Thème du forum :
La réforme de la justice et les jeunes.
Aujourd'hui le 27 juin 2007
de 16h00 à 19h01
Avec Thierry Baranger,
Juge des enfants à Bobigny, ancien président de
l’Association française des magistrats de la Jeunesse et de la Famille (AFMJF)
Question de : Internaute
Bonjour, durant
Réponse : les juges des enfants se sont senti,
bien entendu, blessés par ses propos mais après tout... Plus grave, nous avons
eu l´impression qu´ils entraînaient une déstabilisation forte d´une justice
qui, somme toute, n´a pas à rougir de ses résultats. Ils ont conduit à une
certaine délégitimation d´une institution essentielle de la République. Je n´ai
pas pu m´empêcher d´y penser quand notre collègue de Metz a été violemment
agressé par une mère dont l´enfant était placé. C´est vrai que la question des
moyens est essentielle. Quelle crédibilité pour la justice si après avoir vu
très vite après son acte un enfant délinquant les mesures prises mettent
plusieurs mois à se mettre en place qu´il s´agisse de mesures éducatives de
milieu ouvert ou de mesures de placement
Question de : Internaute
Bonjour. Il y a un très bon film autobiographique qui traite
de la délinquance des mineurs. Il s´agit de "mémoire d´un jeune con".
Dans ce film le personnage principal, un jeune, est incarcéré 3 mois pour
possession de cannabis et se retrouve en cellule avec des braqueurs. Il noue
avec eux des liens en prison puis quelques temps plus tard il les revoit par
hasard. Là dessus il se laisse embarquer dans des braquages. Ne pensez-vous pas
que cela résume une bonne partie des problèmes posés par le tout répressif et
l´incarcération des mineurs ?
Réponse : bonjour, Je ne connais pas ce film.
Si, matériellement, il n´existe pas en France de lieux d´enfermement où les
mineurs sont mélangés avec des majeurs, il est exact que la prison ne règle pas
les problèmes de fond. Si dans certaines situations elle est une réponse
socialement et ponctuellement inévitable sa valeur éducative me semble encore à
démontrer. Combien de jeunes se vantent auprès de leurs copains de ce passage
quasi initiatique !
Question de : Internaute
Bonjour, je viens d´être victime de CBV avec une ITT de 3O
jours et je ne déposerai pas plainte pourquoi ? 1 - Insolvabilité des auteurs 2
- Petites peines souvent non appliquées 3 - Si peines de prisons prononcées,
elles sont inutiles et souvent inefficaces voir pires. On parle maintenant de
la récidive mais il faudrait. Tout d´abord tout d´abord appliquer la première
sanction, il faut réprimer la première faute immédiatement par une réparation
des dégâts causés. Ne serait-il pas plus judicieux plut^t que la récidive
d´accompagner le jeune délinquant dans la réparation ces actes dès la première
infraction commises ?
Réponse : Je partage tout à fait votre point
de vue. Je crois en effet qu´un acte de transgression doit entraîner une
réponse mais ce n´est pas forcément l´institution judiciaire qui ait la mieux
placée pour y répondre. Autant je crois que la justice des mineurs est armée
pour répondre aux actes graves commis par des jeunes particulièrement
déstructurés, autant elle ne l´est pas pour répondre à des petits actes
d´incivilité, voir de délinquance "de masse" pour lesquels la
famille, l´école ou le voisinage me semblent plus adaptés. A ce sujet, je
regrette que trop souvent les adultes détournent le regard quand des enfants,
dans des transports en commun ou d´autres lieux publics, chahutent ou
commettent des actes qui peuvent nous heurter. Poser des limites fait partie
des missions des adultes et, au final, les enfants l´acceptent très bien.
Détourner le regard, c´est les pousser à poursuivre l´escalade. C´est d´une
certaine façon vécu comme une violence pour de jeunes adolescents. La
réparation me semble une mesure particulièrement adaptée et de nature à
participer à une véritable prévention de
Question de : Internaute
"Désormais des sanctions pénales sont possibles dès
l´âge de 10 ans : remise à parent, interdiction de paraître dans un lieu,
confiscation d´objets ; - par ailleurs, les conditions de retenue des mineurs
de 10 à 13 ans dans les locaux de la police et de la gendarmerie sont élargies
;- enfin, un mineur de 10-13 ans soumis à un contrôle judiciaire et qui ne le
respecte pas pourra être mis dans un centre éducatif fermé." Ce sont des
mesures prévues par la nouvelle loi. Pensez vous qu´elles soient efficaces ?
