 août, finies les vacances. Le ministre de l’intérieur organise un temps de réflexion sur les rapports jeunes-police. Apparemment les voyants lumineux sont au rouge : on craint des explosions. Certainement à juste titre si l’on s’en tient aux brasiers récents de Saint-Dizier, Marseille, Villiers sur Marne, etc.

Dès lors comment ne pas approuver Bruno Beschizza, secrétaire général du Syndicat Synergie (officier de police, qui dans Le Monde du week-end  avance que « pour une partie de la population, très minoritaire, c’est le rapport avec l’Etat et l’ensemble des institutions, pas seulement, les policiers, qui est problématique » ?

Les policiers sont en première ligne, mais le problème est bien plus grave que des relations désastreuses entre Police et Jeunes. C’est en vérité comme nous l’avancions comme magistrats de la jeunesse en 2005 après les événements des banlieues un rapport à l’autorité qui est difficile pour nombre de jeunes, parfois de très jeunes enfants, et sans doute bien plus nombreux que ne l’estime M. Beschizza. C’est l’autorité  de l’enseignant, de policier, des parents et d’une manière générale des adultes qui est en cause.

On peut tomber d’accord sur ce constat, mais cela ne suffit pas si l’on ne s’attache pas à rechercher les causes profondes de ce malaise.  A défaut on risque de se fourvoyer dans la réponse.

Certains qui n’ont pas fait cet effort et estiment naturel que l’autorité soit respectée se contentent de prôner, ici comme ailleurs, d’imposer par la force cette autorité. On pourrait répéter pour la n ieme fois les limites d’une telle stratégie sans nier qu’il faille dans nombre de circonstances faire preuve de fermeté. C eux qui douteraient que la justice en manque consulteront les derniers chiffres connus de la réponse à la délinquance des moins de 18 ans,  ceux de 2007, qui démontrent que sur 70 000 mesures prises par les tribunaux pour enfants, on trouve  notamment 6000 peines de prison fermes, 15 000 personnes de prison avec sursis simple ou mise à l’épreuve, 4500 Travaux d’intérêt général et 5000 peines d’amende. Quand on sait que la loi demande aux juges de punir exceptionnellement, on voit que l’exception a bon dos. La justice est globalement ferme et le problème n’en pas résolu pour autant.

Là encore la lecture du Monde de ce week end est intéressante puisque c’est le secrétaire général du syndicat des commissaires de police qui avance que « le tout répressif comme le tout préventif ne marchent pas » et de soutenir la création des maisons de l’adolescence et de l’enfance. On est loin du discours des années 90-95 tenu par le même syndicat! Preuve que l’heure est grave et qu’une maturation est en cours. Mais, pour utile, la démarche sociale et psychologique avancée est insuffisante : une structure quelle qu’elle soit ne peut jamais résoudre des problèmes de fond. Elle n’est que l’instrument d’une démarche. Ce ne sont pas des lieux qu’il faut créer, murs carcéraux ou murs éducatifs, mais redonner du sens aux rapports jeunes–adultes (policiers, parents, enseignants, politiques, etc.)

Les jeunes que je vois au quotidien sont certes plus en difficulté que la moyenne. Ils sont souvent perturbés sur le plan psychologique. Ils ont fréquemment des raisonnements frustres et simplistes mais révélateurs d’une faille majeure : ils ne respectent pas les adultes car ils n’ont pas le sentiment que les adultes les protègent. A la fois ils ont souvent raison, pas toujours, et ils ont globalement tort. Leurs parents font souvent ce qu’ils peuvent, fréquemment en vain, au final. Et d’une manière générale si ces jeunes sont en conflit avec la loi pour reprendre l’expression anglo saxonne, et déjà avec les agents d’autorité  que sont les policiers  et les enseignants, c’est bien qu’ils ont le sentiment que la loi et l’autorité ne les protègent pas. Pourquoi et comment respecter une règle quand vous avez le sentiment qu’elle ne vous est pas bénéfique ? Les adultes devraient se poser la question et vérifier l’attitude qu’ils prennent confrontés à cette situation. Il faudra dans l’avenir relégitimer la loi et l’autorité en en montrant les avantages que nous en tirons tous. Ce ne se fera pas en 5 minutes par un coup de baguette magique.

Il n’y a donc pas de réponse miracle au problème auquel nous devons faire face.

On a raison d’appeler à la réinstallation  e tous les services publics dans les quartiers dits sensibles afin de ne pas abandonner le terrain aux mafieux ; on a raison de souhaiter que les plus expérimentés des fonctionnaires y soient affectés ;  on a raison de promouvoir des « castings » pour les affections plus qu’à des critères administratifs pour rechercher les personnes motivées ayant le profil des postes à pourvoir.

Reste ce que c’est sur la durée qu’il faut relégitimer la loi. « La loi» est vécue comme une corvée, comme  une contrainte à travers ses interdits et non pas comme liberté, comme injuste et appliquée d’une manière inégalitaire selon que l’on est riche et puissants, ou vécus comme tels, selon que l’on est adultes ou jeunes.

Il faut dire aux enfants et aux jeunes qu’une loi injuste peut se combattre.  Que faisons nous les uns et les autres comme démocrates tous les jours sur tous les sujet ? Un dispositif peut être injuste, il peut s’améliorer et se rééquilibrer. On peut combattre sans se battre ; on peut s’interpeler sans s’injurier, bref débattre au dessus de la ceinture.

Porter une loi nouvelle est un combat, la faire appliquer en un autre. ll ne faut pas enjoliver : on ne gagne pas à tous les coups et sur tout, et rien est définitivement acquis.

Bref, à y regarder de près  c‘est en fait à une pédagogie de la démocratie, donc à un dialogue qu’il faut s’attacher en direction des plus jeunes ; sans leur prendre la tête, avec des actes, comme le font les classes Freinet dans leur ressort  depuis des décennies.

Dans cette période de rentrée je trouve déjà positif que le discours social soit tenu par des policiers.

Reste encore qu’à court terme il ne faudra pas faire l’économie de combattre ces images négatives que diffuse telle bavure ou tel reportage télévisé banal. Tous les policiers ne doivent pas être transformés en soldats comme si nous étions en guerre civile. Et bien évidemment la police qui est en première ligne du service au public doit être exemplaire d’autant, on le dira jamais assez, qu’elle rend des services fantastiques 24 h sur 24 à toutes les misères du monde.

Comme ministre de l’intérieur le président de la République avait donné des instructions sur les conditions  de la garde à vue, des lois existent sur le port des menottes, ou le recours  à la force et aux armes (les dégâts des flash-ball !). Respectons scrupuleusement ces règles. Le vouvoiement doit être la règle avec les adolescents et les jeunes adultes. Même si les interventions se déroulent dans des conditions difficiles, les policiers et gendarmes se doivent plus que  jamais d’être des modèles de correction car ils portent  la République au quotidien. Ils en ont les moyens et le sont généralement avec l’émergence d’un encadrement de qualité, hautement qualifié. En contrepartie ils doivent être protégés s’ils ne sont pas respectés.

Mais là encore cela ne suffira pas si, sur la durée,  un discours éthique très fort n’est pas tenu qui vient de l’intérieur de la police, du monde syndical comme en leur temps d’autres policiers syndicalistes de l’ex-FASP ont su le faire à l’honneur de la police.  Ce discours manque tenu par un ou des personnages emblématiques.

Il ne faut donc pas attendre de miracle de la réunion de demain, sinon qu’elle peut être le coup d’envoi officiel d’une démarche où chacun tiendra sa place en évitant de souffler sur les braises ou les cendres.

Ici comme ailleurs, je reste convaincu que c’est « la stratégie du fort au faible » que j’invoque souvent ici qui sera payante. Il faut que les adultes, les professionnels, les élus  que nous sommes fassions les premiers pas. Il y aura des embuches.  Certains ont même intérêt à entretenir le feu pour que la démocratie reste à l’extérieur de certains quartiers.  Nous le savons.

Il faut donc se préparer à rester zen malgré les provocations. Il faudra des gestes symboliques forts pour créer la dynamique. Il faudra aussi être juste en apportant des vraies réponses de justice dans des affaires qui  attendent toujours d’être résolues. 

Il n’y a pas d’autres voies pour reconstruire la confiance. En espérant qu’entre temps la sortie de crise donnera quelques espoirs aux quartiers et à leurs habitants.

Justice et espoir fondent l’autorité …

05 juillet 2009

Statut civil-statut pénal, la majorité remise en cause

Le 5 juillet 1974 entrait en vigueur l’abaissement de la majorité civile de 21 à 18 ans voulu par le président Giscard d’Estaing, à la surprise générale, dès son accession au pouvoir. La majorité civile s’alignait sur la majorité pénale qui depuis 1906 était positionnée aux 16 ans.

De telle sorte qu’aujourd’hui il y a un avant et un après 18 ° anniversaire. Comme disaient les militaires dans le  courrier adressé aux mères de famille au moment de l’incorporation pour le service national : « Votre fils devient un homme ». Là, dans la nuit de ses 18 ans, ayant assimilé fictivement tous les codes (civil, pénal, droit du travail, etc . sans compter les codes de procédure), le Petit d’Homme devient un adulte pleinement responsable. Il est censé avoir le plein discernement, c’est-à-dire la capacité à évaluer le bien et le mal, le permis et l’interdit, d’où résulte la pleine compétence reconnue en droit d’entreprendre et de guider sa vie, sinon celle des autres.

Il devient pleinement responsable sur le plan pénal, mais pleinement capable de contracter et disposant de l’ensemble des droits civiques et politiques notamment le droit de vote. Droits et devoirs sont en cohérence.Au passage, une question devient d’une grande actualité avec l’allongement de la durée de la vie, sinon de survie : après 18 ans peut-on perdre et quand ce discernement ? On sait que la maladie mentale peut conduire à mettre sous tutelle ou sous curatelle. Comme la loi prend en compte l’acquisition de maturité intellectuelle pour finalement poser la présomption de la pleine capacité à 18 ans et comme elle s’apprête à dire qu’à 13 ans l’enfant est présumer responsable pénalement de ses actes quitte à bénéficier d’une prise en opte de son âge, ne devrait-elle pas poser une présomption de perte de cette capacité ? Aujourd’hui on apprécie au cas par cas pour protéger la personne vieillissante contre elle-même et contre autrui.

Reste qu’avant 18 ans la jeune personne non seulement dispose de droits, mais se voit reconnaitre de plus en plus le droit de les exercer. Ainsi il a le droit à être protégé physiquement, moralement et psychologiquement. Ses parents sont a priori les mieux placer pour exercer ce droit à son avantage, mais lui-même se voit reconnaitre le droit de le mettre en œuvre : il peut porter plainte et demander de l’aide au point d’enclencher un processus policier, social ou judiciaire. Par exemple, l’enfant peut se présenter seul ou accompagné au cabinet d’un juge des enfants pour demander protection au titre des articles 375 et s. du code civil alors qu’a priori il est incapable d’agir en justice. Le juge est valablement saisi par l’enfant doué de discernement et doit agir.

Le moins de 18 ans peut encore valablement accomplir les actes de la vie courante pour une personne de son âge. Par exemple aller faire des achats courants, se procurer un titre de transport ou une place de cinéma, etc. Tous ces « contrats » sont valablement conclus. Il doit obligatoirement donner son avis, voire à 13 ans son accord, à des actes que les adultes seuls peuvent engager comme le changement de nom, l’adoption, l’émancipation, un traitement médical, etc. Il peut accéder seul à la contraception et accompagné d’un adulte à l’IVG. Il s’est même vu reconnaitre en 2002 le droit d’interdire au médecin de donner connaissance de son dossier médical à ses parents. La loi - en l’espèce la convention internationale relative aux droits des enfants - lui reconnait la liberté d’opinion et de religion et la liberté d’expression individuelle et collective.

Reste que dans le même temps où petit à petit l’enfant  -  la personne de moins de 18 ans - s’est vu reconnaître  le droit d’exercer ses droits il est amené de plus en plus à rendre des comptes.Déjà sur le plan civil le très très jeune enfant – à 3 ou 4 ans – peut être condamné à indemniser la victime de son comportement dommageable. Par exemple quand il crève l’œil d’un camarade jeu avec le bâton qu’il tient dans la main alors qu’il se balance. Certes, a priori, ses parents seront appelés  à se substituer à lui pour la victime puisque leur propre responsabilité est engagées du fait de leur enfants (art. 1384 al . 5 c. civ.). L’enfant est devenu en 1997 un risque que les parents doivent assumer sans pouvoir se dégager de leur propre responsabilité en prouvant leur absence de faute dans l’éducation et dan la surveillance comme c’était possible jusqu’alors. Du simple fait qu’ils sont parents ils sont tenus. Et normalement toute personne de moins de 18 ans est sous l’autorité d’une personne, physique ou morale, titulaire de l’exercice de l’autorité parentale qui est  responsable pour lui.

Plus important la responsabilité pénale a singulièrement évolué ces dernières années.Certains auraient souhaité abaisser à 16 ans la pleine responsabilité pénale au prétexte d’une prétendue plus précoce maturité intellectuelle. Le Conseil Constitutionnel en 2002 a rappelé qu’il ne saurait pas en être question. La Convention internationale sur les droits de l’enfant ratifiée sans réserve sur ce point par la France cadre aussi le débat.Alors le pouvoir politique n’a eu de cesse depuis 2002 de vider de son contenu l’excuse atténuante de minorité qui veut que la peine encourue par une personne de moins de 18 ans est de moitié moindre que celle encourue par un majeur pour des faits identiques.

La loi permettait déjà depuis 1992 que le juge - tribunal pour enfants ou cour d’assises -retire le bénéfice de l’excuse atténuante si le mis en cause apparaissait plus mature au moment du passage à l’acte qu’un enfant. Désormais, par deux réformes intervenues coup sur coup en 2007, non seulement la loi élargit les cas dans lesquels le juge peut retirer cette excuse de minorité et va jusqu’à le dispenser de motiver sa décision, mais elle-même en retire automatiquement le bénéfice au jeune en situation de double récidive. Mais immédiatement, pour ne pas être censuré par le Conseil constitutionnel, le législateur permet au juge de rétablir le bénéfice de cette excuse en motivant sa décision. La loi dit donc au juge : « Je le tiens pour majeur. Tu peux rétablir le bénéfice de l’excuse de minorité. Fais-le si tu l’oses et assumes-en publiquement les conséquences s’il repasse à l’acte » sachant que quand un jeune commet un délit il en commet 10. C’est la nature même de la délinquance juvénile que cette réitération. On a vu sous le dernier ministre de la justice des magistrats convoqués en catastrophe à la Chancellerie pour rendre des comptes sur une décision d’incarcération qui s’était soldée par un suicide d’un enfant quand les instructions ministérielles recommandaient la fermeté.

En d’autres termes, on vise à désigner un responsable de la délinquance : le juge, en faisant le pari qu’il n’osera pas prendre ce risque.

On retiendra qu’aujourd’hui il paraît normal et banal de tenir quelqu’un de 16 ans pour majeur au regard du droit pénal en s’attachant à ses actes plutôt qu’à sa psyché alors même que le jeune âge justifie souvent des passages à l’acte choquants, les adultes sachant mieux se refreiner. Ajoutons qu’il est possible de punir plus sévèrement un 16-18 ans qu’un adulte tout en lui conservant le bénéfice de l’excuse de minoritéLe projet de code de justice pénale pour les mineurs renonce à l’idée d’abaisser la majorité pénale. On abandonne même l’idée d’un tribunal correctionnel pour mineurs dans lequel aurait siège un seul juge des enfants pour éviter la censure du Conseil Constitutionnel que exige une spécialisation des magistrats pour les moins de 18 ans.Pour autant, mais là n’est pas le sujet du jour, la réforme de l’ordonnance du 2 février 1945 qui nous est promise révolutionne le droit pénal des enfants. La justice « des mineurs » se cale désormais sur celle des majeurs sans qu’un juge ait le souci préalable de s’attaquer à leurs problèmes comme c’est le cas depuis 1945. On revient à 1912.

Le XX° siècle avait été marqué par une justice pénale des majeurs qui s’inspirait de la justice des enfants avec la prise en compte du temps et du travail social pour transformer la personne; la tendance est inversée : tout est fait pour faire disparaitre la spécificité de justice pénale des moins de 18 ans au point où l’on se demande en quoi les juge des enfants actuels auront encore demain une raison d’être par-delà l’affichage : un simple juge du siège ayant une compétence généraliste suffira à contrôler le parquet.

En d’autres termes ce 35 ° anniversaire de la majorité à 18 ans se situe à un carrefour : l’équilibre statut civil-statutpénal acquis en 1974 est remis en cause. Sans se voir reconnaître la pleine capacité d’exercer ses droits, l’enfant sera pleinement responsable quand il s’agira de rendre ders comptes.Ce n’est pas un progrès. Ira-t-on jusqu’à abaisser la majorité civile à 16 ans ? 

04 juillet 2009

Couvre-feu pour enfants à Mazamet

C’est reparti pour un tour. Le maire de la bonne ville de Mazamet qui jusqu’ici s’était illustrée pour avoir fourni à la France le bon et vigoureux Dr Lucien Mias, héroïque 2° ligne et capitaine du XV de France des années 58 pour la première fois vainqueur  chez elle de l’Afrique du Sud, vient de signer un arrêté qui interdit aux enfants « de moins de 14 ans de déambuler seuls ou en groupe dans les rues de la cité entre 22 h 30 et 6 h du matin s’ils ne sont pas accompagnés par des parents ou de adultes de la famille » . Ce couvre-feu concerne le centre ville de Mazamet et le quartier de la Lauze.

La mesure n’est pas nouvelle. Dans la dernière décennie plusieurs communes se sont engagées dans cette voie sous le contrôle du Conseil d’Etat qui a finalement validé cette atteinte à la liberté d’aller et de venir des enfants si elle reste circonscrite dans le temps et dans l’espace et justifiée par des considérations locales d’ordre public.

Ainsi on apprend aujourd’hui que Mazamet, « bourgade » de 10 500 habitants, serait confrontée à de sérieux problèmes du fait d’enfants livrés à eux-mêmes. Ce qui fait dire à certains commentateurs radio n’ayant jamais eu l’intention d’aller à Mazamet dans le passé et en ignorant même l’existence que désormais ils s’en détourneraient.

Observons que le terme de couvre-feu pour qualifier ces arrêtés municipaux,  certes journalistique, est particulièrement choquant car très fort. Il renvoie à l’état de guerre civile.

Une nouvelle fois, la France est-elle en danger d’être à feu et à sang du fait de ses enfants, notamment à Mazamet ?

M. Bonneville, maire de Mazamet explique :  « Je me sens responsable de tous ces jeunes qui, pas plus haut que trois pommes, sont livrés à eux-mêmes parce que leurs parents ne répondent pas à leurs responsabilités, ils sont livrés à tous les dangers, notamment celui de tomber dans la petite délinquance ». (AFP)

Il est clair que de jeunes enfants ne doivent pas se trouver dans la rue de nuit sans adultes responsables.

Il est vrai que parfois de très jeunes enfants – 8, 10 ans – trainent fort tard dehors et que certains lieux sont glauques et particulièrement dangereux pour eux. Mais, quoiqu’il en soit, de jeunes enfants ne doivent pas être seuls dans la rue au cœur de la nuit. Les risques sont bien sûr d’une toute autre dimension en été dans des villes de vacances où foisonnent les animations ludiques. On verrait difficilement un couvre feu de cette nature à Saint-Jean-de-Luz les soirées de bal avec « toro de fuego » sur la place Louis XIV. On voit mal y prendre un tel arrêté.

Dès lors ces arrêtés s’ils sont dans les clous juridiques posés par le Conseil d’Etat posent deux problèmes qui ramènent à une même question : sont-ils utiles et déjà  que visent-ils ?

La première question  est liée à leur portée.

S’agit-il de punir les jeunes concernés ou de remobiliser les parents. Le maire de Mazamet précise qu’il ne s’agit que de reconduire chez eux les enfants éventuellement interpellés ; son objectif n’est pas répressif. Il aurait pu ajouter que si les enfants découverts sans adultes de référence s’avéraient franchement isolés et sans parents proches, il faudrait alors prévenir le parquet pour que des mesures de protection soient prises et que les parents soient recherchés.

Par ailleurs toute personne, a fortiori un policier d’Etat ou municipal, mais encore un simple quidam se doit de réagir s’il voit de nuit un jeune enfant seul dans les rues. Peut être pas un enfant de 13-14  ans, mais tout dépend des circonstances. En vérité l’arrêté est explicite, dans l’ambiance du moment il vise non pas les enfants seuls, mais les « bandes » de jeunes dans l’esprit de la loi actuellement en discussion au parlement.

En d’autres termes, le maire revendique une démarche pédagogique ; il s’agit bien à travers ce type d’arrêté de rappeler aux parents quelles sont leurs responsabilités . Est-ce le meilleur moyen ? Il y a quelques années on aurait fait passer le garde champêtre municipal dans les quartiers concernés qui aurait rappelé les règles du jeu social au nom du maire.

Bref, cet arrêté se veut un rappel à la loi et de la loi. Soit, mais il est juridiquement inutile.

Deuxième question : sera-t-il alors efficace ? Dans le passé les journalistes qui s’inquiétaient des effets de tels arrêtés ont été surpris de voir qu’il n’y avait eu aucune suite. Les policiers revenaient bredouilles de leur tournée. Effet anesthésique ou faux problème à la base monté en épingle à des fins politiques ? 

En vérité, la question est de savoir si par un tel arrêté un maire peut prétendre mener une politique de prévention de la délinquance puisque à l’entendre tel est l’objectif visé. Il est évident que cela est un peu court. Avec cette démarche on oublie facilement de se demander pourquoi des parents seraient démissionnaires comme on l’avance. Pourquoi des familles n’ont-elles pas d’autre chose à offrir à leurs enfants que de les laisser sortir le soir pour rester dans les rues à tenir les murs ou à faire de bêtises ? C‘est parfois un problème de survie pour une famille entassée dans quelques mètres carrés avec nombre d’enfants. Je peux citer des exemples. Autre interrogation : quelles animations la commune propose-t-elle à ces jeunes qui pour telle ou telle raison ne peuvent pas rester chez eux ? A tous les jeunes ? Je suppose qu’à Mazamet il y a tout pour se distraire durant les chaudes nuits d’été. Notamment ii y a des Clubs et Equipes de prévention animés par des travailleurs sociaux qui sont mobilisables en soirée.

Une nouvelle fois, dans l’ambiance du moment on dénonce des fauteurs de trouble, on pointe du doigt des personnes (jeunes en l’espèce) qui ne sont pas dans la norme. Et on n’a aucune difficulté à trouver de quoi s’inquiéter et aller dans le sens du poil de la population. Quel électeur va dire que le maire n’a pas raison de vouloir en finir avec ces gamins qui dérangent tout le monde en empêchant souvent le bon peuple travailleur ou non de dormir par leurs cris ou simplement leurs rires ; a fortiori s’ils ne se contentent pas de cela. Mais quelles alternatives propose-t-on à ces familles ? Pourquoi des viles sont-elles mortifères la nuit comme elles sont mortifères le jour ?

Le général de Gaulle disait de la bombe atomique que de s’en servir montrait bien l’échec de l’objectif  de prévention qui lui est assigné ; les arrêtés couvre-feu comme celui de Mazamet signent l’échec ou l’absence d’une politique de prévention et comme il faut un responsable on désigne les parents. Facile, payant à court terme, mais inefficace et coûteux en terme d’image. On peut les multiplier, on n’améliore pas la qualité de vie dans ces quartiers si on en reste là.

21 juin 2009

Genève : la France plus qu’épinglée sur les droits de l’enfant

Le Comité des Experts sur les droits de l’enfant de l’ONU vient donc de noter la copie remise par le gouvernement français sur son respect de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Somme toute ce devoir d’Etat lui est apparu moyen sans plus au regard de que la France revendique comme place dans l’univers des droits humains. On s’y attendait (voir billet 319). 

Il loue et félicite la France quand il le faut mais il sait aussi la critique ; mieux il s’inquiète sur certaines orientations comme cellse prises sur l’adoption ou les reponses à la délinquance des jeunes. L’exercice international veut que l’on soit parfois sévère, quelques fois trop,  à l’égard des pays mieux placés que d’autres pour pouvoir tirer vers le haut ceux qui sont franchement mauvais. Reste que les politiques français ne peuvent pas négliger que notre fond de commerce «Droits de l’homme » s’étiole aux yeux de la communauté internationale. Bref la France peut certainement mieux faire et le Comité ne se cache paspour le lui dire.

Les ONG françaises qui ont fait un gros de vigilence depuis 20 ans et spécialement ont prosuit comme DEI-France un rapport alternatif au rapport du gouvernement français, peuvent se rejouir d’être globablement confortées dans leur analyses. Elles ont quand même un goût amer en mesurant le fossé qui existe entre les interpellations orales du 26 mai dernier et les critiques souvent plus douces developpées dans le document final rendu public le 11  juin.

Ainsi on n’y retrouve pas la suggestion de faire profiter les mineurs étrangers isolés du bénéfice du doute quant à leur âge plutôt que de continuer à utiliser des tests peu fiables comme “l’examen osseux”. Il  n’est plus question de signaler les pénuries de places, ni de suggérer un service public d’accueil pour la petite enfance, ni encore de mettre en place un plan santé jeunes. Le Comité n’a pas non plus trasncris par écrit son inquiétude face à la tendance généralisée, notamment dans l’école,  d’opposer les devoirs des enfants à leurs droits comme si ceux-ci posaient problème aux adultes. Le Comité ne reprend pas en détail toutes les préoccupations et préconisations des ONG en matière de justice pénale. Disparue aussi la question d’un membre du Comité le 26 mai sur les ventes par la France d’armes légères aux  pays où des enfants soldats sont enrôlés.

On mettra ces manques et lacunes sous le regitre de la diplomatie. Le Comité n’a pas voulu trop charger la barque.

Dans un document beaucoup plus long qu’en 2004  et très équilibré,  il réitère à la France ses observations de 2004, relativement générales mais dont une bonne partie n’a pas été suivie d’effets, en même temps qu’il les complète avec de nouvelles observations actualisées, bien spécifiques au cas de la France et parfois très précises dans un certain nombre de domaines.

Je recommande de lire ces Observations et Recommandations sachant que nous ne disposons aujourd’hui que de la version en anglais, la traduction en français étant officieuse.

Je me propose sur quelques jours de les commenter chapitre par chapitre  pour mettre en relief sachant que sous peu DEI-France rendra public un commentaire developpé de ce document qui nous permet de voir comment la France est jugée internationalement sur le respect de ses engagements.

Je m’attacherai au jourd’hui aux principes.

Sur les principes généraux 

Les experts ont été sensibles à la venue d’un ministre  - Mme Nadine Morano -  à la tête d’une forte délégation interministérielle et de disponibilité de cette délégation ce qui tranchait avec le précédent de 2004. Les conseils formulées il y a quelque semaines par les ONG qui avaient été choquées en 2004 de la tenue de la delégation française ont donc été suivies. Comme français on s’en rejouira. Pour autant, oralement, les experts n’ont pas caché en fin d’audition avoir été surpris par le peu d’autocritique des representants français.

Autre remarque transversale il note également que si la France a fourni des informations sur les Départements et Territoires d’Outre-mer  ces informations ont été présentées dans une annexe et ne suive pas les directives générales concernant la forme et le contenu des rapports périodiques. Point par point le Comité ne manquera pas de rappeler dans ses observations combien la situation dans les DOM-TOM ne peut pas être escamotée. Bref, la France n’est pas que métropolitaine

Plus fondamental : le Comité ne cache pas qu’il doute que la France, et notamment ses pouvoirs publics d’Etat, ait vraiment le soouci de la prise en compte des droits des enfants. La critique, on le concédera, est majeure. Le Comité l’illustre précisément et avance des préconisations pour inverser cette logique.

Tout simplement le Comité est choqué que la France face aussi peu cas de ses Observations et Recomandations précédentes :

 

« Recommandations antérieures du Comité 
6. Le Comité regrette que certaines des préoccupations et recommandations (CRC/C/15/Add. 240) à l’issue de l’examen du deuxième rapport périodique de l’État partie aient été insuffisamment prises en compte, notamment celles relatives aux réserves et déclarations à la Convention, l’intégration de la notion de l’enfant comme sujet de droits, l’âge minimum de responsabilité pénale, l’enregistrement des naissances, le regroupement familial, l’adoption internationale, les châtiments corporels, les mineurs non accompagnés et la justice pour mineurs. 7. Le Comité exhorte l’État partie à faire tous les efforts pour répondre à ces recommandations qui ont été partiellement, ou pas suffisamment mis en œuvre à tous, et de fournir un suivi adéquat aux recommandations contenues dans les présentes observations finales dans son prochain rapport périodique. Le Comité exhorte également l’État partie à intégrer le concept d’enfant comme sujet de droits dans toutes les politiques, programmes et projets »
 

1          Il se dit préoccupé de l’absence d’une stratégie globale nationale pour les enfants et d’un plan de mise en œuvre basés sur la Convention au plus haut niveau de l’Etat, ce qui conduit à un manque de considération des droits de l’enfant dans les plans et budgets annuels. Pour ma part je regrette que le gouvernement ou lesparlementaires n’aient pas repris à leur compte la proposition que nous avancions d’un débat sur une loi visant à promouvoir le bien être des enfants. Cette démarche positive aurait permis d’inverser la logique qui aujourd’hui prévaut où les enfants sont victimes comme étant en danger sinon source de danger.

2          Le Comité est également préoccupé du bas niveau de connaissance de la Convention chez les enfants et les adultes et il recommande à l’Etat de renforcer ses efforts pour s’assurer que toutes les dipositions du traité et de ses deux protocoles additionnels soient largement connues et comprises.

 

Diffusion de la Convention, de formation et de sensibilisation
22. Le Comité se félicite de l’État partie, les récents efforts déployés pour faire appliquer l’obligation de formation des professionnels travaillant avec ou pour les enfants sur les principes et dispositions de la Convention, avec un accent particulier sur les enfants à risque. Elle relève également dans les programmes scolaires des modules sur l’éducation des citoyens, y compris les droits de l’homme. Néanmoins, le Comité est préoccupé par le faible niveau de connaissances sur la Convention parmi les enfants et les adultes. 23. Le Comité recommande à l’État partie d’intensifier ses efforts pour faire en sorte que toutes les dispositions de la Convention et ses deux Protocoles facultatifs sont largement connues et comprises par les adultes et les enfants sur l’ensemble du territoire de l’État partie. 

