RAPPORT 2000


Chapitre I

Les Droits économiques et sociaux

Articles de la C.I.D.E. concernés

Survie et développement
Enfants de parents qui travaillent
Enfants porteurs de handicaps
Santé et services médicaux
Sécurité sociale
Niveau de vie
Stupéfiants

art. 18-3

art. 23
art. 24
art. 26
art. 27
art. 33



Il paraît désormais acquis que nous sommes enfin entrés dans une phase de reprise économique. Le nombre de chômeurs diminue de manière significative sur la durée. Le gouvernement ne se permet-il pas d'annoncer le plein emploi à échéance de 10 ans ! Acceptons-en l'augure.

Une chose apparaît certaine : la “ sortie de crise ” ne sera ni linéaire, ni aisée pour tous. Nombreux sont ceux - on le souhaite - qui profiteront de la nouvelle donne économique et sociale ; on doit même souhaiter que le bien commun en soit amélioré.

Pour autant, pour avoir accumulé de nombreux handicaps dans cette période difficile longue de deux décennies que nous avons traversée beaucoup auront du mal à trouver leur place dans ce qui va se construire. Ainsi, des enfants d'aujourd'hui n'ont jamais vu l'un de leurs parents travailler ; l'école et la formation n'ont pas de sens pour eux. Ils vivent de l'assistanat ou de la débrouille, du business appelé encore économie parallèle. Ils sont souvent à vif devant l'injustice. L'espoir n'est pas pour eux.

En tout état de cause, face à un phénomène de masse, les mesures prises jusqu'ici, même si elles s'avèrent utiles - on pense au R.M.I., à la loi sur l'exclusion, etc. – sont insuffisantes. Les politiques, toutes tendances confondues, ont été incapables de juguler la montée de la pauvreté. Pire, la grande pauvreté stigmatisée dès 1980 par le rapport Oheix, commandé par le président Giscard d'Estaing, a ressurgi et s'est installée en France comme dans les autres pays occidentaux dits développés, malgré les politiques sociales. Les enfants en ont bien évidemment été les premières victimes.

Dans ce contexte, ici comme ailleurs, à la montée de la pauvreté et à la précarité correspondent l'émergence de points de fixation pour l'exclusion (les banlieues dites dures) ; à la flambée d'une délinquance violente contre les biens ou les personnes. La montée de la délinquance des jeunes est une réalité. Elle prend des formes plus violentes que par le passé. Il n'est pas rare que cette violence soit vide de tout sens. On n'hésite pas à tuer sans réaliser un instant la gravité de l'acte pour la victime, le drame que l'on cause à ses proches, sans mesurer que l'on gâche une vie à laquelle on ne croit pas d'ailleurs.

Nous écrivions déjà en 1999 : quand on s'inquiète de la montée de la violence des enfants et des jeunes, on devrait s'étonner qu'elle ne soit pas encore plus forte dans certains lieux et dans certaines périodes !

Des voyants lumineux s'éclairent. Il ne faut pas les négliger. Ainsi les professionnels de l'éducation constatent une montée des tensions dans le primaire du fait des enfants mais aussi des parents. En Seine Saint-Denis, d'une année à l'autre les incidents ont cru de quelques 27 points quand dans les lycées ils baissent et dans les collèges ils ne croissent que de 3%.
Par-delà les limites de cette statistique sur un thème infiniment subjectif, il faut retenir, en mettant de côté les incidents générés par les adultes, que de plus en plus de jeunes enfants s'inscrivent dans le registre de la violence et de la contestation de l'adulte et de l'institution. On peut en déduire une montée en puissance des difficultés des jeunes parents. Cela doit inciter à une vigilance particulière des services sociaux et une augmentation des offres de services publiques et associatives vers *ces familles.
Les ressources, l'accès au logement ou aux soins sont autant de révélateurs de cette violence imposée aux enfants.


11 -        Le droit à des conditions de vie décentes.

La fracture sociale, enjeu de la campagne présidentielle de 1995, ne s'est pas véritablement réduite. Au contraire, une certaine misère qui avait disparu des rues y apparaît toujours à l'œil nu.

Fin 1999, A.T.D.- Quart-Monde s'inquiétait publiquement de ce que, plus que jamais, des enfants soient retirés à leurs parents pour des raisons purement économiques qui heurtaient frontalement le fondement moral, juridique, politique de la protection de l'enfance moderne. Cette interpellation méritait d'être prise en compte. Au fil de l'histoire l'action sociale relayée par la loi a eu le souci de combattre ce mal séculaire. Il n'aurait donc pas été surprenant que la crise économique, même déclinante, ait été particulièrement sévère pour les fragiles et que les institutions proposent ou imposent une séparation des enfants de leurs parents au nom de la protection de l'enfance. On pouvait aisément imaginer que la crise ait fait à nouveau régresser le dispositif de protection de l'enfance, chacun trouvant autour de lui une situation qui illustre cette  plaie.

Au risque d'être à contre-courant, cette assertion ne nous semblait pas conforme à la réalité de l'observation de nombreuses données.

Dans notre rapport de 1999 (pages 17 et s.) nous en esquissions une démonstration qui se trouve aujourd'hui confortée par les affirmations du rapport Noves-Cathala rendu public en juillet 2000.

De plus en plus de jeunes (et de femmes) aux urgences sociales

Un tiers de jeunes - 37% - des personnes qui composent le 115, numéro de téléphone départemental des urgences sociales sont désormais des jeunes âgés de 17 à 25 ans.
Il n'est pas indifférent de relever ici que le nombre des jeunes majeurs accueillis par les services départementaux de l'Aide sociale à l'enfance est en diminution sérieuse : 15 590 au 31 décembre 1996 (derniers chiffres disponibles) pour 18 521 au 31 décembre 1990, soit moins 15,83% .
La corrélation entre les deux données saute aux yeux. Les presque adultes et les jeunes majeurs semblent bien les premières victimes de la restriction des budgets sociaux.
Cette situation est d'autant plus aberrante qu'alors que la durée de présence des enfants au domicile parental s'allonge - en moyenne jusqu'à 25-27 ans - on exige des jeunes en difficulté, généralement privés de soutien familial, qu'ils aient un projet de vie à 21 ans, voire à 18 ans. A défaut, ils sont et sont laissés livrés à eux-mêmes et en tout état de cause lâchés dans la vie à 21 ans. L'injustice est flagrante par rapport aux jeunes vivant dans des familles classiques.
Mais contrairement à une opinion souvent développée rien ne démontre qu'il y ait plus d'enfants placés en institution du fait de la grande pauvreté. En revanche, les familles les plus défavorisées seraient signalées plus souvent aux juges.


111                Plus de placements judiciaires, mais peu sont justifiés uniquement pour des raisons économiques.

Il est fréquemment avancé que la crise serait à l'origine d'une augmentation des “ placements”   d'enfants, soit sur décision parentale, soit sur mesure judiciaire. De fait qu'il serait insupportable que la pauvreté se traduise aujourd'hui dans notre pays par des attitudes d'une autre époque : on ne peut pas retirer leurs enfants à des parents - et des parents à leurs enfants - au prétexte de la pauvreté. La loi exige une situation de danger, voire une incapacité des parents à exercer leurs responsabilités.
D'autant que pour pallier les difficultés financières occasionnelles ou chroniques d'une famille on peut recourir à des aides financières (environ 2 sur les 30 milliards de fr. de l'A.S.E. chaque année ou des soutiens éducatifs ou techniques comme les aides-ménagères etc.)
On se réjouissait d'observer à travers les statistiques sociales que l'inquiétude de certains militants de la grande pauvreté n'était globalement pas avérée.
1998 : alerte rouge ?

Si on s'en tenait aux enfants confiés à l'A.S.E. au 31 décembre d'une année on est passé de 112 867 enfants accueillis en 1990 à 113 361 en 1996. En d'autres termes, l'augmentation n'était que de 0,44%. Elle n'était pas significative.
Certes, les mesures prises par les juges des enfants progressaient : 75 000 en 1996 pour 64 607 en 1990 soit + 16%. Ce sont surtout les D.O.M. qui progressent : + 34%. A l'inverse les “accueils provisoires” d'enfants à la demande des familles chutaient de 23,43 % : 13 629 en 1996 pour 17 799 en 1990.
En 1998, on serait passé à 140 000 enfants accueillis physiquement, pour ne pas dire placés, pour seulement 113 000 en 1996.
Il semble donc qu'” au cours de la période 1992-1998, le nombre d'enfants confiés à l'A.S.E. au titre d'une mesure administrative ou judiciaire a augmenté de près de 4%. Cette augmentation générale résulte de deux mouvements inverses : le nombre des mesures administratives baisse de près de 20% en six ans, tandis que le nombre de placements de l'A.S.E. ordonnés par le juge augmente de plus de 17 %. En revanche, le nombre de placements directs ordonnés par les juges a baissé pour se stabiliser autour de 27 000 bénéficiaires ”.
De l'augmentation significative des signalements à la Justice, de la diminution des placements administratifs et de l'augmentation des placements judiciaires, une première conclusion préoccupante peut être tirée : les administrations sociales ont tendance à refuser aux familles la prise en charge de leurs enfants pour renvoyer sur une décision judiciaire, par définition plus tardive et plus “ dure ” pour les familles concernées.
Pourquoi ? Ouverture du parapluie, souci - à courte vue   - de ne pas engager le budget départemental, volonté d'avoir une meilleure prise sur les familles grâce au mandat judiciaire, doute sur le diagnostic social ? On multiplierait les interprétations qui ont sans doute toutes leurs valeurs.

En revanche, on n'a pas dans ces données et les autres disponibles la preuve d'une recrudescence des placements fondés sur la grande pauvreté des familles. Autre paramètre : le nombre de pupilles de l'Etat, c'est-à-dire des enfants soit abandonnés à la naissance par leurs parents soit déclarés judiciairement abandonnés continue de décroître. On est à moins de 3 500 aujourd'hui pour 20 000 en 1980, 6 000 en 1990.
Ces chiffres sont bien révélateurs de la judiciarisation des affaires : les services sociaux renvoient sur la justice la prise de décisions comme l'accueil d'enfant. On préfère la “ bonne ” décision d'un juge que l'accord donné par la famille, dont on peut craindre qu'elle revienne rapidement sur sa demande !
Cela ne signifie pas que dans certains départements ou certaines circonscriptions d'action sociale on ne relève pas de cas de “ retraits ” d'enfants à des personnes démunies. D'autant que d'autres arguments peuvent être associés à la pauvreté comme la maladie, physique ou psychique quand ce n'est pas tout simplement le danger lié à des conditions précaires de logement.