D´un côté la délinquance des mineurs parait se développer de plus en plus
précocement et inquiète nos concitoyens et de l´autre les plus grand spécialistes
de l´enfance expliquent que l´enfermement n´est pas une solution. Peut-être que
les gamins qui commettent ces actes ont également le sentiment d´une certaine impunité ?
N´y a t-il pas un compromis possible entre une responsabilisation renforcée des
acteurs, la prise en charge des enfants et la soif de justice "ferme"
des autres ? (J´essaye d´être le plus diplomate possible). Merci
Réponse : Les mesures dont vous parlez ne sont
pas celles du présent projet de loi qui doit passer en début de semaine prochaine
au Parlement mais celles prévues par la loi de mars 2007. C´est vrai qu´on a
empilé cinq lois concernant les mineurs depuis la dernière législature et que
plus personne ne s´y retrouve... Par ailleurs aucune évaluation de ces lois n´a
été faite. Les mineurs délinquants sont-ils de plus en plus jeunes ? Cette
affirmation ne me semble pas scientifiquement démontrée. Tout au plus peut-on
dire qu´on poursuit les enfants de plus en plus jeunes alors que les mêmes
situations auraient été traitées il y a quelques années dans le cadre de
l´assistance éducative.
Question de : Internaute
Contrairement à ce qui est écrit ou dit dans les médias
depuis des semaines, le juges des enfants gardent la possibilité de faire
bénéficier les mineurs de l´excuse de minorité, y compris pour les
multirécidivistes. La différence est qu´ils devront motiver la décision qui en
fait bénéficier un jeune. Ne nous trompons-nous pas de débat sur l´enjeu réel
du projet tel qu´il est présenté ? Ces dispositions ne contribueront-elles pas
à donner plus de lisibilité aux pratiques judiciaires ? Faute de quoi
l´application mécanique de l´atténuation de peine continuera d´être perçu par
les politiques et l´opinion comme un dogme ou un symptôme de laxisme.
Réponse : Comme vous le dites, le tribunal
pour enfants (qui comprend, faut-il le rappeler, un juge des enfants et deux
assesseurs non professionnels) aura la possibilité de faire bénéficier les
mineurs de l´excuse de minorité mais cela sera une exception en cas de
récidive. Donc, nous avons véritablement à faire à un renversement des valeurs :
considérer un adolescent de 16 à 18 ans récidiviste comme un mineur sera
l´exception. Je tiens par ailleurs à rappeler que l´excuse de minorité peut
être écartée dans le droit actuel tant devant la Cour d´assises que devant le
tribunal pour enfants. Donc l´enjeu du projet n´est pas là.
Question de : Internaute
Les prisons vont exploser, si on y met tous les jeunes...
Est-ce qu´ils sont dans les mêmes prisons que les adultes ?
Réponse : Non, les mineurs ne sont pas dans
les mêmes quartiers que les majeurs. Par ailleurs un programme de construction
de 7 prisons pour mineurs est en cours
Question de : Internaute
A 16 ans on est responsable de ses actes. Vrai, faux ?
Faut-il nuancer ? Merci.
Réponse : Comme vous le dites, il faut
nuancer... Je n´ai pas l´impression que les adolescents les plus pris dans la
délinquance que j´ai l´occasion de voir ont fait le "choix rationnel"
de la délinquance, ce qui ne veut pas dire qu´ils ne savent pas distinguer le
mal du bien. Qui sont ces adolescents qui récidivent et qu´on propose de
traiter comme des adultes ? Il faut savoir qu´ils sont pour la plupart
déscolarisés depuis plusieurs années, sans activité, et le plus souvent du fait
de la ségrégation liée au logement, dans les mêmes quartiers. Inactifs, en
échec, ils ont une image extrêmement dégradée d´eux-mêmes. Je suis frappé par
leur sentiment d´inutilité, leur impression que le monde commun n´est pas le
leur.
Question de : Liliane
Bonjour M. le juge, Je croyais que la gauche était aussi
contre les centres d´enfermement pour les jeunes. Il faut donc les laisser tous
en liberté, où il existe des solutions intermédiaires ?