3          Les experts recommandent à l’Etat de renforcer une coopération active et systématique avec la société civile, notamment avec les ONG et les associations d’enfants, pour la promotion et la mise en œuvre des droits de l’enfant y compris leur participation à l’élaboration des politiques et des projets de coopération. Il demande que les ONG soient enfin associées au suivi des observations finales du comité qu’à la préparation du prochain rapport périodique demandé pour septembre 2012. La critique est sévère sur ce qui s’est passé ces dernières années, mais elle est juste. L’Etat a fait cavalier seul. Aucune vraie consultaiton pour l’élaboration du rappport, pas de démarche sur le suivi des précédentes Recommandations de 2004. Je peux attester que la présidence de la République ne repondait même pas aux interpellations qui lui étaient faites par DEI-France.

4          Le Comité réitère sa recommandation de 2004 et demande instamment à la France de créer un organisme chargé de coordonner l’ensemble de la mise en œuvre de la Convention et de ses deux protocoles additionnels visant à éliminer les différences de traitement et les discriminations en lui donnant un mandat clair et ennlui allouant des moyens humains et financiers adaptés.

 

(…) « Toutefois, il reste préoccupé par le manque de coordination entre le national et le niveau départemental, y compris les Départements et Territoires d’Outre-mer. « 

Les responsabilités sur l’enfance sont désormais largement partagées en France entre la sphère prive (la famille dans toutes ses formes) et la sphère  publique (Etat, colectiviéts locales). Il faut concerter et rechercher une cohérence tant au plan local que national.

Il recommande la création de délégations parlementaires aux droits de l’enfant dans les deux assemblées. On sait que l’initiative de Dominique Paillé sur ce point durant la dernière législature est restée bloquée au parlement : seule l’Assemblée nationale  l’a votée.

 

« 13. Le Comité réitère sa recommandation précédente, en exhortant l’État partie à créer un organe de coordination générale de la mise en œuvre de la Convention et ses deux Protocoles facultatifs entre le national et le niveau départemental, y compris les Départements et Territoires d’Outre-mer, en vue de réduire et d’éliminer toute possibilité de disparité ou de discrimination dans la mise en œuvre de la Convention et ses deux Protocoles facultatifs et de faire en sorte que les ressources humaines et financières suffisantes seront allouées et un mandat clair soit établi à cet organe de coordination. Il recommande en outre la création d’une commission des droits de l’enfant à la fois au niveau du Parlement. »

Tout bonnement le Comité appelle à une politique de l’enfance.

 

Stratégie nationale et du Plan d’action
14. Le Comité se déclare préoccupé de l’absence d’une stratégie nationale globale pour les enfants et d’un plan national pour sa mise en œuvre, sur la base du cadre de la Convention et approuvé au plus haut niveau du gouvernement. Le Comité est également préoccupé par le fait que ce résultat traduit le manque de considération des droits de l’enfant lors de l’élaboration des plans annuels, ainsi que pour l’ensemble de la planification et de budgétisation par le gouvernement.

5          Lex Experts internationaux saluent le rôle important joué par le Défenseur des enfants et la CNCDH dans la mise en œuvre des droits de l’enfant. Il note en particulier le mécanisme de plainte auprès de la Défenseure et le rôle de conseil de la CNDH sur la législation. Il regrette cependant que ces deux organismes ne soient pas habituellement consultés sur les projets de loi. Il souhaite que les moyens nécessaires au Défenseure pour fonctionner lui soient alloués.

6          Le Comité, s’il accueille favorablement l’alignement de la Cour de Cassation sur le Conseil d’Etat, se dit préoccupé du nombre limité de dispositions de la Convention reconnues comme ayant un effet direct. Il recommande à l’Etat de continuer à prendre toutes les mesures pour que la Convention dans son intégralité soit directement applicable – telle était déjà la recommandation de la Mission parlementaire sur les droits de l’enfant présidée par Laurent Fabius en 2000 - et que toutes les dispositions puissent être légalement invoquées par les individus et appliquées par les juges dans toutes les procédures, administratives et judiciaires.

7          Enfin le Comité recommande l’établissement d’un système national harmonisé de collecte et d’analyse de données, ventilées dans tous les domaines de la Convention et de ses  deux protocoles afin d’évaluer les progrès dans la réalisation des droits et aider à la conception de politiques globales en direction des enfants et de leurs familles et faciliter la promotion et la mise en œuvre de la Convention.  

Il recommande à l’Etat d’entrer seulement des données anonymes dans ces fichiers et de réguler par la loi l’utilisation des données collectées en vue d’éviter toute dérive dans l’utilisation de l’information.

Bref, les Experts dénoncent le scientisme des pouvoirs publics français qui eùpêche de mesurer les progrès accomplis et les moyens réellement mobilisés.

On peut tenir ces Observations et Recommandations secondaires. On aurait tort. La Convention relative aux droits de l’enfant est un traité fondamental sur les droits humains. Il est applicable sur quasiment toute la planète. Manquent seulement à l’appel les USA et la Somalie. Il est contraignant et offre un vrai projet de société. La demarche pour promouvoir sa mise en œuvre n’est pas coercitive mais se veut pédagogique. A condition de respecter quelques règles du jeu démocratique. Déjà de ce point de vue la France dispose d’une marge de progression si elle entend être une référence planétaire.

 

20 juin 2009

Enfants étrangers isolés : (rare) gag

Les enfants qui arrivent quotidiennement  à nos frontières sans être accompagnés sont rarement prétexte à rire, ni même à sourire, même s’ils sont porteurs de vie. Souvent meurtris dans leur pays et soucieux d’échapper aux persécutions qu’ont supporté nombre de membres de leur famille, certains y succombant ou ayant disparu à jamais ;  tout simplement cherchant à échapper à la pauvreté dans laquelle ils vivent et à laquelle ils sont voués, leur histoire est souvent lourde.   A Paris les jeunes Afghans sont aujourd’hui présents en masse ; encore aujourd’hui il y a tous ces jeunes Chinois qui arrivent par flots ; à Bobigny, nombre d’adolescents arrivent du Mali après avoir suivi le parcours qu’on nous décrit dans les médias avec ce long et dangereux voyage en embarcation bondée dans l’Atlantique. Ce sont les survivants de l’équipée. L’Europe, sinon la France, sont leur eldorado. Ne sachant généralement ni lire ni écrire, ils disposent de 4 ou 5 ans – en tout cas avant leurs 21 ans -pour suivre une formation, trouver un employeur et disposer d’un domicile et bien sûr d’un  titre de séjour régulier. Le petit miracle est que régulièrement le pari est tenu, mais il aura fallu beaucoup d’huile de coude et de chance.

Dans ce contexte je viens de vivre une histoire qui sans rien ôter à toutes les autres a de quoi dérider le plus sombre des juges ou des travailleurs sociaux.

Ce Ahmed – son nom est modifié – âgé de 17 ans et très décontracté que j’ai en face de moi n’a de cesse,  via l’interprète qui l’assiste que de me demander à rentrer chez lui. C’est déjà exceptionnel même si cela arrive de temps en temps comme ces enfants qui il y a quinze jours insistaient pour rejoindre leur père en Roumanie et que nous avons fait raccompagner pour répondre à leur attente.

Ahmed est arrivé à Roissy voici deux ou trois semaines en demandant l’asile politique. Il s’est présenté à la PAF sous le nom de Mouloud  N. en provenance de Somalie. Il a déclaré avoir détruit ses papiers dans l’avion. Il voulait fuir des persécutions dont sa famille était la victime.

Placé dans un premier temps en rétention dans la zone d’attente de Roissy les pouvoirs publics français ont rapidement instruit son dossier et, oh bonheur !, pris en compte sa demande dans la mesure où ils ont cru son récit. Mouloud a donc obtenu l’asile politique. Il est donc sorti de la zone d’attente et immédiatement et en urgence il a été confié par le procureur de la République à l’Aide sociale à l’enfance.  Compétent sur les enfants sans domicile, je devais le recevoir quelques jours plus tard pour décider de son orientation.

Et là au bout de quelques jours, patatra  : le jeune demande à se confier aux éducateurs. Il ne s’appelle pas Mouloud, mais Ahmed, il n’est pas somalien, mais yéménite. Il a bien détruit ses papiers dans l’avion comme on le lui avait conseillé afin de brouiller les pistes. Il raconte le fin fond de l’histoire : son arrivée en Europe est le fruit d’une « mauvaise blague » de ses copains qui lui avaient fait croire qu’en France il ferait fortune et deviendrait quelqu’un.  Il fallait pour cela obtenir le droit d’y séjourner, d’où l’idée de se faire passer comme somali compte tenu de l’ambiance qui règne dans ce pays et des difficultés pour vérifier quoi que ce soit. Comment a-t-il réuni les fonds pour venir ? Mystère. En tout cas, après quelques jours en zone d’attente et un temps à l’ASE, il commençait à comprendre qu’il y avait loin de la coupe aux lèvres avant d’être riche et puissant en France. Alors il fallait arrêter les frais. Il demandait donc à revenir chez lui. Entre-temps il avait téléphoné à sa mère et appris que celle-ci déjà malade  était désormais hospitalisée à l’idée de le perdre. Il fallait revenir et vite.

De fait les éducateurs de l’ASE qui ont pu joindre la mère avec l’aide de l’interprétariat téléphonique obtenaient confirmation. L’histoire – au moins dans ses grandes lignes – est vraie et la maman demande bien le retour de fiston.

Reste à organiser le voyage de retour. Plus facile à dire qu’à faire quand on ne dispose pas de papiers. Les autorités yéménites de France demandent la preuve que leur ressortissant est bien celui qu’il dit être. Alors les copains restés au pays sont à nouveau mobilisés pour trouver un acte de naissance puisque les papiers ont été détruits dans l’avion lors du voyage aller. Cela ne devrait pas tarder lui a-ton dit.

Une fois un laisser-passer acquis on mobilisera l’Agence française pour le raccompagnement des mineurs qui organisera le voyage retour et veillera à ce que Ahmed-Mouloud soit remis à sa maman qui lui dira alors ses quatre vérités.

Reste que ce n’est pas tous  les jours que j’ai un réfugié politique qui demande à retourner chez lui et qui me remercie de le faire repartir. Un instant un peu drôle dans une journée qui le fut moins avec les cas classiques d’enfants étrangers isolés

PS : A partir de demain je me propose de commenter les Observations et Recommandations présentées le 11 juin dernier par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU à la France suite de son rapport sur l’application de la convention internationale sur les droits de l’enfant. C’est saignant !

 

11 juin 2009

Nous sommes coupables d’aide au séjour d’étrangers

Une femme est poursuivie devant le tribunal correctionnel pour aide au séjour irrégulier d’un étranger. Elle a accueilli plusieurs semaines ou mois un jeune afghan de 16 ans. Allons-nous être poursuivis comme magistrats pour veiller à l’accueil à travers les services sociaux publics et privés de 5000 de ces enfants ? On sait que nombreux aujourd’hui militent pour que soit aboli cet article L 622-1  du code du séjour des étrangers qui incrimine ceux de françaises et des français qui, par pure solidarité, viennent en aide à des personnes certes en situation irrégulière au regard du séjour, mais d’abord ici et maintenant en grande souffrance faute de disposer d’un toit et de quoi survivre dignement.  

J’en rappelle les termes essentiels :  « Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros. Sera puni des mêmes peines celui qui, quelle que soit sa nationalité, aura commis le délit défini au premier alinéa du présent article alors qu’il se trouvait sur le territoire d’un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 autre que la France. Sera puni des mêmes peines celui qui aura facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger sur le territoire d’un autre Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990. Sera puni de mêmes peines celui qui aura facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger sur le territoire d’un Etat partie au protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer, additionnel à la convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, signée à Palerme le 12 décembre 2000. (…) M. Besson, ministre en charge du sujet, nous a assuré ces dernière ssemaines qu’il ne fallait pas s’inquiéter devant un texte qui ne visait tous comptes faits que les participants de filières. En toute hypothèse, nous disait-il, pas de risque de poursuites pénales à l’encontre des auteurs d’acte de pure solidarité.  

Les faits sont là, quasi quotidiens,  qui démentent cette assertion, et le summum me semble atteint avec la poursuite du jour engagée dans une ville du grand sud-ouest dont j’avoue avoir zappé le nom dans le propos de Jean Michel Apathie développé dans le Grand journal de Canal +  du 10 juin. D’évidence avant d’être un enfant ce jeune afghan de 16 ans est d’abord tenu pour un étranger par les pouvoirs publics français.  

On aurait du féliciter cette femme pour être venue en aide à un enfant à la rue isolé en France, sans parents pour le protéger, d’ailleurs sont-ils même vivants ? Au lieu de cela, on veut la condamner pénalement et je rappelle qu’elle risque 5 ans de prison.  Faut-il rappeler au passage que dans notre droit les enfants c’est-à-dire  les personnes de moins de 18 ans, ne sont pas expulsables. En d’autres termes cet enfant n’a peut être pas de titre de séjour, mais pour autant il ne peut pas être reconduit à nos frontières. Le séjour de ces enfants n’est pas irrégulier, au plus il n’est pas régulier. A mon sens l’infraction ne tient pas. 

En tous cas  de  nombreux tribunaux considèrent comme des enfants en danger ces 5000 enfants qui chaque année sont découverts en France sans titre de séjour régulier ou se présentent à nos frontières sans papiers. Généralement le procureur de la République, hiérarchisé au ministre de la justice,  saisit le juge des enfants pour qu’on lui vienne en aide ; parfois lui-même prend des mesures provisoires de protection qui s’imposent. Le juge reçoit ensuite le jeune et le confie à l’Aide sociale à  l’enfance du département qui depend du président du conseil général ou à la PJJ, parfois à la Croix Rouge ou à des personnes tenues pour dignes de confiance qui sont indemnisées sur fonds publics pour leur aide. Plus tard d’autres juges délégueront la tutelle ou l’exercice de l’autorité parentale au conseil général ou à une personne donnée. Au fional nombre de ces enfants devenus adultes seront régularisés par le preefet et feront de bons petits français par déclinaison de la nationalité française ou par naturalisation.

J’ai ainsi à connaître de 500 de ces enfants chaque année et ce depuis une bonne dizaine d’années dont des afhans de 16 ans et pleind ejeunes chinois, maliens, roumains, pakuistanais, etc. Bref ils sont aujourd’hui de 56  nationalités.

Je n’oublie quand même pas que dans le même temps la Police des Frontières refoule un lot conséquent d’enfants arrivés seuls à la lisière de notre territoire sans qu’ils aient toujours la possibilité de faire valoir leur droits (conf. mes posts antérieurs sur le sujet) Pour en revenir aux poursuites pénales engagées contre cette brave dame, si l’on pousse le bouchon, avec le parquet qui me saisit, l’aide sociale à l’enfance de la Seine Saint-Denis et le LAO de Taverny de la Croix rouge qui m’apportent leur aide, je suis coupable d’aide au séjour irrégulier. 

Avec toutes les « petites mains «  qui nous secondent,  nous devrions être poursuivis, M. le procureur de Bobigny, M. le président du Conseil général de la Seine Saint-Denis et M. le président de la Croix Rouge française. M. le procureur de la république de Bobigny va-t-il s’autopoursuivre ou poursuivre ses substituts ?  Pour le coup, elle est loin la France qui se proclame la patrie des droits de l’Homme, sinon des droits de  l’enfant. Qu’on ne s’y trompe pas cette affaire n’est pas une boulette. Nombre d’associations et de professionnels le dénoncent de longue date : avant d’être des étrangers les  jeunes personnes que nous avons à prendre en charge parce qu’elle arrivent seules à nos frontières sont d’abord des enfants et la République est loin de les traiter comme telles. Par exemple si avant 13 ans on les retient à l’hotel avec des personnes vouées spécifiquement à les protéger, à 13 ans alors qu’elles sont loin d’être majeures elles sont mélangées avec les adultes. Et de ce fait la France viole la Convention internationale sur les droits de l’enfant. 

Mine de rien, poursuivre cette femme et ce que je n’ose penser, pour les raisons développées ci-dessus, la condamner, c’est s’attaquer à la générosité française que par ailleurs est brandie au Conseil de Sécurité de l’ONU comme notre fond de commerce.

Dans des périodes plus tendues de notre histoire future cette jurisprudence pourrait même nous revenir en boomerang comme nous reviendra en retour de flamme le fait de vouloir interdire aux gens de manifester le visage masqué. Bien évidemment, manifester le visage dissimulé est d’autant plus désagréable aujourd’hui que ceux qui déambulent ainsi dans des manifestations sont souvent des futurs casseurs de fins de manifs. Reste qu’un jour, nous les démocrates, nous serons peut être obligés de manifester le visage couvert contre un pouvoir réellement oppressif qui sera trop content de nous opposer cette législation mise en place par ses prédécesseurs « démocrates ».  

On l’aura compris je suis profondément choqué par les poursuites engagées contre cette dame pour aide au séjour irrégulier. Il y a des limites qu’on ne serait franchir sans les dépasser, et là la coupe est pleine. Je veux bien qu’on nous parle de bavure, mais je n’y crois guère. Je suis prêt à témoigner en sa faveur surle fait que comme professionels mandatés par la loi nous ne faisons rien d’autre que ce qu’elle a fait come militante d’une certaine idée de la France au bénéfice de ce jeune afghan “mineur non accompagné ” présent en France

 

L’actualité des droits de l’enfant
Par Jean-Pierre Rosenczveig, président de DEI-France et du tribunal pour enfants de Bobigny 26 avril 2009

Pour la troisième fois depuis 1989, le 26 mai prochain la France passe « en jugement » devant le comité des experts de l’ONU pour rendre compte de son respect de la Convention internationale sur les droits de l’enfant dont on fête cette année les 20 ans.
Le rapport de la France a fait l’objet d’un examen attentif du Comité qui a entendu en février dernier les organisations non gouvernementales, dont DEI-France, et le Défenseur des enfants. DEI-France notamment  a remis un imposant rapport intitulé «Droits de l’enfant en France : au pied du mur » où l’on salue les avancées intervenues ces dernières années (par exemple, la loi sur le handicap de 2005), mais on s’inquiète de la disparition de la dynamique qui un temps a pu exister en faveur des droits des enfants. Aujourd’hui les enfants font peur ; on parle plus de leurs devoirs que de leur droits ; en outre, on retrouve un discours d’appropriation de l’enfant quand depuis peu on parlait enfin de l’enfant en tant que personne.
Certains projets annoncés comme devant venir rapidement à échéance sont préoccupants.
Ainsi, dans le même temps où est affirmée haut et fort la revendication d‘un droit à un enfant - par l’adoption ou les procréations médicalement assistées avec donneur -  l’intention est de faciliter l’adoption des enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance au risque de réduire le temps nécessaire pour travailler les relations parents-enfants et garantir le droit de l’enfant à vivre dans sa famille. En partant d’une fausse représentation - les 23 000 enfants confiés chaque année par les juges à l’ASE seraient délaissés par leurs parents - le risque est majeur de mettre à bas la protection de l’enfance pour une poignée d’enfants de plus donnés à l’adoption.
Dans le même temps, dans la foulée du rapport Varinard qui a répondu pour l’essentiel à la commande gouvernementale, on entend réécrire le droit pénal des enfants pour privilégier la sanction. Partant là encore d’une fausse analyse de la réalité – une prétendue défaillance de la justice et du travail social quand chacun sait que justice et action sociale n’ont pas disposé des moyens qui leur étaient nécessaires et qu’ils n’ont pas à rougir des résultats obtenus – on veut faire en sorte qu’un jeune soit désormais jugé vite, donc sur ce qu’il a fait et sur ce qu’il était. Le nouveau code de la  justice pénale des mineurs qui circule  colle à ces conclusions et dessine une autre justice pour les plus jeunes.
Pendant ce temps la loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance met du temps à développer ses effets. Les pouvoirs publics ont tardé à prendre les décrets d’application qui s’imposaient et le plus important, le décret financier, n’a toujours pas été publié. Sur le terrain les services se hâtent lentement devant une réforme qui est exigeante et doit impacter les pratiques professionnelles. Sans compter les difficultés résultant des instructions contradictoires données sur l’échange d’informations dans les deux textes législatifs adoptés le 5 mars 2007.
Il serait pourtant temps, comme le propose DEI-France, d’inverser la logique en affirmant, à l’échelle nationale mais pourquoi pas européenne, un projet pour l’enfance avec des objectifs majeurs sinon des utopies d’où découleraient ensuite des politiques très concrètes et proactives ; au lieu de cela, s’agissant de l’enfance, on est en défense : on se protège des enfants, on les protège contre certaines agressions de la société – mais peut-être pas celles qui compromettent le plus leur bien-être.
Le temps du débat est à nouveau ouvert, avec les trois sujets d’actualité évoqués ci-dessus, mais aussi dans les évolutions préoccupantes en matière d’éducation ou dans les débats sur la révision des lois sur la bioéthique. Des choix devront être opérés entre 3 approches qui s’affrontent : droit de l’enfant, droit sur l’enfant, droit à l’enfant. Pour DEI, ces choix sont clairs : la seule approche juridiquement reconnue et qui doit être privilégiée est celle des droits DE l’enfant.

 

Le nouveau code de la justice pénale des mineurs : dégâts limités

On l’attendait ; on nous disait qu’il n’existait pas, mais finalement le voilà en version datée du 30 mars et en document de travail non définitif : le futur code de la justice pénale des mineurs pointe son nez. Dans le calendrier annoncé après le dépôt le 3 décembre 2008 du rapport de la commission présidée par le recteur Varinard il devait être adopté par le conseil des ministres en mars 2006 et débattu au parlement avant l’été. Qui plus est, on annonçait le recours à la procédure d’urgence ce qui pour le coup était préoccupant et choquant pour une réforme présentée comme fondamentale et intéressant profondément  la société.
On regrettera dans le document qui circule l’absence d’exposé des motifs qui aurait permis de justifier telle ou telle disposition.
Une première lecture rapide pourrait laisser à penser que ce texte colle pile-poil avec le rapport Varinard. Un copié-collé pourrait-on dire même.
En effet on y retrouve les préconisations majeures développées dans Varinard à une près … essentielle : plus question de créer ce tribunal correctionnel pour mineurs qui aurait à juger les 16-18 ans réitérants ou récidivistes et les devenus majeurs pour les faits commis le temps de leur minorité. Apparemment les arguments développés sur l’anticonstitutionnalité probable de ce dispositif ont fait mouche. On se souvient même que le projet initial voulait que l’on abaisse la majorité à 16 ans
Ce tribunal type Varinard aurait été présidé par un juge correctionnel classique assisté d’un juge des enfants, rien n’interdisant qu’il y en ait deux, sinon les difficultés dans beaucoup de tribunaux de trouver deux juges disponibles pour cette activité en plus des autres. En tout cas, ce tribunal destiné à faire preuve à l’égard des presque majeurs de toute la fermeté à laquelle les adultes sont voués ne répondait pas à l’idée élevée au rang  de principe constitutionnel qui veut qu’une spécificité de juridiction soit garantie aux moins de 18 ans.
Outre que ce tribunal new look collait mal avec l’objectif de simplification, il risquait d’être purement et simplement retoqué. Dans le document que la Chancellerie laisse circuler il n’en serait plus question. Voilà une excellente nouvelle. Réjouissons-nous tout en faisant preuve de la plus extrême prudence. Bien évidemment rien n’est définitivement joué.
En revanche, le tribunal pour mineurs peut juger à juge unique. Exit les assesseurs sauf pour les affaires où il y a mandat de dépôt ou si la peine encourue est supérieure à 5 ans mais encore  quand le juge des enfants l’estimera nécessaire. Résultat il va falloir prévoir un double audiencement: le Tribunal pour mineur à juge unique et en parallèle le tribunal avec ses assesseurs. Usine à gaz et nouvelle cause de retard prévisible dans le jugement des procédures. Bonjour le tableau d’organisation.
Au passage bien sûr les assesseurs censés représenter cette société civile qu’il faut mobiliser sont réduits à la portion congrue. Le juge siégeant seul ne pourra pas dépasser une peine de 6 mois ferme et sans exécution provisoire. Ouf !

Pour le reste nos interrogations et nos critiques restent malheureusement d’actualité.
Déjà le fait de consacrer un code à la justice pénale des mineurs quand, quitte à codifier, il eut fallu aller vers un code des droits des enfants.
Il fallait déjà un code qui aille largement au-delà du droit pénal et touche à tous les aspects du statut de l’enfant.
Plus fondamentalement on substitue le mot « mineurs » à « enfants » alors que notre droit consacre l’enfance comme séquence de vie avant la majorité, que le texte international majeur qu’est la Convention internationale de New York du 20 novembre 1989 vise les droits des enfants. Bref, on le relevait ici en analysant le rapport Varinard, on entend lutter contre la compassion qu’inspirent les enfants pour permettre la saine répression qu’appellent les mineurs qui violent la loi. En substituant mineurs à enfants, on n’est pas que dans les mots malgré ce que tentait de démontrer la commission Varinard. Le gouvernement s’aligne.
Avec ce texte on est loin au fond de l’esprit développé par l’ordonnance du 2 février 1945 même si, paradoxalement, on fait en sorte de ne pas rompre quand, par exemple, on affirme que le but de toute réponse pénale est éducatif. Cela rappelle fortement l’esprit, sinon le texte, de l’article 2 de l’ordonnance actuelle.

En vérité, le changement de focus est contenu dans le titre de la loi.

En 1945 on a fait un texte sur l’enfance délinquante ; là on fait un texte sur la justice pénale des mineurs. Au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale la France voulait s’appuyer sur sa jeunesse, sur toutes sa jeunesse, y compris celle qui  était en difficulté au point d’être en conflit avec la loi ; la France d’aujourd’hui a peur de sa jeunesse et entend se défendre à travers sa justice. Plus question de consacrer le droit à l’éducation des enfants mais d’éradiquer le crime par la sanction. Conséquence il était proposé et il est retenu de supprimer l’idée même de mesures éducatives. On sanctionnera éducativement ou on punira.
Quand on lit le texte on a l’impression d’un déjà vu. Pour l’essentiel, il s’agit d’une reprise de l’ordonnance de 1945 dans un langage plus direct, parfois qui relève plus d’une circulaire que d’une règle juridique, mais passons.

La révolution se trouve dans deux dispositions noyées dans la masse.

L’une qui vise à permettre au parquet de saisir directement toutes les juridictions, donc de se passer de la phase de l’instruction ; l’autre qui déclare les enfants de moins de 13 ans comme non susceptibles de faire l’objet de poursuites pénales.
1                    Il faut être très au fait du droit pénal des enfants pour voir cette subtilité majeure qui veut que désormais le parquet, grand maître du temps devant l’Eternel, peut faire en sorte de faire juger immédiatement rapidement voire en urgence un jeune en se passant de la phase de l’instruction qui aujourd’hui sert grâce à l’action sociale  à transformer l’intéressé.
On est actuellement systématiquement jugé sur ce qu’on a  fait ou pas fait, sur ce qu’on était à l’époque des faits, mais aussi sur ce qu’on est devenu. Le juge dispose ainsi d’un levier pour créer une dynamique du changement : « Je tiendrai compte de ce que tu es devenu et de tes efforts pour changer ». Avec le nouveau texte on entre dans une justice à l’acte et donc dans la méconnaissance de la réalité de la délinquance d’un jeune : quand il commet un délit, il en commet dix ; il faut changer ses conditions de vie et ce n’est pas la menace d’une punition à laquelle il ne croit pas qui fera quoi que ce soit.

2             La deuxième originalité tient au fait que les moins de 13 ans ne seront pas poursuivis en observant au passage que le même âge est retenu pour le discernement et pour l’incarcération. Il n’y a donc plus cette gradation que nous avons jusqu’à présent quand Rachida Dati motivait son idée de reforme par ce souci. Bref on l’avait et la ministre le voulait ; la ministre veut l’avoir et la supprime ! Comprenne qui pourra 
En tout cas avant 13 ans on ne poursuit plus. Le code n’évoque pas des mesures que pourrait prendre le maire : différence notable par rapport aux préconisations Varinard qui appelait les maires à se doter de structures contenantes ; là encore devant les remous suscités par cette idée on s’en réjouira.
En revanche, le procureur devient un petit juge des enfants. Il peut prendre quelques mesures à caractère médical ou éducatif et si cela ne marche pas il pourra saisir le juge des enfants en assistance éducative. Il serait plus simple de dire que s’il fait le constat d’un soutien éducatif il saisit le juge des enfants. Après tout le général de Gaulle n’a rien proposé d’autre en 1958 avec le texte sur l’assistance éducative.
Le jeune de moins de 13 ans ne pourra pas être condamné pénalement mais il pourra être poursuivi et condamné avec ses coauteurs sur le plan civil à indemniser la victime et entre temps il aura supporté l’intervention du parquet. Là encore une belle usine à gaz.

Un texte inachevé

Le document prend la précaution de dire qu’il ne tient pas compte des conclusions du rapport Léger sur l’instruction, mais d’évidence il intègre la réforme. Exit le juge d’instruction pour les affaires criminelles ou les affaires complexes. En d’autres termes c’est le parquet qui gérera.

D’une manière générale ce texte consacre un véritable basculement : le personnage central de la justice pénale des mineurs devient le procureur de la République au nom de l’ordre public. Il gère le dossier de personnalité du jeune, il est informé de tout incident sur mesure éducative, il décide des poursuites, il peut lui-même condamner (la composition pénale apparaît plus que jamais comme une super usine à gaz avec perte de temps  et d’énergie pour une valeur ajoutée nulle) … sous contrôle du juge. C’est bien évidemment lui qui donne le tempo judiciaire et choisit le type de procédure en fonction de ce qu’il en attend.
On est loin du  temps où le juge des enfants pouvait tricoter une réponse pour garantir le droit à l’éducation. C’est bien l’ordre public qui devient la référence.
Au total on sent bien que ce texte est inachevé. Il y a des répartitions et des scories. Sa tonalité est bien dans le registre de la réduction de la délinquance d’un jeune et non plus du projet éducatif. Mis à part la lisibilité supérieure par rapport à ce qu’était devenue après 45 liftings l’ordonnance de 1945, je maintiens que les dispositions majeures adoptées ne s’imposaient pas.
Je redis en direction de ceux qui ne seraient pas des habitués de ce blog que l’enjeu moderne est moins de changer la loi que de nous donner les moyens de l’appliquer comme le disait déjà une commission sénatoriale en 2002. L’option retenue transforme radicalement la justice des enfants sans effet bénéfique pour la protection de la société : les juges des mineurs seront convoqués par le parquet pour juger des actes commis par de jeunes personnes ; exit le cabinet actuel du juge ders enfants qui prend en charge sur la durée un lot de jeunes en “conflit avec la loi”.
La Chancellerie a su entendre la commission sur certains points, les critiques extérieures sur d’autres ; elle est dans la bonne voie. Elle peut encore mieux faire en nous proposant un dispositif modernisé, mais pas transformé. On peut rêver. En attendant il va falloir convaincre qu’il y a quand même un changement de posture préoccupant et gommer les aspérités les plus importantes.
Ce texte n’a pas encore été adopté en conseil des ministres. Il peut changer. Et puis dans la procédure parlementaire tous les coups seront permis pour muscler encore ce code. La vigilance s’impose.