Le rapport Noves-Cathala : un point de vue sévère, mais juste sur la protection de l'enfance
Eu égard à l'impact de l'interpellation d'ATD-Quart Monde pour un gouvernement se prévalant d'une fibre sociale, les ministres concernés (affaire sociales, justice, santé et droit des enfants) ont donc voulu en avoir le cœur net en mandatant le 20 décembre 1999 une mission sur un très bref délai.
Le rapport remis en juin dernier par Pierre Naves (inspecteur général des affaires sociales) et Bruno Cathala (inspecteur des services judiciaires) a été rendu public durant l'été par les trois ministres avec une forte médiatisation. Il fait justice à de l'interpellation d'ATD-Quart Monde.
Dans une écriture claire et nette, preuve d'une vraie connaissance du sujet, les rapporteurs peuvent affirmer que l'inquiétude d'ATD n'est pas fondée. Ils n'ont pas trouvé pas de “ placements ” d'enfants directement motivés par la pauvreté économique de la famille; en revanche, il reste vrai que la précarité des situations conduit d'une manière excessive à l'éclatement des familles. Le rapport rejoint ici dans cette assertion forte les conclusions déjà avancées par des professionnels, par les militants et par D.E.I.-France.
A la marge, on est surpris de ne pas trouver dans le rapport une référence à l'usage qui est fait – ou pas fait – de la tutelle aux prestations sociales dont on aurait pu craindre que la crise en accentue le recours. Il n'en a rien été car d'autres dispositifs administratifs et législatifs de gestion des dettes familiales ont été introduits au point où l'on s'interroge sur le devenir d'une institution devenue – on s'en réjouit- plus une institution éducative que de contrôle de l'argent des plus pauvres.
On aurait aussi aimé que les rapporteurs puissent étudier les situations qui appellent à une réponse sociale et dont finalement le dispositif professionnalisé de protection de l'enfance ne parvient pas à saisir. C'est cette population pour laquelle l'action d'A.T.D. et d'autres mouvements comme médecins du Monde trouvent tout leur sens. Il n'en reste pas moins que ces situations souvent dramatiques renvoient l'action sociale à ses limites. L'étude de la situation faite à ces exclus de l'action sociale était par définition un exercice trop difficile dans le délai aussi court dont disposaient les deux inspecteurs. Convaincu comme le dit le rapport lui-même que les services sociaux sont désormais “ scotchés ” à des tâches administratives et sont dans l'impossibilité d'aller vers ceux qui souffrent là où ils vivent on regrettera ce manque d'éclairage essentiel pour une réflexion prospective sur l'action sociale.
Ayant rapidement fait justice de l'interpellation d'A.T.D. peu ou prou relayée publiquement par la ministre des affaires sociales, les rapporteurs peuvent alors se consacrer à mettre en évidence les limites et lacunes du dispositif de protection de l'enfance d'un effet dévastateur justement pour les familles les plus fragiles. Et là est bien l'intérêt majeur de leur travail. L'analyse est sévère; la plupart des 65 propositions sont intéressantes pour leur originalité ; d'autres tendent à généraliser des pratiques professionnelles innovantes que nous préconisons depuis des lustres et que des journaux pour professionnels comme le J.D.J. relaient au fil des mois et des années. Bref, on boit souvent du petit lait.
De fait le rapport est passionnant quand dépassant largement son objet initial, il instruit un procès argumenté, sans la démagogique de telle ou telle Pythie, de l'ensemble du dispositif de protection de l'enfance. En quoi vient-il réellement en aide aux familles les plus fragiles par-delà la question importante certes, mais ponctuelle de la prise en charge physique des enfants ? En quoi garantit-il les droits fondamentaux des enfants comme celui d'être élevé par sa famille et de ne pas en être séparé, sauf raisons majeures ?
Il remet déjà les pendules à l'heure pour ceux qui, par nombrilisme, aurait tendance à ne voir l'heure qu'à leur montre. Le dispositif est bien plus complexe qu'on le dit souvent. Aux 150 000 enfants pris en charge à travers l'A.S.E. ou par la Justice, il faut aussi agréger ceux hébergés via la psychiatrie infantile ou l'hôpital, la C.D.E.S., les internats scolaires ou sociaux ou encore les C.H.R.S. (on y reviendra) en évitant les doubles ou triples comptabilisations. On tourne autour de quelques 300 000 situations bien évidemment très variables qu'il faut déjà remettre en perspective au regard des 17 millions de moins de 18 ans de ce pays.
Le scandale de l'absence de dispositifs fiables de mesure
Bien évidemment les rapporteurs ne pouvaient pas ne pas dénoncer encore et toujours les lacunes de notre instrument de mesure, de nos instruments de mesure serait-il plus correct de dire. On doit certes se réjouir des travaux de l'O.D.A.S. et de la D.R.E.S.S, mais on est loin du compte.
Comment ne pas être choqué avec eux qu'un pays comme la France qui se targue d'avoir une, sinon des politiques sociales (de fait nous n'avons pas à rougir de la comparaison avec la plupart des pays ! ) soit dans l'amateurisme le plus complet sur ce point. Comment définir une politique à partir de données quasiment inexistantes ? Comment évaluer l'impact d'une politique sans appareil de mesure et, faut-il ajouter comme les rapporteurs ?, sans objectifs clairement définis a priori. Nos politiques fonctionnent plus souvent à la première page de France Soir ou du Journal du Berry que sur des données objectives et partagées. On peut ne plus se satisfaire de cet état de fait.
Un dispositif riche, performant mais perfectible
Bien évidemment encore, les rapporteurs, en fins connaisseurs, rappellent que ce dispositif de protection de l'enfance est plus performant qu'on ne le croit communément. Ils s'appuient à juste titre sur les travaux du C.N.R.S. et de la P.J.J. pour démontrer que plus souvent qu'on le croit ce dispositif rompt la chaîne de l'exclusion sociale quand beaucoup, y compris parmi les travailleurs sociaux, sont convaincus qu'ils prennent systématiquement en charge des enfants de ceux qu'ils ont connus quelques années plus tôt. C'est largement inexact. Ou du moins, pour être scientifiquement correct, faudrait-il dire que ce constat était faux sur la période dite des Trente Glorieuses. Qu'en aura-t-il été ensuite durant les trente années de crise ?  On aimerait avoir une réponse à cette question. On ne le sait pas aujourd'hui faute d'études longitudinales portant sur cette période
Conscients de ces lacunes et pour promouvoir une évolution rationnelle des réponses institutionnelles et des pratiques professionnelles, les rapporteurs suggèrent la création d'un institut des hautes études de protection de l'enfance et de la famille (IHEPEF).
Constat sévère quand on veut bien se remémorer le sort que le gouvernement Juppé d'abord, puis le gouvernement Jospin ensuite, ont réservé dans les dernières années à la vulgarisation de la recherche en sciences sociales en supprimant l'Institut de l'enfance et de la famille créé en 1984,  puis le Centre international de l'enfance et de la famille. On est depuis privé dans ce champ d'un instrument performant de collecte de données et de restitutions aux responsables et aux professionnels. Nul ne sera surpris que nous adhérions à l'analyse et à la préconisation que nous avancions dans le rapport 1999.
A ceux qui avanceraient des arguments financiers pour s'opposer à cette création, on rappellera que le coût (financier s'entend) de l'accueil d'un enfant en institution varie de 800 à 2000 francs par jour. Un budget de 10 millions de francs pour un organisme de recherche, de formation et d'animation sur les pratiques professionnelles peut se justifier si on parvient à éviter un millier de “ placements ”  chaque année quand aujourd'hui encore l'A.S.E. accueille à elle seule environ 130 à 150  000 enfants l'an!
La réalité de la judiciarisation
Au passage, le rapport essaie de tordre le coup à une idée simple et parfois simpliste fréquemment avancée : le processus de  judiciarisation de protection de l'enfance qui inquiète tous et chacun doit être relativisé : “ Il convient d'être prudent dans l'affirmation ou non de l'existence d'une judiciarisation de la protection de l'enfance ” (p.21). Si les prises en charge physiques d'origine judiciaire sont proportionnellement plus importantes, c'est que les mesures purement administratives ont baissé notamment à travers l'écroulement (dont on se réjouit ! ) du nombre des pupilles de l'Etat. En vérité, les signalements à l'autorité judiciaire ont augmenté. On peut aussi  penser même si les données chiffrées ne sont pas très fiables, que les interventions en milieu ouvert ont elles aussi explosé. On verra s'agissant de la maltraitance à enfants qu'une tendance se dégage depuis deux ans à un ralentissement cette judiciarisation ( conf. infra).
En revanche, on ne peut pas affirmer que la justice retire de plus en plus d'enfants même s'il est vrai qu'en la saisissant en urgence avec des évaluations mal ficelées on peut induire plus souvent des réponses dures, sur le registre de la protection et de l'exorcisme et donc des “ placements ”.  Il y avait 112 000 mineurs concernés par des décisions de placement judiciaires en 1994 et 111 000 en 1998 même si en 95 on était tombé brusquement à 101 000 (Chiffres DAGE 1999). En d'autres termes, on peut parler de judiciarisation des saisines – fruit de la pression qui pèse désormais sur les institutions sociales et leurs acteurs -, mais pas nécessairement d'une judiciarisation de mesures.
Un éclairage fort sur l'ensemble du dispositif
Une fois ce satisfecit donné aux institutions et à leurs acteurs qui font généralement pour le mieux et produisent un résultat somme toute positif, les rapporteurs pouvaient relever les “ points noirs ” appelant à des réponses plus ou moins complexes, plus ou moins onéreuses, traduisant plus souvent des blocages psychologiques ou institutionnels, voire politiques plus que financiers.
On ne les reprendra pas dans le détail renvoyant à la lecture du rapport. On soulignera simplement combien les rapporteurs sont choqués que 15 ans après les lois de décentralisation si peu de départements soient dotés de schémas départementaux conjoints ou non ASE-PJJ de protection de l'enfance même si un frémissement peu aujourd'hui être relevé. Sans doute fallait-il que les conseils généraux maîtrisent mieux l'instrument social légué par l'Etat avant d'accepter de dialoguer avec leurs partenaires ; en revanche la critique est sévère et juste devant la défaillance de l'Etat qui n'exerce pas ses responsabilités.
D'abord les administrations d'Etat ne se coordonnent pas entre elles alors qu'elles ont une part importante dans le processus de prises en charge des enfants en difficulté. La C.D.E.S., l'Education Nationale, la psychiatrie infantile, les sans-domicile fixe, les enfants réfugiés aurait-on ajouté , etc. sont des thèmes sur lesquels l'Etat est très largement partie prenante. Or, il n'y a pas de politique concertée entre elles de la part des administrations d'Etat. 
En tout état de cause ces administrations jouent un rôle important dans le repérage des situations – par exemples à travers le dispositif scolaire. Elles sont peu articulées avec le département et les autorités locales. Et les rapporteurs d'avancer des pistes de travail pour répondre à cette lacune fondamentale.
Un pilote dans l'avion de la protection de l'enfance ?
On regrettera qu'ils ne poussent pas plus loin le bouchon après avoir identifié une réelle carence dans le pilotage du dispositif local de protection de l'enfance.
Certes le rapport met clairement en évidence que les parents sont les premiers acteurs de la protection de l'enfance. On peut penser que cela va de soi. Il n'en est rien quand on voit combien les professionnels ont tendance à se substituer à eux, à les exclure de la réponse à apporter aux enfants, on leur concède au mieux un strapontin. Il faut ensuite que l'on tire la conséquence de l'hétérogénéité des éléments du dispositif de protection de l'enfance, surtout quand les critères pour y entrer sont parfois si flous. Il en résulte aussi que les familles ne trouvent pas d'entrée dans un dispositif qui joue à la “ patate chaude ” et organise souvent son incompétence pour renvoyer sur le voisin.
Ainsi s'appuyant sur l'observation de ses associations et les rapports officiels, l'A.N.C.E. rappelait cet été que 30 000 enfants dits handicapés ne sont pas scolarisés ni même accueillis dans ces dispositifs de soutien. A l'inverse, il faudrait aussi s'arrêter sur ces nombreux cas où des  intervenants multiples se marchent sur les pieds  débouchant parfois sur des guerre de territoires auxquelles les usagers n'ont certainement rien à voir et déjà rien à gagner. 
Bref, comme l'affirme le rapport il manque bien localement un pilote dans l'avion. On doit aller plus loin et contribuer à l'identifier dans la loi. Au risque de choquer, dans l'esprit des lois de décentralisation et de la loi du 10 juillet 1989, celui-là nous semble devoir être explicitement le président du conseil général sous le contrôle d'un côté, du préfet et de l'autre, en appel en cas de conflit administration-famille, de l'autorité judiciaire. On est aujourd'hui loin du compte.
Les préconisations avancées pour mettre en relation les institutions et créer des synergies sont intéressantes. Il fallait qu'elles soient faites. Il n'est pas sûr qu'elles soient reprises dans l'instant même les politiques se conjuguent pour appeler à une mise à jour des lois de décentralisation.
Déjà mettre la justice à égalité avec ce qu'elle affiche vouloir être
On se contentera dans le moment de s'attacher aux critiques très dures faites aux (dys)fonctionnements judiciaires et aux pistes avancées pour y répondre qui relèvent là encore moins de la loi – même si telle précision pourrait être apportée on pense aux pouvoirs de réquisitions aux fins de placement du parquet –, mais des pratiques professionnelles, ce qui somme toute est bien plus difficile à bouger que d'écrire une loi.
Une justice peu respectueuse du droit des personnes
On se réjouira ici des interpellations des rapporteurs à l'égard de l'institution judiciaire. On y retrouvera nombre de celles déjà avancées au colloque de Bobigny organisé par le J.D.J. en novembre 1998 qui n'en auront que plus de portée.
Comment ne pas être inquiet de la montée des retraits d'enfants pratiqués en urgence par les parquets ? Les chiffres nationaux sont malheureusement éloquents. Il n'est pas question de mettre en cause les personnes, mais de constater que le processus offre peu de garanties. Déjà que les signalements se font comme le rappellent les rapporteurs sur des critères très lâches, l'intervention judiciaire à travers le parquet est contestable en ce qu'elle exacerbe les critiques formulées à la justice : les familles ne sont pas reçues par un magistrat, elles n'ont donc pas accès au dossier, elles ne peuvent pas faire valoir leurs observations sur les faits relevés ; la décision du procureur peut ne pas être motivée, elle est d'ailleurs sans recours la seule exigence légale étant de saisir le juge des enfants dans les 8 jours.
Plus grave encore, quelle est la portée d'une décision du procureur suivie d'une saisine du juge dans les 8 jours quand celui-ci ne la renouvelle pas et au mieux ordonne un complément d'information. On sait combien il est difficile –difficile mais pas impossible - de revenir sur une telle décision. Bref on peut parler d'arbitraire et de lettre de cachet. A la limite, peu importe que les réquisitions du procureur soient réellement justifiées. Elle exacerbe le sentiment d'injustice et d'humiliation.
On approuvera donc mille fois les rapporteurs de préconiser ici une réforme et une clarification législative : dans les 8 jours de la saisine, le juge des enfants devrait avoir revu la situation. Les juges argueront qu'ils sont submergés ; ils doivent pouvoir se réserver un temps dans leur plan de travail.  Ils avanceront encore qu'ils n'auront pas plus d'informations que le procureur : d'abord ce n'est pas évident, surtout recevoir les parents leur donnera une mine d'informations s'ils savent les décrypter.
On aurait souhaité que la préconisation avancée affirme que le parquet peut intervenir dans l'urgence et en cas d'absence du juge des enfants c'est-à-dire seulement durant la nuit dans les tribunaux où une permanence est assurée en journée.
Les droits réels de familles peu pris en compte devant le juge