Réponse : A lire la presse, à écouter les
médias et à entendre nos élus, je n´ai pas l´impression que la gauche face de
l´angélisme sur la délinquance des mineurs mais je ne suis pas un spécialiste
du monde politique... Encore une fois, je crois qu´il faut être nuancer.
L´enfermement n´est pas la solution miracle mais peut être nécessaire dans certaines
situations. Par contre, je suis sûr qu´une réponse à la récidive des mineurs en
terme uniquement de prison ne réglera rien. L´expérience du Canada est éclairante :
Le Canada avait adopté en 1996 une loi prévoyant que matière d´infractions
graves un mineur de 16/17 ans serait renvoyé devant un tribunal pour adulte et
passible d´une peine d´adulte. Après évaluation publique des effets de cette
loi (allongement des peines infligées aux mineurs, accroissement du nombre de
jeunes déférés aux institutions pénales pour adultes), qui a entraîné une
situation où le taux d´incarcération des adolescents est le plus élevé des pays
occidentaux (y compris les USA), le canada a voté une nouvelle loi en 2003
précisant qu´il n´y a plus de renvois d´adolescents devant les tribunaux pour
adultes.
Question de : Internaute
Pensez vous qu´un enfant multiricidiviste, se sachant mineur
donc intouchable doit rester dans sa position ? Peut être qu´ étant jugé en
tant qu´adulte cela le ferait un peu plus réfléchir sur les conséquences de ses
actes. En effet je pense qu´un ado n´est pas un adulte mais ce n´es pas pour
autant encore un enfant, il doit savoir prendre ses responsabilités.
Réponse : Je crois qu´on ne peut pas tout
mélanger et nier la réalité anthropologique des âges de la vie. S´il est vrai
qu´un enfant de 10 ans est différent de celui de 16 ans, il reste que les deux
sont considérés comme des incapables civilement (dt à l´émancipation, dt de
commercer, dt de voter...). Le vrai débat serait donc autour d´un abaissement
de la majorité civile et pénale.
Question de : giz
Ne faudrait-il pas revoir l´âge de la majorité ?
Réponse : je n´ai pas de réponse à cette
question mais je m´interroge sur l´abaissement de la majorité civile et pénale
dans un monde de plus en plus complexe et performant qui laisse les plus
fragiles au bord du trottoir, monde où par ailleurs l´entrée dans la vie active
se fait de plus en plus tard. Quand on réfléchit à cette question, il faut
également aborder la question de la protection.
Question de : Internaute
Bonjour, Un petit mot de soutien à vos prises de position.
Je suis éducateur PJJ et je vois chaque jour dans mon travail la capacité des
adolescents à "rectifier le tir" pour le reste de leur vie. Rendre
majeur des "gamins" sous prétexte de leur dangerosité avérée une fois
les condamne pour la vie à devenir des êtres agressifs plus dérangeants
socialement. Je me demande cependant si nous ne devrions pas insister sur les
valeurs républicaines qui permettent notre "vivre ensemble", par exemple
que nous puissions intégrer dans les peines de réparation des recherches sur le
système républicain, un nouveau civisme, même en partie contraint, me semble
plus à même de répondre aux béances de sens inhérentes à l´adolescence. Merci
encore de "tenir" sur nos principes.
Réponse : Merci de votre soutien. La vraie
question est bien le "vivre ensemble", la croyance dans un bien
commun et un espace public protecteur mais mon expérience me montre tous les
jours que nos jeunes en grande difficulté n´ont pas ce sentiment d´être protégé
par l´espace public. Ils se vivent comme hors de ce monde commun. Je crois
qu´un adolescent accepte parfaitement la sanction à l´acte quand en même temps
il se sent protéger et respecter.
Question de : Internaute
N´avons-nous pas surtout besoin d´apprendre aux parents à le
devenir et à savoir punir leurs enfants quand cela est nécessaire ou dialoguer
avec eux ? Ne devons-nous pas aider les parents à réapprendre à devenir
eux-mêmes responsables et à leur permettre d´en avoir les moyens ? Chantal
JAMET
Réponse : Tout à fait d´accord avec vous et
c´est bien pour cela que nous militons pour la double compétence du juge des
enfants pénale et assistance éducative
Question de : Internaute
Quels sont les délais moyens entre la commission d´un délit
et le passage devant le juge pour enfants ? Pour quelles raisons
historiques la justice manque t´elle si cruellement de moyens (ex.le nombre de
travailleurs sociaux pour suivre les jeunes) ?