Un juge réprimandé pour l’exemple ?

Le passage au CSM de Fabrice Burgaud ne manque pas de dérouter. Laissons de côté cette histoire invraisemblable qui voudrait que l’un des membres du CSM ait eu à connaître de l’affaire pénale en siégeant dans une juridiction qui avait refusé la mise en liberté de l’abbé Wiel. Il est incroyable que l’on découvre ce fait une fois la décision à peine prononcée alors que ce point risque d’ouvrir une possibilité d’annulation de la procédure disciplinaire.

En tout cas cette bévue ne manquera pas d’être mise au débit d’une justice déjà sacrement interpellée sur son fonctionnement sur l’affaire d’Outreau et devant une proposition de sanction qui laisse pantois et ne satisfait personne. La Chancellerie est désavouée qui demandait une suspension d’un an ; la défense attendait purement et simplement la relaxe. Et puis il y a tous ceux qui tenaient pour la responsabilité de Fabrice Burgaud surtout après sa prestation devant la Mission parlementaire. Ceux-là trouvent ridicule « la réprimande avec inscription au dossier » finalement retenue. Des personnes raisonnables sont choqués de la faiblesse de la punition comme le député Valini, président de ladite Mission parlementaire sur l’affaire d’Outreau ne cachait pas ce samedi matin sur Europe 1 qu’il fallait sanctionner bien plus sévèrement et que le CSM avait fait preuve de corporatisme.

Bref, la justice ne sort pas gagnante de cette dernière séquence.

Il est hors de question pour moi de me faire juge des juges disciplinaires. Je ne connais pas le dossier mieux qu’un français et observateur moyen. Tout au plus comme professionnel de la justice et de l’enfance je peux essayer de réfléchir à voix haute pour tenter de clarifier ce qui est somme toute brumeux et peut être ainsi partiellement contribuer à faciliter la réflexion.

J’entends que pour beaucoup le magistrat qui a joué un rôle clé dans cette affaire devait être sévèrement puni. Une simple réprimande fait sourire jaune.

Indéniablement l’affaire dite d’Outreau est l’histoire d’un gros gâchis avec des hommes et des femmes au final durement et injustement frappés dans leur chair et leur vie. Pourtant on ne peut pas réagir qu’à l’émotion au risque de tomber dans les panneaux que l’on dénonce soi-même. L’enjeu est trop important.

Raisonnons.

Certes au risque de choquer, mais je demande à chacun de se maîtriser en s’attachant aux mots utilisés, la justice a finalement bien fonctionné. Elle a sanctionné sévèrement ceux qui étaient coupables et acquitté ceux contre qui des charges n’ont pas pu être retenues. Je rappelle qu’il faut des preuves de culpabilité pour condamner. Les condamnés de la première instance ont été acquittés en appel sous la présidence d’Odile Mondineu dans un procès tenu pour exemplaire même s’il s’est déroulé sous la pression de l’opinion relayée par une certaine hiérarchie judiciaire. Dire cela n’est pas gommer un seul instant la violence de ce qui a été vécu par ceux qui ont été incarcérés et par leurs proches. Je n’oublie pas que l’un, plus fragile que les autres, a craqué et n’en est pas revenu.

Indéniablement la personnalité du juge en charge de l’instruction aura été particulièrement marquante pour les uns et les autres. Il en aurait été ainsi de n’importe quel juge dans ce type d’affaire appelé d’entrée de jeu à prononcer des mises en examen et à saisir le JLD pour incarcération. Je rappellerai ici que même les avocats de la défense de l’époque ne contestaient pas que les incarcérations provisoires s’imposaient en l’état du dossier. Ne parlons pas de la presse qui a mis du temps à se retourner en faveur des mis en examen.

Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que le doute s’est installé chez certains. Je suis personnellement convaincu que ce qui a sauvé ces gens c’est d’avoir été aussi nombreux à être innocents.

Reste qu’il est évident que Fabrice Burgaud par sa manière de gérer ce dossier difficile, par sa personnalité et par son attitude générale a considérablement choqué. Il a été dit le concernant qu’il n’avait guère la culture du doute alors même que la procédure y appelait. Je ne reprendrai que cet épisode majeur qui a vu l’un des mis en examen incarcérés adopter cette stratégie lumineuse de dénoncer le meurtre d’un enfant pour pousser à l’absurde la procédure.

Dans cette affaire, en tous points exceptionnelle, avec un impact médiatique majeur, national et international, il est compréhensible, alors que l’on parle de fiasco judiciaire ,de chercher des responsables.

On a cru parfois trouver une échappatoire en mettant en cause la loi, notamment les règles sur la détention provisoire. On n’avait pas totalement tort ; pour autant, dans des affaires tout aussi graves qui n‘ont pas dérapé, la preuve a été rapportée que la loi ne pouvait pas être rendue responsable du scandale. Reste qu’il est difficile de ne pas relever que les acteurs de la loi ont pu dysfonctionner. Le parquet a failli, mais la cour d’appel également qui a mal traité le contrôle du recours à la détention provisoire et d’une manière générale le contrôle de l’instruction. Difficile donc de ne pas rechercher la responsabilité des acteurs judiciaires.

De même quand on a contesté la parole des enfants en constatant qu’ils avaient accusé à tort certains mis en cause en oubliant parfois que ces enfants avaient été réellement victimes dans cette affaire, notamment du fait de leurs parents et des proches de ceux–ci. Mais ce n’était pas la loi qui était en cause dans ces mauvais témoignages, en l’espèce la loi du 17 juin 1998 sur les enfants victimes d‘agressions sexuelles, mais la manière dont cette loi avaient été mise en œuvre. Pourquoi cette loi a-t-elle bien fonctionné dans le procès parallèle d’Angers et dysfonctionné à Outreau ?  C’est bien que là encore les hommes qui l’ont appliquée doivent supporter une part de responsabilité. Ainsi les protocoles d’audition n’ont pas été respectés par les policiers à Outreau quand ils l’ont été à Angers. Et je ne reviens pas sur la maladresse de tel expert judiciaire. (Sur toutes ces erreurs je renvoie aux posts passés rédigés sur ce blog)

En d’autres termes, incontestablement, des fautes ont été commises parles professionnels. Soit en plein soit en creux. Donc il n’apparaît pas choquant de leur demander des comptes.

Arrivé à ce point, une procédure disciplinaire s’imposait-elle , non pas en opportunité mais juridiquement parlant ?

De ce qui est connu du commun des mortels il apparaît que le CSM dans sa décision estime qu’il n’y a pas eu de violation de procédure, volontaire ou non, commise par le juge d’instruction. Pour le sanctionner il lui reproche « des négligences, maladresses ou défaut de maîtrise » dont « l’accumulation constitue un manque de rigueur caractérisé de nature à nuire au bon déroulement de l’information, et en conséquence, un manquement par M. Burgaud aux devoirs de son état de juge d’instruction» .

J’avoue ne pas trouver dans cette motivation les éléments d’un faute de nature disciplinaire. Tout ce qui est avancé relève globalement d’un reproche d’incompétence. M. Burgaud est tenu par le CSM pour un mauvais juge d’instruction. Je ne vois pas en quoi ces limites professionnelles sont constitutives d’un manque de respect relevant des règles disciplinaires applicables aux magistrats. Au risque de choquer, je dirai que comme le fou ne peut pas être condamné pénalement, celui qui n’est pas bon sur le plan professionnel ne doit pas être puni, mais déchargé de ses responsabilités.

Un magistrat dont il est avéré après le jeu des recours qu’il se trompe dans sa décision ne peut pas relever de sanction. Laisser faire ou dire le contraire serait se tirer une balle dans le pied : les magistrats n’oseraient plus prendre la moindre décision. Et que fera-t-on pour ceux dont les décisions seront cassées pour n’être pas conformes à la conception que la Cour de cassation se fait en l’espèce du droit applicable ?

En criant au loup il m’apparaît que certains ne mesurent pas le risque qu’ils font prendre à la justice. J’entends que les magistrats doivent être responsables et donc rendre des comptes : devant leur conscience certes, mais aussi devant l’opinion. Leurs décisions doivent pouvoir être publiquement débattues et le sont de plus en plus quoiqu’on maintienne la fiction de l’interdiction de critiquer un jugement. Dans l‘affaire d‘Outreau on a vu ce qu’il en était, fort heureusement de cette révérence, à la décision de justice. S’ils commettent des fautes personnelles, ils doivent être pénalement et disciplinairement punis ; s’ils causent un préjudice, l’Etat devra indemniser et pourra se retourner contre eux par une action récursoire.

Dans l’affaire d‘Outreau je cherche toujours la faute disciplinaire. Je comprends que les accusés aient mal vécu l’acharnement du juge, son côté hautain ou cassant, et tout cas vécu comme inhumain. Mais la question posée reste sans réponse dans ce que je lis.

Cela est tellement vrai que je trouve dans la décision le motif suivant :

“Attendu que les négligences, maladresses ou défauts de maîtrise retenus à l’encontre de M. Burgaud ne révèlent ni une activité insuffisante, ni un non respect de la loi ou de la jurisprudence en matière de procédure pénale, ni une absence d’impartialité ou de loyauté de nature à porter une atteinte aux droits de la défense qui n’ont, d’ailleurs, été relevés par aucune des parties ou par la chambre de l’instruction ; 
Attendu que, toutefois, si chacun de ces défauts de maîtrise, ces négligences ou ces maladresses, ne constitue pas, pris séparément, un manquement susceptible de recevoir une qualification disciplinaire, leur accumulation constitue, en l’espèce, un manque de rigueur caractérisé, de nature à nuire au bon déroulement de l’information et, en conséquence, un manquement, par M. Burgaud, aux devoirs de son état de juge d’instruction ; (…)”

En d’autres termes, puni pour le tout ! Incroyable mais vrai.

Ainsi au titre d’incertain exorcisme on vient demander des comptes au personnage emblématique et subsidiairement au procureur  alors que nul n’ignore que bien d‘autres magistrats à leur échelle ont commis à ce compte là des erreurs d’appréciation tout aussi importante que celles de Burgaud en n’exerçant pas leurs pouvoirs de contrôle ou en ne demandant pas des comptes. Une bonne partie de la hiérarchie judiciaire du ressort tant du siège que du parquet aurait dû à ce compte être sur les bancs du CSM.

Poursuivi pour l’exemple et pour avoir un responsable.

Poursuivi aussi pour dégager le politique de ses responsabilités face au dysfonctionnement d’un système et à l’incapacité de réformer les systèmes comme il avait été proposé par la mission parlementaire. On devait avoir un rôle d’instruction, maintenant on supprime carrément le juge d’instruction.

Comme ce serait simple d’avoir un bon coupable.

Le CSM fait ici preuve de sagesse en refusant la tête demandée pour un an par la Chancellerie comme si au bout d’un an de purgatoire Fabrice Burgaud estimé incompétent  aurait à nouveau été apte à juger.

Ce faisant  le CSM prend le risque de n’être pas compris. Le prochain CSM verra les magistrats perdre leur majorité, on ne pourra plus l’accuser de corporatisme, mais de jugement politique. Là encore, on a raté l’indispensable équilibre.

L’affaire d’Outreau a fait souffler un vent de folie. La décision de vendredi et la boulette procédurale le démontrent encore.

Excision : protection de l’enfant et … des parents ?

Les pouvoirs publics ont beau se réjouir, à juste titre, d’une moindre pratique de l’excision des fillettes étrangères en France il n’en reste pas moins que le problème persiste aussi bien sur notre territoire que dans les pays d’origine.

D’où les efforts qui viennent d’être relancés pour la combattre ici en jouant désormais plus de la pédagogie que de la répression comme ce fut le cas voici une dizaine d’années au travers des grands procès à fort consonance médiatique engagés tant contre les parents que les exciseuses. Dans un premier temps s’imposait un rappel très fort de l’interdit sans compromis aucun : les lois de la République, pour ne pas dire la norme internationale - je vise explicitement la convention internationale sur les droits de l’enfant -, condamne ces atteintes à l’intégrité d’une fillette uniquement justifiées par des arguments culturels et le bon vouloir des adultes.

Certains en doutaient dans la mesure où, disaient-ils , les parents respectent somme toute les « lois », notamment religieuses de leur culture. Personnellement, je tenais - et je tiens toujours - que l’ordre public international interdisait ces violences à la personne et qu’il ne fallait pas sombrer dans une sorte de néo-colonialisme. En France ces atteintes volontaires à l’intégrité physique dont il résulte une amputation sont qualifiées de crimes et punies comme tels par les cours d’assises. Il fallait l’affirmer et les textes religieux n’ont jamais prôné l’excision des femmes. Depuis, des autorités et instance religieuses ont confirmé cette analyse et contribué à légitimer la lutte contre cette pratique en Afrique même où les procès français, par le fort écho reçu, avaient déjà contribué à alimenter la résistance.

Mais la répression pour utile ne pouvait pas suffire si on ne combattait pas là encore, dans le même temps, le mal à la source. C’est ce à quoi ce sont attaqués en France des institutions comme la PMI et l’ASE ou des militants associatifs. En outre, il a fallu promouvoir dans les services, mais aussi dans les esprits, le recours aux  opérations chirurgicales de reconstruction qui permettent enfin aux excisées d’avoir la plénitude d’une vie de femme. Les témoignages recueillis ces jours-ci montrent combien cela est possible pour ces femmes qui ont souffert de se voir renvoyer par leurs maris qu’elles n’étaient pas normales.

Cette stratégie globale aura finalement été payante.

Reste que le combat doit être mené ici en Europe mais aussi dans les pays d’origine des familles de ces enfants. Il faut éviter qu’à l’occasion d‘un séjour sur la terre des ancêtres les fillettes ne subissent l’intervention à laquelle elles ont échappé. L’initiative peut venir de leurs parents contraints tous comptes faits de payer le prix du maintien des liens avec leurs racines ; elle peut venir des anciens qui les accueillent notamment à l’occasion de séjour de vacances.

On a vu ces dernières années de nombreux parents solliciter de la France, pour leurs enfants, sinon pour eux-mêmes, le statut de refugié.

Dans la période la plus récente – un an environ – l’OFPRA a ainsi multiplié les décisions d’octroi du statut de la protection subsidiaire à ces fillettes généralement maliennes ou ivoiriennes. En revanche, il a en refusé le bénéfice aux parents les renvoyant à solliciter un droit de séjour classique. La crainte était de voir des parents exciper d’un prétendu projet d’excision pour bénéficier d’un titre de séjour en France.

Entre parenthèses, comme juge des enfants de Bobigny j’ai ainsi eu la surprise de voir arriver depuis l’été 2008, par dizaines, des courriers de l’OFPRA m’informant de la décisdion d’octroi du statu de protection subsidiaire et me demandant finalement de veiller à ce que ces fillettes ne soient pas excisées ce qui, il faut l’avouer, dépasse largement la compétence d’un juge.

Toujours est-il que dans sa décision du 12 mars 2009 la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a franchi le pas et a reconnu à des mères le droit de  bénéficier elles aussi du droit à la protection subsidiaire qui entraine le droit à un séjour régulier en France. Pour le CNDA on ne peut pas protéger l’enfant sans ses parents. Sans s’y référer explicitement, la Cour fait application de l’article 9 de la Convention internationale sur les droits de l’enfant qui veut qu’un enfant ne soit pas séparé de ses parents sauf pour des raisons majeurs, par exemple si ceux-ci sont maltraitants ou troublent l’ordre public .

La première situation concernait une femme malienne marié à un malien en situation régulière, mais elle-même n’ayant pas de titre de séjour régulier. Désireuse de divorcer cette femme craignait que le mari emmène les deux fillettes issues du couple au Mali où elles seraient alors excisées. Madame avait demandé la protection subsidiaire pour ses fillettes et pour elle-même. L’OFPRA l‘avait accepté pour les enfants, mais refusé à leur mère, celle-ci pouvant demander et obtenir une carte de séjour portant la mention « vie privée et vie familiale ».  

Dans le deuxième dossier tranché par la CNDA, une mère ivoirienne cette fois, ayant elle-même été excisée, s’opposait à ce que sa fille soit vouée à ce sort. Vivant seule en France avec son enfant elle disait subir des pressions de sa famille pour rentrer au pays et craignait si elle y cédait de voir sa fille happée par la tradition. Là encore l’OFPRA l’avait reçue partiellement dans sa demande en distinguant son cas de celui de son enfant.

Dans les deux cas la CNDA a rendu une décision identique infirmant l’OFPRA en commençant par rappeler que « dans les pays à forte prévalence de la pratique de l’excision, les personnes qui ont manifesté leur opposition à cette pratique pour elles-mêmes ou refusé d’y soumettre leurs enfants, ont ainsi transgressé les normes coutumières de leur pays d’origine et ont exposées de ce fait tant à des violences dirigées contre elles-mêmes qu’au risque de voir leur filles excisées contre leur volonté ». Ce sont donc des personnes qui au sens de la convention de Genève peuvent être « regardées comme pouvant craindre avec raison des persécutions du fait de leur appartenance à un certain groupe social ». Pour autant, en l’espèce, la Cour n’a pas trouvé les éléments constitutifs de cette crainte : les mères concernées n’ont pas été menacées, les enfants n’ont pas manifesté explicitement leur refus d’être excisées.

Mais ajoute la Cour « l’excision est une mutilation grave et irréversible » qui « constitue un traitement inhumain et dégradant » justifiant pour les enfants la protection, subsidiaire. Dès lors la mise en œuvre effective de la protection accordée aux jeunes filles «impose» que celles ci ne soient pas séparées de leurs mères. Et en déduit qu’«en l’absence de dispositions législatives octroyant de plein droit  un titre de séjour à la mère d’un enfant mineur bénéficiaire de la protection subsidiaire, la même protection doit être étendue à cette dernière, sauf si sa présence constitue une menace pour l’ordre public » 

Reste à savoir ce qui sera jugé pour un père, notamment quand les deux parents se prévaudront de cette situation pour demander également la protection subsidiaire.

En tout cas, on s’attendait à cette décision ; elle est bienvenue. Elle doit maintenant être assumée.

Le droit de tous les enfants à être scolarisés

Une décision du Conseil d’Etat est passée quasiment inaperçue ; en tout cas, elle a suscité moins d’intérêt médiatique et politique que l’affaire de la petite Elise écartelée entre ses deux parents désormais séparés. Une nouvelle fois on restera sidéré devant la hiérarchie des problèmes qu’impose la pression médiatique et devant la pression qui pèse sur les médias.

Toujours est-il que la haute juridiction administrative, le 8 avril dernier, vient d’affirmer qu’il incombait à l’Etat de prendre toutes les dispositions au titre de sa mission de service public de l’éducation pour que le droit à la scolarisation des enfants  handicapés soit effectif.

En l’espèce, les parents d’une fillette handicapée née en 1995 tentaient en vain de scolariser leur enfant à partir de la rentrée 2003 à travers un institut médico-éducatif.

En 2006, saisi par les parents eux-mêmes soutenus par l’UNAPEI, le tribunal administratif de Versailles condamnait l’Etat à indemniser la famille à hauteur de 14 000 euros. Il faut rappeler ici que la loi du 11 février 2005 avait entre-temps renforcé le droit à la scolarisation des enfants porteurs de handicaps.

Pourtant la Cour d’appel administrative de Versailles devait annuler cette décision de première instance au prétexte qu’il incombait certes à l’Etat une obligation de moyens, mais pas une obligation de résultat. Pas de places, passez votre chemin ! En d’autres termes la Cour vidait de son contenu la garantie donnée la loi aux enfants. Elle estimait que l’Etat n’avait commis aucune faute dont il était redevable.

Le Conseil d’Etat ne l’a pas entendu de la même oreille. Pour la juridiction supérieure il revenait aux juges administratifs de vérifier si l’Etat avait pris l’ensemble des mesures et mis en œuvre les moyens nécessaires pour donner un caractère effectif au droit et à l’obligation pour les enfants handicapés de recevoir une éducation adaptée à leur situation. Ils ne l’ont pas fait.

Pour le Conseil d’Etat, la cour d’appel a donc commis une erreur de droit en méconnaissant les dispositions du code de l’éducation qui voulait à l’époque que les enfants soient soumis à l’obligation éducative. En d’autres termes, l’Etat ne peut pas imposer une obligation et, pour ce qui lui revient, ne pas réunir les moyens d’y faire face.

En conséquence de quoi le Conseil d’Etat a annulé l’arrêt  et renvoyé l’affaire devant la Cour d’appel pour qu’elle soit rejugée et fixées les modalités de réparation par l’Etat du préjudice causé à cette famille.

Ce n’est pas la première décision en ce sens. La cour d’appel administrative de Paris avait été plus rigoureuse que celle de Versailles en 2007. Mais désormais  grâce au Conseil d’Etat on dispose d’une jurisprudence bien assise.

On se réjouira à plusieurs titres de cette décision.

D’abord parce qu’il reste entre 15 et 20 000 enfants porteurs de handicaps non scolarisés en France , chiffre officiel après que le ministère de l’éducation nationale ait contesté voici quelques années notre évaluation. 15 à 20 000 enfants  ce  n’est quand même pas rien. Tous nous connaissons des parents qui errent d’établissement en établissement pour faire accueillir leur enfant.

Deuxièmement :  il est moral de voir l’Etat – donc, nous tous - obligé de tirer les conséquences pour lui-même des droits qu’il affiche haut et fort. Si collectivement nous affirmons que tous les enfants ont le droit à une intruction, nous nous devons d’en réunir les moyens quoiqu’il nous en coûte. Ou alors,  assumons de ne pas en avoir les moyens.

Troisième leçon : une nouvelle fois il est ainsi démontré qu’il ne faut pas jouer n’importe comment du concept de droit opposable. On a vu sur le logement, sur les modes d’accueil de la petite enfance, aujourd’hui sur la scolarisation des enfants porteur de handicap que ce n’est pas un vain mot.

Bravo donc au Conseil d’Etat.

Sa décision aurait bien valu l’entame d’un 20 H télévisé national. Mais il est vrai qu’elle manquait de sang et de larmes.

A noter que les décrets d’application de la loi “Handicap” du 11 février 2005 portant l’un sur les règles de coopération entre l’Education nationale et les établissements médicaux sociaux, l’autre sur les modalités de création et d’organisation des unités d’enseignement  viennent enfin de paraître le 2 avril 2009 (décret 2009-378 et décret 2009-379 publiés au JO du 4 avril pour le premier, JO du 8 avril pour le second) : soit plus de 4 ans plus tard. 

Vols d’enfants et PMA, enfants morts d’incendie ou maltraités, droit opposable rabattu

Une fois n’est pas coutume il faut saluer le travail d’un média, en l’espèce France 2, qui, ce soir dans son 20 Heures n’a pas hésité à exercer un droit de suite sur une information qui date d’il y a 4 ans, mais que nombre d’entre nous avaient tendance à occulter. Il s’imposait de rappeler à l’opinion et aux politiques cette vague – trois en quelques jours -d’incendies d’hôtels meublés qui a fait une bonne soixantaine de morts, dont un tiers d’enfants dans la capitale d’un des pays les plus riches du monde.

A travers quelques images d’archives on a revécu avec émotion ces drames et les réactions notamment des politiques. On a retrouvé le maire de Paris littéralement tétanisé de longues secondes durant devant une caméra en prenant conscience de l’effroyable. Des engagements ont alors été pris à l’égard des familles frappées de plein fouet, le plus souvent des familles issues de l’immigration la plus pauvre et hébergées dans ces « hôtels » à la demande même des services sociaux. Apparemment les survivants ont (re)trouvées depuis un toit, mais n’ont peut être pas le sentiment que justice leur a été rendue.

Il a aussi été promis que des dispositions seraient prises pour qu’un tel drame humain ne puisse plus jamais se reproduire. Le bilan est ici plus mitigé. Quatre ans plus tard sur la seule commune de Paris il y aurait encore 950 meublés de la même veine dont environ 250 tenus par les autorités elles-mêmes comme ne remplissant pas les conditions de sécurité qui s’imposent. Tous les professionnels du social savent qu’en région parisienne dans tous les départements les services sociaux recourent encore à profusion à n’importe quel hébergement du moment qu’il présente un toit pour la famille concerné. Les sommes engagées chaque année dans ces hôtels sont faramineuses. On se demande souvent si les conseils généraux ou l’Etat n’auraient pas intérêt à devenir propriétaires, à rénover et à louer ou à vendre aux familles.

Pas question de démagogie sur un tel sujet. Ce serait trop facile. Eradiquer ou transformer ce parc de logements est bien plus compliqué qu’on le croit. C’est surement un problème de budget, mais pas seulement.

Ce qui me choque en l’espèce, c‘est bien qu’une certaine routine ait pu se redéposer sur le dossier comme si tous ces morts, jeunes et moins jeunes, étaient décédés pour rien. Sur un tel sujet les pouvoirs publics d’Etat, départementaux et municipaux devraient tenir une table commune ouverte en permanence : des engagements devraient être pris avec un agenda ; un rendu compte régulier devrait être fait, des « réunions de chantier « organisées pour s’interroger sur les blocages, l’opinion devrait être régulièrement informée. Au lieu de cela on laisse à penser que le dossier est refermé et qu’il n’intéresse plus personne jusqu’au prochain drame.

On voudrait dégoutter l’opinion de la politique qu’on ne ferait pas mieux. Il se fait des choses, on n’en dit rien ; si l’on rencontre des difficultés on n’en dit rien. On refoule le sujet qui fâche. On laisse à penser que rien ne se fait. Quelle erreur !

En tout cas, bravo à la chaine de service public qui elle n’a pas oublié et qui sans mauvaises intentions à remis le focus sur le sujet bien d‘actualité sans prendre pour acquis ce qui a été promis ; bref, du journalisme.

L’enfant à vendre ou à acheter ?

Décidément France 2 était riche ce soir en nous montrant par ailleurs que la question du désir d’enfant n’était pas qu’un débat intellectuel pour occidentaux posé à travers notamment les questions du recours aux mères pour autrui et de l’adoption par les couples homosexuels.

En Chine on vole à profusion de jeunes enfants, généralement à des saisonniers que personne ne viendra défendre, et apparemment, surtout pas la police. Le plus intéressant dans ce reportage est la partie consacrée à comprendre pourquoi et pour qui ces enfants, généralement des garçons, sont volés et vendus. Il s’agirait dans certains milieux paysans de permettre de disposer d’une descendance. Les acheteurs n’ont pas d’état d’âme car ils paient rubis sur l’ongle, 1000 dollars nous dit-on chaque enfant. Aucune considération pour les parents qui ont vu leur enfant disparaitre et errent des années durant pour le retrouver ; aucun réflexion sur l’idée que l’on ramène l’enfant, donc l’être humain, à un simple objet de commerce. La rude loi de la vie : j’ai besoin et j’achète sur le marché !

Ce n’était rien d‘autre que ce même sujet de l’enfant objet de marché que ce matin traitait la philosophe Sophie Agazinsky sur France Inter à l’occasion de la perspective de révision des lois sur la bioéthique.

Faut-il comme le suggère notamment la ministre de la famille autoriser le port d’un enfant pour autrui interdit formellement notre code depuis 1994. Le droit à l’enfant  -au passage jamais reconnu dans notre droit - permet-il, de « louer » un utérus, parfois de l’emprunter pour celle qui est dans le désir d’enfant et qui ne peut pas en avoir naturellement. L’enfant est-il dans le commerce même si on ne parle pas de vente, mais d’indemnisation. Il suffit de voir le commerce qui s‘est développé aux USA, en Grande Bretagne, en Espagne ou encore à Chypre pour être édifié sur cet argument. Mais là encore ce serait trop facile de taper sur les intermédiaires, aujourd’hui certains « sorciers de la vie », hier les passeurs s‘agissant des émigrés qui fuient leur pays pour venir ici.

La question posée est celle de savoir si l’on peut faire un enfant à n’importe quel prix. Le légitime désir d’enfant peut nous prendre dans des contradictions dont nous ne pouvons pas nous sortir autrement qu’en disant » Passez votre chemin il est interdit d’interdire c’est un problème de vie privée ».

Il est faux d’avancer que ces questions ne sont que des questions privées. Elles impactent les politiques publiques (par exemple de santé publique) et la conception, même que nous nous faisons de notre société et de notre civilisation. Si l’on cède sur le fait que le corps humain, total, partiel ou potentiel, est hors du champ du commerce, où nous arrêterons nous ?

L’argument consistant à dire que certains ont commencé et que nous ne pouvons que suivre ne me satisfait pas plus. Je ne tomberai pas dans la facilité de rappeler tout ce que nous avons du et pu refuser avec raison et succès en ne cédant pas aux effets de mode. D’autant que ce sont là encore les plus faibles qui seront les victimes : ce ne sont pas n’importe qu’elles femmes qui portent un enfant pour autrui.

Bref, je suis plutôt, de longue date, du côté de Sophie Agazinsky que dans celui d’Elizabeth. (conf les posts sur ce sujet de ce blog)

J’ajoute que l’Etat est légitime, après un vrai et grand débat démocratique, à poser des limites qui vaudront peut être un temps pour être ensuite modifiées, mais qui couperontcour  le temps de leur existence à l’arbitraire.

Maltraitance à enfants et mort du droit opposablme à un mode d’accueil de la petite enfance

Décidément ce journal était riche avec l’évocation de cette affaire de mauvais traitements de Perpignan sur laquelle il faudra certainement revenir quand 8 enfants si j’ai bien compris ont pu être aussi longtemps maltraités sans que quiconque ne puisse permettre, ne fut ce que par des bribes d’informations réunies entre elles, de faire le diagnostic juste sur le comportement de ces parents, spécialement nous dit-on d’un père violent. Il est encore un peu trop tôt pour dire s’il y a eu dysfonctionnement institutionnel et comment on aurait pu éviter d’en arriver là. On y reviendra donc

Je ne terminerai pas ce qui est finalement une revue d’actualité sur le sujet « droits des enfants « sans m’arrêter un instant sur le thème des droits opposables ce faut concept qui a fait son apparition voici deux ou trois ans pour identifier des super-droits

Si on a vu ces jours ci le Conseil d’Etat consacrer le droit opposable d’un enfant porteur de handicap à être scolarisé, et à défaut de voir sa famille indemnisée pour permettre une scolarisation spécifique, je relève que le gouvernement vient discrètement (in Le journal du Dimanche de ce week-end) de renoncer à ce qu’il y ait à court terme un droit opposable à l‘accueil des jeunes enfants en structures adaptée.