Les rapporteurs sont très sévères, mais là-encore justes si on veut bien y réfléchir  quand ils constatent que les droits des familles sont peu  pris en compte. Le juge reçoit la famille souvent esseulée - les avocats et défenseurs sont rares -, les parents n'ont pas eu accès direct et personnel au dossier contrairement à la Convention européenne des droits de l'homme et à la jurisprudence européenne et française la plus récente. Reprenant le propos d'un avocat, visant l'audience, ils parlent même “ de guet-apens judiciaire ” quand le juge n'entend pas dans tous les sens du terme les parents et joue du rapport de forces qui lui est favorable. Sans compter les fautes psychologiques comme celle de recevoir les travailleurs sociaux pour un entretien “ privé ” avant l'audience. Plus généralement, il faut admettre comme le relèvent les rapporteurs sur la base de leurs entretiens que les justiciables aient fréquemment peur du juge sachant ce qui se jouent et dès lors qu'il n'y pas toujours de vrai débat contradictoire. Les inspecteurs vont jusqu'à rapporter un sentiment d'humiliation pour ce qui est vécu ces audiences au tribunal pour enfants. On peut affirmer que la plupart des juges n'abusent pas volontairement de la situation. Elle n'en est pas moins contestable.
La défense obligatoire
Les rapporteurs se font ici révolutionnaires en revenant aux fondamentaux de la justice : ils préconisent que la défense soit obligatoire en assistance éducative et non pas facultative. On pourrait y arriver dans un délai de trois ans sachant les difficulté des barreaux pour tenir quantitativement et qualitativement une telle présence. On perçoit le risque d'une judiciarisation à outrance de la procédure d'assistance éducative qui priverait cette procédure de ce qui fait son originalité la recherche de l'adhésion de la famille, une adaptation régulière de la réponse judiciaire pour tenir compte des besoins de l'enfant et de l'évolution de la famille.
On ne peut pas ne pas admettre que la critique est fondée sans en tirer rapidement les conséquences et, déjà, introduire les garanties formelles comme l'accès (accompagné pour qu'il ne soit pas une escroquerie) au dossier, l'organisation d'un vrai débat judiciaire avec l'institution hébergeant l'enfant  présente, l'obligation de motiver toutes les décisions y compris d'investigation, la nécessité de recevoir les familles dès que l'on ait saisi, etc.
L'affirmation d'une philosophie moderne de l'intervention sociale et judiciaire
On en restera à ces critiques majeures - d'autres sont aussi fondées qui appellent à des évolutions - pour insister sur une idée-majeure relayée par ce rapport. Elle éclaire l'ensemble des évolutions à venir pour justement relativiser le “ placement ” des enfants et le limiter au strict nécessaire : l'accueil d'un enfant hors de son domicile familial n'est qu'un temps d'une prise en charge, une modalité parmi les réponses pouvant être mobilisées. Trop souvent encore nombre y voient “ la ”réponse définitive. Le rapport Novès–Cathala se situe bien dans la ligne du rapport Bianco-Lamy (1980) et de la loi du 6 juin 1984 en en modernisant l'énoncé
L'accueil – et non pas le placement- est un temps-fort de la prise en prise en charge

Dans cet esprit, on regrettera encore plus que les rapporteurs, qui appellent à l'élaboration d'un lexique commun aux professions sociales compréhensible par les populations concernées, n'aient pas osé combattre le mot “ placement ” qui aujourd'hui, dans l'action sociale, équivaut dans l'esprit des parents et des enfants à déchéance et au moins à rupture.
Si jamais on parle de “ placement ” pour l'enfant les gens se braquent convaincus qu'on veut les déchoir de l'autorité parentale. Il serait à tous point de vue plus exact de parler de l'accueil de l'enfant. Personnellement quand je serai vieux , s'il se doit que je quitte mon domicile, je demande instamment à ne pas être placé mais à être accueilli. On place un objet ; on accueille une personne !
Dans certaines situations, parents et enfants ne peuvent pas vivre ensemble. Il faut que les services sociaux – à défaut d'un réseau communautaire – accueillent cet enfant, en famille ou en institution. Et là tout s'enchaîne pour  répondre aux critiques généralement développées d'un arbitraire de l'A.S.E. . Ce ne sera pas nécessairement un accueil qui doit durer; au contraire, on fera tout pour qu'il dure le moins possible. Surtout, pendant sa durée, les parents restent parents ; ils doivent exercer en premier les droits d'autorité parentale, et être loyalement mis en situation de le faire l'institution ou ceux qui vivent avec l'enfant ne disposant que des pouvoirs liés aux besoins immédiat de l'enfant.
On prendra ici un léger recul avec les rapporteurs qui reprennent in extenso la position de la Cour de cassation selon laquelle le juge des enfants doit définir les modalités de l'exercice des droits de limite ou d'hébergement. Nous entendons que ce point crucial peut faire achopper toute la prise en charge quand le service social très rigide bloque en pratique les relations avec les parents. Il est certain que des institution même sans mauvaise volonté coupe petit à petit la vraie relation parents-enfants qui est autre que de rendre visite ou de téléphoner aux enfants. Quand cela est possible pourquoi ne pas permettre à une mère d'aller chercher son enfant à l'école pour le ramener au foyer ?
Plus que d'entrer dans le détail qui appelle à incident et à tout le moins à revenir en permanence devant le juge, il me semble qu'il faut que le juge définisse la philosophie générale dans son cabinet. Par exemple, il accorde un large droit de visite et renvoie l'A.S.E. et la famille à un bon accord concrétisé par un tableau de qui lui sera communiqué pour information. L'élaboration de ce document est un moment essentiel et un beau test de la relation famille-service Il interviendra que s'il y a un conflit à la demande de l'un ou l'autre. Dans d'autre cas, moins fréquents car plus durs, il restreindra le droit de visite ou d'hébergement après un débat.
Systématiser la double-mesure
Mieux encore par cette approche moderne on légitime ainsi comme les rapporteurs le fait qu'une double-mesure puisse se mette en place. On mandate certes une équipe pour accueillir l'enfant, mais celle qui suit la famille continuera à le faire pour préparer les retour au domicile puisque que la prise en charge physique n'est qu'un temps de ce la prise en charge. Il faut maintenant démontrer au financeur que la double-mesure n'est pas un surcroît de coût, mais au contraire réduit à terme la charge des placement puisqu'elle prépare la fin de la prise en charge lourde.
La prise en charge de toute la famille, dans ou hors son domicile
Enfin, on retombe sur la légitimation de la prise en charge globale de la famille – parents et enfants – dans des structures sociales sans que les enfants ne soient séparés de leurs parents. Après tout, c'était la question initiale posée aux rapporteurs. Ils relèvent à juste titre que, de plus en plus, les C.H.R.S. reçoivent des familles (10 000 enfants sont ainsi accueillis avec leurs parents).
On se réjouira du développement de cette réponse quand malheureusement les familles traversent une mauvaise passe. Au moins l'essentiel, la vie commune et la relation parent-enfant, est sauvé. On témoignera ici – es-qualité de président de l'association Objectif Familles de Trappes qui prend en charge concomitamment tous les membres d'une famille Rmiste– combien cette démarche peut contribuer à éviter les départs  des enfants de la maison et facilite l'autonomisation des familles par rapport aux aides sociales C'est bien sur cette voie que le travail social moderne doit travailler. Elle est conforme à notre droit et à nos engagements internationaux (article 9 de la C.I.D.E.).
On approuvera donc l'idée avancée de mettre en place “ une mesure administrative éducative et de soutien à la famille ”. On peut en attendre qu'à terme les juges soient conduits comme la loi le veut à n'intervenir qu'en cas de conflit entre famille et administration. De même on doit approuver que systématiquement les juges refusent de prolonger leur intervention quand le conflit initial famille-A.S.E. a disparu. Certaines formes de judiciarisation rassurent certes les travailleurs sociaux, mais sont porteurs d'une image afflictive et infamante pour la famille : celle de parents qui ne savent pas élever leurs enfants puisqu'un juge intervient ! Il faut revenir le plus souvent possible à la seule intervention administrative.
On se doutera que dans ces conditions on recommande la lecture de ce document disponible sur le site internet du gouvernement. Il fera certes grincer des dents, mais il met les formes. L'avenir mesurera son impact. Il aura au moins cette qualité de relayer avec vigueur et rigueur ce que les professionnels et militants soucieux réellement du droit des personnes avancent de longue date. On peut donc penser qu'il aura des déclinaisons
D.E.I.-France exprime le souhait que ce rapport soit pris en compte dans les juridictions et dans les différents cursus de formation. La nécessité faire désormais aux juridictions de mettre le dossier d'assistance éducative à la famille conformément au droit européen offre une opportunité de revisiter l'ensemble des pratiques professionnelles
.        
112        Une judiciarisation des cas sociaux

Jusqu'à ces deux dernières années, la part était croissante des enfants pris en charge par l'A.S.E. à la demande de la justice  (75% en 1998).
L'enquête du S.E.S.I. sur l'aide sociale à l'enfance 1990-1996 souligne également l'augmentation des mesures d'aide sociale à l'enfance toutes catégorie confondues : en 1998, 270 000 enfants (dont 140 000 accueillis physiquement) soit 1,5%des enfants et des adolescents de moins de 21 ans en bénéficient ce qui représente une augmentation de 5% depuis 1992 alors que le nombre total d'enfants et d'adolescents a diminué en France de 3% sur la même période.
Par ailleurs avec l'O.D.A.S, on s'interroge sur l'augmentation de la proportion des situations d'enfants dits à risque signalés à la Justice : 34 % en 1994, 40 % en 1996, 47 % en 1997 et 60 % en 1998, sachant que ces enfants en risque sont passés de 41 000 en 1994 à 61 000 en 1997.
Toujours d'après l'O.D.A.S., ces enfants sont ceux sans doute au cœur des familles vulnérables et précarisées : quatre fois plus que pour la population générale, ils vivent dans des foyers monoparentaux 8 mères sur 10 sont inoccupées : “ au domicile, isolées, sans doute déprimées, elles n'assurent pas leur fonction parentale ”.
On peut se demander avec Marceline Gabel si “ l'absence de perspectives des travailleurs sociaux face à la précarité (ne les inciterait pas) à des stratégies de contournement où le signalement judiciaire leur permettrait d'extraire un enfant d'une situation familiale insupportable comme le placement sanitaire de l'après-guerre (et à quel prix !) au problème de la crise du logement ”. On peut effectivement voir une corrélation entre l'augmentation du nombre d'enfants en risque et la plus grande précarisation des familles.

En tout état de cause, la judiciarisation interroge sur la faillite ou du moins les limites de la prévention administrative. Les dernières tendances permettent d'observer une remobilisation de la prévention administrative qui reste à vérifier.

Un examen attentif des budgets départementaux a d'ailleurs de quoi inquiéter. On voit ainsi tel département réduire à quelques 200 000 francs les aides financières pour l'année quand d'autres sont à hauteur de plusieurs millions pour éviter d'être contraints au “ placement ” des enfants. Indéniablement, le premier type de département n'offre guère de marge de manoeuvre à ses services sociaux.
La décentralisation intervenue en 1983-1984 avait pour objectif d'adapter les politiques locales aux besoins du terrain. Sans contre-pouvoir, elle peut aujourd'hui avoir des effets dangereux si un département pousse à l'extrême sa stratégie. Est ainsi posée la question des minima sociaux.
Se pose aussi la nécessité de rechercher de nouvelles démarches de solidarité en faveur de ces familles en situation précaire qui s'appuieraient sur des réseaux de proximité, des groupes culturels, des structures type école des parents, des familles-relais, des groupes de paroles, etc. auxquels s'associerait le travail social professionnalisé.
Il sera intéressant de disposer au plus tôt d'études pour évaluer l'impact des dispositions adoptées dans la loi du 29 juillet 1998 visant à ne pas séparer les enfants des parents en difficulté, privés de logement ou hors d'état d'assumer toutes leurs responsabilités parentales. Le législateur, s'agissant d'enfants confiés par le juge des enfants (art. 375-7 du code civil) ou pris en charge sur la base de la loi du 30 juin 1975 sur le handicap, entend que toutes les dispositions soient prises pour maintenir les relations parents-enfants.
Certains se sont étonnés à l'époque de telles dispositions qui pouvaient apparaître comme jetant une suspicion sur les services sociaux et médico-sociaux. Dans le passé, on a pu effectivement relever nombre de cas où la brisure parents-enfants a pu être instituée ou accentuée plutôt que résorbée.
Aujourd'hui, il semble bien qu'on ne puisse pas accuser les institutions d'une telle attitude. Pour autant une affirmation dans les textes, de l'importance du maintien de ces liens n'est pas surabondante, mais de nature à guider les pratiques professionnelles. On aurait même souhaité voir affirmé que l'objectif est moins de faciliter les droits de visite et d'hébergement que l'exercice des responsabilités parentales. On confond souvent les moyens et l'objectif !
La même loi sur l'exclusion sociale préconise le développement des modes d'accueil parents-enfants dans les départements.