Réponse : Je crois que c´est très variable d´une
juridiction à l´autre et que c´est lié à plusieurs raisons dont le manque
criant d´effectifs de greffiers dans les tribunaux pour enfants, les délais qui
tendent à se rallonger de la mise en place des mesures préalables au jugement
(enquêtes sociales, mesures d´investigation et d´orientation éducative, mesures
de liberté surveillée...)
Question de : Internaute
A Villepinte un mineur était avec des majeurs cars j´était
au parloir et la mère venait voir son fils de 17 ans qui était avec des majeurs
Réponse : La loi française est très claire sur
la séparation des mineurs et des majeurs et jusqu´à preuve du contraire
l´ensemble des citoyens et des administrations sont soumis à la loi...
Question de : Internaute
Mettre les délinquants en prison d´accord mais y´aura t il
les moyens de les réinsérer dans la vie "active" après la prison leur
donner un droit à la formation etc. ?
Réponse : Parfaitement d´accord avec vous :
si la sanction peut être nécessaire, elle n´est pas une finalité en soi. La
vraie réponse est dans "l´après". Si la société n´a que la prison à
offrir à sa jeunesse, la société va bien mal.
Question de : Internaute
Peu de réponse
Réponse : Désolé mais chaque question mérite
autre chose qu´une réponse lapidaire et répondre avec respect pour son auteur à
déjà 45questions en 1h 30 est impossible...
Question de : Internaute
La société a pas d´emploi donc elle va mal et l´état préfère
parler de délinquance ça coûte moins chère
Réponse : la question n´est-elle pas la réponse ?
Ceci dit la délinquance ce n´est pas seulement le vol du portable et cela peut
coûter très cher à la société.
Question de : Internaute
Que faire de jeune de 16 ans qui sont violent et agressif je
fais référence aux émeutes, qu´elle autre alternative que la prison pour des
jeunes adultes
Réponse : Le temps de réponse m´étant compté,
vous ne m´en voudrez pas de me servir de votre question pour conclure sur le
projet de loi de lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs, objet de
notre Appel. Je crois que nous ne devons pas oublier qu´un adolescent n´est pas
un adulte et que cette période de la vie est particulièrement difficile. C´est
celle de l´âge de la recherche tâtonnante de l´indépendance, des révoltes, de
l´inquiétude, des interrogations sur soi, des prises de risque et, bien sûr,
des faux pas. A 16 ans, on n´est pas adulte... Avant d´envisager une réforme,
il me semble nécessaire de faire un état des lieux, une évaluation à la fois
des effets des précédentes lois votées mais également de recenser toutes les
expériences innovantes qui sont mises en place et qui se révèlent très
positives dans la lutte contre
Question de : Internaute
Est-ce que les juges sont solidaires entre eux au point de
faire passer leur intérêt avant celui de la justice, ou les juges sont des gens
hors pair ?
Réponse : difficile à un magistrat hors pair
de vous répondre... Je plaisante
Question de : Internaute
Où peut-on trouver votre pétition sur le site du Nouvel Obs.
?
Réponse : Vous pouvez la trouver à l´adresse
ci-dessous :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20070625.OBS3649/les_adolescents_ne_sontpas_des_adultes.html
Question de : Yannick Comenge
Pour les futurs magistrats qui sont encore étudiants en
droits, quelles sont les qualités que doit avoir un bon juge pour enfant ?
Quelles sont les difficultés de ce métier ? En terme de culture, y a t il
une nécessité d´être un féru de psychologie et de droit ?
Réponse : Difficile de vous répondre en
quelques mots sur ce sujet. Je crois que cette fonction nécessite une qualité
d´écoute de l´autre, une capacité de doute qui n´empêche pas la prise de
décision, une capacité d´empathie des justiciables tout en gardant une distance
"juste", une conscience de la dimension institutionnelle de la
fonction et du danger de toute attitude de séduction (mais je dirai la même
chose pour les parents dans leurs relations avec leurs enfants). Enfin une
capacité à travailler avec le droit dans une dimension pédagogique susceptible
de faire grandir des enfants et adolescents en grande difficulté et ainsi de
les réintégrer dans le monde commun. Ce forum est terminé. Merci pour vos
questions.