Il me semble qu’après un effet d’annonce démagogique voici quelques semaines il réalise qu’il lui sera difficile à court terme de monter 300 à 400 000 places d’accueil de la petite enfance comme nous en avons le besoin. Tout au plus dit-il aujourd’hui qu’il va tenter d’en créer 200 000 d’ici 2012. Je suis disposé àparier dès maintenant que même ce objectif rabattu nepourra pas être tenu.

Je rassure ceux qui ne verraient dans mon propos qu’un anti-gouvernementarisme primaire en rappelant qu’au début des années 80 la Gauche au pouvoir avait suivi exactement le même parcours : annonce avec force trompettes d’un programme exactement du même niveau et prétention rabaissées et en tous cas objectifs pas atteints quelques temps plus tard. Il est surprenant que personne dans la classe administrative ou politique n’ait prévenu Mme Morano qu’il fallait être prudent sur ces sujets et déjà relire l’histoire, l’analyser avant de reprendre un juste flambeau. En tout cas exit un droit opposable, versus promesse 2008.

J’en ai terminé … pour aujourd’hui. Que de possibles commentaires en perspectives. A vous de jouer. Et je rappelle aux fielleux de s’abstenir. Ce blog n’est pas toujours transcendant, s’il l’est parfois !, mais il permet à ceux qui le veulent de réfléchir avec moi au statut fait aux enfants dans notre pays. Et que celui qui n’a jamais écrit une ligne me pardonne quelques menues fautes de frappe.

 

Le dr Berger et les petits enfants violents

Entendu le 17 mars dernier par la commission parlementaire qui travaille sur les violences intraconjugales faites aux femmes le Dr Berger s’est voulu iconoclaste et décoiffant et il l’a été. Ainsi n’a-t-il pas soutenu que la France à l’instar du Québec pourrait gagner à se doter de « structures contenantes », entendre centres éducatifs fermés, qui accueilleraient les enfants violents dès 6 ans ? Argumentant sur le fait qu’il croise nombre et de plus en plus d’enfants qui dès 11 ans commettent des viols  - au sens classique du terme, c’est-à- dire des pénétrations - il argumente sur le fait que ce serait une erreurde ne pas pouvoir les poursuivre pénalement avant 13 ans voire de les incarcérer pour certains d’entre eux au moins. Il vise le rapport Varinard remis à Mme Dati le 3 décembre 2008 et la polémique qui s’en est suivie sur l’incarcération à 12 ou 13 ans, Etc.Nombre de ceux qui ont vu la vidéo de cette audition ont été surpris, sinon choqués, que partant des violences faites aux femmes on débouche sur l’incarcération des enfants à 12 ans et leur enfermement en centres éducatifs fermés à 6 ans.De fait le raccourci est saisissant et réel.

J’invite chacun à se rendre sur le site de l’Assemblée nationale pour apprécier de visu quitte à s’armer d’une bonne dose de sens critique. J’avoue avoir été singulièrement dérouté et tout en voulant réagir rapidement après ce visonnage j’ai quand même pris quelques heures pour digérer.Essayons d’être objectif pour ne pas hurler avec les loups pour le principe. Ce serait facile tellement les positions sont excessives.On connait la haine que voue le Dr Berger aux magistrats, aux juges des enfants jusqu’ici et désormais apparemment aux juges aux affaires familiales, à l’institution judiciaire – il ne serait plus expert judiciaire -et aux parlementaires qui n’ont pas su le suivre, ni rédiger en français son amendement sur l’intérêt de l’enfant. Il faut pourtant s’arrêter aux arguments développés et raisonner sachant que sur de nombreux points on peut aussi être en accord. Là est d’ailleurs le piège.

Ainsi quand il démontre que les enfants témoins de violences intraconjugales, a fortiori si l’un de leurs parents en est spécialement victime, sont fondamentalement choqués et traumatisés. Autant l’hémoglobine déversée à la télévision peut glisser sur l’enfant comme de l’eau sur les plumes d’un canard autant des violences physiques comme psychologiques dans l’univers familial censé être un havre de paix et baigné dans un cocon protecteur peuvent le marquer et le déstabiliser dans son rapport aux adultes et à l’autorité.De même on ne peut que suivre le bon docteur quand il explique que nous souffrons aujourd’hui d’un manque de prise en compte de l’enfance. « Nous n’arrivons pas à penser l’enfance et notamment le besoin de protection affective ». Oui, nos lois ne sont pas centrées sur les enfants. C’est tellement vrai qu’a DEI-France nous proposons d’inverser la logique des choses en partant de l’identification des besoins des enfants (l’enfant n’est pas un danger mais une richesse, arrêtons devoir les enfants à travers des dysfonctionnements) en avançant une loi POUR le bien être des enfants. Cette démarche pro-active est de nature à changer le regard sur les enfants. Elle est encore dans les tiroirs. Je demanderai au Dr Berger de la relayer.

Comment ne pas être d’accord sur le fait que ces enfants victimes directes ou indirectes pourront demain, voire très tôt, être eux-mêmes des agresseurs ?J’entends aussi que les jeunes agresseurs sexuels peuvent ne pas réaliser ce que leurs victimes supportent. Ils effacent leur acte de leur mémoire tandis que la victime ne l’efface pas relève le Dr Berger. Certes mais est-ce le propre des jeunes agresseurs sexuels ? Notre pédopsychiatre à la mémoire courte et champ de vision étroit.

Je vais même plus loin en entendant comme le dit le Dr Berger que certains personnes ont besoin d’une structure contenante pour être enfin rassurées, pouvoir se poser et enclencher un travail sur elles-mêmes et leur relations aux autres. Je fais partie de ceux qui ont appelé des 1995 la justice des enfants à se se doter de structures éducatives contenantes, mais ouvertes. La différence est de taille. « Des hommes plutôt que des murs » écrivons-nous alors.Alors qu’est-ce qui fait ce malaise ressenti à suivre Maurice Berger ?On peut s’interroger sur le fait qu’il se flatte d’être quasiment seul à penser et dire ce qu’il dit en avançant des études, souvent nord américaines qui pour ce que j’en ai entendu me semble relever souvent plus du scientisme que de la science. Il aurait été intéressant de voir les assertions avancées par le Dr Berger passées au sens critique de ses pairs. Faute de cette vision en relief il est plus difficile de démonter son discours qui, tout logiquement, a une grande cohérence. On aimerait échanger avec le Dr Berger, mais jusqu’il a refusé tout débat et donc la confrontation de la contradiction.

On peut lui reprocher son côté péremptoire et ses généralisations comme d’affirmer une « baisse des compétences maternelles » (sic) l’observation étant faites sur des jeunes femmes accueillies avec leur enfant en centre maternel (là encore science ou scientisme ?) A partir des constats fait dans sa clinique il en déduit des lois et surtout des réponses valables pour tous comme par exemple sa condamnation de l’exercice alterné de l’autorité parentale. Il en oublie que dans cet exercice alterné des enfants s’y retrouvent bien, avec deux parents égaux dans leurs responsabilités. Le dr Berger ne raisonne que par rapport à l’hypothèse d’un parent maltraitant et il veut interdire l’exercice alterné pour tous les jeunes enfants. Comme si nous condamnions l’usage du crayon noir pour privilégier l’ordinateur : tout dépend de ce que l’on veut écrire. Une technique médicale ou juridique n’est qu’une technique. L’exercice alterné de l’autorité parentale n’est qu’une technique, adaptée dans certains cas à certaines situations, mais pas à toutes qui a émergé en 1974-76 pour répondre aux attentes de certaines familles avant d’être légalisée.Je concède au Dr Berger que parfois l’intérêt des adultes dans cette pratique l’emporte que celui des enfants ; il revient aux magistrats d’être vigilants mais la loi ne doit pas régresser.

De fait aussi les magistrats répugnent à user du concept de l’intérêt de l’enfant qui est un concept bonne conscience à géométrie variable. L’approche par les besoins de l’enfant qui peuvent varier d’un enfant à l’autre et d’une période l’autre apparait plus opérante. Je peux témoigner de nombre de mauvais coups portés aux enfants au nom de son intérêt. D’ailleurs – et Pierre Verdier en a fait d’une démonstration éblouissante dans la RAJS-JDJ-  chaque fois que l’on évoque l’intérêt de l’enfant dans la loi, c’est pour porter atteinte à ses droits. C’est ainsi qu’au nom de son intérêt on peut le placer plus de 2 ans sans qu’il y ait de débat judiciaire ( le Dr Berger n’y est pas pour rien dans cette regression), ne pas l’entendre personnellement, cacher son lieu d’accueil, etc. On ne donnera jamais un contenu objectif à ce concept ; en revanche une approche procédurale peut amener à vérifier que l’on a bien pris en compte la personne de l’enfant dans ses droits quitte à ajouter qu’en cas de conflits ses droits doivent l’emporter sur d’autres enjeu : ainsi un enfant ale droit de connaitre son histoire même si ses parents s’y opposent..Notre psychiatre se targue de savoir repérer les bons parents et les mauvais parents pour l’enfant et il avance pour cela des tests et des critères. Il n’hésite pas à faire une démonstration aux parlementaires. Mais comment ce fait-il comme il s’en flatte que, depuis 35 années ou plus, ces pratiques n’aient pas réussi à entrainer avec lui ses pairs et par-delà eux les autres professionnels de l’enfance. Manque de diplomatie ou assertions non fondées ?

En d’autres termes, on ne peut pas ne pas être d’accord avec les objectifs énoncés ; on adhère aux référence avancées come la convention internationale sur les droits de l’enfant, on partage l’énoncé des  missions allouées aux parents, notamment sécuriser l’enfant, on est pris aux tripes par l’ignoble des cas qu’il avance à l’appui de sa démonstration. Mais on ne sait pas si les méthodes qu’il développe sont performantes ou pas et on ne peut que s’inquiéter de le voir appliquer à tous ses analyses qui sont faites uniquement sur les trains qui n’arrivent pas à l’heure quand la vie est fort heureusement bien plus complexe qu’il ne l’énonce.
Souvent victime de ses propres excès de langage et de ses anathèmes, la justice n’étant pas la seule visée, il se place alors aisément en position de martyr tout en avançant qu’il réussi à faire partiellement la loi. Il revendique ainsi d’avoir influencé les parlementaires du 5 mars 2007 pour mettre en exergue l’intérêt de l’enfant. En tout cas, je peux témoigner qu’il est le seul à avoir refusé, sollicité par Claude Roméo et moi-même, de signer l’Appel des 100 pour rénover la loi sur la protection de l’enfance qui est à l’origine de la loi du 5 mars 2007. A jouer solitaire on s’exclue aussi.

Comme l’avançait voici 4-5 ans le journal spécialisé les ASH autour des propos très critiques du Dr Berger sur la faillite du dispositif français de protection de l’enfance , on peut être un praticien, mais ne pas avoir la carrure de faire la loi au plan national.Dépassons la polémique on ne peut qu’avoir froid dans le dos à entendre ce que le bon dr de Saint Etienne nous suggère. Quelque part, quitte à caricaturer le propos, quand un enfant pose des problèmes il faut le retirer de son milieu, le mettre dans un lieu clos compris dès 6 ans et le traiter. C’est l’individu et l’individu seul traité, dans un milieu sain, car clos, puis transféré dans une autre famille, pourquoi pas par l’adoption après rupture du lien de filiation initial. Hors cette solution point de salut. Si l’enfant commet des délits sexuels il faut le poursuivre pénalement et le condamner à être incarcérer quitte à ce qu’en prison il y ait des psychologues et des psychiatres. Va-t-on légiférer pour les délinquants sexuels de 11 ans ou pour les enfants en général ?A ceux qui seraient tentés de négliger l’impact de ses analyses je rappellerai que la commission Varinard sur la réforme du droit pénal des enfants qualifiés désormais de mineurs invite les maires de se doter de structures contenantes pour «accueilir» les enfants de  moins de 12 ans qui ne seraient pas poursuivis. Le Dr Berger est passé par là et le revendique.

Au risque de choquer je dirai que la justice rendue pas des magistrats sans contrôle peut être contestable et souffrir nombre de défaillances, mais que la régulation sociale à la seule main de certains psychiatres revêtus de leur certitudes et sans recul peut être redoutable.Le débat sur la reforme de l’ordonnance de 1945 s’annonce rude mais pas désespérée. Valérie Pecresse, alors parlementaire et rapporteuse de la Commission sur la famille et les droits de l’enfant, me confiait combien nombre de parlementaires avaient dans un premier temps été séduits par le discours du Dr Berger – il avait rédigé une proposition de loi très révolutionnaire pour Mme Martinez - avant de prendre du recul devant ses excès.

A juste titre.Dans l’intérêt bien compris des enfants de France.

30 mars 2009

 

« Code pénal des mineurs », précisions

Une lecture attentive du discours de Mme Dati présentant le futur « code pénal dédié aux mineurs » lors de l’inauguration du Centre éducatif fermé de Saint Ménéhoulde apporte des réponses en plein et en creux aux questions qui l’on pouvait se poser.

Déjà sur le calendrier : il était initialement question d’un projet de loi destiné à être adoptée en conseil des ministres  en mars  pour être débattu au parlement en juin en recourant à la procédure d’urgence. Par son silence sur ce point  le discours ministériel est éloquent : le calendrier est reporté. Le successeur de l’actuelle Garde des Sceaux portera la réforme comme, nous dit-on dans une presse bien informée, il porterait le projet de loi sur les droits des tiers sur les enfants, Mme Morano passant la main.

Deuxième information : un projet de code existerait bien, mais la consultation n’a pas encore été engagée sur son contenu, c’est le moins que l’on puisse dire ; avec les professionnels. Ce week-end l’Association française des magistrats de la jeunesse l’a rappelé vertement pour s’en indigner. Depuis sa nomination Place Vendôme la ministre ne l’aura jamais reçue.

Ajoutons encore que pour qui suit les discours ministériels sur le sujet il est évident que la ministre de la justice a mis dans le l’eau dans son vin. Elle nous la joue plus consensus que d’habitude et en tout cas elle oublie des positionnements qu’elle  a pu adopter dans un récent passé.

Ainsi la ministre semble se réjouir de la proposition Varinard de ne pas mettre fin à la double compétence du juge des enfants qui depuis 1958 s’attache aux enfants en danger (procédure d’assistance éducatives des articles 375 et s. du code civil) en complément à sa compétence sur les enfants délinquants (ordonnance du 2 février 1945) pour éviter justement que demain les enfants en danger deviennent  délinquants.

Mme Dati : « Dans le même esprit, le maintien d’une double compétence civile et pénale du juge des mineurs traduit la volonté de dépasser le clivage, qui est encore trop souvent opéré, entre la répression et la prévention. Dans le champ pénal, la mission de la Justice commence lorsqu’un mineur enfreint la loi. « 

En septembre 2007 la même demandait dans une dépêche aux tribunaux que la césure entre juge des enfants civil et juge des enfants pénal soit expérimentée pour bien faire en sorte que le juge des enfants qui gère les réponses à la délinquance ne tombe pas dans la compassion et que son bras ne tremble pas au nom de ce qu’il sait de l’enfant en danger. Aucune juridiction n’avait accepté de s’engager dans cette démarche vécue comme une régression majeure totalement inopportune. La commission Varinard qui devait réaffirmer l’objectif gouvernemental et présidentiel n’a pas relayé sur ce point. On fait come si on avait toujours pensé qu’il ne fallait pas le faire.

De même sur l’incarcération des mineurs criminels à 12 ans que la garde des Sceaux avait cautionné en décembre 2008 lors de la phase de sensibilisation médiatique précédent la remise officielle du rapport Varinard avant que le premier ministre ne réagisse vertement et se positionne farouchement contre la prison avant 13 ans. Trois mois plus tard le recentrage est acquis : ce sera 13 ans et on développe combien c’est excellent. On s’aligne sur le Comité des experts de l’ONU qui au demeurant n’a jamais suggéré d’âge. Et finalement après un départ en fanfare on prend en compte notamment les réflexions plus prudentes du Défenseur des Enfants et de l’UNICEF. Dont acte.

Au passage la ministre apporte la précision souhaitée  13 ans sera à la fois l’âge de la présomption de discernement qui permet d’engager des poursuites pénales - nouveauté -mais aussi l’âge où l’enfant pourra être incarcéré, ce qui est déjà le cas puisque de peines peuvent être prononcées dès 13 ans.

Mais la construction ministérielle s’affine en tenant compte des inquiétudes qui ont pu émarger. La garde de sceaux insiste moins aujourd’hui sur la compétence future des maires à s’occuper des jeunes ayant commis des délits avant 13 ans qui, dès lors, ne feront plus l’objet de poursuites. Le terrain est glissant si on en croit la position des mouvements d’élus locaux ; maires et présidents de conseils généraux.

En revanche, elle avance que ces enfants  de moins de 123 ans ou autres primo-délinquants pourront être pris en charge pas le juge des enfants, non pas au titre de la procédure d’assistance éducative, mais au titre d’une intervention civile  d’un nouveau style. Là encore dont acte.

Mme Dati : « En conséquence, pour les mineurs de moins de 13 ans qui seront désormais irresponsables pénalement de leurs actes, un régime civil spécial est prévu.Si le passage à l’acte de ces jeunes démontre la nécessité d’une prise en charge éducative, le juge des mineurs pourra être saisi. Il ne sera pas nécessaire d’établir une situation de danger comme dans une procédure d’assistance éducative ordinaire. La compétence du juge sera directement liée à l’infraction commise par le jeune, à sa situation personnelle et au risque de renouvellement des faits. Un suivi pourra ainsi être mis en place et, au besoin, un placement dans un établissement adapté pourra être ordonné. »

On vacille. L’objectif initial était de simplifier; l’autre de faire en sorte que le juge des enfants se retire de l’assistance  éducative. Au lieu de cela on nous invente une troisième voie du « régime civil spécial » où le juge des enfants ne connaitra plus de la délinquance du jeune comme délinquance mais comme trahissant des difficultés.

On s’y perd dans toutes ces contorsions. N’était-il pas plus simple de dire, conformément à la réforme de 1958, de voir un signe de défaillance parentale dans l’éducation ou dans la surveillance lorsqu’un très jeune enfant commet un fait qualifié de délit et dès lors de confirmer que le juge des enfants doit prendre les mesures de protection nécessaires à a demande du parquet. Pourquoi faire compliqué quand on peut simple et pratiquer le changement pour le changement, histoire de dire qu’on fait du neuf en faisant table rase du passé ?

Au passage, l’enjeu majeur de la réforme - juger vite pour obtenir au plus tôt une sanction quand l’objectif jusqu’à présent la stratégie est bien de rechercher la rédemption non par la peur de la sanction mais par une démarche éducative-, conduit la ministre à rappeler au détour d’un paragraphe que désormais on pourra faire l’économie de saisir le juge des enfants.

« Le nouveau code permet notamment au parquet de saisir directement les formations de jugement. Il n’y a plus besoin de saisir d’abord le juge des enfants. On gagne un temps précieux. »Traduction : l’intervention du juge des enfants et des services éducatifs est un temps précieux perdu.

Chacun appréciera ce projet ministériel en lisant ce discours dans son entier, mais en gardant un sens critique ainsi quand il est affirmé que la délinquance augmente depuis 2002 (elle baisse depuis 2000, voir les chiffres du ministère de l’intérieur dans le Monde du 27 novembre 2008) ou quand  il est avancé que le projet est de doté la France de 48 Centres éducatifs fermés d’ici 2010 quand le même discours était tenu en 2006 avec l’échéance annoncée de  fin 2007 par le précédent garde des seaux, M. Clément, promesse non tenue.

Le débat sur la refondation du droit pénal  des enfants ne fait que s’ouvrir.

 

Rachida et les enfants …

On attendait pour mars un projet de loi sur le droit pénal des mineurs, on a un discours. Pour l’instant point de projet formel de texte. Le départ prochain – au lendemain du 8  juin – de la Garde des sceaux peut expliquer le retard à l’allumage. «Je ne porterai pas la réforme » a-t-elle avancé à ses interlocuteurs. Pas jusqu’au Parlement certes, mais on s’attendait à ce qu’elle le porte au moins en conseil des ministres.

Personnellement je ne suis pas en manque dans la mesure où j’estime après avoir lu le conclusion de la commission Varinard censée inspirer cette réforme – à moins que ce ne soit la Chancellerie qui ait inspiré le rapport qui devait lui être remis – que la reforme n’était d’aucune manière utile. Pire elle m’apparaît hautement préoccupante non pas seulement par le démantèlement de la justice des mineurs dont elle est porteuse, mais encore par le projet qu’elle cautionne de redéploiement des politiques publiques en direction des populations les plus fragiles. Le récent travail mené sous la houlette d’Edouard Balladur m’a confirmé dans l’implicite des conclusions la commission Varinard : demain se seraient les maires et les intercommunalités qui, avec l’appui des conseils généraux devraient mener les politiques sociales, notamment s’attacher aux enfants en danger de délinquance sinon auteurs de délinquance à travers, comme le leur suggère le rapport Varinard, des « structures contenantes ». Réponse un peu simpliste et formelle de la société civile à des enfants qui vibrillonnent et franchissent la ligne blanche.

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire ici que tout cela ne nous ramène pas seulement au XIX° siècle, mais nous fait rentrer dans l’avant révolution française où chaque suzerain local fait la loi, dispose de sa police et rend sa justice. Je ne suis pas sûr que la République y trouve son compte de quelques côtés que l’on se retourne.On verra en son temps comment ces perspectives sont analysées par la représentation nationale et quels verrous seront posés pour que nous n’en arrivions pas là.La question est sérieuse et est rendue possible par le fait qu’il est proposé de ne plus poursuivre les enfants de moins de 12 ans commettant des actes qualifiés de délinquance ainsi que les plus agés, dans certains cas, pour leur premier acte délictueux repéré comme tel. La justice n’intervenant plus on demandera au maire de s’occuper de ces jeunes, à moins que le procureur les tienne, ce qui sera souvent le cas au demeurant pour des enfants en danger relevant du juge pour enfants à ce titre. Le juge des enfants verra alors avec les parents que les mesures prendre et pour cela mobiliser l’ASE et le réseau associatif, sachant que la PJJ se sera (retirée d’ici là (sauf pour des mesures d’investigation) du jeu de l’enfance en danger.En tout cas ce debat et bien d’autres contenus dans la loi qui nous est promise ne pourra pas relever de la nouvelle procédure d’urgence qui nous est annoncée.

Si le problème politique auquel nous sommes confrontés avec l’échec de l’ordonnance du 2 février 1945 est sérieux, si l’augmentation de la délinquance des plus jeunes est aussi conséquente en quantité ou en qualité qu’il est dit  ou encore si la réforme avancée est si fondamentale qu’on nous le dit, c’est à un vrai debat auquel le pays doit avoir droit et pas à un vote à la sauvette sans véritable navette parlementaire source d’amélioration d’un texte législatif.

Reste qu’à mon avis les défauts dont on affuble l’ordonnance du 2 février 1945 - elle paralyse les réponses, elle empêche des réponses rapides, elle interdit des réponses fermes, etc.) sont fallacieux. Pour qui veut bien regarder la réalité judiciaire et les données chiffrées les critiques avancées à la loi sont totalement infondées.La seule critique fondée est de dire que certains termes ont vieilli (admonestation, remise à la famille, liberté surveillée par exemple) et que certains dispositifs sont devenus complexes ou incompréhensibles - quelle est la différence entre le stage citoyen et le stage d’éducation civique ?- du fait même des 70 révisions que l’on dénombre depuis 1945. Mais la loi est opérationnelle. Ainsi on a introduit le flagrant délit pour les mineurs en 2007.La réforme est techniquement inutile, mais il faut ajouter que le fait délinquance des jeunes n’a pas évolué ces dernières années de telle sorte qu’il faille tout bouleverser. Je renvoie ici aux chiffres publiés dans le Monde du 27 novembre 2008 issus du ministère de l’intérieur : la délinquance des plus jeunes baisse depuis 2000.En vérité la réforme qui nous est proposée est délicate à annoncer publiquement quand un autre reforme vient l’impacter considérablement : celle qui veut passer du juge d’instruction au juge de l’instruction, l’instruction étant désormais assumée par le parquet. Imagine-t-on que demain le parquet devra instruire les quelques 65 000 affaires dont les juges des enfants et les juges d’instruction sont aujourd’hui saisis ?

Tant qu’on y verra pas clair sur la solution retenue pour l’instruction en général, il parait difficile d’avancer sur la justice pénale des enfants, sauf peut être à distinguer entre les faits criminels et les faits délictuels où le juge des enfants conserverait les pouvoirs d’instruction. En tout cas le rapport Varinard n’a pas abordé ce sujet difficile, et pour cause, l’idée de supprimer le juge d’instruction n’est pas venue de la place Vendôme.

    Alors en attendant le discours de Mme Dati tient lieu d’aliment politique.  On confirme déjà l’idée d’un code pénal dédié aux mineurs (et non plus aux enfants, mineurs signifiant quand même de moindre intérêt et le mot « enfant » appelant on le sait à la compassion). Pourtant il aurait été facile de se démarquer de Varinard en avançant un code de l’enfance qui s’attache au statut des enfants (leurs droits) et à leurs responsabilités. A tout le moins, il pourrait s’agir d’un code consacré au droit pénal de l’enfance, enfants auteurs, mais aussi enfants victimes. Au lieu de cela la ministre enfonce le clou : on ne parlera que des « mineurs délinquants ». Comme s’il y avait un code des commerçants véreux ou un code des artistes plagiaires.Et puis à Sainte Ménehould on annonce l’arbitrage rendu par le premier ministre : pas d’incarcération avant 13 ans. Ce faisant, on maintient la « petite révolution »  (formule de 1987 d’Albin Chalandon, ministre de la justice de J. Chirac, mentor de la Garde des sceaux actuelle) impulsée par 1000 magistrats et Françoise Dolto pour passer de 13 à 10 ans pour la détention provisoire. M. Fillon ne voit pas des enfants de moins de 13 ans en prison dans la France du XXI° siècle et il a raison.  

Reste à savoir si on placera à 13 ou à 12 ans l’âge sous lequel des poursuites pénales pourront commencer à être envisagées.Le rapport Varinard proposait de fixer à 12 ans l’âge de la responsabilité pénale en France - elle est de 7 ans en Suisse, 10 ans en Angleterre et au Pays de Galles, 12 ans aux Pays-Bas, 16 ans en Espagne et au Portugal - avec la possibilité d’envoyer en prison les mineurs de cet âge auteurs des faits les plus graves. Aujourd’hui il n’y a pas en France de seuil d’âge préfixe. On estime qui le discernement s’acquiert généralement vers 7-8 ans : tout est affaire d’espèce. La commission Varinard nous propose de poser une présomption d’acquisition du discernement à 12 ans quitte à ce qu’une expertise vienne démontrer dans un cas d’espèce que tel n’était pas le cas. On pense aux affaires de parricide de Versailles et de Belfort.Sous couvert d’inventaire le discours de Sainte Ménehould ne nous en apprend guère plus. Et ne nous rassure pas.

Trois exemples.1) Quitte à simplifier, la commission Varinard nous propose de créer deux juridictions supplémentaires : le tribunal pour enfants siégeant à juge unique qui connaitra des affaires punies jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et un tribunal correctionnel pour les jeunes ayant commis des délits entre 16 à 18 ans en récidive ou ayant atteint 18 ans. Ce projet est relayé.2) Au lieu de s’attacher à transformer la personne du jeune délinquant on s’attache à répondre pénalement à chacun de ses actes. Cette option est fondamentalement régressive et ne permettra pas de combattre la récidive des jeunes délinquants.3) Dans le même temps le silence est étourdissant sur la nécessaire prévention de la primo délinquance.Et dans le même temps la PJJ (c’est-à-dire le ministère de la justice) continue à se retirer de la protection de l’enfance au mépris de la loi encore en vigueur  et n’exécute pas les mesures décidées par les juges qui lui sont confiées. Il ne coûte rien alors d’affirmer que les enfants délinquants sont d’abord des enfants en danger.

Parole, parole, parole.

16 mars 2009

Millau. Après David, Dylan : le temps des questions

On est légitimement choqué du calvaire supporté par le petit Dylan battu, nous dit-on, par son père, jamais scolarisé et cloîtré au domicile familial une grande partie du temps dans une pièce plus austère qu’une cellule de prison, fermée au verrou, devenue rapidement nauséabonde.

Cette histoire, bien évidemment exceptionnelle, rappelle cependant par certains côtés celle de David, l’enfant du placard de 1982 dans l’Essonne. Comme à Millau cet enfant de 7-8 ans était emprisonné dans un placard. Il n’était plus battu, mais il l’avait été. Il ne sortait de ce placard durant la journée que grâce à son frère cadet qui lui en ouvrait régulièrement la porte avec la complicité de leur mère jusqu’au jour où David avait réussi à s’échapper de l’appartement.

Deux ans plus tôt, le service de pédiatrie où David était hospitalisé avait fait le diagnostic d’enfant maltraité. Les médecins avaient laissé sortir l’enfant après avoir demandé au service social de l’hôpital de signaler son cas au service de coordination des services sociaux du département de résidence de la famille, service qui en vérité ne cordonnait aucune intervention, mais n’était qu’un lieu de concertation  pédagogique entre travailleurs sociaux. La jeune assistante sociale en charge de transmettre l’information ignorait cette subtilité.

La mère avait accepté de cacher son David dans un placard pour pouvoir poursuivre sa vie avec son nouveau compagnon. Tel était le prix qu’elle avait accepté de payer. Bien sûr l’un comme l’autre des adultes fut sévèrement condamné en cour d’assises.