D.E.I-France aimerait connaître les suites données à cette recommandation.

Un budget A.S.E. toujours plus conséquent

Les dépenses d'Aide Sociale à l'Enfance ont encore augmenté en 1999 : 30 milliards contre 25,6 en 1997.

Elles représentent désormais 40 % des 81 milliards de fr. engagés par les départements (pour 45,3 en 1989), soit + 3 % d'une année à l'autre.
Outre l'augmentation globale, le recours aux accueils physiques croît aussi (4% sur la décennie) on explique cette augmentation par “ la nécessité de prises en charge adaptées, atypiques et de plus en plus coûteuses ” du fait de situations de plus en plus difficiles (O.D.A.S.).
Autre voyant lumineux qui interroge D.E.I.-France : une enquête I.N.S.E.E. publiée au cours de l'été 1999 montre que l'inégalité liée à l'origine sociale des personnes accueillies dans les établissements pour enfants ou adultes en difficulté. 59 % des 46 000 enfants accueillis sont issus du monde ouvrier, 4% seulement d'un milieu de cadres ou de professions libérales :

D.E.I.-France demande aux pouvoirs publics d'engager un programme de recherche visant à évaluer l'origine des populations orientées vers les institutions en général et la Justice en particulier.        


12 -        Le droit pour le petit enfant d'être accueilli
Comment ne pas se réjouir de ce que les pouvoirs publics à travers S. Royal relayant la Délégation interministérielle à la famille ait affirmé très nettement son souci de réduire le déficit chronique des modes d'accueils de la petite enfance. Nous y appelions comme bien d'autres.
Rappel
Au 1er janvier 1999, on dénombrait
      1. 138 000 places en crèches collectives
      2. 11 3000 places en jardins d'enfants
      3. 68 000 places en haltes-garderies
      4. 61 000 places en crèches familiales

                        soit environ 300 000 places,

sachant que 255 000 enfants de 2 ans sont scolarisés en école maternelle et que les enfants âgés de moins de 3 ans sont actuellement environ 2,1 millions
Si on tient compte de la capacité d'accueil des assistantes maternelles agrées les pouvoirs publics affirment que la capacité d'accueil totale serait de 724 000 enfants sachant que l'administration avoue ne pas savoir combien précisément il y a d'assistantes maternelles agrées. Ajoutons que la disparité territoriale est une donnée essentielle ?
A y regarder de près heureusement que les grands parents sont présents dans l'environnement de leur enfants et petits enfants , sans compter les “ nourrices au noir ”.
Pire : on trouve rarement la souplesse de fonctionnement qu'il serait souhaitable d'offrir aux parents afin de leur permettre de concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale. On pense notamment aux parents isolés et encore plus spécialement aux mères. Il est évident qu'une crèche fonctionnant sur une large plage horaire, notamment très tôt le matin ou en soirée, sinon 24 h sur 24, a un surcoût, mais la question n'est même pas encore posée en ces termes. Elle n'est tout simplement pas abordée. La généralisation des 35 heures va plus que jamais raviver ce besoin de modes d'accueils de la petite enfance mieux adaptés aux besoins des usagers, jeunes (les enfants ) et moins jeunes (les parents). L'évolution des modes d'accueil doit respecter dans tous les cas de figure les besoins essentiels des jeunes enfants plutôt que les besoins des employeurs de leurs parents.

Mandat avait déjà été donné en 1999 au Délégué Interministériel à la Famille d'avancer sous un an des réponses notamment en réformant le statut du cadre juridique des structures d'accueil. Reprenant le dossier, après que M. Rémy eut démissionné au lendemain de sa propre nomination, Mme S. Royal au nom du gouvernement avaient été pris des engagements à la conférence nationale de la famille de juin 2000. Le 30 août 2000, la ministre de la famille et de l'enfance annonçait la création d'un fonds d'investissement de 1 milliards 5 de francs géré par la CNAF à compter du 1
er janvier 2001.

On pourra toujours avancer qu'on est loin du compte. A hauteur d'environ 300 000 places d'accueil notre dispositif n'est pas en phase avec les besoins et donc ne répond pas aux termes de l'article de la C.I.D.E. Or le plan annoncé ne vise finalement qu'à créer 40 000 “ places ”.
Pourtant si on veut se souvenir des efforts déployés en 1981 quand le gouvernement de Pierre Mauroy annonçait 100 000 places d'accueil et avait beaucoup de mal a approcher son objectif malgré les différentes démarches contractuelles développées sur plusieurs années, l'objectif annoncé en 2000 est très ambitieux et il ne sera pas tenu facilement.

D'autant que, démarche séduisante qui là encore rappelle une autre époque, la ministre entend s'appuyer sur la société civile et valoriser les initiatives parentales. Un “ appel à projets innovants “  est lancé. On vise les crèches collectives, les haltes garderies, les classes passerelles vers la maternelle pour les 2-3 ans, les bus itinérants à la campagne … L'innovation consisterait à faciliter “ la garde ” d'urgence à domicile de l'enfant. La ministre souhaite que cet accueil puisse être opérationnel dès le lendemain de la demande pour faire face aux situations de crise liées à la maladie des parents ou aux accidents de la vie.

Cette remarque générale ne nie pas les efforts déployés notamment par les Caisses d'allocations familiales, les municipalités ou le réseau associatif pour développer le potentiel des modes d'accueil de la petite enfance. De même doit-on affirmer que ces équipements permettent un remarquable éveil des jeunes enfants.



D.E.I.-France interroge : quelles souplesses les pouvoirs publics et la C.N.A.F. peuvent-ils introduire pour faciliter aux familles l'accès aux modes d'accueil, en prenant en compte leur rythme de vie et leurs contraintes professionnelles ?

121        Sanctionner les parents dits “défaillants” à travers les allocations familiales ?



35 000 familles voient leurs allocations familiales et prestations sociales ouvertes du chef des enfants être mises sous tutelle sur décisions de justice. Cette mesure originellement répressive est censée sanctionner les parents qui gèrent mal leur budget ou dilapident l'argent social. Elle est aujourd'hui majoritairement demandée par des familles qui la vivent comme une aide éducative - elle est souvent la première ligne de protection judiciaire des enfants en danger -, mais surtout comme une garantie anti-expulsion ou anti-saisie. Paradoxalement on voit des services sociaux être aujourd'hui réservés à l'égard de cette mesure en estimant qu'elle est une forme moderne du contrôle social des familles financièrement déstabilisées par des accidents de la vie.

On aurait pu craindre que, la crise économique aidant, cette mesure ne prenne un développement démesuré. Il n'en est rien. Bien au contraire. D'autres mécanismes ont été mis en place tel que le dispositif sur le surendettement pour rééquilibrer les budgets des familles les plus fragiles.
        
Les enfants accueillis par des tiers et les prestations sociales

Observant que se multiplient les cas d'enfants accueillis par des adultes qui ne sont pas leurs parents voire tout simplement qui n'ont pas de titre juridique formel, on se réjouira de la circulaire du 5 février 1999 de la C.N.A.F. prolongeant la circulaire ministérielle du 5 janvier 1999 qui, à la suite d'une jurisprudence de la Cour de Cassation, a le souci de permettre à ces tiers de percevoir les allocations familiales et autres prestations ouvertes du chef des enfants qu'ils accueillent.

En s'attachant à la charge effective et permanente de l'enfant ces instructions sont de nature à dénouer nombre de difficultés rencontrées jusqu'ici par ces personnes accueillantes au grand cœur, mais aux ressources limitées.

122        Les allocations familiales sous tutelle ?

La tutelle aux prestations sociales a été mise sur les feux de l'actualité au début de l'année 1999 dans le débat sur la délinquance juvénile.

Ceux qui envisageaient de supprimer les allocations familiales aux familles d'enfants délinquants (voir chapitre IV) négligeaient totalement le fait que les allocations ne sont pas propriété de parents mais des enfants qui y ouvrent droit et dont les parents ne sont que les gestionnaires. Au mieux, si cette solution s'avérait adaptée à la situation dont il s'agit, la mise sous tutelle des allocations et diverses prestations ouvertes du chef de l'enfant pour en confier la gestion à un tuteur, pourrait être une réponse cohérente. Mais encore faut-il que les critères légaux soient réunis à savoir une incapacité des parents d'utiliser cet argent dans l'intérêt des enfants.

D.E.I.-France se réjouit de ce que les pouvoirs publics n'aient finalement pas accepté de revenir sur ces dispositions législatives car, à y regarder de près, ils auraient fait basculer tout le dispositif de la tutelle aux prestations sociales qui sur une année vient en aide à quelques 35 000 familles parmi les plus fragiles du pays. Il est clair que ces familles qui viennent demander une tutelle malgré la honte que parfois cela peut représenter ne le feraient pas dans la même disposition si elles risquaient d'être assimilées aux parents délinquants.!

On relèvera que s'agissant des prestations non légales comme celles que servent proprio motu les municipalités, on voit apparaître des discours, sinon des pratiques, choquants. Comme à Béziers où le maire affirme dans un arrêté que les prestations versées par sa commune aux familles ne le seront désormais qu'aux familles “ respectueuses ” et “ aux personnes et aux familles qui auront une attitude citoyenne ”. Sur ces bases-là nombre de familles pourraient être sanctionnées !

La tutelle aux prestations sociales en question

Reste que la tutelle aux prestations sociales est une institution qui doit être revisitée. Le chantier est ouvert au ministère des affaires sociales, mais il tarde à se concrétiser.

La mise sous tutelle des allocations familiales et plus généralement des prestations sociales ouvertes du chef de l'enfant était initialement une mesure destinée à sanctionner les parents et à garantir que l'argent serait bien utilisé pour les enfants.

Dans les années 70, pour conserver leur logement aux familles à faible revenu, mais ayant la chance d'avoir au moins deux enfants, les juges des enfants ont été amenés de contrebattre l'ordonnance d'expulsion en “ saisissant ” l'insaississable : les allocations familiales à travers la mise sous tutelle. Les créanciers – notamment les Offices d'H.L.M. – étaient alors garantis d'être remboursés de l'essentiel à conditions d'être patients. Souvent le tuteur parvenait tout simplement à rétablir le paiement de l'allocation-logement ou des prestations suspendues depuis longtemps ; le rappel pouvant apurer à lui-seul la dette. En pratique souvent les familles sous tutelle ne sont pas expulsées même s'il n'y a pas de systématisme. Au point où fréquemment ce sont les familles qui demandent la mise sous tutelle de leurs allocations soit pour conserver leur logement soit pour en obtenir un nouveau, les O.P.H.L.M. exigeant une tutelle pour donner les clés ! De fait il est essentiel de faire échapper de jeunes enfants à l'expulsion ou de leur offrir un toit. La fin a pu parfois justifier cette évolution.

Depuis des mécanismes de solvabilisation des familles en situation précaire facilitent encore cette remise à niveau. Petit à petit une culture d'action sociale a pénétré : les tuteurs sont de vrais travailleurs sociaux qui entrent dans la situation familiale à travers les questions financières avec le souci de permettre aux parents de faire face seuls à leur situation . On aurait pu penser que la crise économique entraînerait une augmentation sensible des signalements pour mise sous tutelle des prestations. Il n'en est rien, voire dans certains départements comme la Seine Saint-Denis où vivent en masse des familles en situation particulièrement précaires ou pauvres, on relève une baisse des demandes ; on doit même réduire les équipes de tuteurs.

La tutelle conserve l'image que lui avait donné un discours critique des années 80 quand on mettait en évidence sa dérive sous la pression des créanciers de loyers ou d'achats à crédit. Elle est devenue aujourd'hui une institution méconnue d'aide aux familles quand au départ elle était destiné à les contrôler. Nombre de travailleurs sociaux sont aujourd'hui hostiles à la mise sous tutelle. On en a oublié de voir que la tutelle tait souvent la première ligne de la protection judiciaire pour les enfants des familles fragiles.

D.E.I.-France souhaite que le ministère des affaires sociales ouvre totalement le dossier et en s'associant les professionnels reprofile cette mesure de mise sous tutelle des prestations sociales


13 - Le droit au logement (art. 27 de la C.I.D.E.)

C'est l'un des droits fondamentaux garantis par le Préambule de la Constitution de 1946 qui a valeur constitutionnelle.
On sait l'importance d'un toit pour une famille, d'un logement stable, d'un logement décent, d'un logement sans danger, d'un logement inscrit dans un environnement sécurisé.
On pourrait ici s'attacher à de nombreux aspects inquiétants pour trop d'enfants de ce pays comme :

  1. ·les difficultés pour les familles de trouver les appartements répondant à leur attente. Nombre de familles très nombreuses ne disposent que de quelques mètres carrés pour vivre, les enfants, spécialement les adolescents n'ont guère de place pour se mouvoir ou voir respectée leur intimité. Il ne faut donc pas s'étonner de ce qu'ils soient plus souvent dehors que dedans, qu'ils rentrent tard le soir pour préférer tenir les murs ou la vie des caves que l'appartement familial,
  2. ·les conditions de vie dégradées dans nombre de tours qui amènent des familles - notamment les enfants - à vivre recluses de peur des agressions de leur environnement,
  3. ·l'accès au logement social n'est pas garanti à nombre de familles qui en réunissent pourtant les conditions. Les sociétés HLM et les collectivités locales ont leurs stratégies. On voit fréquemment (conf. Supra) les bailleurs demander des garanties comme les mesures de tutelles aux prestations sociales qui n'ont pas lieu d'être,
  4. ·etc.