A l’époque, le scandale fut majeur. Il en résulta une remobilisation importante de responsables politiques et administratifs. Déjà une parole publique forte à travers  une libre opinion « La maltraitance : Oser en parler «  parue dans Le Monde sous la signature G. Dufoix,secrétaire d’Etat en charge de la famille  en septembre 1982. Puis une circulaire interministérielle – une première en la matière – associant la Santé, la Justice, l’Intérieur, la Défense pour la gendarmerie, la Famille et, originalité à l’époque, l’Education nationale suivie de quatre circulaires d’application. Une dynamique était lancée à laquelle avait appelé plus tôt le dr Pierre Strauss, qui devait s’étendre en 1985 aux violences sexuelles, puis avec le travail du dr Stanislas Tomkiewicz et de Pascal Vivet aux violences institutionnelles  (instructions Aubry à l’IGAS). La commission présidée par Jacques Barrot et la loi du 10 juillet 1989 couronnèrent cette démarche initiée en 1982 par David. J’ai souvent dit que cet enfant du placard  en s’échappant en a sauvé de nombreux autres. En temps l’affaire Dutrou et l’adoption de la Convention internationale sur les droits de l’enfant avaient conforté le mouvement.

Depuis notre dispositif a été de nombreuses fois amélioré et encore tout récemment avec la loi du 5 mars 2007 qui identifie les présidents de Conseils généraux comme les chefs de file de la protection de l’enfance, sur et par-delà l’enfance maltraitée. Malheureusement - on veut croire qu’il n’y a pas de lien entre l’un et l’autre- force est de constater que les actuels pouvoirs publics se hâtent lentement de contribuer à réunir les conditions pour la mise en œuvre de ce texte voté à l’unanimité à la fin de la précédente législature  

Le constat majeur fait depuis 1982 et toujours valable est bien qu’il y a toujours quelqu’un qui a compris qu’un enfant était maltraité ou du moins qu’on trouve souvent quelqu‘un, dans ou hors l’environnement familial de l’enfant, qui possède des informations qui permettraient de faire le diagnostic. Comment réunir en un lieu, dans une main, ces informations préoccupantes et, bien sûr, comment veiller à les analyser correctement pour réagir au mieux et au plus vite ?

Deuxième question récurrente : que doit faire celui qui sait ou qui possède une bribe d’information ? Généralement il ne sait pas à qui la transmettre, voire il n’ose pas enclencher un processus qu’il pense devoir être lourd de conséquences : « placement » pour l’enfant et incarcération des parents . Et s’il se trompait ? Après les lignes téléphoniques départementales (1983), puis le service national d’écoute (1989) sur l’enfance maltraitée, étendu à l’enfance en danger, il a fallu faire passer l’idée d’un devoir d’ingérence : chacun est en devoir de venir en aide à celui qui est en péril, enfant ou personne vulnérable. Il risque d’ailleurs 5 ans d’emprisonnement à ne pas le faire.

On peut intervenir personnellement ou au moins informer les autorités administratives ou judiciaires … au risque de se tromper  ? La cellule de recueil des informations préoccupantes installées en théorie depuis 2007 dans chaque département doit permettre de collecter ces données, de les analyser et après avoir vérifié si l’action sociale a touché ses limites ou se heurte à un refus parental  avant de prendre l’initiative d’un signalement à l’autorité judicaire. Tout  cela peut se faire très rapidement, dans la journée, mieux, dans les heures qui suivent s’il le faut sachant que rien n’interdit celui qui connaît des faits graves de saisir directement le procureur ou le juge des enfants . On peut  le faire si les faits soient relativement patents; s’ils appellent des investigations, il faut avoir le souci de ne pas perdre de temps au prétexte de ne pas aller trop vite ;

Dans l’affaire de Millau il va donc falloir voir dans les toutes prochaines semaines ce qui a pu dysfonctionner dans le repérage de la situation et dans son traitement au-delà ce qui a conduit  ces gens à l’attitude qu’ils ont eu avec cet enfant que l’on qualifiera au minimum de coupable. Quand cela a-t-il vraiment commencé ? Depuis 7 ans ? Apparemment non .Depuis la survenue d’un deuxième enfant ? Depuis que l’enfant est taxé d’être à hyperactif et à problèmes ? Quels problèmes ?

S’agissant du délai mis par les  services sociaux, la police et la justice à intervenir, là encore le temps est aux questions maintenant que les indispensables mesures de protection ont été prises en urgence pour les deux enfants . Quelles sont ces informations préoccupantes transmises à la justice qui ont valu l’ouverture d’une instance d’assistance éducative pour enfant en danger ?  Pouvait-on y trouver matière à accélérer l’allure ?

La non scolarisation de Dylan revient comme une interrogation récurrente. Comment l’enfant a-t-il pu échapper si longtemps à l’Education nationale, aux services sociaux, à la mairie ?Le maire n’a pas connaissance systématiquement des enfants susceptibles d’être scolarisés. On a le sentiment que Yoann n’existait pas pour ces administrations. Des vérifications vont s’imposer.

Reste une autre interrogation majeure dont la réponse peut éclairer ce qui s’est passé, et sûrement va permettre de rechercher l’orientation à venir. Ces deux parents semblent certes professionnellement insérés, mais socialement dans des relations très superficielles, réduites au minimum tant avec la famille que les voisins. Qui va pouvoir venir en aide aux enfants dans les temps à venir ? A défaut il faudra s’orienter vers une prise en charge sur une longue durée des enfants à travers l’aide sociale à l‘enfance. Comment cet homme et cette femme ont-ils pu dissimuler au regard de ceux qui leur sont proches leurs conditions de vie spartiates et le sort qu’ils réservaient à Dylan, sinon son frère. On a l’impression d’un univers clos dans lequel personne ne pénétrait. Et pourtant Dylan parlait de la fenêtre avec les voisins.

La responsabilité des parents est première bien évidemment dans ce qu’a pu supporter l’enfant. Reste qu’avant de juger, il va falloir répondre à  toutes ces questions pour que les décisions prises tant par les juges pénaux que civils soient bien évaluées et pertinentes.

David, enfant du placard de l’Essonne semble s’être bien remis au final de son parcours chaotique (conf. son livre publié en 2005); Dylan doit aussi pouvoir se reconstruire.

07 mars 2009

 

Le retour des “ventres à louer” et des sorciers de la vie

Avec les lois sur la bioéthique de 1994 certains croyaient bien avoir définitivement refermé le dossier des “mères porteuses” c’est-à-dire du recours à des femmes pour accueillir le temps de la gestation l’ovule fécondé d’une autre femme. Ceux-là se trompaient. En ces matières aucun sujet n’est jamais définitivement clos. Et en tout cas, il appelle les pouvoirs publics à dire la loi donc à affirmer des repères. Je ne dévie pas d’un poil sur ce point (1).

Le sujet redevient d’actualité à travers le travail d’une commission sénatoriale qui devrait nous indiquait-on ce soir dans les grands journaux télévisés proposer de revenir sur l’interdit et de légaliser cette pratique.

Un argument pragmatique est avancé : 400 femmes françaises partiraient chaque année sous d’autres cieux pour “bénéficier” de cette technique. Il faut donc s’aligner sur les pays qui autorisent afin d’éviter ces transferts et éviter les difficultés qui résultent ensuite pour ces femmes et leurs époux ou amis, sinon pour les enfants, qui auront moult difficultés à faire reconnaître par la justice leur maternité sans accouchement.

Et puis pourquoi empêcher ce don de vie d’une personne qui peut porter un enfant à une personne qui ne le peut pas. Si on ne peut plus rendre service dans ce monde de sauvages ! Qui plus est le plus beau des cadeaux : un enfant.

On ajoute bien qu’il serait utile de prévoir une compensation financière pour la femme qui porte l’enfant en dédommagement de ce qu’elle va devoir supporter pendant quasiment 9 mois. Après tout gérer une maternité peut être un plaisir pour certaines comme d’autres trouvent du plaisir au travail, mais c’est aussi une responsabilité. Et puis, lâchons le mot, toute peine mérite salaire ! Il y a 15 ans on le chiffrait à 50 000 francs soit à peu près 7 000 euros. Restait pendante la question de savoir si cette somme devait être déclarée et imposable comme tout revenu ! Quel sera la tarif aujourd’hui de ce service ?

Il va de soi qu’avant de sauter à pieds joints sur cette pratique qui veut que l’on mette la science au service du désir on peut, on doit s’interroger. Porter un enfant pour le compte d’autrui, c’est autre chose qu’un don d’organe.

Ne nous attardons pas sur le fait que l’être humain doit rester hors du champ du commerce et que tout ne peut pas ici être admis. On se souvient qu’un temps aux USA on voyait durant le week-end des couples commander sur catalogue du sperme pour pallier les carences de Monsieur et le lundi matin arriver la camionnette du laboratoire livrant un container fumant d’azote et contenant la précieuse éprouvette avec une pipette afin que Monsieur pratique l’insémination sur Madame. On a vu aussi des officines d’avocats recourir aux services de professionnelles du port pour autrui, des jeunes femmes qui gagnaient leur vie en portant un enfant comme on accomplissait un mission en intérim! Il ne fallait pas gratter beaucoup pour voir que l’on avait à faire à des femmes elles-mêmes en grande difficultés psychologiques et parfois exploitées par des hommes, tout simplement leur mari ou ami.

Ne parlons pas de la représentation de la femme ramenée un simple corps d’accueil quand on nous martelait voici quelques décennies l’importance de la vie intra-utérine pour la structuration à venir de l’enfant. “Chérie faisons lui écouter du Mozart pour qu’il soit musicien !”

Parmi les questions fondamentales qui expliquent les problèmes juridiques rencontrés à travers la pratiques des “ventres à louer” il y bien celle de la filiation que l’on croise à nouveau.

La maternité est-elle ?

1          biologique : le fait de fournir un ovule c’est-à-dire une partie du patrimoine génétique de l’enfant ;
2          gestatrice : le fait de porter l’enfant c’est à dire de le développer le fœtus ;
3          factuelle : le fait d’accoucher, c’est-à-dire de donner la vie
4          affective : le fait de reconnaitre un enfant comme sien et de lui porter l’affection d’une mère, en tous cas d’exercer les responsabilités maternelles
5          adoptive : le fait d’être tenu comme la mère par le droit.

D’une réponse claire, nette et carrée on est monté aujourd’hui à cinq types de filiations maternelles qui peuvent être dissociées. Jusqu’ici la femme qui avait une relation sexuelle - on recommandait que cela se passe dans le mariage - pouvait voir un de ses embryons fécondé. D’ailleurs, généralement, elle souhaitait qu’il en soit ainsi et son homme l’acceptait bien volontiers ; cette femme accouchait de l’enfant, elle reconnaissait son enfant et en devenait la mère juridique. Napoléon ne connaissait qu’une mère celle qui accouchait. C’était même sa seule certitude dans le champ de la filiation. Il lui avait fallu instituer une présomption pour la filiation paternelle : le mari est censé être le père de l’enfant dont sa femme accouche. On sait aujourd’hui que pour 6 à 15% tel n’est pas le cas. Mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.

Avec l’adoption introduite en 1923 on a fait primer la volonté consacrée par la justice : un lien se substitue ou s’ajoute au lien de filiation biologique.

Avec la légalisation de la pratique des mères porteuses on viendrait dire qu’un enfant n’est pas celui de la femme qui le porte car elle ne le veut pas - la volonté dénie le fait - mais celle qui lui a donne ses gènes.

Demain on aurait des cartes d’identité variables avec sous la rubrique “mère” : mère biologique!

La voie sur laquelle on veut nous engager est lourde de conséquences sur le devenir de la filiation maternelle. Là encore, je ne crois pas que pour satisfaire le désir de 400 couples ou femmes d’être parents il faille tout remettre en cause.

Faut-il laisser le pouvoir aux sorciers de la vie ? Je ne le pense pas.

En écho au docteur Frydman qui exprimait ses réserves, j’entendais ce soir sur France 2 un médecin avancer qu’il fallait être pragmatique et décider au cas par cas. Selon la somme en jeu ?

Est-ce que parce que dans certains Etats on cède à des lobbies que nous devons également succomber ?

Tout n’est pas à vendre ou à acheter; surtout pas la vie.

En tous cas la boite de Pandore va s’ouvrir. Place au débat.

(1) On retrouvera avec intérêt, premier du nom sur ces questions, le rapport au Premier ministre “Les nouvelles procréations” remis en 1987qui me semble-t-il reste d’actualité commis avec quatre co-auteurs dont le pr Catherine Labrusse


Extrait du blog de JP rosenczveig du 24/06/2008 http://jprosen.blog.lemonde.fr/

 02 avril 2008
Boite à sons anti-jeunes, tests ADN, etc. ils sont fous !

Normalement nous sommes le 2 avril. Le jour n’est plus aux gros ou aux petits poissons. Le problème tient en ce que l’actualité semble encore frémir de ces mauvaises plaisanteries si proches de la vérité qu’on ne sait plus où est le faux et où est le vrai. Jugez-en à travers ce que je ramène dans les filets des journaux télévisés de ce soir.En vrac. 

J’entends un édile belge flamand affirmer pour justifier le refus d’inscription d’enfants à l’école locale qu’il leur faut parler obligatoirement néerlandais car ne parler que le français est « dangereux » : dangereux pour qui ?
Dans cette guerre que certains flamands mènent aux francophones on exige encore que des parents parlent le néerlandais pour leur permettre d’accéder à des logements sociaux. Ils sont fous ces flamands ! Autre info : la généralisation aux USA de l’accès aux tests ADN pour connaître la paternité quand la législation de pays comme la France est bien plus restrictive. Une nouvelle liberté pour les adultes, déjà pour les femmes comme celle que l’on entend développer que, en faisant appel à un laboratoire espagnol au mépris de l’interdit de la loi française, elle a pu savoir quel était le père de son enfant entre plusieurs possibles ! La facilité est bien évidemment d’admettre le recours aisé à ce test de vérité biologique au nom de la liberté de savoir ou encore au nom de la liberté de gérer sa vie. Reste que certaines vérités dans certaines circonstances peuvent être difficiles à assumer. Veut-on se souvenir que les meilleurs travaux avancent qu’entre 6 à 10% - d’autres parlent de 10 à 20% - des enfants nés dans le mariage ne sont pas les enfants du mari de leur mère. Imagine-t-on le tsunami familial si la vérité éclatait dans nombre de familles ? Veut-on prendre ce risque sans réflexion ? La loi française qui cantonne le recours aux tests se veut protectrice notamment des enfants en maintenant certains équilibres artificiels. En tous cas ils sont fous ces américains et nous serions fous de les suivre sans réfléchir aux ondes de choc prévisibles !
                                                                          *
Que dire de ce policier municipal des Lilas qui rudoie - devant caméra belge - un gamin au prétexte qu’il aurait laissé filer son stage. Il le renverse au sol et s’apprête à le frapper et l’en menace dans un langage ordurier. La loi de la rue appliquée à un jeune de la rue pour le sortir de la rue ! Bien évidemment le gamin interrogé n’y voit rien à redire et trouve même cela utile : il m’a réveillé ! Comme l’avance l’éducateur qui visionnait la scène : cette violence c’est bien l’échec d’une méthode prétendument éducative. Comment rompre avec cette violence si on la légitime ? Et de quel droit ce policier a-t-il ce comportement ? Il a été suspendu sinon révoqué et c’est justice. Ils sont fous ces tenants de l’ordre par la violence.
                                                                           *
Et le pompon c’est bien évidemment l’arrivée des boites à sons anti-jeunes en France : pour 800 euros on vous garanti que par l’émission d’ultra-sons les moins de 25 ans plus sensibles que les vieux à ces émissions ne stationneront plus dans les halls d’immeubles. On sait que grâce à la gauche (gouvernement Jospin) confortée par la droite (gouvernement Juppé) que c’est désormais un délit que de séjourner dans ces halls sans demeurer dans l’immeuble. On aurait pu songer à des stratégies pour offrir d’autres lieux de vie à ces jeunes ; on aurait pu imaginer des démarches visant à réorienter certains lieux publics en lieux de passage et de vie. Non. On chasse l’ennemi-jeune à coups d’armes à sons.
Comme on utilise les ultra-sons contre certains animaux sauvages, comme on recourt à l’électricité contre les vaches pour les cantonner dans un champ. Deux ministres du gouvernement sont déjà montées au créneau ce soir pour condamner cette démarche développée notamment en Grande Bretagne ; une première qui doit être saluée. Vivent la reine Christine et la reine Amara.
Quand on pense qu’on s’interroge sur l’impact des walkmans et autres boites à musique sur les oreilles de nos têtes blondes et frisées ? A quand les boites anti-noirs, anti-juifs ou anti-arables ?  Il nous faut exiger que rapidement un texte réglementaire ou législatif interdise sous sanction pénale ces boîtes-à-mal. Si un maire, un gestionnaire d’immeubles ou de centres commercial ose en installer il doit déjà être poursuivi sur le terrain civil sur sa propre cassette en demande d’indemnisation financière pour violence à la personne. Ils sont fous ces anglais !

Bref, je me demande si nous sommes le 2 ou le 1er avril et je me pince.

Perso je vous ai fait mon poisson hier, pour ceux qui ne l’avaient pas repéré quand je me suis autorisé à avancer que la commission Vartinard suggérait d‘abaisser la majorité pénale de 18 à 3 ans. Bien sûr il n’en est rien … en l’état. En vous reportant à mon blog précédent (le 249) vous relèverez que je ne suis pourtant pas si loin de ce qui se prépare. Ils sont fous ces français !
Extrait du blog de JP rosenczveig du 02/04/2008 http://jprosen.blog.lemonde.fr/

15 mars 2008

La justice pénale une nouvelle fois réformée ?

Une “fuite” publiée dans Le Figaro laisse à entendre qu’une commission serait rapidement mise en place à l’initiative de la Garde  des Sceaux afin de réformer l’ordonnance de 1945. On est loin du scoop et plus proche comme diraient les journalistes du marronnier c’est-à-dire du sujet récurrent qui revient régulièrement quand on n’a rien d’autre à traiter.
Y-a-t-il une actualité qui fasse que sur la dernière période la délinquance des mineurs se soit aggravée ? Ou la justice a-t-elle défailli ?
On nous a plutôt annoncé, pour s’en féliciter, que depuis 2002 il y aurait eu une décrue grâce à l’action vigoureuse des pouvoirs publics ! Rien ne montre qu’en nombre ou en gravité il y ait une situation plus préoccupante.
A-t-on oublié d’adapter le texte de l’ordonnance du 2 févier 1945 relative à la délinquance juvénile. Ce ne sont pas 31 réformes qui sont au compteur depuis 1945, mais quelques 40 dont 5 dans la dernière législature dont 2 en 2007, dont une de la part de ce même gouvernement Fillon. Sera-ce donc que les parlementaires aient été si mauvais qu’ils soient passés 5 fois de suite entre 2002-2007 à côté du sujet. Il faut alors les changer avant de songer à changer la loi !
Je veux bien qu’on n’apprécie pas mon ton un peu polémique, mais trop, c’est trop! Et il faudra quand même répondre à mes questions en apportant des preuves à l’appui.
J’en viens aux objectifs affichés dans cette note de Chancellerie qu’on rend publique.

Premier objectif : Il faudrait  obtenir une justice” plus réactive et plus adaptée” 

Sait-on ce qui a été fait depuis 1992 - grâce à nous les professionnels sans qu’on ait à l’époque changé la loi, preuve qu’elle permettait déjà ces évolutions - ? Pas un acte de délinquance commis par un mineur sans que le parquet soit informé en temps réel et réagisse immédiatement en donnant une réponse judiciaire :
- déferement, c’est-à-dire accompagnement immédiat du jeune au tribunal en sortant de la garde à vue. Un cas sur 2 à Bobigny l’an dernier
- rendez vous chez un juge pour y être jugé ou à tout le moins mis en examen 
- voire désormais déférement pour être traduit immédiatement devant le tribunal pour enfants pour y être jugé. C’est- le flagrant délit pour les mineurs qui fait qu’ils seront jugés à la première audience disponible; A Bobigny il y a une audience tous les jours sauf le week-end, mais le juge des enfants de permanence, le juge d’instruction et le JLD sont là pour incarcérer provisoirement si nécessaire
Alors que peut on imaginer de plus et de mieux dans ce domaine ?
Le taux de poursuites pénales est désormais de 85,5 % en 2006. Dans 14, 5 % des cas le parquet estime que c’est inopportun ou que la procédure ne tient pas la route. On fera jamais du 100%
Le parquet dispose aujourd’hui de 8 possibilités de réponses quand dans le passé il avait une alternative : classer ou poursuivre. Le sur-mesure indispensable à la justice existe

Deuxième objectif : définir un âge minimal de responsabilité pénale 

Important et recommandé par la Convention internationale sur les droits de l’enfant (art. 37) ratifié par la France en 1990. Déjà M. Nallet alors Ministre de la justice avait prévu de fixer cet âge à 12 ans. La réforme est restée dans les cartons.
Sauf que la nature ayant horreur de vide, la France use d’une autre technique que  la définition d’une seuil d’âge préfixe. Elle recourt au concept de discernement, concept subjectif qui permet de dire qu'’avant 7-8 ans il ne peut pas y avoir de poursuite pénale contre un mineur.
Donc, déjà si on adoptait un seuil préfixe de 12 ans on sortirait du droit pénal une (petite) partie des jeunes délinquants. Je ne crois pas que cela soit l’objectif visé ! Je ne dirai pas que le regrette car je ne veux pas user de la langue de bois.
Soyons réalistes nous avons un droit souple qui permet de s’adapter à la vie. Certains enfants connaissent le bien et le mal très tôt - d’autres plus tard, la loi permet de faire du sur-mesure. Osait aussi que dans certains cas des personnes qui ont des passages à l’acte graves - je pense aux parricides de Belfort et de Versailles ces dernières années - feront l’objet d’une décision estimant qu’ils n’avaient pas le discernement au moment d u passage à l’acte.
Pour comprendre le problème posé pour les enfants allons à l’autre bout du spectre, vers les personnes âgées car le problème est posé à l’identique et entre le droit permet aujourd’hui de saisir l’un et l’autre. Quand perd-t-on le discernement à:80, 84 ans, à 87, à 90 ? Jamais ? Comme notre dernier poilu décédé à 110 ans avec toute sa lucidité ?
Si l’on fixe un seuil d’âge pour les plus jeunes il faudra en fixer un pour les anciens ! A-t-on vu ce problème ? Va-t-on dire que Valery Giscard d’Estaing n’a plus sa tête à proposer des traité européens comme il le fait ?
Et je ne crois pas qu’un âge préfixe avec les effets de seuil soit une bonne chose.
Je préconiserais - si on me demandait mon avis - de ne rien changer formellement : le résultat serait nul et les problèmes récurrents majeurs.
J’entends dire aussi qu’il faut revenir sur l’architecture prévue par la l’ordonnance du 2 novembre 1945 qui veut - Qu’avant 7-8 ans on ne puisse prendre que des mesures éducatives à l’encontre d’un enfant qui commet un fait qualifié de délit (par exemple, il prend des bonbons dans un magasin ou crève l’œil d’un petit camarade)
- Qu’à 7-8 ans on puisse être tenu pour pénalement coupable sans pouvoir supporter autre chose au pénal qu’une mesure éducative
- Qu’à partir de 10 ans depuis 2002-, en coutre des m’mesures éducatives, on puisse avoir droit à ders sanctions éducatives - confiscation de tell chose, interdiction de fréquenter telle personne ou telle lieu, etc -
- Qu’à partir de 13 ans, outre ce qui pouvait déjà être engagé on encourt une peine de prison au maximum égale à la moitié de celle encourue part un majeur ayant commis les mêmes faits
- Qu’à partir de 16 ans on puisse se voir retirer le bénéfice de l’excuse de minorité
- Qu’enfin à 18 ans d’être totalement responsable pénalement
Cette gradation sans jamais exclure les mesures éducatives st la force de notre système qui veut qu’à la m majorité l’immensité des jeunes qui ont été délinquants ne le sont plus.
Peut-on imaginer mieux? Non
Ou alors il faut le dire ce qu’on veut faire : abaisser l’âge de la majorité pénale de 18 à 16 ans.

Troisième objectif affiché : toiletter un texte devenu incompréhensible et peu maniable avec toutes les reformes intervenues. 

On se pince i. Maintenant on fait critique à l’ordonnance de 1945 d’être devenue un instrument complexe. C’est faux et à la hauteur de la méconnaissance ou de l’incompétence de ceux qui avancent un tel arguments. Sachant je le rappelle que ce sont les parlementaires proches de ceux qui nous gouvernement qui ont introduit ces différentes reformes.
Osons le dire il ne s’agit pas de toiletter mais de supprimer l’ordonnance de 1945, mais pour passer à quoi. Au droit pénale des majeurs.
Pourquoi pas? Assumons le et disons que nos enfants sont majeurs avant l’âge.
Il faudra en rendre compte devant la communauté internationale (conf. là encore la CIDE).
Il faudra avoir une majorité civile à égalité avec la majorité pénale sinon le discours droits et devoirs ne tiendra plus la route
Mais dans cette hypothèse si l’on sort de l’ordonnance de 1945,on ne la reforme pas. On vient dire que le droit pénal des mineurs vaut que jusqu’à 16 ans,14 ou encore 12 ans!
On peut le faire, mais comme je l’ai déjà dit on joue petit bras. Les jeunes RPR en 1985 proposait déjà d’abaisser à 14 ans la majorité pénale; je propose de s’aligner sur l’expertise de l’INSERM de descendre à … 3 ans !
Bien sûr que c’est du Devos, mais pour éradiquer la délinquance juvénile il suffit de supprimer l’enfance!
Mais si on applique aux enfants le droit pénal des majeurs protégera-t-on mieux la société quand on sait
° que le taux de récidive en sortant de prison est de 65%
2° que la prison se veut désormais éducative
Redevons sérieux. Ceux qui connaissent le sujet savent que les problèmes à traiter aujourd’hui sont les suivants :
- augmenter le taux de réponse policière quand il est largement inférieur à 30%
- faire en sorte que les mesures judicaires soient réellement mises en œuvre des mesures éducatives ou mesures strictement répressives. En Seine Saint-Denis 400 mesures éducatives en sont pas exécutées
- faire en sorte que l’on ne s’attache pas à la prévention de la récidive mais à la prévention du premier passage à l’acte.
- veiller à ce que les juges des enfants et la PJJ restent compétents aussi bien pou les enfants en danger que pour les enfants délinquants
Si la commission Varinard s’attache à ces sujets elle sera sur la plaque; si le mandat est différent on aura la preuve une nouvelle fois rapportée que l’on est sur un registre politique coupé des réalités

17 février 2008

Surpris, perplexe, finalement choqué comme citoyen

L’annonce par le président lors du diner du CRIF de son souhait de voir des enfants de CM2 parrainer les enfants français victimes de l’Holocauste a surpris. Cest le moins qu’on puisse dire ; le CRIF n’en demandait pas tant ; les responsables israéliens qui entretiennent le mémoire de la Shoah avancent publiquement qu’il s’agit d’une première de la part d’un chef de l’Etat en exercice. Pour susciter une dynamique constructive et l’adhésion, la démarche suivie apparaît donc déjà surprenante mais le politique à ses règles que le bon sens parfois ignore ! 
Intuitivement, après la surprise le premier reflexe est la réserve mais aussi la prudence. Quel démocrate, quel républicain, ne partage pas le souci de cultiver la mémoire collective surtout quand trop souhaiteraient tourner la page sinon tout simplement nier qu’elle ait existé. Alors devant la proposition présidentielle on s’interroge : n’aurait-on pas loupé quelques marches pour honorer cette ardente obligation de mémoire collective ? Tout simplement si on s’oppose trop vite et trop fort sera-t-on audible ? Ne parlera-t-on pas d’opposition systématique ?
Deux ou trois jours durant certains - dont moi - sont restés choqués debout avant que les arguments cartésiens ne se remettent en place. L’attitude de Simone Veil est ici exemplaire. Elle a pri sun peu de temps mais elle est claire, nette et carrée : cette idée est “inimaginable, insoutenable, et surtout injuste”. Bref, il s’agit d’une une aberration.
Beaucoup d’arguments ont été avancés dans les très nombreuses réactions entendues ou lues.
Personnellement je n’en retiens qu’un : au nom de quoi des enfants de 10 ans supporteraient le poids d’une responsabilité collective ?
Si j’étais enfant de CM2 je demanderais à mon prof de bien vouloir me dire en quoi il a “supporté” lui ces victimes de l’Holocauste dans les années écoulées et ce qu’il envisage de faire personnellement.
Sans compter ce qu’à juste titre avance Antoine Garapon à savoir qu’on parraine quelqu’un qui est en vie pour qu’il obtienne un résultat auquel il peut légitimement aspirer, mais pas un mort.
On confond tout dans cette proposition.
Bien sûr qu’il faut informer les enfants sur ce qui s’est passé dans cette sinistre période, en France et ailleurs, faisant comme victimes des enfants juifs, mais pas que des enfants juifs : des adultes juifs, des tsiganes ou des homosexuels aussi. Beaucoup est déjà fait sur ce sujet. Des journées y sont dédiées, des documents variés existent, des animations sont faites dans les établissements.
Il faut aussi leur dire que des français y ont contribué à ces déportations d’enfants tandis que d’autres aidaient modestement, mais dangereusement les persécutés. Il faut leur parler des Justes. Mais il faut aussi leur parler de Sabra et Chatila - qu’a-t-on fait pour éviter le massacre de ces 500 femmes et de ces enfants palestiniens à quelques encablures des militaires israéliens ? -, des victimes de la Commune ou des martyrs de France pour ne prendre que quelques exemples.
Et tout simplement pourquoi les élèves ne porteraient-ils pas la mémoire des enfants qui ont flambé dans les gourbis parisiens voici 3 ans ?
Bien évidemment l’antisémitisme est condamnable, mais tous les racismes le sont, tous les enfants victimes méritent qu’on se souvienne d’eux.
Entendons Simone Veil quand elle dit qu’il y a des choses insupportables à parler et à porter. Il a fallu du temps aux déportés de retour pour parler l’horreur de ce qu’ils ont vécu. Comme d’autres, de la génration suivante, je ne parle pas des camps, mais j’ai des images vues très tôt à la télévision dans la rétine. Je n’ai pas besoin de voir 10 fois “Nuit et Brouillard” ni de prendre le nom d’un de ces enfants.
Et je reviens sur mon argument : an nom de quoi imposerait-on ce poids à des enfants quand des adultes ne l’assument pas eux-mêmes ? On vient nous dire que finalement ce ne sont plus des enfants individuellement mais des classes qui parraineraient. La différence est modeste et on repart dans l’improvisation. Tout cela n’est pas sérieux sur des sujets aussi délicats et passionnés. Il y a de quoi être remonté comme citoyen.
En d’autres termes j’ai le vague sentiment d’une réponse simpliste usant de l’art de la défausse des adultes sur les enfants et de la bonne conscience pour répondre à un problème délicat mal posé ; j’ai aussi le sentiment avec d’autres qu’on n’a pas évalué les effets indirects de ce que l’on avance. Bref on improvise dangereusement. Pour rejoindre encore Simone Veil : ” Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ?”
Le président veut aussi rétablir les cours de morale et que les enfants connaissent la Marseillaise et d’une manière générale les symboles de la République.
Je veux bien qu’on rétablisse les cours de morale, mais avec beaucoup d’autres je serais plus favorable à ce que l’on ait une véritable éducation civique qui montre que la morale est un registre normatif parmi d’autres et que la loi de la République est le registre normatif suprême qui s’impose à tous enfants comme adultes, adultes comme enfants ! 


Extrait du blog de JP rosenczveig du 17/02/2008 http://jprosen.blog.lemonde.fr/

10 février 2008
Gestion de la violence

 Difficile de faire un choix dans l’actualité “préoccupante”. Chacun aura ses priorités. On trouve parfois des fils communs entre plusieurs sujets apparemment distants
.
Déjà le “Connard !” d’un gosse de 11 ans suivi d’une mandale en retour magistrale mérite qu’on y revienne afin de clarifier les termes du débat. Bien évidemment on ne peut qu’être atterré qu’au final cette histoire se retrouve en correctionnelle avec un professeur en risque d’être condamné pour violence volontaire aggravée sur mineurs. La perspective d’une condamnation formelle peut l’inquiéter, mais tout autant la médiatisation et le regard des autres pour un homme qui, croit-on comprendre, traversait une période de vie délicate, comme après tout nombre d’entre nous peuvent en vivre.

Le fait que l’élève ait été exclu quelques jours si j’ai bien suivi et doive passer en conseil de discipline n’est en rien une compensation satisfaisante.

J’ai voulu dire dans mon commentaire (239) de cette actualité que c’était un grand gâchis qu’on en soit réduit à ce type de réponse répressive à l’égard de l’un comme à l’égard de l’autre. Ici comme dans mille et une autres circonstances j’aurais préféré une démarche pédagogique qui n’exclue certes pas la fermeté : on n’a pas le droit de traiter quiconque et a fortiori son prof de connard, on n’a pas à balancer les affaires de quelqu’un par terre, fut-ce un enfant, on n’a pas le droit de frapper pour répondre à une injure, etc… Cette démarche vaut dans nombre d’établissements scolaires avec ou sans le secours d’équipes spécialisées du Rectorat.

La justice elle-même n’a pas joué son rôle : il était possible, en fait et en droit - sachant que seule la citation directe devant le tribunal du fait du père pouvait enclencher une poursuite - de passer par une démarche de médiation devant le procureur  Au lieu de cela on se retrouve dans le prolongement de l’affrontement avec bien évidemment, qu’on le veuille ou non, une approche corporatiste dangereuse : on doit par principe défendre les adultes, on doit par principe défendre les enseignants !

A observer les réactions qui se succèdent le déséquilibre est flagrant : l’enfant est seul coupable; tout au plus l’adulte a dérapé. On entonne l’hymne incantatoire à l’autorité et au respect et roule poupoule !Au passage on en rajoute une couche sur les parents irresponsables en oubliant que nombre de commentateurs auraient été les premiers à traiter de con celui qui aurait balayer leur bureau ! Le fait que le père soit gendarme et vienne en uniforme au collège permet d’en rajouter pour escamoter le problème de base. On peut continuer sur ce registre, on ne réglera rien. Bien évidemment cet enseignant de l’avis de tous eux qui le connaissent n’est pas un sadique ni un pervers comme on a pu en connaître; pas plus ne faut-il oublier qu’une gifle exceptionnelle n’est pas aussi préoccupante que des pratiques vexatoires permanentes comme on en connaît parfois.

Une fois dit tout cela, les torts de cette banale histoire étant partagés, il fallait régler le problème sur le registre disciplinaire, ce qui n’implique pas nécessairement une sanction, et en interne. Il a manqué ici une hiérarchie compétente. Au lieu de cela on va en justice, et là on loupe la marche du dialogue.

Reste à souhaiter qu’à l’audience la raison l’emporte. On peut essayer de faire juger que l’injure légitime la violence réactive. Je suis pas sûr que cette approche extensive de la légitime défense soit une avancée pour nos établissements scolaires. Une dispense de peine serait plus adaptée au regard bien évidemment de ce que nous savons via les medias de cette histoire. En tous cas qu’on vienne pas me faire dire que je justifie des poursuites ou une condamnation pénale de cet enseignant.
Extrait du blog de JP rosenczveig du10/02/2008 http://jprosen.blog.lemonde.fr/


09 janvier 2008
Punir n’est pas éduquer, mais y contribue

On assiste à une offensive pour réhabiliter la punition et les châtiments. Et déjà les violences physiques prodiguées aux enfants par les parents sinon par les éducateurs. Nom d’un chien  il faut les mater ces jeunes têtes blondes ou frisées ! Faut pas fléchir ni mollir. La fessée ou la claque bien administrées n’ont jamais fait de mal nous serine-t-on. Il y a même des travaux scientifiques – québécois comme d’habitude dans le champ éducatif – qui viennent démontrer la pertinence de la démarche.
En face, même si on en rappelle l’existence, les mouvements qui militent pour la condamnation de la fessée et de la gifle ne font pas le point même quand ils se réfèrent aux décisions prises dans les pays de nord de l’Europe. Ils apparaissent comme de doux huluberlus, pour ne pas dire des irresponsables déconnectés des réalités.
J’ai déjà eu l’occasion dans plusieurs commentaires livrés dans ce blog qu’on ne pouvait pas confondre autorité et violence. Condamner les violences faites aux enfants comme nous le faisons en France ne signifie pas que les adultes doivent démissionnent devant les plus jeunes et renoncer à l’exercice de leurs responsabilités. Mais on peut être totalement parent sans pour autant user du martinet – désormais réservé dans notre pays à d’autres exercices – , de la fessée ou de la baffe éducative.
Il est vrai que ce positionnement déroute nombre de parents notamment issus de l’immigration africaine qui estime que ce pays en reconnaissant les droits des enfants ont dépouillé les parents de tout pouvoir.
Bien sûr, il n’en est rien. Les enfants ont besoin d’autorité. L’autorité parentale est éducative.
L’autorité des parents est d’abord morale : l’enfant reconnaît que l’adulte le protège, veut son bien, est juste. Elle n’est pas fondée sur la force et sur la peur.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’affrontements, des cris, des bouderies. Et même que dans certaines circonstances les adultes ne devront pas user de la force pour faire cesser telle attitude ou forcer à avoir tel comportement. Comme juge des enfants je crois qu’il faut marquer des limites et des coups d’arrêt à la délinquance d’un jeune y compris par l’incarcération. Tout simplement quand des interdits leur sont posés à travers un contrôle judiciaire il ne faut pas hésiter à sanctionner les violations de ces obligations. J’ai même soutenu il y a déjà 20 ans le recours à la « contrainte éducative » qui consiste pour des instituons sociales à ne pas abdiquer devant des comportements violents des jeunes à eux confiés.
J’hésite beaucoup sur le fait de condamner juridiquement la correction parentale. En tous cas je ne suis pas  convaincu qu’il faille tolérer la violence à froid  comme des châtiments corporels infligés à la maison ou à l’école.
Je peux entendre qu’une gifle ou qu’une fessée partent en réaction à un fait plus ou moins grave. En vérité cela sert généralement d’exutoire à celui qui l’inflige, à la hauteur de la peur qu’il a eu pour l’enfant. Cette violence est une réaction d’angoisse.
Plus on montrera aux parents qu’il y a d’autres attitudes à avoir, plus ils continueront à s’en détacher comme cela se fait dans l’immensité des familles depuis quelque décennies. Je n’irai pas dans le sens de ceux qui seulement restaurer ces châtiments corporels. J’aimerais savoir si les mêmes accepteraient que leurs fautes d’adultes soient punies de coups de bâton  comme elles l’étaient dans l’histoire de ce pays!
Laissons, ici comme ailleurs, la  violence comme méthode éducative ; en revanche, il n’y a aucune raison de ne pas réagir fermement à la violence développée par un enfant ou par un jeune. Cela vaut à la maison comme dans la cité. Je l’ai démontré dans « Baffer n’est pas juger !»
En revanche, il m’apparaît indispensable de décomplexer les parents sur le fait qu’ils peuvent être conduits à poser des limites à leurs enfants et à la sanctionner. Ils y sont totalement légitimes. C’est même un devoir que d’exercer cette autorité. On sait que de longue date dans certaines familles des parents  ont démissionné dans l’exercice de cette responsabilité. Ils n’ont pas rendu service  à leur enfant qui n’a pas vu de limites marquées ou sanctionnées.
Les adultes doivent énoncer explicitement ou implicitement ces limites à ne pas franchir en ayant le souci de les expliquer afin qu’elles n’apparaissent pas arbitraires. Par exemple, il y a des territoires dans la maison dans lesquels les enfants ne doivent pas pénétrer ou des affaires qu’ils ne doivent pas toucher.
Les sanctions doivent être justes et adaptées. Elles ne sont pas là pour punir – on n’est pas dans la vengeance - , mais pour rappeler l’interdit.
C’est vrai que les adultes doivent être cohérents : ils ne peuvent pas annoncer une sanction et ne pas la mettre en oeuvre au risque de perdre toute crédibilité aux yeux des plus jeunes. Il ne s’agit pas de ne jamais fléchir d’un pouce mais de rester dans le registre de ce qui a été promis  sinon c’est le principe qu’on a voulu défendre  qui lui-même sera pris pour flexible.
En tous cas, il est bien que l’on se pose ces questions sur les limites et sur la manière de réagir. Il ne s’agit pas d’instaurer l’autorité pour l’autorité ; pas plus qu’il ne s’agit d’abdiquer toute réaction devant la violation de règles posées comme importantes. Ces deux attitudes de principe sont aussi condamnables.
Les enfants attendent des adultes qu’ils les conduisent à marcher seuls sur leurs pieds entre des rails qui les protègeront ; il est important qu’ils sachent que sortir de clous peut être dangereux mais pas nécessairement impossible. Il faudra alors payer un prix qui peut être lourd à assumer et pourquoi pas acceptable s’il y a de bonnes raisons. Mais cette attitude pour possible ne peut être qu’exceptionnelle.

En tous cas, combattons cette idée que s’agissant des enfants il faut les mater, dans la famille comme dans la cité, et que tout est bon à cet effet.

Extrait du blog de JP rosenczveig du 09/01/2008 http://jprosen.blog.lemonde.fr/


18 novembre 2007
Affirmer un droit à l’adoption ?

L’affaire de l’arche de Zoe a ouvert à nouveau le débat  sur l’adoption en général dans ses deux branches nationale et transnationale. Et comme tous débats où se trouvent des enfants, on est rapidement dans l’affectif, dans les excès et, bien sûr, dans la caricature. Les textes de Francois-Robert Zacot et de Jacob Rogozinski parus dans Le Monde des 9 et 11  novembre n’évitent pas l’écueil. Chacun traite l’autre de méchant et joue des enfants pour culpabiliser son interlocuteur ; on  n’a pas pour autant progresser. Bien évidemment dans le magma des invectives, il n’y a pas que des erreurs d’analyse. Essayons de retouvrer un peu de raison comme il le faut régulièrement le faire décennie après décennie.

Il est de fait que le désir d’enfant est une réalité dans ce monde ; en France en particulier.
Cela n’a rien de blâmable. Généralement on parvient à y répondre naturellement ; parfois avec l’aide de la médecine. Le taux de natalité en France est l’un des plus élevés d’Europe. Et il a plutôt cru ces derniers temps quand d’autres chutaient. Personne ne sait pourquoi, mais le n’est pas le sujet du jour. Reste que des personnes (entre 15 à 20 000 en France) souhaiteraient être parents qui n’ont pas pu l’être, d’autres s’ouvrir à plus d’enfants qu’ils n’ont pu être naturellement parents. Rien de blâmable à cela. On peut être stérile et équilibré.
Il est aussi des gens qui pensent pouvoir aidé un enfant laissé à lui même par les accidents de la vie – décès ou disparition de parents – et lui apporter ce qu’ils ont apporté à leur propres enfants.
Vouloir s’ouvrir à un enfant n’est pas nécessairement être un pédophile qui s’ignore ou dangereux ni pervers. C’est une démarche généreuse car il ne suffit pas de s’ouvrir sur l’instant ; on s’engage pour la vie. En d’autres termes ne jetons pas l’anathème sur ceux qui forment un  projet d’adoption.

Il de fait que notre pays a de moins en moins d’enfants délaissés ou abandonnés. Il y en avait 150 000 en 1900 et désormais un peu moins de 3 300 pour une population qui au passage à plus que doublé en un siècle.
On doit s’en réjouir. C’est le fruit d’au moins trois phénomènes : les enfants sont aujourd’hui plus désirés grâce notamment à la maîtrise de la contraception, les aides sociales faites aux foyers monoparentaux sont meilleures et enfin le statut des mères célibataires n’est plus ce qu’il était il y a encore 40 ans. : on n’est plus montrée du doigt et tout simplement l’action social vise à éviter la rupture parent-enfants. Inéluctablement le nombre des pupilles à diminuer : 40000 en 1960, 20 000 en 1980 et quelques centaines de nouveau chaque année soit par remise aux fins d’adoption, soit par déclaration judicaire d’abandon.
Régulièrement certains pointent du doigt que des enfants qui auraient du faire l’objet d’une déclaration judicaire d’abandon n’en en ont pas profité. Ils y voient là une source n’ont exploitée d’enfants adoptables négligeant que ces enfants sont souvent âgés quand les choses se cristallisent et ne sont guère adoptables pour ne pas correspondre aux enfants que recherchent les candidats à l’adoption
Ce n’est donc pas pour rien que les candidats français et plus largement européens se tournes vers l’adoption transnationale . On imagine des millions et d es millions d’enfants orphelins – comme Jacob Rogozinski – attendant des orphelinats qu’on vienne les chercher. De fait ces enfants existent ; on le voit régulièrement dans les reportages télévisés. Sont-ils pour autant sans famille et adoptable ? On se souvient de l’appel précipité de sœur Emmanuelle pour l’adoption des enfants du tsunami voici deux hivers quand on ne savait rien du sort de leur famille. Que ne dirait-on pas  si des étrangers visitaient nos foyers de l’enfance pour y adopter. Il est de fait que les Etats ont des politiques restrictives répugnant à voir consacrer leur incapacité  prendre en charge leurs enfants. Rares sont les pays comme la Corée du Sud qui affirment que les enfants coréens adoptés à l’étranger sont les fantassins de la conquête du monde par le Pays du Matin calme.
Indéniablement on peut améliorer le dispositif d’adoption transnationale en offrant à chacun les garanties qu’il est endroit de recevoir : l’enfant dès lors qu’il est réellement adoptable c’est-à-dire sans famille sur ses conditions d’accueil dans le pays hôte, les pays concernés qu’il n’y a pas eu de trafic d’enfants, etc.

Une idée doit être combattue : il y aurait beaucoup d’échecs de l’adoption. C’est inexact. Non pas qu’il n’y en ait pas. Les professionnels de l’enfance ont tous des exemples à citer mais le tribunal pour enfants étant un beau lieu d’observation des rejets , je peux affirmer qu’ nous ne croulons pas – et fort heureusement - sous ces situations. Certainement parce que les personnes qui y recourent ont fait un long cheminement sur eux-mêmes, qu’elles y ont été aidées par l’ASE ou les Oeuvres de l’adoption. Bref ce que l’on qualifie parcours du combattant pour marquer qu’on n’a pas accès à un enfant facilement, n’est pas nécessairement négatif pour lutter contre le échecs. Reste que l’on a bien fait de prévoir – réforme Mattei de 1996 sauf erreur - qu’il pouvait y avoir une nouvelle adoption quand un première tentative avait échoué. Dans l’adoption il est vrai que généralement chacun y trouve son compte, l’adoptant comme l’adopté. Là encore rien de choquant
Ces rappels fait peut-on affirmer un droit à l’adoption ? Un droit pour qui ? Un droit pour l’enfant ou un droit pou  l’adulte qui veut s’ouvrir à l’autre ? Qui dit droit dit qu’il y a une institution – l’Etat – qui s’organise pour gager la reconnaissance de ce droit.
On voit la difficulté de l’exercice.
On peut garantir à l’enfant sans famille que l’on fera l’effort de lui rechercher une famille d’accueil susceptible de devenir la sienne par l’adoption. On aura parfois des difficultés à trouver cette famille. Il est encore des enfants de France si ne sont pas adoptés car trop âgés, porteurs de handicaps,de couleur de peau ou en fratrie. Faut-il même rappeler qu’il a fallu attendre 1984 pour que la loi vienne dire que tous les enfants étaient adoptables même s’il étaient porteurs de handicap : jusque-là seuls les enfants en bonne santé étaient adoptables. Bref, l’Etat peut s’engager vis-à-vis de l’enfant à une démarche pour ne pas se contenter d’un accueil en foyer ou même en famille, pas à un résultat.

De même peut-on reconnaître à certaines personnes le droit de demander à adopter en les agréant, mais comment leur garantir qu’il y aura un enfant à leur « servir à l’adoption» pour reprendre l’expression d’un certain  temps. Bref on n’est pas dans le domaine dans lequel on peut offrir un droit opposable. 
M. Rogozinsli méconnaît le sujet quand il ricane sur les orientations avancées par Mme Rama Yade notre secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme. Pourtant elle n’innove pas ; son discours est celui que tiennent des responsables politiques réellement responsables depuis 20 ou 30 ans : si on a réellement l’intérêt de l’enfant en tête – et pas celui des adultes qui s’en repaissent - il faut promouvoir le parrainage et les alternatives à l’adoption. Il faut aider sur place des politiques qui permettent aux parents d’élever leurs enfants comme on l’a fait  pendant un siècle et demi – et le développement économique est la première condition à réunir. Si des enfants doivent être aidés, ce peut être par le parrainage, et très subsidiairement, par l’adoption quand les conditions en sont réunies. Reste que le parrainage touche ses limites car les parrains attendent plus que ce qu’on leur demande.

L’adoption ne peut pas être a soi seule une politique de protection de l’enfance. Pour certains enfants elle peut être la réponse adaptée car elle permet d’offrir un univers familial juridiquement conforté – elle crée une filiation nouvelle - à un enfant qui en manque. L’adoption est une démarche dans une stratégie globale. Doit-on rappeler que l’adoption des enfants n’est légale que depuis 1923 c’est-à-dire après la Premier Guerre Mondiale quand il fallut se préoccuper des enfants de ceux qui étaient tombés à Verdun ou sur d’autres champs de bataille. Jusque là seuls les adultes étaient adoptables pour  prolonger un nom ou garantir le maintien d’une fortune.

Mais là encore une question peut être un test éclairant : faut-il recourir autant qu’on veut le faire à l’adoption plénière qui efface l’histoire de l’enfant et le répute né dans sa famille d’adoption. Il faut un lien pérenne, mais pourquoi effacer l’histoire ? Chacun d’entre nous est un mille-feuilles : pourquoi vouloir nier l’origine de l’enfant et son passé. Si on recourrait plus à l’adoption simple qui crée un lien de filiation sans pour autant effacer le lien précédent on admettrait réellement l’enfant pour lui-même, et non pas pour remplacer l’enfant qu’on n’a pas pu avoir par ailleurs. Peut-être serait-on moins soupçonnés par des parents ou des Etats de vouloir s’approprier un enfant.

Pour être respecté dans ses désirs, il faut sans doute commencer par respecter l’autre dans ce qu’il ressent.

Une dernière chose est sûre : l’adoption n’est pas qu’une démarche privée. Certes pour certains il y a un mystère de l’adoption : comment faire sien un enfant qu’on n‘a pas conçu ? C’est en tous cas l’histoire d’une rencontre qui souvent se déroule bien mais peut aussi mal se dérouler.  Elle suppose des précautions publiques pour l’enfant, pour sa famille naturelle mais aussi pour la famille d’accueil. Elle engage la responsabilité de la puissance publique. Elle peut aussi participer de la politique étrangère d’un Etat.

Il est donc bien difficile si on veut bien y regarder de près d’affirmer un droit à l’adoption.

Sur ce sujet comme sur bien d’autres méfions-nous des discours incantatoires.

Extrait du blog de JP rosenczveig du 18/11/2007 http://jprosen.blog.lemonde.fr/

30 octobre 2007
L’irrationnel de l’adoption

Au fur et à mesure où les informations tombent sur l’expédition montée par l’Arche de Zoé, il apparaît bien qu’n a affaire à des “Pieds Nickelés” de l’humanitaire. Peut être pas nécessairement méchants et mal intentionnés! En tous cas sacrément dangereux. Ils n’ont pas hésité à braver les interdits. Ce qui en soi n’est pas pendable car si les militants des droits de l’homme respectaient les lois installés ils ne ferait pas souvent bouger les lignes. Mais de là à camoufler une association derrière une autre, à faire passer pour malades ou orphelins des enfants qui ne sont ni malades ni orphelins, pour ne pas aller plus loin, il y a une marge qui leur vaut légitimement des ennuis et des soutiens au compte-gouttes. Il faut encore attendre pour porter un jugement définitif sur cette malencontreuse opération, mais il y a matière à ne pas approuver. Je relève que cette affaire vient revisiter le débat sur l’adoption sachant que l’immensité des Ouvres qui interviennent dans ce champ ne se livre pas à de pratiques de ce type. On le dit beaucoup mais l’adoption transnationale - je prèfère cette expression à celle d’adoption internationale - aura des difficultés à se relever de ce coup de poignard infligé par ces amateurs. La France aussi - je l’ai relevé hier - a reçu un mauvais coup ! 

Dans les témoignages recueillis je retiens notamment que nombre de personnes ont cru pouvoir grâce à l’Arche de Zoé trouver par l’adoption l’enfant qu’elles attendent souvent de longue date.
Informées par des gens plus pesés connaissant bien le sujet qui avaient pressenti le fiasco annoncé du dispositif - le moins qu’on puisse dire à sa décharge est que l’arche de Zoé n’a pas agi en catimini !- , ces personnes ont refusé d’entendre le langage de raison.  Mais il y a un irrationnel de l’adoption comme il y a un mystère de l’adoption. Si certains se demandent comment on peut faire sien un enfant qui n’est pas la chair de sa chair, ceux qui attendent d’être parent - pour la première fois ou à nouveau - est d’une telle prégnance qu’aucun argument, aucun obstacle ne peut les en dissuader. En l’espèce les appels de phare ont été importants. Il a été dit à ces familles que le projet d’adoption était irréaliste et qu’elles ne pourraient pas concrétiser.  

L’Arche de Zoé elle-même était prudente sur les résultats escomptés. Elle ne promettait pas l’adoption. Rien n’y a fait. Pour beaucoup l’aspiration à un enfant l’a emporté sur le reste. Is n’écoutaient plus On est dans un registre sur lequel la rationalité n’a pas prise. Le désir d’enfant ne connaît pas les réalités de la vie. Combien de projets de vie extraordinaires ont pris la route sous cette pression irrésistible, mais là comme ailleurs la fin ne saurait justifie r les moyens.  

On peut entendre cette aspiration à être parent et encore plus si l’on n’ a pas été soi-même confronté à cette situation, mais qu’on nous parle pas de l’intérêt de l’enfant. En l’espère il s’agit de répondre à un désir d’enfant. Il est de fait que souvent il est rendu à ce désir d’enfant par des gens qui réciproquement apportent énormément aux enfants accueillis. Il est aussi des cas où l’enfant n’y trouve pas son compte. Il est souvent tenu pour l’enfant désiré, moins pour ce qu’il est réellement. Il est des cas où l’adoption échoue; il est aussi des cas où l’adoption ne s’impose pas come reponse pour l’enfant. Tous les enfants pauvres du monde ne sont pas adoptables.  Il faut le dire clair et fort : la reponse aux enfants en difficulté ici comme ailleurs ne passe pas nécessairement par l’adoption. On peut s’ouvrir à un enfant en difficulté sans le faire sien; on peut aider des enfants à vivre chez eux, dans leur culture, dans leur environnement. Beaucoup de nos contemporains entendent ce discours et agissent en ce sens. Simplement et sans complexes; à l’aise dans leurs baskets. 

PS    Voir le dossier Adoption sur mon site www.rosenczveig.com

 Extrait du blog de JP rosenczveig du 30/10/2007 http://jprosen.blog.lemonde.fr/

29 octobre 2007
L’adoption internationale en question

S’il est bien une affaire qui mérite d’petre traitée aveclaplus extrème des prudences, c’est bien celle de ces enfants que l’association l’Arche de Zoé se proposait d’amener en France. On commence à y voir un peu plus clair mais admettons qu’aujourd’hui nous ne possédons pas toutes les données.

S’agit-il d’enfants réellement orphelins? L’UNICEF France en doute. S’agit-il d’enfants venus du Darfour ? Là encore le Comité français de l’UNICEF voit plutôt ces enfants venir du Tchad. Sont-ils vraiment malades pour la plupart : on parle de pansements aposés tels des leurres.

Les pouvoirs publics français désapprouvent formellement cette initiative. Ils ont certainement leur raison. Ce qui est sûr c’est que l’association avait bien pour objectif, si l’on enc roit tel responsable interrrogé à la télévision, de faire entrer ces enfants en France pour leur obtenir l’asile pollitique.

On peut déjà s’interroger sur la démarche qui amène une structure privée à prendre une telle initiative, apparemment contre l’avis gouvernemental et en tous cas sans son aval.

Les propos du président tchadien, qui accuse de trafic d’enfants pour la pédophilie, voire même pour trouver des organes, sont bien sûr ridicules, surtout sans apporter la moindre once de preuve, mais ils traduisent bien l’état de sidération généré par cette initiative. En l’état de ce qui est su, on ne peut pas porter de telles accusations contre l’association.

En revanche, ses objectifs réels étaient ambigus, à tout le moins pas bien exposés, et traduisaient une méconnaissance de la psychologie des familles succeptibles de s’ouvrir à ces enfants. S’agissait-il de les accueillir quitte à ce qu’ensuite ils tracent leur route pour rejoindre des membres de leur famille ? Sagissait-il d’une opération pro-adoption ? Si l’on en croit le témoignage d’une journaliste - Guillemette Faure - qui avait contacté l’association pour acccueillir un enfant, l’objectif n’était pas nécessairement l’adoption, mais au final il était envisagé que certains accueillants veuillent aller jusque-là.

Et là on mesure l’ingénuité, sinon l’amateurisme des responsables de l’Arche de Zoé qui ont pu croire qu’il puisse en être finalement autrement ; d’où la nécessité d’un surcroît de précautions et de certitudes sur l’adoptabilité des enfants. Bref, au mieux on dira que ces personnes ont pris leur désirs pour des réalités ; peut-être s’apercevra-t-on que la vérité était plus noire. Attendons

En tous cas il est une nouvelle fois demontré - et ce n’est pas d’aujourd’hui, confer les incidents avec la Colombie voici 30 ans- que l’adoption transnationale n’est pas et ne peut pas être qu’une démarche privée. Elle a des enjeux politiques majeurs et doit être maniée avec moultes précautions. Aucun pays ne peut supporter de se faire renvoyer à travers l’adoption qu’il n’est pas capable de pourvoir aux besoins de ses enfants. La Corée, un temps, avait eu l’intelligence de renverser le problème : ses enfants qui partaient vers l’adoption étaient les pionniers qui allaient conquérir le monde. Elle interrogeait d’ailleurs les associations pour savoir ce qu’ils étaient devenus n’hésitant pas à demander leurs opinions politiques ! Démarche très intelligente pour se sortir d’un complexe.

L’ire du président tchadien relève sans doute de cette raison. Toujours est-il que des personnes physiques ou morales qui entendent aller sur ces brisées se doivent d’avoir l’accord des autorités publiques françaises auparavant. Sinon les risques d’incidents diplomatiques sont majeurs, avec de lourdes conséquences pour le pays tenu comme néocolonialiste. Des années durant, il faudra ramer pour remonter la pente.

C’est déjà une première leçon à tirer de cette histoire. La générosité ne suffit pas dans l’humanitaire ; il faut aussi avoir un peu de discernement et de culture.