Le DAL par ses actions très engagées a contribué depuis dix ans à réveiller une France endormie et autosatisfaite. Pourtant il est vrai que sur le territoire de la quatrième puissance mondiale beaucoup n'ont pas de quoi se loger dignement.
Le triangle des Bermudes du logement social (la pauvreté, l'émigration et la décentralisation) frappe toujours.

Un des gros points noirs

Le premier résultat du recensement de mars 1999 montre que le nombre de logements vacants est en hausse spectaculaire depuis 1990. Ainsi à Paris la hausse est de 15,5%, en Seine Saint-Denis, la hausse est de 48,8%, dans les Yvelines de 30 %, dans l'Essonne de 50% et en Seine et Marne de 38%. La tendance est la même dans les autres agglomérations françaises.
Or, il ne fait aucun doute que l'expulsion par la force d'un logement dans lequel un enfant a grandi est profondément traumatisante. Chaque année plusieurs dizaines de milliers d'enfants sont chassés de leur logement ou sont contraints de le quitter du fait d'un jugement d'expulsion.
La séparation des parents et des enfants lorsque la famille est privée de toit constitue l'une des pires cruautés sociales. Et ajoutons : une absurdité financière car il revient déjà pour chaque enfant à 18 -24 000 fr. par mois - de 600 à 800 fr. par jour en moyenne - ce qui est largement suffisant pour loger une famille nombreuse démunie. Que dire s'il y a trois ou quatre enfants ? Sinon que l'on confine à l'absurdité pour les finances publiques locales; sans parler du coût social !
On peut évaluer à plus d'un million le nombre d'enfants qui en France vivent dans des conditions de logement anormales voire dégradantes; dans tous les cas ces conditions ne sont pas conformes à la Convention sur les droits de l'enfant.
Ces chiffres sont imprécis car à l'heure où l'on est en mesure de donner mensuellement des variations du chômage et de nombreux indicateurs statistiques et économiques précis, la France ne s'est pas encore donnée les moyens de connaître quantitativement et qualitativement la situation du mal-logement ou de la précarité du logement ou de son insalubrité, sans parler des sans-abris.

La lutte contre le saturnisme et le logement des plus pauvres

On s'attachera à un point qui fait aujourd'hui problème : le danger que représente certains appartements pour les enfants du fait du saturnisme ou intoxication au plomb liée aux peintures intérieures des appartements. Cette question n'est en vérité que le révélateur des conditions particulièrement préoccupante dans lesquelles sont logées les familles les plus pauvres du pays dont nombre sont d'origine étrangère, fréquemment africaines, comme à Paris.
On sait que le saturnisme est une maladie grave et invalidante touchant de jeunes enfants ayant ingéré des particules de peinture contenant du plomb interdites depuis 1948. Les signes cliniques en sont l'irritabilité, l'apathie, les troubles du sommeil et une altération importante du quotient intellectuel.
Les pouvoirs publics évaluent eux-mêmes à 85 000 les enfants âgés de un à six ans concernés et à 50 000 les logements. Seulement 5% des enfants feraient aujourd'hui l'objet d'un dépistage. Aujourd'hui les 3/4 des enfants repérés comme souffrant de saturnisme résident en région parisienne où il existe 1,6 million de logements construits avant 1948. 10 000 enfants nécessitent une intervention urgente avec une plombémie supérieure à 250 ug/l.
On commence à prendre la mesure de la gravité et de l'étendue du problème posé dès 1990 par un département comme la Seine Saint-Denis et à relayer les cris d'alerte jetés par Médecins du Monde et le D.A.L.
La loi d'orientation contre les exclusions a justement introduit dans le Code de la santé publique des mesures d'urgence contre le saturnisme. Les textes d'application (décret et circulaire) sont parus courant 1999.
Les médecins doivent signaler les cas aux préfets qui ordonneront “ immédiatement ” des diagnostic-plomb dans l'appartement concerné et l'immeuble. Les habitants sont invités à faire procéder à une “ plombémie ” sur leur enfants. Le propriétaire dispose de 10 jours pour faire effectuer les travaux provisoires, “ palliatifs ” dit la circulaire car “ ils n'ont pas pour but de traiter les causes profondes des dégradations ” et ils n'ont pas à offrir “ a priori de garantie de durabilité ”. Il s'agira généralement d'un recouvrement partiel des murs contaminés par un matériau de type PVC, permettant certainement de limiter les dégâts chez les enfants déjà malades ou que de nouveaux enfants ne soient touchés, mais ils ne résolvent rien à terme.
Le décret du 9 juin 1999 oblige les préfets à définir des “ zones à risques d'exposition au plomb  ” en tenant compte des signalements de la P.M.I. et l'état de vétusté des immeubles
Les mesures prises dans le prolongement de la loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions sont des réponses provisoires et d'attente quand souvent il faudrait rechercher un relogement aux familles concernées qui sont parmi les plus défavorisées.
Les moyens affectés à la lutte contre le saturnisme sont certes croissants, mais loin d'être à la hauteur. Le projet de loi de finances pour l'an 2 000 prévoirait 75 millions de francs quand en janvier l'I.N.S.E.R.M. chiffrait le coût des travaux nécessaires à 2,5 milliards ! Le seul diagnostic du 1,6 million de logements construits avant 1948 en Ile de France devrait coûter environ 4 milliards de frs.
En l'absence d'obligation légale de relogement, les travaux palliatifs qui sont projetés laissent l'impression qu'on se contentera à terme de maintenir ces familles dans des logements le plus souvent dégradés, voire insalubres.

Difficile de dire que ce constat noir dressé en 1999 ne reste pas d'actualité. La dernière lutte en date – celle d'Aubervilliers- suscite des réactions très mitigées. Incontestablement les familles concernées ne sont pas les plus favorisées de France ; incontestablement aussi la Seine Saint Denis en général, Aubervilliers en particulier ont fait dans le passé les efforts qui s'imposaient. Etait-ce bien l'endroit où porter le fer quand les familles concernées pour certaines n'ont jamais vécu à Aubervilliers. La forte résistance de la mairie d'Aubervilliers et de certaines associations vise à ne pas laisser se constituer des zones de pauvreté dans les communes les plus fragiles. On sait que dans cette affaire les enfants sont mis en avant pour obtenir via leur droit être scolarisation le droit de la famille s'installer sur place. 

D.E.I-France réitère donc son indignation de ce que la quatrième puissance économique mondiale soit incapable d'apporter une réponse digne de ce nom à ce qui est un vrai problème de santé publique et demande aux pouvoirs publics d'adopter un plan sérieux de relogement pour les familles concernées.
S'agissant spécialement du saturnisme, d'ores et déjà, il apparaît nécessaire d'adopter des références claires de seuil de dangerosité nécessitant des mesures d'urgence auxquelles tous puissent se référer face à cette nouvelle maladie.


Avec certains observateurs on peut penser que la prudence des mesures prises par les pouvoirs publics tiennent à l'impossibilité pour l'Etat d'avoir prise aujourd'hui à la hauteur des besoins sur le parc social. N'est-il pas temps de s'en donner les moyens ? On voit bien qu'à travers le saturnisme est posée la question de l'accès à ce logement social pour les familles les plus pauvres et spécialement pour celles d'origine étrangère.

On doit être profondément choqué que tel responsable de la préfecture de Paris comme le rapporte le journal Le Monde estime qu' “ il ne faut pas que la saturnisme soit un effet d'aubaine pour obtenir un logement social ” tout en rappelant que “ la loi n'impose pas le relogement des familles ”. On serait tenté de suggérer que ce fonctionnaire soit mis dans l'obligation de s'installer dans l'un des immeubles concernés.

C'est en logeant convenablement les plus démunis et en dégageant les moyens budgétaires et administratifs adéquats que l'article 27 de la Convention sera respecté alors que nous assistons à l'heure actuelle à une démission des pouvoirs publics. La procédure de réquisition prévue depuis la loi du 13/04/46 et renforcée par la loi du 29/7/98 de lutte contre les exclusions doit être systématiquement exercée pour mettre fin à l'exclusion du logement.


14 – Le droit à la santé
Le sondage précité (conf. Introduction ) intitulé "Regards croisés des enfants et des adultes sur les droits des enfants", commandé par l'Unicef et "Le Monde" à l'occasion du dixième anniversaire de l'adoption par l'ONU de la Convention relative aux droits de l'enfant, réalisé par la Sofres et, rendu publics en novembre 1999, indiquait tout d'abord que 60 % des adultes disent ignorer l'existence de la Convention puis qu'à la question "Lorsque vous pensez à la situation des enfants dans le monde, quels sont les droits des enfants qui vous semblent les plus importants à faire respecter ?", 89 % des adultes et 84 % des enfants placent en tête le droit à "avoir suffisamment à manger pour vivre", suivi pour 78 % des adultes et seulement 58 % des enfants par celui à "être protégé des violences et de l'exploitation sexuelle".
Ceci étant, 65 % des adultes et 51 % des enfants mentionnent ensuite le droit à "être dans le meilleur état de santé possible", pendant que 54 % des adultes et 61 % des enfants insistent sur le droit à "pouvoir aller à l'école".
Une fois rappelée l'importance à leurs yeux des droits relatifs à la sécurité de base, les enfants et les adultes insistent donc aujourd'hui, en France, sur le fait que le bien-être des enfants repose sur l'application des deux catégories de droits les plus essentiels pour le développement humain et le développement social durables que sont ceux, d'ailleurs fortement intriqués, concernant leur éducation et ceux concernant leur santé.

Au delà des considérations strictement médicales, l'état de santé d'un enfant résulte en grande partie de la construction de ses possibilités à s'adapter de façon adéquate aux conditions et aux modifications tant de son organisme que de son environnement. Ainsi conçue, la santé est plus un moyen qu'un objectif. Elle contribue, entre autres moyens, notamment éducatifs, à garantir la conquête et l'entretien du niveau d'autonomie nécessaire à la satisfaction des besoins et à la réalisation des projets de vie. C'est en ce sens que la santé peut être considérée comme un objet de droit, voire comme un objet politique, et le "droit à la santé", en première instance, comme le droit d'accéder à des conditions de vie et d'éducation favorables à la santé.
Telles étaient, en résumé, les positions de principe de D.E.I.-France dès son premier rapport, en 1999, sur l'application en France et par la France de la Convention relative aux droits de l'enfant.

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Les diverses observations collectées tout au long des douze mois écoulés tendent à confirmer à quel point l'état de santé des enfants (§ 141) et les modalités de leur accès aux différents services de santé (§ 142) relèvent, pour l'essentiel, de déterminants sociaux, économiques, éducatifs et culturels.
Aussi l'activation du concept de "droit à la santé" pour ce qui concerne les enfants — et bien souvent, avec eux, leurs parents — repose-t-elle en premier chef sur la mise en pratique d'orientations politiques, juridiques et administratives susceptibles de prendre réellement en considération ces déterminants et d'agir positivement sur eux.
C'est pourquoi dans les développements à venir nous nous attacherons principalement à souligner et analyser les plus récentes de ces orientations sous l'angle de leur aptitude à effectuer un lien entre la connaissance des principaux facteurs favorables ou défavorables à la santé des enfants et la volonté d'infléchir concrètement ces facteurs.
Les considérations plus techniques, relatives à la qualité des soins (§ 143), ou plus stratégiques et sociétales, relatives aux dynamiques globales de promotion de la santé (§ 144), pour illustratrices qu'elles soient d'une véritable sensibilisation de fond des acteurs et des décideurs sanitaires au concept de "droit à la santé", seront ici traitées de façon moins détaillées qu'en 1999.
L'évaluation des avancées, des stagnations ou des risques de régressions observées dans ces domaines relève en effet, pour la plupart d'entre elles, d'un temps d'observation plus long que celui d'une année.

141 – Droits de l'enfant et état de santé
Affirmer et appliquer le droit de chaque enfant et surtout de tous les enfants à "jouir du meilleur état de santé possible" (article 24 de la C.I.D.E.) nécessite tout d'abord de s'efforcer de connaître leur état de santé actuel, ainsi que les principaux facteurs qui les déterminent. Cette connaissance est indispensable pour guider l'action tant clinique que politique, c'est-à-dire pour la définir, la mettre en œuvre et l'évaluer. Or force est de constater qu'en France, les données statistiques portant sur la santé des enfants, et notamment des enfants de 2 à 10 ans, restent incomplètes voire lacunaires.