L’affaire va suivre son cours. On s’interroge déjà sur le sort auquel sont voués ces enfants que l’on a vu parqués et en pleurs dans une cour d’hôpital ou d’école

Extrait du blog de JP rosenczveig du 29/10/2007 http://jprosen.blog.lemonde.fr


Edito du 17 septembre 2007
On dérive sec

Il fallait s’y attendre : les dispositions de la loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance, ont beau être ce qu’elles sont,elles ont été adoptées et malgré les assurances données, les interprétations qui commencent à lui en être données vont rendre de plus en plus problèmatique l’interventon des services sociaux au bénéfice de ceux qui souffrent ou sont en difficulté. La société n’a rien à y gagner. J’ai dit ici avec bien d’autres, que nous allions nous tirer une balle dans le pied pour pas grand chose en discréditant le travail social et ses acteurs. Nous y arrivons avec les premières dérives relevées.
A preuve, la garde à vue infligée le 17 juillet à Belfort à une assistante sociale qui refusait de revéler l’adresse d’une femme immigrée en situation irrégulière victime de mauvais traitements conjugaux. Cette professionnelle travaillant au sein de l’association Solidarité Femmes de Belfort a été convoquée par la Police des Frontières. L’association avait été amenée a aider cette femme.
On lui reprocherait disent les ASH du 31 aout 2007 ‘”une aide au séjour irrégulier”.
Que nenni repond le procureur de la République de Belfort : “Cette procédure ne resulte pas du fait que l’association ait hébergé une femme qui fait l’objet d’une invitation à quitter les territoire français, mais de l’attitude d’opposition de l’assistante sociale”
Si on le suit, c’est bien le fait d’avoir invoquer  à tort le secret professionel qui lui serait reproché
Pourtant avec l’ANAS ( associaiton nationale des assistantes de services sociaux), il faut revenir au texte de la loi du 5 mars 2007.
Le séjour irrégulier - que des autorités administratives françaises sont légitimes à combattre - n’entre pas dans les exceptions légales qui permettent à une personne tenue au secret professionnel de s’exempter du respect de la confidentialité des informations recueillies , en l’espèce le domicile de cette femme. 
L’assistant de service social est tenu explictement au respect du secret professionnel (art. L.11-3 du code de l’action sociale et des familles et article 226-13 du code pénal). S’il s’agssait d’une personne y compris mineure en situation de danger l’assistant social serait légitime à lever le secret pour qu’on lui vienne en aide, mais ce n’était pas dans le cas dans le problème posé : on recherchait cette femme pour mettre à execution un arrété administratif, pas pour la protéger ! 
Et si l’on veut bien revenir aux données du problème, on se rappellera que cette femme étrangère était initialement victime de violence conjugale ; elle venait demander de l’aide aux institutions privées ou publiques françaises. Ceux qui l’auraient assistée auraient l’obligation maitenant de la dénoncer !!!!! Historiquement on a dejà vécu ce shéma …. pour y résister avec succès.
Heureusement que le parquet n’a pas mis plus de 3 heures - le temps sans doute de retrouver les textes - pour voir l’incongruité de la solution retenue.
Ce cas est emblématique des dérives auxquelles on va inélectuctablement assister. Beaucoup ont retenu de la  loi prévention de la delinquance de mars 2007 qu’elle levait le secret professionnel pour les travailleurs sociaux. Or il n’en est rien. Elle vise à inciter les travailleurs sociaux à donner aux maires certaines informaitons. On sait que ce même 5 mars deux textes législataifs - pour faire court, la loi Bas sur la protection de l’enfance et la loi Sarkozy sur la prevention de la délinquance) ont touché à cette question contribuant à semer encore plus d’incertitudes juridiques sur les zones d’ombre existantes autour d’un sujet infiniment délicat : les termes du secret professionnel. (Voir mes blogs du premier trimestre 2007
Aujourd’hui les pouvoirs publics seraient bien inspirés avant qu’une révolte ne monte des rangs du travail social de lui donner des assurances à travers une circualire interministérielle. Il est encore temps
Il ne faut pas être grand prophète pour voir venir les difficultés en la matière.
Et si la puissance publique se coupe de ses fantassins sociaux, le Roi sera bien nu. Nombre d’enseignants à travers RESF sont déjà en resistance veut-on y précipiter les travaillleurs sociaux de tous poils?
Extrait du blog de JP rosenczveig du 01/09/2007 http://jprosen.blog.lemonde.fr/


 

Edito du 1er juillet 2007

Scolarisation des enfants handicapés

Nul ne l’ignore : la scolarisation des enfants handicapés a donné l’occasion d’une sérieuse passe d’armes dans le débat opposant les candidats au 2° tour de la présidentielle. Dépassons dans la polémique la part du jeu électoral. Il y a une réalité qui aujourd’hui est devenue officielle quand il y a une dizaine d’années nous nous faisions taper sur les doigts par le ministère de l’éducaiton  nationale quand es-qualité de président de l’Assocation Nationale des Communautés Educatives que je présidais nous dénoncions publiquement qu’entre 20 à 30 000 enfants porteurs de handicaps n’étaient pas scolarisés.
Désormais cette analyse militante fondée sur les travaux que nous avions menés en Rhône-Alpes est devenue vérité officielle. On la retrouve notamment dans le document “Etudes et résultats” n°564 de mars 2007 publié par la DREES.
15 000 enfants d’enfants accueillis dans des établissements spécialisés  soit 20% n’ont pas de scvolairisaiton. “Ces enfants peuvent bénéficier du soutien d’un éducateur pour l’execution de gestes simples et pour l’apprentissage de notions simples de communication, d’habitude d’hygiène et de sécurité alimentaire, mais ils n’ont pas accès à l’apprentissage de la lecture ni du calcul”. A ces enfants s’ajoutent ceux qui vivent à domicile, mais aucune donnée administrative officielle n’est ici disponible pour chiffrer ceux qui ne sont pas scolarisés.
Les enquetes de la DRESS évaluent à environ 5000 enfants de 6 à 16 ans porteurs de handicaps et vivant à domicile qui ne seraient pas scolarisés.
15 000 + 5000 = 20 000 le compte est bon ou presque ! Soit moins de 7% des enfants concernés mais quand même 7% des enfants concernés. C’est trop, bien trop !
On retire du document de la DREES qu’en 2005-2006, 235400 enfants et adolescents en situation de handicap étaient scolarisés. Les structures de l’Éducation nationale en ont accueilli 151 500 dont  69 %  scolarisés dans des classes ordinaires ou dans des classes adaptées à des élèves présentant des difficultés scolaires ou sociales (scolarisation «individuelle»). Cette proportion est en hausse (52 % en 1999-2000). Les autres enfants (31 %) étaient scolarisés dans des classes dédiées aux enfants handicapés (scolarisation «collective»). Les élèves affectés par des déficiences physiques sont les plus en mesure de suivre un cursus ordinaire en collège et lycée.
Quand la scolarisation par l’Éducation nationale n’est pas possible, les établissements médico-éducatifs et hospitaliers (sous tutelle du ministère chargé de la Santé et des Solidarités) offrent une prise en charge globale. 76 300 enfants ont été scolarisés via l’une de ces structures, dont 92 % dans des établissements médico­éducatifs et 8 % en milieu hospitalier.
Il apparaît par ailleurs que la scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire diminue avec l’âge.La tendance est certainemernt de faire une plus grande place aux enfants handicapés dans l’école ordinaire. Le ministre de l ‘enfance et de la famille - S Royale - de l’époque avait raison il y a quelques années de s’étonner publiquemernt - une première dans l’histoire - que des chefs d’établissents ne s’inquiètent pas de n’avoir aucun enfants handicapés dans leur structure au début de l’année scolaire. La programme Handiscol et la loi de 2005 ont conforté le souci de voir ces enfants bénéficier d’une scolarisation et si possible en milieu ordinaire quand cela était possible tendance. Les données disponibles vont dans ce sens.
Il faudrait bien évidemment affiner ces chiffres de scolarisation et évaluer qualitativement ce qu’ils recouvrent : scolarisation à temps plein (75% des élèves du premier degré; 93% dans le second degré nous dit-on ou sur certaines heures ? Il est évident que la réduction des moyens en aides scolaires ne va pas dans le bon sens. 
Il est certains aussi que la scolarisation en milieu ordinaire suppose souvent un encadrement renforcé avec des professionnels spécialisés et ces personnels spécialisés ont tendance à disparaître. On sait aussi que tous les enfants ne peuvent pas supporter ce milieu ordinaire. Il faut faire du sur-mesure.
Conclusion : on reste loin du compte  sur un sujet infiniment délicat et complexe. Une vitesse semble quand même bien enclenchée car le regard sur le handicap change. La tolérance est plus grande. Reste à mettre les moyens qui s’imposent partout où ils s’imposent. Souvent plus facile à dire qu’à faire.


EDITO DU 07 fevrier 2007

Pour une loi d’orientation pour l’enfance

La période s’y prête et il n’y a aucune raison de ne pas y succomber: il faut se projeter dans l’avenir et tracer des perspectives, sinon des utopies. Alors cédons à la mode du moment électoral. Avec Défense des Enfants International-France je propose, s’agissant des enfants, d’inverser la logique et de rompre la chaîne des lois “contre” : contre la délinquance juvénile, contre le handicap ou la maladie, contre l’absentéisme scolaire, etc.
Autant de textes révélateurs et des politiques connexes d’une approche mortifère pour une société : l’enfance est source de tous les dangers et dangereuse. Il n’y a pas loin pour que cette société vieillissante ne prenne ses enfants en grippe. Les seuils de tolérance se sont abaissés; certains en oublieraient qu’ils ont été enfants. La judiciarisation des réactions sociales aux actes posés par les enfants ne trahit pas seulement une aggravation objective de leur comportement; elle met aussi en évidence les peurs des adultes et des institutions qui ont en charge ces enfants. Il ne s’agit pas ici de faire le procès à quiconque, mais d’observer la nécessité de sortir des logiques d’affrontement et méfiance.
Se fixer comme objectif de promouvoir le bien-être des enfants cela sent le Québec mais après tout il y a pleins de bonne chose de l’autre côté de l’Atlantique dans la Belle Province!

L’enjeu est bien déjà de définir ce que notre société vise à atteindre pour ses enfants, sinon pour elle-même. Alors on quitterait peut être le registre moral pour être sur du concret, quantitatif ou qualitatif.  On parlerait d’éducation à la santé et non pas de soins; de citoyenneté et de droit et non pas immédiatement de devoirs, d’aide et de soutien à la parentalité et non pas de privations d’allocations familiales et de stage de rééducation pour les parents. A la télévision et dans les médias on informerait sur la loi relative à l’autorité parentale en direction des parents et des enfants quand on fustige trop souvent des parents présentés comme démissionnaires, on évoquerait les articulations entre parents et professionnels quand on les présente aujourd’hui comme des ennemis. On mettrait en place un service public de la petite enfance, etc. 

La loi sur la protection de l’enfance en cours d’adoption par le Parlement va dans le bon sens. Il lui manque un grand article 1er qui expose que la protection de l’enfance est un sous-ensemble d’une politique familiale et de l’enfance. Concrètement, la prévention spécialisée est une branche de l’Aide sociale à l’enfance, mais pas un service qui vise à la prévention de la délinquance. Ces idées qui peuvent paraître aller de soi ne sont pas si évidentes dans une société qui se veut pragmatique et qui n’est pas loin d’affirmer que la fin justifie les moyens. 

Disons dans le bon ordre : plus le bien être des enfants de France sera garanti, plus la société en sortira confortée. On ne casse pas - ou très rarement - ce qui vous protège ! On respecte ce qui est respectable. Les enfants comme les adultes !
Les principaux condaidats ont été sollicités par DEI-France sur cette attente d’une loi POUR l’enfance. Nous rendrons public leur reponse


EDITO DU 20 décembre 2006

Interdit aux animaux et aux enfants …

A juste titre l’initiative d’interdire l’interdire son magasin aux mineurs non accompagnés et aux animaux par l’enseigne Carrefour installée dans le complexe Rosny II (93) a suscité une forte réaction. Le panneau incriminé a été vite retiré à la suite de l’article paru dans Le Parisien. Et c’est heureux!
Une plainte pour discrimination aurait pu en effet être portée avec quelques chances de succès.
Une grande surface est non seulement un lieu ouvert au public avec son lot de flâneurs plus ou moins disposés à acheter. C’est aussi bien évidemment un lieu de vente. Peut-on interdire à des enfants d’y venir même seuls. A priori , non!
En effet si au sens juridique les enfants sont incapables - c’est-à-dire s’ils ne peuvent pas valablement contracter, la loi - le code civil - leur reconnaît la capacité d’exercer seuls “les actes de la vie courante”. Faire des courses dans une grande ou une petite surface et y acquérir des objets en rapport à la personne de l’acquereur est aujourd’hui un acte de la vie courante. Beaucoup de produits en vente dans une grande surface peuvent être légalement vendus à un mineur d’âge et donc légalement acquis par lui.
Empêcher un mineur non accompagné d’un adulte d’entrer dans un magasin est donc une discrimination évidente à l’égard d’un client légal potentiel.
On comprendrait une interdiction ponctuelle pour des raisons d’ordre public si la tranquillité du magasin était troublée. Et encore faudrait-il, me semble-t-il, un travail avec la police - en l’espèce la police administrative - et un accord préalable du parquet.
Par ailleurs, tel individu peut être interdit de fréquenter un lieu donné dans le cadre d’une mesure édictée par le parquet qui ainsi conditionne des non-poursuites à une attitude désormais irréprochable de l’interessé qui a déjà franchi la ligne jaune. Un juge peut aussi interdire à un mineur la fréquentation d’une grande surface dans le cadre d’un contrôle judiciaire - pour un mineur de plus de 16 ans - ou d’une condamnation avec mise à l’épreuve .
Or tel n’est pas le cas en l’espèce. L’interdiction édictée ne tenait pas juridiquement la route même si on peut comprendre ce qui la justifiait à la base.
La solution est donc normalement de saisir la justice des faits qui ont déjà pu se produire du fait de tel jeune concerné. A défaut, il faut tenter de mobiliser les parents pour qu’ils exercent un contrôle et une vigilance sur leurs rejetons.
L’interdiction générale du Carrefour-Rosny II souffre de son absence de base juridique. Il revient aux parents informés du comportement éventuellement reprochable de leur enfant de faire le nécessaire pour qu’ils ne fréquentent pas le centre commercial ou le magasin. Et s’il s’agit de fauteurs de troubles voire delinquants la police et la justice interviendront.

Bien sûr, cette décision de “Carrefour” est aussi préoccupante par ce dont elle est révélatrice. Les enfants inquiètent, comme les chiens dits méchants. A quand, comme le propose Frédéric Jésu, la laisse et la muselière pour les uns et pour les autres ?
Si cette affaire donne à réfléchir sur le statut juridique des enfants tout le temps n’aura pas été perdu.
Elle éclate la même semaine où est officiellement inauguré dans ce même Rosny II l’Espace “Tête-à-tête” ouvert par le groupe “Prévention des conduites à risque” du Conseil général de la Seine Saint-Denis. L’initative est tout à fait passionnante même si elle n’est pas totalement unique en France. Elle permet à des enfants et des jeunes de s’informer et d’interroger sur les toxicomanies et les précautions à prendre dans la pratique sexuelle. L’informatique a été mobilisée qui peut être facilement consultée dans des espaces individuels avec à proximité des adultes disponibles, une expo -photo dure, mais finalement très optimiste est affichée, des lieux d’échanges sont présents. Tout cela est beau et convivial au milieu de l’une des galeries les plus fréquentées de Rosny II avec l’appui appréciable apportée par les gestionnaires de Rosny. A voir en faisant vos courses de Noël si vous êtes dans le coin.

D’autres éléments d’actualité auraient mérité d’être commentés, mais le temps manque et les aller-retour au Québec sur trois jours fatiguent ! Je vous invite à lire les chiffres 2005 de la justice. S’agissant de la justice des mineurs tous les voyants lumineux sont quantitativement à la baisse ou étal. On est loin du discours alarmiste régulièrement tenu. Reste que ma démonstration passée est confirmée : les mesures pénales prononcées contre des mineurs atteignent presque les 50%, ce qui pour des mesures dites exceptionnelles est problématique.

Le projet de loi sur la prévention de la délinquance a été adopté par l’Assemblée nationale avec de nombreux ajouts et des … reculs. Il est loin le discours consistant à dire qu’on n’avait pas pour objectif de durcir les peines, mais de veiller à ce que les juges appliquent la loi ! La presse nous a appris que le ministre, pas plus que la grande majorité des députés, n’y avait pas consacré beaucoup de leur énergie. Seule une poignée de fidèles a fait tourner la chaîne parlementaire. Je reviendrai sous peu sur le texte tel qu’il sort de l’Assemblée. Il faut le temps de lire et de digérer. Mais ma première remarque est de dire que même après ce texte qui est loin d’être définitif, l’ordonnance du 2 février 1945 bouge encore ! Et d’ailleurs par quoi la remplacerait-on, sinon purement et simplement par le droit pénal des majeurs ? Bref, l’assemblée a entendu certaines de nos préoccupations. Le débat devant le Sénat s’annonce passionnant et pas nécessairement acquis sur les points majeurs (pouvoirs des maires, secret professionnel, etc.)

L’autre fait marquant est bien sûr le débat autour de l’interprétation du rapport de l’IGS sur la mort des deux jeunes d’Aulnay. Le mot “légèreté” a bien été utilisé par ceux qui se sont ensuite défendus d’avoir été critiques sur les policiers mis en cause. Le temps viendra du débat public sur le dossier judiciaire. Ce document de l’IGS y jouera un rôle majeur pour comprendre la suite des évènements.

Extrait du blog de JP rosenczveig le 11 décembre 2006


EDITO DU 23 SEPTEMBRE 2006

Démissionnaires ou missionnaires?

Chacun admettra que l'exercice n'est pas facile que de participer (involontairement certes) à l'actualité et en même temps de la commenter. Qui plus est, avec le statut de magistrat ! On peut quand même essayer en étant plus que jamais responsable et confiant dans la démocratie française. Les choses me sont facilitées car désormais chacun voit bien que ce n'est pas une question de personne, mais d'institution !
Ces jours-ci, vu la vitesse du train, je n 'ai pas pu en descendre et bloguer. Vous l'aviez compris.
Il n'est bien évidemment pas question de polémiquer, mais d'essayer de réfléchir aux données du problème que nous avons  à résoudre, sachant que sur ce blog, je m'efforce depuis presque un an de réfléchir à voix haute sur la difficulté à laquelle nous sommes confrontés avec la montée de certaines formes de violence et avec le souci de combattre les réponses simplistes, les "y-a-qu'à" et les "faut que " qui résolvent le problème en deux coups de cuillère en oubliant généralement les leçons de l'histoire.

Alors quelques notations partant du débat :

1) La lettre du 13 juin, personnelle et confidentielle, du Préfet Cordet au directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, est passionnante et préoccupante non pas quand elle dénonce le laxisme des juges. Ce n'est pas d'aujourd'hui que de ce côté-ci de la passerelle de la N186 on porte ce type de jugement. Manque de communication et approches différentes ! J'y reviendrai. Non, l'important me semble-t-il est ce qui est dit sur l'état de certains quartiers, sur la montée des communautarismes, et sur la pauvreté qui s'accroît. Le préfet s'efforce de comprendre cette montée de la délinquance et de la violence après les événements de l'automne qu'il relève, et apparemment d'autres préfets partagent cette analyse. La fracture sociale - thème de la campagne 1997 - ne s'est pas réduite en dix ans.

Ce courrier est aussi intéressant dans la mesure où il met bien en évidence combien les forces de police n'ont pas été renforcées à la hauteur de ce qui avait été dit, mais surtout qu'elles sont jeunes et avec un encadrement lui aussi peu expérimenté. C'est quand même fantastique qu'on en soit encore là dans la gestion des fonctionnaires d'Etat en mettant les plus jeunes et inexpérimentés des fonctionnaires dans les situations les plus dures. Cela est valable pour la police mais aussi on le sait tous pour l'éducation nationale ou encore pour la justice. Les hommes et les femmes ne sont pas en cause, mais une gestion inadaptée des personnels et des règles d'une autre époque. L'Etat est une entreprise - et une entreprise peut assumer une mission de service public ! - qui doit produire des prestations de qualité. Elle doit être gérée comme telle avec le souci du produit et du bénéficiaire. Le contenu est aussi important que la forme.

Ainsi, à Bobigny, dans notre Tribunal pour enfants nous avons désormais 7 substituts. Nous en avions 2 en 1992. Six ont demandé leur mutation après deux ans de fonction et l'ont obtenu. Six Collègues ont été nommés pour les remplacer en septembre dont 5 sortants de l'ENM. Il est clair que la fonction va être rude pour eux. Ils ont des qualités et sont volontaires donc ils vont s'en sortir, mais le risque est évident de griller les ailes des meilleures bonnes volontés avec cette stratégie d'affectation qu'aucune entreprise privée ne se permettrait. D'où le taux de rotation trop important pour garantir une qualité constante du service public. Il faut régulièrement tout reprendre à zéro .

2) Contrairement à  la couverture médiatique première, la réponse à la délinquance n'est pas judiciaire, mais d'abord policière. Et qu'on ne vienne pas dire que j'oppose l'un à l'autre ! Le préfet nous dit que depuis le début de l'année la délinquance violente à augmenter d'environ 12%. Je le crois. Mais nous sommes aussi crédibles si nous disons  que ces 12% ne se retrouvent pas à l'arrivée au tribunal ! Cherchez l'erreur !

Deux explications sont possibles qui doivent sans doute se cumuler :

- d'abord il y a une augmentation du taux de plaintes déposées et réellement recueillies, mais pas obligatoirement une augmentation des faits délictueux eux-mêmes. D'où le danger des chiffres livrés bruts qui peuvent paraître jouer sur les confusions.

- Il se peut aussi que les faits étant réellement en augmentation on n'ait pas arrêté les auteurs. Le taux d'élucidation policiers reste très faible. Pas plus de 30% et encore ! Sur le terrain, les habitants eux savent ce qu'ils vivent et ils ont le sentiment que les institutions les abandonnent. Quand le ministre s'étonne que les mandats de dépôt baissent de 15% alors que la délinquance augmenterait de 12, on voit bien qu'il y a quelques menues simplications dans son discours.

3) La justice est-elle démissionnaire comme il est dit ?

Les magistrats que nous sommes, mais aussi les greffiers, éducateurs ou avocats serions plutôt des missionnaires. Nous n'avons pas à en être félicités. C'est notre travail, mais de là à nous mal-traiter, il y a une marge. Nous serions des incompétents, des zombies venant et vivant sur une autre planète, sinon des félons! Passons ! Encore que ...

Je renvoie au rapport d'inspection de décembre 2005 désormais paru dans la presse sur le Tribunal pour Enfants de Bobigny et sur le Tribunal de Grand Instance en général . Il nous reproche plutôt d'être trop répressifs lors des audiences du tribunal pour enfants. Et le gag veut que nous ayons répondu à cette critique par le fait effectivement, qu' il était difficile de prononcer des mesures éducatives lors de cette audience  quand nous avions généralement échoué à les mettre en oeuvre lors de la phase d'instruction sur les faits et sur la personne. Pour autant, il arrive que nous y parvenions.

Bref, pour l'intérieur nous serions laxistes, pour les inspecteurs de justice  nous serions trop sévères ! En fait, nous faisons "correctement" notre boulot. Le moins qu'on puisse dire c'est que nous avons su innover pour adapter nos réponses. En tous cas si nous pouvons supporter des critiques ce n'est pas celle d'être démisionnaires!

En tous cas une réalité : quand chacun a fait son travail il est fréquent ( 300 à 400 mesures sont actuellement pendantes) que ce que nous décidons ne se met pas en oeuvre ou met du retard à se mettre en oeuvre. Une mesure éducative décidée en week-end doit se mettre en place en début de semaine ! Point à la ligne.

L'Etat-ministère de la justice devrait se demander pourquoi il ne donne pas à l'Etat-tribunaux  les moyens de mettre en oeuvre ce que l'Etat- parlement vote ! Après nous avoir visité la mission sénatoriale ne disait rien d'autre en 2002 : elle était venue pour changer la loi et admettait qu'il fallait plutôt donner des moyens pour mettre la loi en oeuvre !

Soyons encore plus précis : depuis 2000 les moyens affectés à la justice des mineurs ont augmenté. C'est l'effet du plan Guigou. Les équipements susceptibles de recevoir des jeunes se sont multipliés et diversifiés : de nouveaux ont émergé quand, dans le même temps, trop d'anciens de grande qualité fermaient. Certains conseils généraux de province sont frileux devant ces "ordes" de jeunes délinquants qui viennent des banlieues parisiennes !

En tous cas deux choses sont sures :

- si l'offre s'est accrue elle reste insuffisante. Ex. : où sont les internats scolaires promis depuis Chevenement par tous les ministres qui se succèdent aux responsabilités ?

- plus grave, et essentiel, quelques places de plus ne seraient pas à la hauteur du problème : ce ne sont pas dix ou quinze gosses qui posent problèmes dans certains quartiers, mais quasiment tous les gosses qui ont des problèmes et donc certains peuvent être dangereux pour autrui et pour eux-mêmes. C'est bien là l'une des deux mutations majeures de ces 20 dernières années : la massification des problèmes et devant l'absence de perspectives le recours à la violence de tous les côtés.

4°) et j'en termine ! Faute de projet collectif, chacun doute de l'autre sinon de lui-même. On joue à la patate chaude et on a tendance à se défausser. Résultat on déplace les rôles (ex. le débat sur les pouvoirs du maire) au risque de semer la confusion et en tous cas d'affaiblir l'appareil d'Etat. Si les gens ne croient plus en leur police ou en leur justice, certains se feront  justice eux-mêmes avec haine, d'autres se recroquevilleront avec acrimonie, bref, plus que jamais le lien social se dilatera au bénéfice de ceux qui pensent qu'un chef fort serait utile.

Bref, la République est en danger. Elle en a vu d'autres, mais celui-là la mine de l'intérieur. Un vrai cancer.

Extrait du blog de JP Rosenczveig , le 23 septembre 2006


EDITO DU 5 JUIN 2006
Autoritarisme et confusion

Finalement on peut faire deux reproches majeurs à S. Royal. Le premier est d'entretenir la confusion dans le registre des responsabilités, le deuxième de tomber dans ce que nous dénonçons de longue date : être réactif en s'inscrivant surle seul registre de l'autorité quand il faudrait aussi être proactif.

Sur la confusion : la responsabilité d'éduquer les enfants ne relève pas de l'armée, mais du dispositif éducatif. Devant ce qui est tenue pour une défaillance - les parents, le système éducatif professionnalisé - plutôt que de s'attaquer aux difficultés relevées on passe le bébé au voisin.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on assiste à ce type de transfert à chaud. Qu'était-ce d'autre que les policiers-éducateurs de Michel Poniatowski, ministre de l'intérieur de V. Giscard d'Estaing de 1975 ? On se défiait alors et déjà des éducateurs, on faisait donc appel aux policiers. En négligeant que le rôle des uns est d'empêcher le passage à  l'acte tandis que le rôle  des seconds est de créer des conditions pour rendre inutile de nouveaux passage à l'acte.

Aujourd'hui on retrouve ce réflexe dans le débat sur les maires à qui on veut faire assumer des compétences qui ne sont pas les leurs dans le champ de la prévention de la délinquance ou encore dans le champ de la protection de l'enfance. Avant de chambouler, ne faudrait-il pas réunir les conditions pour mieux faire fonctionner nos institutions. La démarche est moins exaltante, elle est moins médiatique, mais elle est plus sérieuse.

L'armée peut être mobilisée pour les jeunes en difficulté, mais aussi pour plein de causes sociales ou humanitaires. Pour autant ce n'est pas son coeur de métier. J'ai rappelé hier que j'avais surpris - pour ne pas dire choqué en 1982 - en faisant appel à l'armée pour les opérations d'été dit anti-été chaud. Nous lui demandions de nous apporter des savoirs faire technique  que nous ne pouvions pas exiger des travailleurs sociaux en appui à l'intervention de ceux-ci, pas en substitution.

En d'autres termes, un peu rapidement, S. Royal laisse à penser que l'armée va se voir confier le soin d'éduquer les jeunes dits à problème. Si N. Sarkozy l'avait proposé, que n'aurait-t-on pas entendu ? Alors que ce n'est ni possible, ni certainement souhaité par S. Royal.

Deuxième critique : dans son intervention à Bondy S. Royal fait l'impasse sur les stratégies à développer afin d' éviter que des enfants ou de jeunes ne se trouvent en situation de violence ou de délinquance. Son discours réactif sur le seul registre de la reprssion et de l'autorité aurait été mieux entendu s'il avait été précédé ou suivi d'une approche de l'art et de la manière de créer des conditions de s'attaquer à la racine du mal. On attendait cela d'une candidate du camp social quand on l'exige du camp de l'ordre social !

Au lieu de cela elle suit la même démarche et en ajoute une couche sur le terrain de l'autoritarisme. Il n'est pas aujourd'hui possible de tourner autour du pot puisque tel était l'objectif. En son temps, S. Royal y a d'ailleurs contribué à travers notamment la mise en place des REAPP - réseaux d'aide à la parentalité - cautionnés depuis par ses successeurs de l'autre bord politique eu égard à la qualité de la démarche!

Aujourd'hui elle se contente du volet repressif et réactif ! Elle n'a aucun mal à satisfaire 80% des français. Ce n'est pas pour autant qu'on l'approuvera. Il n'a jamais été quesiton de dénier la nécessité de repondre y compris par la fermeté la delinquance des jeunes mais cela ne peut faire une politique à soi seul. De longue date les jeunes en rupturte ou en rebellion se voientproposer des démarches où ils se dépassetn pur se retrouver ou ils s'engagent sur des causes humanitaires, mais cela ne saurait faire une politique. De longue date on nous rebat les oreilles des internats scolaires; on les attend toujours!  

JP Rosenczveig

Extrait du blog de JP Rosenczveig , le 05 juin 2006


EDITO du le 3 fevrier 2006

Des rendez-vous dans les semaines a venir sur les droits des enfants

Dans les jours à venir de nombreux rendez-vous sont proposés aux droits des enfants.

Le projet de loi sur la protection de l'enfance passe normalement en conseil des ministres le 3 mai. Apparemment le projet de loi sur la prévention de la délinquance préparé par l'Intérieur avec le soutien (?) de la Justice n'y sera pas associé. Heureusement! C'eut été un casus belli pour de nombreuses associations et personnalités qui ont soutenu la démarche de Philippe Bas. Tout simplement parce que sur la question-clé du secret professionnel es deux approches sont antinomiques. L'ANAS notamment en rend bien compte - ASH du 28 avril 2006 - quand elle souligne que l'Intérieur entend mettre les informations dont disposent les travailleurs sociaux au service de la prévention de la délinquance. Retard à la programmation : le texte de l'Intérieur est à l'arbitrage dit-on dans les couloirs ministériels tout en ne masquant pas les inquiétudes à avoir sur l'issue finale.

Le 2 mai, le débat s'engage à l'Assemblée nationale sur l'immigration avec ce souci de choisir en fonction des besoin du pays les étrangers autorisés à résider en France. Mais c'est aussi le durcissement du regroupement familial qui appellera à une grande vigilance. On entend qu'il faille s'entourer de garanties sur les conditions de logement et de revenus du parent qui fait venir sa famille, mais les conditions imposées sont difficilement surmontables un travailleur normal.

Le RESF a lancé un appel à cacher les enfants étrangers sans papiers menacés d'expulsion avec leurs parents. Petit à petit, son travail contribue à sensibiliser l'opinion et les politiques sur toutes ces situations dures au plan humain que l'on découvre au quotidien. L'actualité, c'est aussi la montée de la violence de certains jeunes. Après les casseurs des queues de manifestations, ce sont ces jeunes qui agressent - à la mode anglaise nous dit-on - pour le plaisir d'être filmés et de diffuser les images de leur acte. Ce sont encore ces conflits mortels entre bandes de banlieues. M.Sarkozy va y trouver matière à sa réforme de l'ordonnance du 2 février 1945 sur la délinquance juvénile présentée comme prioritaire.

Et que va-t-il advenir des dispositions de la loi "Egalité des chances" sur le travail des enfants, y compris de nuit dès 15 ans et le "contrat" de responsabilité parentale ?


Cerise sur le gâteau, il faut rapidement veiller à la succession de C. Brisset comme Défenseur des enfants. Le choix à intervenir donnera un éclairage sur l'idée que les porteurs de l'Etat se font de cette institution. Choisira-t-on un personnage - homme ou femme - gratte-poil sur le sujet ou plutôt un(e) salonnard, bon chic-bon genre ?

Extrait du blog de JP Rosenczveig , le 01 mai 2006


EDITO du le 3 fevrier 2006

Travail de nuit des enfants: la France touche le fond!

Le jeudi 2 février 2006, les députés examinant le contrat de première embauche (CPE) ont adopté ce qu'on appelle l'apprentissage-junior pour les jeunes de 14 ans qui en échec scolaire n'entrevoient aucune perspective d'avenir que de travailler au plus tôt.
On peut qualifier la fin de l'obligation scolaire jusqu'à 16 ans de "régression éducative", mais le plus préoccupant est atteint quand l'Assemblée refuse d'adopter un amendement rappelant que le travail de nuit reste interdit aux enfants. Et pour cause puisqu'elle y favorable !
En effet, titillé par Christian Paul (PS) le rapporteur Laurent Hérart (UMP) fini par concéder qu'effectivement les mineurs pourront désormais travailler de nuit (voir le Monde du 4 février 2006). Le décret paru le 14 janvier 2006 énumère les secteurs dans lesquels une dérogation peut désormais être donnée pour le travail des moins de 18 ans : boulangerie, pâtisserie, restauration, hôtellerie, spectacle, courses hippiques.

Réponse du Rapporteur : "Le droit du travail applicable au mineur est suffisamment protecteur " et " les dispositions que nous avons prises sont plus protectrices que celles d'avant". On aura donc des marmitons de 14 ans de nuit derrière les fourneaux et des boulangers-juniors fabriqueront à 4 heures du matin les croissants que l'étranger nous envie ! On peut certes entendre que de longue date l'école classique prenne la tête à certains enfants qui n'ont pas acquis les fondamentaux de la lecture, de l'écriture et du calcul et surtout qui n'ont pas compris l'importance du savoir au point d'être en manque d'appétence scolaire. Ils veulent réussir quelque chose rapidement par leurs dix doigts! Et pourquoi pas, dans leur tête, gagner de l'argent vite. En fait quelque sous! Mais de là à brader les acquis de la protection sociale et de renvoyer nos enfants aux travaux pénibles, qui plus est de nuit, il faut vraiment que nous ayons touché le fond !
Un peu comme nous bradons les "bijoux de la République" à travers la vente de ses biens immobiliers ou de ses entreprises publiques pour combler notre déficit budgétaire et payer la dette.

On a beau jeu de dire que les jeunes ne s'y opposent pas ou le même le demandent et que leurs parents préfèrent cela à un stage non rémunéré ou à les savoir traîner dans les rues. Mais c'est classique dans l'histoire du droit du travail que ce ne sont pas toujours les salariés exploités en première ligne qui sont à même de tirer le droit du travail vers le haut. Ce sont mêmes les moins en difficulté qui mènent les luttes pour les autres : par exemple, dans certains cas les fonctionnaires pour les salariés du privé et, dans un autre registre, les suffragettes, aujourd'hui raillées y compris par les femmes qui ont bénéficié de leur lutte, se sont battues pour un autre statut des femmes

Les grandes idées ne nourrissent pas ! Ces jeunes ou ces enfants veulent du concret et tout de suite : peu importe la précarité, ils attendent du travail; peu importe de travailler la nuit pour un enfant dès 14 ans, cela vaut mieux que de ne rien trouver.

On peut entendre ce discours et grincer des dents de voir là où on en est rendu pour que ces jeunes aient si peu de perspectives, mais jusqu'ici notre pays a su ne pas céder ! Aujourd'hui, il semble ne plus pouvoir protéger les plus faibles. Comme si l'interdiction du travail de nuit des enfants et des femmes n'avait pas eu de sens en termes de santé publique et de bien commun. Si certains ne souhaitaient pas que les femmes restent à la maison, ils remettraient les femmes enceintes au travail! Et sans grande réaction. Notre société est anesthésiée, comme incapable d'imaginer des alternatives à ces régressions.
JP Rosenczveig , le 3 fevrier 2006


EDITO 15 mai 2005

Mineurs étrangers non accompagnés : une avancée significative

Le ministère de l'Intérieur a adressé des instrutions aux prefets en date du 2 mai 2005 précisant les conditions dans lesquellles ils peuvent, sinon ils doivent, délivrer un titre de séjour avec autorisation de poursuivre des études ou de travailler aux mineurs confiés à l'ASE ou aux jeunes majeurs qui l'ont été encore suivis par les institutions sociales.
Ces instructions étaient attendues de longue date, notamment du fait de la loi de novembre 2003 qui a singulièrement restreint les conditions d'accès à la nationalité française.
DEI-France demandait qu'un titre de séjour soit systématiquement accordé aux jeunes pris en charge par les services sociaux qui en faisaient la demande dès lors qu'ils suivaient sérieusement leur formation.
Cette mesure est de nature à rassurer les travailleurs sociaux et les institutions sociales qui avaient le sentiment d'être désavoués par l'Etat en intervenant pour ces enfants.
Le Comité des Experts de l'ONU avait signalé en juin 2004 cette carence dans le dispositif français.
Bien sûr il ne faut pas etre angélique. Il sera nécessaire de suivre de près l'application de ces instructions.
D'autres points doivent aussi etre améliorés.
Pour autant ne boudons pas notre satisffaction car ces instructions constituent une réelle victoire queJP Rosenczveig, 15 mai 2005

Edito - 26 janvier 2003 - DEI-actualité 6
Pénaliser l'absentéisme ?


L'élève qui « sèche » l'école, du seul fait de ce comportement, ne porte tort qu'à lui-même en refusant d'acquérir, par les savoirs, les outils de sa liberté. Or, il est un principe fondamental du droit qui veut que nul ne puisse être mis en cause pour un comportement qui ne porte tort, strictement, qu'à lui-même. Ainsi, même s'il ne s'agit que d'une avancée récente dans notre histoire, on ne punit plus le suicide ou sa tentative, acte le plus grave qu'un individu puisse commettre à l'égard de lui-même ; il est donc absurde de persister à punir des actes moins graves (l'usage de drogues, qui peut dans certains cas d'ailleurs être assimilé à un suicide « lent », par exemple, et donc l'absentéisme). Il ne peut y avoir loi et application de la loi que lorsque mon comportement implique autrui, la loi autorisant alors l'articulation des libertés.
D'autre part, il est un autre principe en ce qui concerne la responsabilité des parents, à savoir que, s'ils peuvent être conduits à assumer les conséquences civiles d'un acte délictuel ou criminel commis par leur enfant mineur, ils n'en subissent cependant pas les conséquences pénales : si un mineur commet un délit ou un crime, ce ne sont pas les parents qui vont en prison ou paient l'amende. Pour ce double motif, il est donc absurde de créer un délit (ou une contravention) d'absentéisme, dont les parents auraient à subir les conséquences pénales. Il faut également rappeler que si l'école est obligatoire, les élèves ne sont cependant pas tenus à l'obligation de résultats : nul ne va en prison du seul fait qu'il est resté analphabète, ou se retrouve sans qualification après l'école. Cependant, la scolarité a un coût pour la collectivité : en 2001, en moyennes, 4 310 € par écolier, 6 910 € par collégien, 8 790 € par lycéen et 9 530 € pour un élève de lycée professionnel. Si donc il est impossible de pénaliser l'absentéisme, en revanche, il est possible d'en mesurer les conséquences « civiles », à savoir qu'en échange de ce don d'école que nos sociétés ont décidé de faire aux enfants, la présence à l'école (assortie de l'obligation de moyens, c'est-à-dire de s'efforcer d'y acquérir l'instruction sans pour autant être obligé à y parvenir) est obligatoire. Il est donc tout à fait possible de « responsabiliser » les parents (et leurs enfants) sans pour autant les humilier : demander, en procédure civile et non pénale, et après épuisement de tous les moyens de conciliation préalable, le remboursement des sommes calculées d'après le coût de la scolarité au prorata des absences injustifiées ; pour un collégien, par exemple, cela représenterait 40 € environ par jour (qu'il est aussi possible de convertir en heures de travail d'intérêt général). Sortir des logiques « pénales » est évidemment nécessaire, ne serait-ce que pour éviter l'absurdité d'appliquer un même quantum à des taux et des causes d'absence éventuellement très différents.
Tout ceci, évidemment, ne règlera pas la question de l'absentéisme, mais peut contribuer à en faire apparaître, une fois qu'on a renoncé aux facilités de la pure et simple répression pénale, les véritables causes : nul doute qu'il y a lieu ici de rapprocher les analyses produites lors d'un récent colloque du Conseil National des Programmes sur l'ennui à l'école de cette question de l'absence, c'est-à-dire du refus passif par certains élèves de ce don d'école (ce refus peut aussi être actif comme on le voit par l'augmentation des faits de violences dirigés directement contre l'institution et ses représentants). On le sait, la réponse de fond à la question que posent les absentéistes est à la fois pédagogique et institutionnelle : que se passe-t-il dans la classe qui provoque la fuite ? Que se passe-t-il dans l'orientation qui provoque démissions et, parfois, violences ? Programmes, rythmes scolaires, méthodes pédagogiques, dispositifs d'orientation : peut-on continuer à ignorer ces questions ? Ce n'est que lorsque l'école retrouve du sens pour les enfants en déroute que l'on peut permettre un vrai retour à l'école, désiré et non imposé par la coercition et les chantages. C'est possible : dynamisme pédagogique des équipes éducatives, pertinence des projets d'établissement eu égard aux populations concernées, articulation avec les ressources locales, diversification des cursus et engagements proposés, autant de facteurs qui diminuent considérablement absentéisme, dépressions et violences… y compris chez les éducateurs !
Bernard Defrance, professeur de philosophie,vice-président de la section française de Défense des Enfants International


Edito - 8 mai 2002 - DEI-actualité 5
Session spéciale de l'ONU sur les suites du Plan mondial sur l'enfance pour la décennie de septembre 1990 « NOUS LES ADULTES « plutôt que « NOUS LES ENFANTS » DES ENGAGEMENTS ET DES GARANTiES


Le Plan mondial pour l'enfance pour la décennie adopté en septembre 1990 à New York par 73 chefs d'Etat et de gouvernement – dont pour la France Michel Rocard, premier ministre –s'imposait même si à l'époque certains avaient pu s'étonner des ambitions jugées somme toute modestes à l'échelle des besoins des enfants de la planète. Il ne suffisait pas d'adopter une Convention internationale consacrant les droits des enfants, il était indispensable de réunir les moyens pour garantir l'exercice effectif de ces droits notamment le droit à vivre et à être éduquer.Le report de cette Assemblée spéciale de l'ONU prévu le 17 septembre 2001 du fait des attentats du 11 septembre s'imposait. DEI-France se réjouit donc aujourd'hui que la communauté internationale se réunisse 10 ans plus tard pour faire le bilan de son programme de travail.Certes DEI-France relève à la lecture du rapport «Nous les enfants » [1] remis au secrétaire général sur la base des 136 rapports nationaux dont celui de la France [2] que durant cette décennie « davantage de succès ont été remportés dans la lutte conte la pauvreté au cours des 50 dernières années qu'au cours des derniers 500 ans, et que la situation des enfants s'est davantage améliorée durant la décennie qui a suivi le Sommet mondial qu'à n'importe quel autre moment de l'histoire » . Et de fait ces avancées ont été réelles comme le démontre en détail le document «Nous les enfants ». Pour autant ce jugement, ne peut pas satisfaire quand le même rapport officiel affirme lui-même que « La communauté internationale a manqué la plupart des objectifs fixés lors du Sommet mondial pour les enfants, mais pas pour la raison que ces objectifs étaient trop ambitieux ou techniquement irréalisables: L'insuffisance des investissements est largement responsable de cet échec. » (point 33).Force est de constater que la plupart des pays dits riches n'ont pas tenu l'objectif de consacrer 0,7% de leur PIB à la coopération publique. La France elle-même qui a maintenu un temps un effort important dans une conjoncture économique délicate a vu son investissement culminer à 0,64% en 1994 pour redescendre à 0,41%. Nous ne saurions nous réjouir de savoir que notre pays est le plus généreux des pays du G7 ! Il est choquant que la décennie ait vu l'investissement public diminuer pour atteindre globalement 0,22 du PIB des pays développés. Nous relevons encore que très officiellement que « Dans le même temps le gouffre qui sépare riches et pauvres continue de se creuser. En trois décennies (c'est-à-dire entre 1965 et 1990), l'écart des revenus par habitant entre pays industrialisés et pays en développement a plus que triplé ».(Point 31) DEI-France est prêt à croire que « Tout bien considéré, de nets progrès ont été enregistrés et des bases solides ont été posées qui permettront d'autres avancées plus rapides au cours de la décennie à venir pour mener à bien le programme inachevé du sommet mondial pour les enfants et s'attaquer à certains problèmes nouveaux qui menacent le bien être des enfants du XXI° siècle (…). »Nous observons que pour l'ONU qui fait contre mauvaise fortune bon cœur, tenir les objectifs de 1990 reste l'objectif de la décennie à venir » Le monde se trouve maintenant au moment le plus propice que l'on puisse imaginer pour atteindre les objectifs fixés lors du Sommet (de 1990), et pour susciter une alliance mondiale tendant à la réalisation d'un progrès décisif en matière de développement humain fondé sur des initiatives précises en faveur des enfants ».DEI-France constate que la France n'a pas eu à proprement parler de programme national destiné à mettre spécifiquement en œuvre les engagements du Sommet mondial, les administrations responsables s'y étant opposées ! Si des avancées là encore incontestables ont été enregistrées sur 10 ans de nombreux points noirs subsistent qui doivent trouver une réponse à l'échelle nationale (la lutte contre la pauvreté, contre toutes les formes de violences, une réelle politique d'accueil de l'enfance et d'aide à la parentalité, la clarification des responsabilisés privées et publiques sur l'enfant) voire européen (l'accueil des enfants isolés étrangers).Au plan mondial il est clair que tous les moyens doivent être réunis pour offrir à un maximum d'enfants un univers de paix écologiquement protégé, des moyens décents de vie, l'accès aux soins essentiels, une protection familiale, une écologie biologique et l'accès à l'éducation et à la citoyenneté. Très concrètement doivent être renforcés les programmes de développement économique, de réduction de la dette, d'égalité des chances entre femmes et hommes, de lutte contre toutes les formes d'exploitation des enfants, de développement de la participation des enfants aux choix qui les concernent. A cet effet la communauté internationale doit s'autoriser un droit d'interpellation et d'assistance dans l'esprit de la Convention internationale sur les droits de l'enfant. DEI-France appelle les représentants de la France à la Session spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU de pair avec l'ensemble des pays européens sous présidence espagnole

  • à être particulièrement vigilants et fermes à ne pas céder aux USA et d'obtenir que les engagements pris à New York dans le cadre du nouveau Plan mondial soient référés explicitement à la CIDE, traité international contraignant qui lie désormais tous les pays de la planète, sauf les USA et la Somalie. Ici encore, il revient aux « gendarmes du monde » de faire leur la loi commune, plutôt que d'affaiblir une dynamique mondiale qui s'impose aux yeux. La Convention des nations Unies est effectivement la base de référence politique et juridique universelle indispensable au programme de développement économique, culturel et technique qu'impose le sort des enfants en difficultés du monde
  • à veiller à adopter une disposition de promotion permanente de la CIDE
  • à rechercher des mécanismes garantissant l'effectivité d'une contribution publique à 0,7 % de leur PIB de tous les pays développés de la planète parallèlement à un renforcement de l'effort amorcé pour réduire la dette du Sud vis-à-vis du Nord.
  • A rechercher les mécanismes permettant d'aider les Etats les plus défavorisés à tenir la formule 20 :20 adoptée au sommet mondial pour le développement qui vise à garantir que dans chaque Etat 20% du budget national et 20 % de l'aide publique au développement soient consacrés aux services sociaux de base.
DEI souhaite qu'à la suite de cette session le deuxième plan mondial soit l'objet en France d'un groupe de pilotage et de suivi associant les ONG aux pouvoirs publics d'Etat et territoriaux afin d'en décliner d'une manière volontariste les objectifs.
Jean Pierre Rosenczveig, président de D.E.I.-France8 mai 2002

Edito - 13 mars 2002 - DEI-actualité 4
Les limites des réponses à la délinquance des jeunes avancées

Chez certains candidats à la présidentielle il est de bon ton aujourd'hui d'affirmer qu'il faut créer « des centres fermés éducatifs pour jeunes délinquants ».
Cette proposition ou quelques autres de la même veine ont déjà pour caractéristique commune et pour défaut de se pencher sur la seule question de la prévention de la récidive de la délinquance, mais pas sur la question de la prévention de la primo-délinquance pourtant essentielle. Deuxièmemnt l'approche proposée suppose que seuls les jeunes sont des fauteurs de trouble quand pourtant ils ne représentent que 20% de la délinquance globale.
On nous promet pour certain une « impunité zéro » ce qui suppose de réduire à 0 le chiffre noir de la délinquance c'est-à-dire les faits ignorés quand aujourd'hui on nous dit que nous n'en connaissons qu'un sur 5. La progression est extraordinaire. Il faut encore passer de 15% de réussite policière à 100% ; Reste enfin l'aléa judicaire à résoudre c'est-à-dire le fait quels juges ne sont pas des machines à condamner et que la loi leur demande d'apprécier et la culpabilité, la nécessité d'une peine, sa nature et son quantum. N'insistons pas sur le fait que cette impunité 0 ne viserait que certaines infractions et certaines personnes puisque chacun l'a relevé de lui-même ! Et passons sur ce qui relèverait en cas de réussite du prix Nobel de la paix sociale ! D'autres sont plus prudents dans le chiffrage qui s'inscrivent somme toute dans le même mouvement de jugulaires. Venons-en au cœur de la proposition commune : des centres fermés dits éducatifs. Les deux mots clés sont fermés et éducatifs qui interpellent tout militant de droits de l'homme de l'enfant et tout cartésien. Fermés. Il existe déjà des prisons pour mineurs (ne rentrons pas dans les détails). A travers cette nouvelle proposition on doit entendre que c'est autre chose qu'il faut créer.
Bravo s'il s'agit de mettre en place des lieux de détention pour mineurs qui échappent au droit commun de la prison française qualifiée il y a peu de « honte de la République » par les parlementaires pour une fois unis quoique les efforts pour les mineurs ces dernières années sous l'impulsion de Mme Guigou aient été réels et performants.
Par cette proposition entend-t-on abaisser l'age de l'incarcération provisoire aujourd'hui fixé à 13 ans, y compris en matière criminelle, sachant que contrairement à ce qu'affirme un candidat ex-ministre de l'Intérieur on peut condamner un mineur en France ( 7400 condamnations à des peines deprison fermes en 2001) ? Ce serait une brèche importante faite à notre droit pénal des mineurs qui résultent de deux lois Chalandon de 1987. En l'état du climat qui règne cela se traduirait d'évidence par un flux d'incarcérations et pas seulement pour des cas graves. Nécessairement il faudrait mettre des gardes-fous (la nature de l'affaire, l'état de récidive, se limiter aux incidents à contrôle judicaire). On sait que certains veulent aller plus loin (le flagrant délit, la peine à 10 ans, etc.). Venons à l'autre terme. Educatif. Peut-on penser rééduquer quelqu'un en prison. Nombre de gens par génération le pensent, avec générosité d'ailleurs, oubliant l'histoire. La prison peut éliminer provisoirement quelqu'un du circuit, elle peut le punir. S'agissant de mineurs dans la toute-puissance elle peut les cadrer en leur rappelant les horaires de la vie et un minimum de rapports sociaux ; elle peut les amener à se préoccuper de leurs problèmes de santé ; éventuellement les faire dormir la nuit, mais guère plus. On n'apprend pas la vie dans une cellule, comme on n'apprend pas à courir dans une pièce, mais dans la rue. On connaît les effets pervers de ces lieux surtout s'ils sont de grande taille. En d'autres termes, on fait fausse route y compris en terme de protection sociale avec cette idée de lieux éducatifs clos et on est hypocrite. La société ne sera pas mieux protégée à terme de voir sortir des jeunes de ce qui étaient et redeviendraient des « bagnes d'enfants ». Soit on punit, et en incarcère ; soit on éduque et on le fait dans un lieu d'éducation, donc un lieu de vie ouvert. Le gouvernement avait le bon choix en juin 1998 et janvier 1999 sur ce registre : une place limitée à la prison quand il est nécessaire d'éliminer ou de punir ; un pari éducatif à travers le programme des Centres de placement immédiat et Centre d'éducation renforcée (les 50 CPI et150 CER) c'est-à-dire de structures capables de prendre en charge des jeunes en les éloignant provisoirement de leur milieu et les forçant à entrer en relations avec de adultes. Ce pari là n'est pas gagné – loin de là du fait de la question des personnels - mai sil doit être tenté à fond.

Le fait que la fracture sociale n'en finisse pas et pour longtemps encore de générer de ses entrailles de nouveaux enfants et adolescents en grande difficulté ne justifie pas que nous renoncions à un programme intéressant, conforme à nos valeurs, à nos engagements et ayant une chance de réussir. Il ne suffira pas à soi seul ; il doit être accompagné d'une politique sociale pour prévenir la délinquance, mais s'agissant des jeunes déjà en difficulté il est la seule voie jouable. Sinon jouons carrément sans hypocrisie la voie carcérale – dans le respect des droits de l'homme – plutôt que d'avancer un alibi hypocrite éducatif pour enfermer des jeunes. Un lieu clos est une prison : point à la ligne. Il faut assumer ! Il faut surtout penser à s'attacher à l'autre volet : prévenir la primo-délinquance. Jean Pierre Rosenczveig, président de D.E.I.-France12 mars 2002

Edito - 10 février 2002 - DEI-actualité 3

Qui est en danger : la France ou ses enfants ?

Pour la troisième année consécutive Défense des Enfants International- France rend public son rapport annuel sur l'application en France et par la France de la Convention internationale des nations unies sur les droits de l'enfantEn 300 pages DEI-France brosse le tableau de tout ce qui a pu advenir en 2001 qui relève des termes de la Convention internationale sur les droits des enfantsLe positif (les dispositions sur la protection de l'enfance, les perspectives offertes par les rapports Roméo sur les relations entre institutions de l'enfance et famille ou Deschamps sur le développement du contradictoire dans les procédures judiciaires, etc.) côtoie avec les déceptions, les carences (le temps perdu pour réformer le droit de la famille, l'occasion manquée d'adapter la loi de 1901 sur les associations, le silence sur l'audition de l'enfance en justice, les difficultés à adapter l'appareil éducatif, etc.), parfois les hypocrisies. On doit encore souligner les chantiers qui peinent à s'ouvrir comme celui du développement du service social au sein de l'école, le développement de la psychiatrie infantile ou les difficultés à combler les carences pour garantir le droit à l'éducation des enfants porteurs de handicap. Il y a encore cette préoccupation qui résulte du relatif désengagement de la France de la coopération internationale. Il y a encore ces difficultés à faire face à l'arrivée de plus en plus fréquentes d'enfants étrangers isolés à nos frontières qui viennent soit chercher protection en France ou en Europe soit tout simplement qui croient pourvoir y conquérir de quoi survivre et faire vivre leur famille. La prostitution des enfants étrangers se développe à nos portes et ne peut pas nous laisser indifférentsLes sources d'inquiétude demeurent fortes. D.E.I.-France s'efforce de les mettre en exergueLa reprise économique n'est pas exactement au rendez-vous qui freine l'amélioration des conditions de vie de vie de trop d'enfants encore trop dures. Surtout on perçoit aisément un fort sentiment anti-jeunes de la part d'une partie de la population qui rend les jeunes et les enfants responsables des principaux maux de notre société et notamment du sentiment d'insécurité. Campagne électorale aidant les réponses d'exclusion et de rejet se développent qui ne sont pas adaptées à la situation et qui en tous cas, ne procureront pas la paix sociale recherchée à elles-seules. D.E.I.-France s'inquiète de ce que notre pays face aux problèmes réels ou supposés que lui posent ses enfants et ses malades mentaux ne songe qu'à une réponse répressive ! D.E.I.-France s'inquiète de la tournure démagogique que prend le débat sur la sécurité qui veut rendre les enfants - notamment les enfants issus de l'immigration - responsables de tous les troubles sociaux. Les rapports police -jeunes restent démesurément tendus. Tout démontre que la France n'est pas en danger du fait de ses enfants, mais que trop d'enfants de France sont en danger ! Sans nier la réalité de la délinquance juvénile et ses nouvelles caractéristiques, sans nier également la nécessité d'engager régulièrement la responsabilité des enfants, notre pays ne gagnera rien à revenir sur des analyses confirmées par l'expérience : avant d'être délinquants ces enfants souffrent de défaillance éducative. C'est en leur garantissant - y compris avec autorité - l'accès à ce droit à l'éducation que la société se protègera. Plus généralement nous restons convaincus que la société se protégera au final en prenant en compte les droits des enfants.Cette donne majeure justifie le titre de troisième rapport annuel de D.E.I.-FranceCe document original se veut engagé, mais objectif car nous nous devons d'être crédibles. Il identifie les lacunes et les sources d'inquiétudes ; il trace aussi des pistes de travail, esquisse les grands débats qui nous attendent (le statut des enfants handicapés, l'adoption par des personnes non mariées, etc.), avance des propositions sachant que nous avons eu le plaisir de voir déjà plusieurs de nos préconisations passées retenues. Sans reprendre ici dans le détail ces propositions nous relèveront la nécessité pour un pays moderne comme le notre qui se targue d'être une référence de se doter enfin des moyens scientifiques d'évaluation des phénomènes sociaux et des politiques suivies tant il est vrai que sur tous les champs - sauf celui des toxicomanies - c'est une constante de relever l'absence de données scientifiquement fiables pour alimenter le débat social.Le rapport 2001 de DEI -France sera envoyé au président de la République aux ministres et à leurs administrations, aux parlementaires et aux partis politiques ainsi qu'aux associations et aux média. Il sera transmis conformément à l'article 40 de la CIDE au comité des experts de l'ONU sur les droits de l'enfant.Il sera en ligne demain sur le site de DEI-France
www.globenet.org/enfant
avec la liste des rédacteurs, la composition du conseil d'administration et les statuts de DEIA la veille du démarrage officiel de la double campagne électorale essentielle pour le devenir du pays D.E.I.-France appelle les candidats à offrir un idéal et un projet de vie aux jeunesses de France dans lesquels elles puissent se retrouver. La surenchère anti-jeunes aujourd'hui proposée ne peut servir de politique à un pays qui se veut fort.Si ce travail vous séduit, mais vous choque par ses lacunes : rejoignez nous. Nous sommes déjà lancés sur l'écriture du rapport 2002. FAITES CIRCULER CETTE INFORMATION OU CE TRAVAIL AUTOUR DE VOUS POUR DEMULTIPLIER S0N IMPACTPour nous joindre rapidement : 06 85 84 94 54
Si vous souhaitez recevoir ce rapport sur support écrit contactez-nous


Edito - 20 novembre 2001 - DEI-actualité 2

Oui, il existe des droits sans devoirs …

On affirme un peu vite que droit rime avec devoir. Le souci est évident de dénier leurs droits à ceux qui ne respecteraient pas leurs devoirs. Concrètement on exige aujourd'hui sans fard que les enfants commencent à respecter leurs devoirs en vénérant leurs parents, leurs professeurs, et les adultes en général avant qu'on parle de leurs droits. On entend ressasser cette antienne s'agissant de l'insécurité dont on rend responsable les seuls enfants, parfois sans éviter l'écueil de la démagogie quand on vise les moins de 13 ans pour justifier des arrêtés couvre-feu les concernant ! Reste que ce raisonnement est doublement erroné.
D'abord parce que, cyniquement, les devoirs seront d'autant mieux intégrés et respectés que les individus et les groupes auront le sentiment d'être reconnus comme personnes physiques ou morales. L'histoire de l'humanité démontre la justesse de cette règle. Deuxièmement parce qu'il est des droits – les droits de l'Homme – qui ne sont gagés par aucun devoir. Le droit d'être entendu par celui qui décide de votre sort, le droit d'être assisté, le droit de contester la décision, tout simplement, le droit de ne pas être persécuté du fait de sa personne ou de ses opinions, le droit d'être respecté, etc., tous ces droits et bien d'autres ne sont gagés par aucun devoir. La jeune femme qui croise un homme qui ne la viole pas devrait-elle le remercier ? Il est temps d'oser dire haut et fort que la dialectique droits et devoirs que certains veulent nous imposer comme raisonnement vise seulement à justifier la répression pure et dure et au final à dénier que l'enfant puisse même avoir le moindre droit. C'est l'esprit même de la CIDE, donc du droit français applicable à tous que de dénoncer ce raisonnement

Une date à retenir : le samedi 26 janvier 2002. Assemblée générale de DEI-France. Deux grands débats
1° L'état des droits des enfants en 2001 : le rapport 2001 de DEI-France
2° En quoi les réponses à la délinquance juvénile devraient-elles être modifiées
Adhérez à DEI-France pour créer des groupes locaux ou vous engager nationalement. Inscrivez vous pour le 26 janvier 2002. Parlez en autour de vous.

JP Rosenczveig,
président de DEI-France


Edito - 19 juin 2001 - DEI-actualité 1

Les responsables, mais tous les responsables !

Les procès engagés contre tel curé ou tel enseignant mettent bien en exergue combien, par-delà la responsabilité des hommes concernés qui durant de longues années ont violenté les enfants sur lesquels ils avaient autorité, c'est aussi et  d'abord la responsabilité de leur hiérarchie qui a su mais n'a pas pas fait ce qu'elle devait qui devrait être mise en cause.  Et pas seulement par une interpellation morale, mais en répondant pénalement de leur actes ou de leur négligence. Les textes existent. Ils sont clairs.
Plus que la non-dénonciation de crime ou délit à enfants ou à personnes vulnérables, ce qui devrait leur être reproché c'est bien d'avoir mis en péril de nouveaux enfants. Ils ne pouvaient pas ignorer que  l'agresseur continuerait à agresser. Ce n'est pas 3 ans que ceux-là en,courent mais 5 ans !
On est surpris que même pour le principe les parquets concernés aient omis d'engagés de telles poursuite contre l'Evèque ou la hiérarchie de l'Education nationale dans la mesure où cas d'école si on peut dire les faits étaient connus et pas contestés. On doit aussi être surpris que les victimes et leurs conseils ne se soient pas engagés dans cette voie. Comme s'ils avaient  les uns et les autres intégrés quelque chose de la fatalité. Pourtant il n'y avait pas de fatalité du renouvellement de ces actes.
On veut croire que désormais de tels faits ne se reproduiraient plus! On peut le penser de la part de l'Education nationale; l'attitude de l'Evêque laisse  plus sceptique même si l'Eglise a engagé une révolution culturelle.
Toutes les responsabilités doivent être éclairées.

JP Rosenczveig,
président de DEI-France