D.E.I.-France estime que les services départementaux de Protection maternelle et infantile et que les services de Promotion de la santé en faveur des élèves de l'Éducation nationale devraient être plus et mieux encouragés à assumer leurs missions de principaux producteurs de données sanitaires généralistes, à la fois globales et territorialisées, et régulièrement réactualisées, portant sur l'état de santé des enfants et des jeunes.
L'analyse plus fine, ou plus ciblée, de ces données et l'appel à la production de données complémentaires pourrait alors relever tout d'abord de concertations départementales entre les services du Conseil général, de l'Inspection académique et des organismes d'assurance maladie; d'instances régionales ensuite, telles que les Observatoires régionaux de la santé (ORS), les Agences régionales de l'hospitalisation (ARH) et les Conférences régionales de santé (CRS) ; d'instances nationales enfin, telles que le Haut comité de la santé publique (HCSP) et la Conférence nationale de santé.
La prise en compte systématique des données relatives à la santé des enfants dans les Programmes régionaux d'accès à la prévention et aux soins (PRAPS) institués par la loi d'orientation du 29 juillet 1998 relative à la prévention et à la lutte contre les exclusions apparaît en outre comme une priorité au vu de certains travaux rendus publics courant 2000.
C'est ainsi qu'un ouvrage collectif intitulé "Les inégalités sociales de santé", réalisé par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), montre à quel point aujourd'hui, en France, les inégalités face à la santé et à la maladie constituent le reflet et l'expression de véritables inégalités sociales entre les adultes mais aussi, pour autant qu'on puisse en juger dans certains domaines ou pour certaines tranches d'âge, entre les enfants. On y constate en effet que l'amélioration générale de l'état de santé au cours de ces dernières années s'est accompagnée d'un creusement des disparités entre les différentes catégories socioprofessionnelles. S'agissant des enfants, une série de données attire en particulier l'attention.

Comparativement aux autres pays de l'Union européenne, les différences de mortalité appréciées, entre autres indicateurs, selon l'espérance de vie à la naissance restent importantes entre les métiers manuels et non manuels (mais aussi, dès la naissance, entre les hommes et les femmes). Or l'espérance de vie à la naissance est un bon indicateur synthétique de santé ; les inégalités sociales et de santé qui pèsent sur les adultes pèsent aussi sur les parents et donc, à travers les conditions de vie familiale comme à travers les circonstances et les contenus de l'éducation familiale à la santé, elles pèsent aussi à l'évidence sur les enfants.
De fait, la mortalité périnatale, la prématurité, le faible poids à la naissance et la mortalité infantile sont étroitement dépendants de la situation sociale des parents (appréciée selon le niveau d'étude de la mère ou selon la catégorie socioprofessionnelle de la mère, du père ou de couple parental).
L'état staturo-pondéral et la santé bucco-dentaire sont quelques-uns des rares domaines où les données relatives aux enfants d'âge scolaire sont assez bien renseignées. On constate ici que la taille des enfants de populations défavorisées est sensiblement plus petite, à âge égal, que celle des enfants des classes les plus aisées. Mais on fait la constatation inverse pour ce qui concerne la prévalence des surcharges pondérales précoces et des obésités constituées, apanages — statistiquement parlant — des enfants de familles à faibles revenus, fragiles ou isolées.

Et si on observe une baisse générale de la prévalence des caries, appréciée par le nombre de dents cariées et par le nombre d'enfants indemnes, on observe aussi que les enfants d'agriculteurs ou de non actifs ont deux fois plus de dents cariées que les enfants de cadres.
En dépit des mesures spécifiques prévues par la loi du 29 juillet 1998 pour leur dépistage, leur protection et leur traitement, le nombre et la localisation des enfants exposés aux risques du saturnisme chronique restent encore méconnus, ou non rendus public, dans certaines des villes et certains des départements les plus concernés. On sait que ce risque concerne les enfants des familles les plus pauvres, le plus souvent migrantes, qu'il est directement lié aux logements dégradés qu'elles occupent et que ces conditions d'habitat occasionnent de nombreux autres risques pour la santé et la sécurité de leurs enfants.
Le rapport de février 2000 du Haut comité de la santé publique (HCSP) a porté quant à lui sur "La souffrance psychique des adolescents et des jeunes adultes". Il souligne l'importance et la prédominance des troubles psychosociaux (conduites suicidaires, violences agies ou subies, troubles du comportement alimentaire, consommations de toxiques, déscolarisation précoce, délinquances) comme mode d'expression de la souffrance psychique des adolescents. Il décrit les facteurs de vulnérabilité les plus fréquemment associés à ces troubles (manque de confiance en soi, besoin d'appartenance à un groupe social et pas seulement de réussite individuelle).
Et il insiste sur le fait que la précarité sociale aggrave cette vulnérabilité psychique lorsqu'elle prive les jeunes des appuis familiaux et de l'accès aux réseaux d'aide et de solidarité de proximité susceptibles de rendre moins périlleuses leurs tentatives d'affirmation et d'intégration.

Ces observations permettent à DEI-France de plaider une fois de plus pour la mise en place de réponses adaptées à ces différentes caractéristiques de la souffrance psychique des adolescents, reposant sur le rapprochement géographique et conceptuel des structures éducatives, sociales et sanitaires autour d'objectifs certes de prévention, mais aussi d'offres de soins appropriées - c'est-à-dire, souvent, plus accueillantes et plus inventives.


142 – Droits de l'enfant et accès aux services de santé
        142.1 – Services de soins préventifs

Dans son rapport 1999,
D.E.I.-France avait insisté sur le rôle pivot que doivent avoir en matière de préventions primaire (réduction des facteurs de risques) et secondaire (dépistage, conseil et orientation) voire tertiaire (réduction des handicaps et réinsertion) tout d'abord les services départementaux de Protection maternelle et infantile (P.M.I.), placés sous l'autorité et la responsabilité des présidents de Conseil Général, puis les services de Promotion de la santé en faveur des élèves et les services d'Action sociale de l'Éducation nationale, relevant du ministère de l'Éducation nationale et de ses échelons déconcentrés.

D.E.I.- France exprimait le souhait que l'accès à ces services gratuits et de proximité soit activement valorisé, encouragé et facilité auprès des parents et des professionnels de l'enfance et de la santé, mais aussi des grands enfants et des adolescents eux-mêmes.
Au-delà, D.E.I.-France insistait sur le fait que, plus de 15 ans après les lois de décentralisation, l'État — à travers les Directions régionales et départementales des affaires sanitaires et sociales, les Inspections académiques - et les collectivités locales - et notamment les Conseils généraux à travers leurs services de P.M.I. et de prévention sanitaire et sociale - devraient améliorer la coordination de leurs missions, de leurs méthodes et de leurs moyens en faveur de la santé des enfants et des jeunes. Leur objectif commun devrait être de fournir à ceux-ci et à leurs familles, en tous les lieux du territoire national, des services de prévention et d'éducation pour la santé et des facilités d'accès aux soins curatifs et de promotion de la santé qui soient :
- attentifs et adaptés à leurs besoins et à leurs attentes ;
- et soucieux de leur garantir la qualité, la pertinence, l'efficacité, la mise en réseau, le suivi, la continuité et l'évaluation des interventions sanitaires et médico-sociales proposées.
2000 a fourni plusieurs occasions d'illustrer et de vérifier le bien fondé de ces analyses et de ces préconisations.

Le décret (longtemps attendu) du 1er août 2000 "relatif aux établissements et services d'accueil des enfants de moins de 6 ans" instaure la notion d'un véritable service public d'accueil de la petite enfance qui fédère les différents équipements qui y contribuent autour de critères et d'objectifs de qualité. L'accueil intègre désormais l'ensemble des conditions permettant d'assurer certes la sécurité physique des enfants de moins de 6 ans, mais aussi voire surtout leur sécurité psychique, leur épanouissement individuel, leur ouverture aux relations sociales, leur éveil culturel et, peu à peu, la préparation de leur scolarisation.

Cette évolution consacre le dépassement des représentations hygiénistes et médicalisées, historiquement justifiées mais devenues restrictives, de l'accueil de la petite enfance et favorise la prise en compte, par les villes et les départements, de la globalité des besoins des enfants et des attentes des familles.
Complétant le rôle des puéricultrices qui dirigent ces équipements — et qui n'ont d'ailleurs plus l'exclusivité de ces fonctions de direction, lorsque la capacité d'accueil est inférieure à 40 enfants — , les pédiatres et les psychologues qui y interviennent ont vocation à y assurer des missions à la fois de prévention sanitaire et de promotion du bien-être global des enfants accueillis, mais aussi de participer aux ajustements des projets de service ou d'établissement. Il en résulte de facto une réévaluation du rôle du service départemental de P.M.I. qui ne saurait être cantonné aux autorisations ou aux avis qu'il édicte dans le cadre légal des procédures de création, d'extension ou de transformation de structures d'accueil, ni à l'agrément et à la formation des assistantes maternelles.
L'occasion est plus que jamais ouverte de souligner que les missions de ce service, lorsqu'elles sont étroitement articulées avec celles des services d'accueil, comportent aussi la mobilisation de compétences relevant des champs de la promotion de la santé des enfants de moins de 6 ans et de la prévention des situations de risques et de dangers éducatifs, toutes compétences souvent sollicitées mais pas toujours bien localisées par des parents en difficulté. Le décret tend ici aux services de P.M.I. et à leurs usagers une nouvelle perche qu'il faut les encourager à saisir.
Les services académiques de Promotion de la santé en faveur des élèves ont continué à bénéficier, en 2000, des mesures de renforcement quantitatif du "Plan de relance pour la santé scolaire" présenté le 11 mars 1998 par la ministre déléguée chargée de l'enseignement scolaire.
Le projet de budget 2001 de l'Éducation nationale reste sur la même lancée en prévoyant la création de 300 postes supplémentaires pour ces services. Pour autant, la lisibilité des orientations générales voire locales de ces services demeure encore assez faible. Malgré la mission conjointe de l'Inspection générale de l'éducation nationale et de l'Inspection générale des affaires sociales mise en place en octobre 1998 et dont le rapport a été publié en mars 1999, on ne perçoit toujours pas clairement selon quelle recherche de pertinence des missions et d'efficacité des actions, ni au regard de quelles priorités et au moyen de quelles complémentarités avec les ressources extérieures aux établissements scolaires, est guidée la coexistence de logiques de dépistages (et de suivi de ceux-ci), de logiques d'intervention d'urgence et de logiques d'éducation pour la santé.
Illustrant cette problématique, l'actualité a été marquée, depuis décembre 1999, par la question de l'accès à la contraception d'urgence — dite " pilule du lendemain" — dans les établissements scolaires. Cette question a permis de mettre en lumière l'importance du rôle spécifique et de la relative accessibilité, notamment en cas d'urgence, des infirmières scolaires. Les débats publics et politiques qui ont accompagné cette question ont cependant eu tendance à laisser un peu dans l'ombre :

  1. ·d'une part le travail de fond que sont appelées à mener ces professionnelles, aux côtés des médecins scolaires, en matière de prévention et d'éducation sanitaires en général, et d'éducation à la sexualité en particulier ;
  2. ·d'autre part la nécessaire coordination des services académiques de Promotion de la santé en faveur des élèves avec ceux relevant des compétences des Conseils généraux (à savoir les Centres de planification et d'éducation familiales, placés sous la responsabilité technique des services départementaux de P.M.I.), mais aussi avec les médecins et les pharmaciens de l'environnement de proximité des jeunes.


C'est pourquoi, dès le 5 janvier 2000, D.E.I.-France rendait public le communiqué suivant.
"La ministre déléguée chargée de l'enseignement scolaire, a présenté le 14 décembre 1999 un Protocole national sur l'organisation des soins et des urgences dans les écoles et les établissements du second degré. La disposition la plus commentée de ce protocole organise la participation des infirmières des Services de promotion de la santé en faveur des élèves aux interventions de contraception d'urgence proposées aux collégiennes et aux lycéennes, mineures ou majeures. Elle prévoit que ces professionnelles de santé puissent leur délivrer le lévonorgestrel (NorLevo®) dans les 72 heures suivant un rapport sexuel non ou mal protégé si un Centre de planification et d'éducation familiales, un médecin ou une pharmacie ne sont pas immédiatement accessibles et, s'agissant de mineures, si celles-ci ne souhaitent pas associer leurs parents à une telle décision. Il est rappelé que le NorLevo® , plus connu sous le surnom de "pilule du lendemain", n'est pas un produit abortif — il empêche seulement l'implantation de l'œuf — et qu'il ne présente ni toxicité ni contre-indication.
D.E.I.-France approuve cette initiative, et ceci pour plusieurs raisons.
Elle apporte une contribution pertinente à la résolution de situations individuelles d'urgence et de détresse vécues par un nombre non négligeable d'adolescentes. Elle constitue un élément de réponse, parmi d'autres, à un problème de santé publique dont le Rapport sur la prévention et la prise en charge des grossesses des adolescentes du Pr Michèle Uzan, publié en mai 1999, a souligné l'ampleur et les réalités. Selon ce rapport, en effet, on estime en France à 10 000 le nombre annuel de grossesses non désirées chez des mineures, parmi lesquelles 6 700 donnent lieu à une interruption volontaire de grossesse dont la réalisation pose en outre de fréquents problèmes juridiques liés à la recherche de l'accord des parents de ces mineures. Lorsque les grossesses sont menées à leur terme, elles ont selon le Pr Uzan "souvent un assez bon pronostic médical, mais elles sont génératrices de très graves problèmes à court, moyen et long terme, tant sur le plan de la relation mère-enfant que sur le plan d'une véritable désinsertion créée (ou aggravée) par la survenue de cette grossesse".

Il en va donc de l'intérêt supérieur de ces mineures que soient renforcées et coordonnées toutes les initiatives, notamment publiques, leur donnant les moyens concrets de maîtriser leur découverte de la sexualité, la réalisation de leurs projets de vie et leur accès ultérieur à une parentalité choisie.
Le rôle reconnu et renforcé des infirmières des Services de promotion de la santé en faveur des élèves comme intervenantes et accompagnatrices de première ligne en matière non seulement de contraception d'urgence mais aussi, plus généralement et préventivement, d'éducation à la sexualité et à la santé est d'autant plus judicieux que ces professionnelles sont en général investies par les jeunes comme des interlocutrices privilégiées au fil de leur vie scolaire.
Leur relative accessibilité au quotidien, leur bonne connaissance de l'institution scolaire, leurs compétences sanitaires, leur sens de l'écoute et le secret professionnel auquel elles sont tenues sont les fondements d'une confiance forgée tout au long des dix millions de rencontres qu'elles ont chaque année, au plan national, avec les élèves des collèges et des lycées.
Pour encourageant qu'il soit, le dispositif annoncé par la ministre comporte des limites sur lesquelles D.E.I.-France tient à attirer l'attention.
Comme l'indique la ministre elle-même dans une lettre adressée le 13 décembre 1999 à l'ensemble des principaux de collèges et des proviseurs de lycée, "l'éducation à la sexualité doit aller au-delà des objectifs de prévention des risques et d'information sur la contraception". D'une part elle doit bien entendu s'adresser tout autant aux filles qu'aux garçons. D'autre part, il convient de remanier des messages sur la sexualité et sur la contraception qui ont été brouillés, ces dernières années, par les accents dramatiquement et parfois trop spectaculairement mis sur la prévention du sida et sur celle des violences sexuelles. Enfin les rôles relatifs des parents et de l'éducation nationale — mais aussi des médias — en ces domaines doivent être repensés en recentrant les méthodes et les messages sur les attentes et les points de vue des jeunes eux-mêmes, et pas seulement sur les représentations que s'en font les adultes.
C'est pourquoi le débat en cours sur l'accès à la "pilule de lendemain" peut constituer une occasion privilégiée parmi d'autres de refonder radicalement les politiques d'éducation à la sexualité et d'éducation à la santé. Celles-ci doivent cesser de constituer le champ d'affrontements idéologiques surannés qui font du corps et de la santé des enfants et des jeunes des objets que se disputent les tenants de la primauté de "la" famille et ceux de la légitimité de l'intervention publique.
Des droits ont été reconnus aux enfants et aux jeunes par la Convention internationale des droits de l'enfant en matière d'éducation, de santé, de protection mais aussi d'information, d'expression et de participation éclairée aux décisions qui les concernent ; ces droits peuvent et doivent constituer désormais des bases consensuelles pour les rendre acteurs et sujets, et plus seulement destinataires passifs, des démarches relatives à leur santé et à la découverte de leur sexualité.

Le rôle des infirmières
S'agissant plus précisément du rôle des infirmières des Services de promotion de la santé en faveur des élèves en ces différents domaines d'intervention, et notamment dans les situations d'urgence, il convient de rappeler qu'elles ne sont encore actuellement que 5 670 pour 7 500 collèges et lycées publics, et donc pas en mesure d'y assurer une permanence d'accès quotidienne dans tous les établissements scolaires du second degré ; qu'en outre ces derniers ne sont ouverts que huit mois par an ; et que, par conséquent, le dispositif d'urgence mis en place par la ministre ne pourra trouver sa pleine efficacité que s'il est étroitement coordonné, en tous lieux du territoire national, avec les missions des Centres de planification et d'éducation familiales qui relèvent, depuis les lois de décentralisation, de la responsabilité et de la compétence des présidents de Conseil général.
C'est dire qu'en matière d'accès à la contraception d'urgence et d'éducation à la sexualité, comme en tant d'autres domaines relatifs à la santé et au bien-être social des enfants et des jeunes, le rapprochement entre les services de l'Éducation nationale et ceux des Conseils généraux constitue une priorité pour tous les décideurs publics soucieux de placer le respect des droits des enfants et des jeunes au centre de leurs politiques en faveur de l'enfance et de la famille."
Lorsque, faisant suite au recours déposé en avril 2000, avec le soutien des évêques, par six associations de défense de la famille et de lutte contre l'avortement devant le Conseil d'État, celui-ci devait annuler fin juin la circulaire organisant ces nouvelles possibilités de délivrance des contragestifs d'urgence, D.E.I.-France écrivait le 1
er juillet à la ministre, devenue déléguée à la Famille et à l'Enfance, pour insister sur certains aspects de sa première analyse.

"(…) Le Conseil d'administration de D.E.I.-France accueille avec satisfaction l'annonce de la volonté du gouvernement de favoriser dans de très courts délais les modifications de la loi du 28 décembre 1967, relative à la régulation des naissances, qui permettront aux infirmières exerçant en milieu scolaire d'administrer des contragestifs chaque fois que l'urgence et la demande des jeunes le nécessiteront.
Il n'en reste pas moins que ces modifications, pour juridiquement indispensables qu'elles soient, ne pourront résoudre à elles seules ni l'ensemble des situations d'urgence, ni les besoins d'accompagnement plus global des jeunes filles et des jeunes garçons en matière de maîtrise éclairée de leur sexualité. D'une part, en effet, les établissements scolaires ne sont ouverts que huit mois par an. D'autre part l'organisation et la délivrance de conseils, de prescriptions et de suivis médico-sociaux gratuits et anonymes reposent pour l'essentiel, en urgence comme sur la durée, sur les missions des Centres de planification et d'éducation familiales qui relèvent de la responsabilité et de la compétence des présidents de Conseil général.
Ces Centres, qui sont ouverts douze mois sur douze, doivent rester les principaux partenaires et recours de proximité des Services de promotion de la santé en faveur des élèves et, notamment, des infirmières qui y exercent. Celles-ci, au vu de la confiance que les jeunes leur témoignent massivement, sont de fait les mieux placées pour promouvoir tout au long de l'année scolaire la prise de connaissance et de contact entre ces jeunes et les équipes des Centres de planification et d'éducation familiales. La qualité et l'efficience de la nécessaire articulation entre ces Centres et les Services de promotion de la santé en faveur des élèves étaient du reste visées, en matière d'accès à la contraception d'urgence, dans la première rédaction du Protocole national sur l'organisation des soins et des urgences dans les écoles et les établissements du second degré. D.E.I.-France souhaiterait que ces principes soient réaffirmés, au-delà des seules situations d'urgence, lorsque les problèmes juridiques soulevés par le Conseil d'État auront été résolus.(…)"


                142.2 – Les actions d'éducation pour la santé menées en direction des enfants                         et des jeunes

Les positions ci-dessus développées par D.E.I.-France à propos de la délivrance des contragestifs d'urgence et, au-delà, de l'éducation à la sexualité se situent en droite ligne de l'analyse formulée dans son rapport 1999 à propos de l'éducation pour la santé en général.

"On constate aujourd'hui, en France, un manque de coordination, notamment au niveau national, mais aussi au niveau territorial, pour ce qui concerne tant les thèmes retenus, que les publics visés, les méthodes employées et les services et acteurs amenés à les mettre en œuvre. Ce constat est d'autant plus regrettable que nombre d'enfants, de jeunes et de familles ont, pour des raisons diverses, un contact très réduit ou nul avec les dispositifs développés en ces domaines par les services de Protection maternelle et infantile, de Promotion de la santé en faveur des élèves ou de médecine du travail."

Aussi, s'agissant de l'éducation à la sexualité, faut-il se réjouir du lancement en janvier 2000, par la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, d'une campagne nationale sur la contraception et du fait qu'elle ait particulièrement cherché à atteindre les jeunes tout en réactualisant le contenu de messages centrés, au cours de la décennie écoulée, sur la prévention du sida et l'usage du préservatif. C'est ainsi que 5 des 12 millions d'exemplaires du "Guide de poche de la contraception" réalisé à l'occasion de cette campagne ont été diffusés en direction des collégiens et collégiennes des classes de troisième et aux lycéens et lycéennes.
Cette initiative vient accompagner les dispositions d'une circulaire du ministère de l'Éducation nationale, publiée en automne 1999, et qui prévoit trente à quarante heures obligatoires d'éducation à la sexualité pour les élèves de quatrième et de troisième avec le souci d'aller "au-delà des objectifs de prévention du sida et d'information sur la contraception" en intégrant la sexualité à un projet plus global "d'éducation à la santé et à la vie". Il reste bien entendu à examiner en détail si et comment cette circulaire a été depuis lors concrètement appliquée, et avec quels impacts réels sur les jeunes.

                142.3 – Les services de soins curatifs

L'année 2000 a vu à deux reprises au moins s'enrichir les termes d'un débat sur la "majorité sanitaire" ouvert en 1994 à l'occasion du "questionnaire Balladur" et laissé ensuite en jachère.

On vient de voir à quel point le débat a été vif à propos de la mesure dans laquelle une adolescente peut obtenir du médecin ou de l'infirmière de son établissement scolaire, et plus seulement des Centres de planification et d'éducation familiale, la délivrance d'un contragestif d'urgence sans l'accord voire à l'insu des parents. Dans l'attente de mesures législatives permettant de prendre en considération les objections du Conseil d'État sur cette question, des mesures transitoires ont été mises en place par une récente circulaire du ministère de l'Éducation nationale et maintiennent le principe de l'extension des modalités d'accès des mineures à ce type de contraception.
Ce principe, qui avait été plébiscité d'emblée par les syndicats d'infirmières scolaires et les syndicats de lycéens, est d'ailleurs bien compris et bien (trop bien ?) accepté par la plupart des parents au vu des sondages d'opinion réalisés au cours de l'été 2000 - à l'exception notable des six associations de défense de la famille et de lutte contre l'avortement qui avaient déposé en avril 2000 le recours ci-dessus évoqué devant le Conseil d'État.
L'une des mesures arrêtées par le gouvernement, et en passe d'être examinées par le Parlement, dans le cadre du projet de révision de la loi de 1975 sur l'interruption volontaire de grossesse (I.V.G.) prévoit — outre l'allongement de 10 à 12 semaines d'aménorrhée du délai légal de réalisation d'une I.V.G. - un assouplissement et non pas une suppression, pourtant souhaitée par certains parlementaires, de l'obligation d'autorisation parentale pour les mineures. C'est ainsi que pourrait être proposé aux mineures en rupture familiale ou en grande difficulté qui demandent une I.V.G. un accompagnement par un adulte proche ou membre de la famille ou par tout autre adulte choisi par la mineure. (conf. Infra Chapitre III)
Plus généralement, et dans un rapport publié en avril 2000, le Conseil national du sida (C.N.S.), relevant que les adolescents sont de plus en plus matures et parfois assez autonomes pour être soignés à l'insu de leurs parents, a pour sa part recommandé "une exception législative au principe de l'autorité parentale" afin de reconnaître aux mineurs "la confidentialité dans l'accès aux soins".

Il y met deux conditions : que les mineurs la demandent, et que la mesure s'applique aux soins "rendus nécessaires par un état ou une pathologie consécutifs à des pratiques relevant de leur intimité et dont ils considèrent que la révélation aux parents serait de nature à jeter sur eux le discrédit et l'opprobre et pourrait avoir pour conséquence un dommage pour leur santé psychique et leur intégrité corporelle."

Ceci rappelé, et dans un autre registre, l'avancée majeure de l'année écoulée pour ce qui concerne les conditions d'accès des enfants, des jeunes et de leurs parents aux services de soins curatifs est manifestement l'instauration de la Couverture maladie universelle (C.M.U.). Dès le 11 janvier 2000, D.E.I.-France saluait cette avancée par le communiqué ci-dessous reproduit.

"La loi du 30 juin 1999 instaurant la Couverture maladie universelle (C.M.U.) est entrée en application le 1er janvier 2000. Elle vise deux objectifs :

  1. ·faciliter l'accès à la couverture de base de la protection maladie pour toute personne ou ménage résidant en France de façon stable et régulière et n'ayant pas de droits ouverts auprès d'un régime de sécurité sociale ; cet accès est désormais automatique et, selon les ressources, gratuit ou peu onéreux ;
  2. ·organiser pour les ménages à faibles revenus l'obtention d'une couverture complémentaire gratuite assortie d'une dispense de l'avance de frais (ticket modérateur pour les soins ambulatoires, forfait journalier hospitalier, prothèses dentaires, lunetterie).

D.E.I.-France se réjouit de la mise en place d'un dispositif qui renforce et harmonise au plan national les conditions d'accès aux soins des 550 000 bénéficiaires actuels de l'assurance personnelle (pour la plupart bénéficiaires du R.M.I.) et plus encore des quelque 150 000 personnes et familles pour lesquelles cet accès était devenu nul ou aléatoire du fait des situations de précarité économique et sociale majeures qu'elles connaissent au quotidien.

D.E.I.-France salue tout particulièrement le fait que cette réforme permette d'inscrire dans le droit commun de l'assurance maladie de nombreux parents isolés avec enfants qui en restaient exclus, mais aussi des jeunes de 16 à 25 ans en situation de rupture familiale, ou ne vivant plus sous le toit de leurs parents et ne leur étant plus rattachés fiscalement.
L'instauration de la C.M.U. permet à la France de se conformer plus étroitement et plus concrètement à la Convention internationale des droits de l'enfant, qu'elle a ratifiée en 1990, et notamment à son article 24 qui, au nom du "droit de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux et de rééducation", demande aux États parties de "s'efforcer de garantir qu'aucun enfant ne soit privé du droit d'avoir accès à ces services". (…)

D.E.I.-France prend acte, par ailleurs, de ce que l'État conserve la responsabilité de l'aide médicale à apporter dans les situations d'urgence aux étrangers en situation irrégulière.

S'agissant des familles précarisées et des jeunes en rupture familiale, D.E.I.-France insiste sur l'importance de leur assurer un accompagnement social de proximité adapté afin qu'ils puissent accéder au mieux et au plus vite à la C.M.U., et notamment aux dispositions concernant la couverture complémentaire qui comportent des aspects complexes pour les bénéficiaires et nécessitent des choix éclairés de leur part. À cet égard, les Centres communaux d'action sociale et les associations humanitaires devraient donc pouvoir rester parties prenantes du nouveau dispositif en participant à l'accueil, à l'information, à l'orientation, à l'instruction des dossiers et au suivi des familles et des jeunes."
Le transfert vers les Caisses primaires d'assurance maladie, dans des délais très courts, de compétences auparavant mises en œuvre par les départements (en matière d'aide médicale légale et de cartes santé) et par les Centres communaux d'action sociale (en matière d'instruction et de suivi des dossiers correspondants) soulève cependant des questions "techniques" qu'il reste à résoudre par voie législative (pour ce qui concerne les plafonds de ressource) et réglementaire ou contractuelle (pour ce qui concerne l'accompagnement social des bénéficiaires).
En effet, ni l'instauration de la C.M.U. au 1
er janvier 2000 et sa progressive montée en charge dans les mois qui ont suivi ni la non moins récente embellie économique n'ont bien entendu magiquement effacé la réalité des problèmes de santé auxquels le contexte de vie de familles en risque ou en voie de précarisation, ou encore de familles harcelées par leurs contraintes professionnelles, expose les enfants et les jeunes. Certaines conséquences sanitaires de ces situations s'expriment encore et toujours par les recours excessifs ou inappropriés aux services hospitaliers d'urgence, et ceci surtout dans les grandes villes qui n'ont pas pris l'initiative d'organiser et de coordonner, avec les professionnels concernés et pour l'ensemble de leur population, tant leurs dispositifs libéral et public d'urgences que leurs réseaux locaux de prévention et de soins.
Sans un effort conséquent et soutenu des collectivités territoriales (villes et départements) pour adapter et structurer, dans le cadre de leurs missions respectives, les prestations des services de proximité, la C.M.U. ne pourra à elle seule garantir, entre autres exemples : ni le dépistage et la compensation précoces des déficiences sensorielles ou des troubles de la parole des jeunes enfants ; ni les inégalités sociales en matière de statut vaccinal des adolescents ; ni la plus grande vulnérabilité psychosociale et la plus grande fréquence de pathologies banales non traitées chez les jeunes en difficulté d'insertion et/ou négligés d'une façon ou d'une autre par leurs parents.

D.E.I.-France estime donc que l'instauration de la C.M.U. ne doit pas être l'occasion ou l'alibi d'un désengagement des acteurs et des décideurs locaux pour ce qui concerne la prise ou la poursuite d'initiatives politiques territorialisées en faveur de l'accès réel des enfants, des jeunes et de leurs parents aux ressources sanitaires, préventives et curatives, de proximité.

                142.4 – Des initiatives politiques et territoriales

Selon une étude publiée par l'INSEE en octobre 2000, la France comptait, en 1996, 1,3 million de "travailleurs pauvres" (60 % d'hommes, 40 % de femmes), c'est-à-dire ayant eu une activité durant tout ou partie de l'année mais vivant avec moins de 3 500 francs par mois pour une personne seule, de 7 350 francs pour un couple avec deux enfants. Mais bien plus de personnes sont concernées par ce type de pauvreté :"au total, plus de deux millions de personnes de 17 ans ou plus - auxquelles il faut ajouter 830 000 enfants de moins de 17 ans - vivent dans un ménage de travailleurs pauvres".
Et il convient de joindre à ces données chiffrées celles, non précisément établies, relatives aux enfants de bénéficiaires du RMI et aux enfants de personnes vivant dans des situations de précarité économique et sociale majeures.
La plupart de ces enfants et de ces familles sont susceptibles d'être connues, dans la diversité de leurs réalités et de leurs besoins, par les services sociaux et médico-sociaux relevant des compétences des départements et des villes, exception faite, et d'ailleurs relative, des personnes et des familles — incluant celles qui résident en France de façon irrégulière - qui relèvent essentiellement de l'aide sociale et médicale de l'État. Les années 1999 et plus encore 2000 ont cependant été marquées par la volonté de l'État d'intervenir de façon plus affirmée aux côtés voire à la place de ces collectivités territoriales en faveur de l'ensemble des populations précarisées.
C'est dire, pour commencer, l'importance qu'il y a à interroger comme on l'a fait ci-dessus les moyens spécifiques que l'État entend mobiliser ou mettre en œuvre pour garantir par principe (notamment pour ce qui concerne la définition des plafonds de revenus) et pour accompagner en pratique (en particulier sur les plans social et éducatif) l'accès à la Couverture maladie universelle de toutes les familles concernées, mais aussi des jeunes de 16 à 18 ans qui y ouvrent droit.
Le "nouveau" partenariat, en matière de droit à la santé, instauré entre l'État, les organismes d'assurance-maladie (caisses primaires et organismes de couverture complémentaire) et les collectivités territoriales doit certes se manifester en faveur de l'objectif légitime d'assurer l'égalité des droits et des conditions d'accès aux droits sur l'ensemble et en tous lieux du territoire national. Mais il doit le faire sans inhiber ni entraver pour autant les initiatives politiques et territoriales qui, selon le principe de subsidiarité, sont ou seraient de nature à rendre plus adaptée, c'est-à-dire plus pertinente et plus efficace encore, la mise en œuvre locale de mesures améliorant l'accès aux services de prévention et de soins, et la qualité de ceux-ci, pour les enfants et les jeunes vivant dans des situations familiales ou sociales difficiles.
Au plan régional, la première génération des Programmes régionaux d'accès à la prévention et aux soins (PRAPS), institués par la loi d'orientation du 29 juillet 1998 relative à la prévention et à la lutte contre les exclusions et placés sous la responsabilité des Directions régionales et départementales des affaires sanitaires et sociales, est en voie d'achèvement. Ils tracent un cadre d'analyse et d'action jusqu'en 2003. Leur préparation et leurs débuts d'application ont bénéficié de façon variable, d'une région et même d'un département à l'autre, de la contribution des grandes villes ou des communautés de communes et des Conseils généraux. Quoi qu'il en soit, il apparaît au plan national que l'approche suivie et favorisée par ces PRAPS comporte une forte dimension sociale.
S'appuyant sur les autres dispositions de la loi du 29 juillet 1998 — mise en place, au niveau des hôpitaux, des Permanences d'accès aux soins de santé (PASS), mise en place de Réseaux de soins, programmes liés à la politique de la Ville, CMU — les premiers PRAPS ont d'emblée mis l'accent sur deux sujets prioritaires : la santé des jeunes et la santé mentale.

D.E.I.-France propose que soit rendu public un bilan spécifique portant sur les observations effectuées et les actions programmées au sujet de la santé, physique et mentale, des enfants et des jeunes à l'occasion de cette première génération de PRAPS, d'une part afin d'en favoriser l'évaluation, et d'autre part pour mieux guider l'élaboration des PRAPS qui suivront.

Au plan départemental, la valorisation et la diffusion de deux types d'initiatives devraient être envisagées. Elles intéressent l'une et l'autre les services départementaux de l'Aide sociale à l'enfance.
Plusieurs départements ont, depuis quelques années, le souci d'évaluer les coûts relatifs à la prise en charge de l'assurance personnelle et des frais de soins des enfants confiés à l'Aide sociale à l'enfance et dont les droits à la couverture maladie ne sont pas établis - notamment, depuis l'instauration de la Couverture maladie universelle, des enfants de moins de 16 ans. Ces départements le font certes dans un souci de réduire les dépenses afférentes à ce poste budgétaire (ce qui suppose que celui-ci soit clairement identifié dans leurs budgets primitifs et, plus encore dans leurs comptes administratifs).
Mais ils le font aussi, et sur cette base, dans le souci de piloter des programmes volontaristes de promotion de la santé, physique et mentale, et d'accès aux soins des enfants confiés dont on sait par plusieurs études que leur état et leurs besoins de santé posent des problèmes spécifiques et justifient l'organisation de réponses en conséquence. Ces programmes comportent aussi l'avantage notable de permettre de maintenir ou de restaurer les liens de l'enfant — et de l'administration - avec des parents souvent moins réticents à engager dialogue et coopération sur des questions de santé que sur des questions d'éducation.

D.E.I.-France estime qu'il serait opportun de mieux faire connaître les différentes initiatives prises par certains départements dans ces domaines, et que l'État encourage l'extension de ces initiatives à l'ensemble des autres départements.

Les troubles psychologiques* des enfants

Chacun à sa façon, le rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires sociales et de l'Inspection générale des services judiciaires publié en juin 2000 sous le titre "Accueils provisoires et placements d'enfants et d'adolescents de M. Noves et Cathala cité supra : des décisions qui mettent à l'épreuve le système français de protection de l'enfance et de la famille" et l'étude annuelle de l'observatoire de l'enfance en danger de l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée (ODAS), portant sur les données de 1999 transmises par les Conseils généraux et rendue publique en septembre 2000, ont mis en lumière une question ancienne mais à laquelle ce double éclairage semble donner un caractère d'actualité : celle de la forte prévalence de troubles psychologiques ou psychiatriques des parents et/ou des enfants dans les situations d'enfance en danger connues des services sociaux et/ou judiciaires.

Ce constat est dramatisé par celui de la faiblesse, quantitative et qualitative, des contributions apportées en ces domaines par les secteurs publics de psychiatrie mais aussi par les instituts de rééducation, ainsi que par les compétences médico-psychologiques affectées aux services et équipements de l'Aide sociale à l'enfance et de la Protection judiciaire de la jeunesse, voire aux Centres d'hébergement et de réinsertion sociale accueillant des parents avec leurs enfants.
Sans entrer ici dans le détail des causes et des conséquences de ces différents constats de prévalences et de carences, D.E.I.-France estime qu'il importe désormais d'éviter, en la dépassant, la pérennisation des malentendus portant sur les domaines et les carrefours de compétences des parties impliquées, et de rechercher plutôt les conditions du dégagement de réelles perspectives opérationnelles locales.

Aussi D.E.I.-France préconise-t-il la participation systématique et active du Directeur départemental des affaires sanitaires et sociales (voire des responsables des secteurs de psychiatrie adultes et infanto-juvéniles) aux côtés du Président du Conseil général, du Président du Tribunal de grande instance, du Procureur de la République, du Directeur départemental de la protection judiciaire de la jeunesse et de l'Inspecteur d'académie dans toutes les procédures d'élaboration et d'actualisation du Schéma départemental des établissements et services concourant à la protection de l'enfance, ainsi que dans les instances de coordination départementale susceptibles d'être créées en ce domaine.

En pratique, de telles coopérations pourraient déboucher dans un premier temps sur la passation et la multiplication de conventions territoriales d'objectifs et de moyens, encore très rarement observées, entre les secteurs de psychiatrie adultes et infanto-juvéniles et les services départementaux de l'Aide sociale à l'enfance, voire de Protection maternelle et infantile.
-        le droit de l'enfant malade d'être informé sur son état de santé et sur les soins qu'il requiert, et ceci en des termes appropriés à son degré de compréhension et à son contexte de vie ;
-        son droit d'exprimer son avis sur les soins proposés ou effectués, et de voir cet avis dûment pris en considération, surtout si ces soins sont angoissants, douloureux ou mutilants ;
le droit des enfants, et notamment des plus âgés, de participer de façon active à la définition, au déroulement

143 – Droits de l'enfant et qualité des soins

D.E.I.-France estime que l'examen par le Parlement du projet de loi sur les droits des usagers face au système de santé ne devrait plus être retardé, comme il l'a été courant 2000, au seul motif de la complexité de ses composantes relatives aux aléas thérapeutiques et au droit assuranciel alors qu'il comporte aussi d'importantes mesures en matière de démocratie sanitaire et d'accès au dossier médical.

-        D.E.I.-France insiste sur l'importance de ce que la situation spécifique des mineurs et la promotio