RAPPORT 2000
Articles de la C.I.D.E. concernés
|
Survie et développement |
art.
18-3 |
Il paraît désormais acquis que nous sommes
enfin entrés dans une phase de reprise économique. Le nombre de chômeurs diminue
de manière significative sur la durée. Le gouvernement ne se permet-il pas d'annoncer
le plein emploi à échéance de 10 ans ! Acceptons-en l'augure.
Une chose apparaît certaine : la “ sortie de crise ” ne
sera ni linéaire, ni aisée pour tous. Nombreux sont ceux - on le souhaite -
qui profiteront de la nouvelle donne économique et sociale ; on doit même souhaiter
que le bien commun en soit amélioré.
Pour autant, pour avoir accumulé de nombreux handicaps dans cette période difficile
longue de deux décennies que nous avons traversée beaucoup auront du mal à trouver
leur place dans ce qui va se construire. Ainsi, des enfants d'aujourd'hui n'ont
jamais vu l'un de leurs parents travailler ; l'école et la formation n'ont pas
de sens pour eux. Ils vivent de l'assistanat ou de la débrouille, du business
appelé encore économie parallèle. Ils sont souvent à vif devant l'injustice.
L'espoir n'est pas pour eux.
En tout état de cause, face à un phénomène de masse, les mesures prises jusqu'ici,
même si elles s'avèrent utiles - on pense au R.M.I., à la loi sur l'exclusion,
etc. – sont insuffisantes. Les politiques, toutes tendances confondues,
ont été incapables de juguler la montée de la pauvreté. Pire, la grande pauvreté
stigmatisée dès 1980 par le rapport Oheix, commandé par le président Giscard
d'Estaing, a ressurgi et s'est installée en France comme dans les autres pays
occidentaux dits développés, malgré les politiques sociales. Les enfants en
ont bien évidemment été les premières victimes.
Dans ce contexte, ici comme ailleurs, à la montée de la pauvreté et à la précarité
correspondent l'émergence de points de fixation pour l'exclusion (les banlieues
dites dures) ; à la flambée d'une délinquance violente contre les biens
ou les personnes. La montée de la délinquance des jeunes est une réalité. Elle
prend des formes plus violentes que par le passé. Il n'est pas rare que cette
violence soit vide de tout sens. On n'hésite pas à tuer sans réaliser un instant
la gravité de l'acte pour la victime, le drame que l'on cause à ses proches,
sans mesurer que l'on gâche une vie à laquelle on ne croit pas d'ailleurs.
Nous écrivions déjà en 1999 : quand on s'inquiète de la montée de
la violence des enfants et des jeunes, on devrait s'étonner qu'elle ne soit
pas encore plus forte dans certains lieux et dans certaines périodes !
Des voyants lumineux s'éclairent. Il ne faut pas les négliger. Ainsi les professionnels
de l'éducation constatent une montée des tensions dans le primaire du fait des
enfants mais aussi des parents. En Seine Saint-Denis, d'une année à l'autre
les incidents ont cru de quelques 27 points quand dans les lycées ils baissent
et dans les collèges ils ne croissent que de 3%.
Par-delà les limites de cette statistique sur un thème infiniment subjectif,
il faut retenir, en mettant de côté les incidents générés par les adultes, que
de plus en plus de jeunes enfants s'inscrivent dans le registre de la violence
et de la contestation de l'adulte et de l'institution. On peut en déduire une
montée en puissance des difficultés des jeunes parents. Cela doit inciter à
une vigilance particulière des services sociaux et une augmentation des offres
de services publiques et associatives vers *ces familles.
Les ressources, l'accès au logement
ou aux soins sont autant de révélateurs de cette violence imposée aux enfants.
soit
environ 300 000 places,
sachant que 255 000 enfants de 2 ans sont scolarisés en école maternelle
et que les enfants âgés de moins de 3 ans sont actuellement environ 2,1 millions
Si on tient compte de la capacité d'accueil des assistantes maternelles agrées
les pouvoirs publics affirment que la capacité d'accueil totale serait de 724
000 enfants sachant que l'administration avoue ne pas savoir combien précisément
il y a d'assistantes maternelles agrées. Ajoutons que la disparité territoriale
est une donnée essentielle ?
A y regarder de près heureusement que les grands parents sont présents dans
l'environnement de leur enfants et petits enfants , sans compter les “ nourrices
au noir ”.
Pire : on trouve rarement la souplesse de fonctionnement qu'il serait souhaitable
d'offrir aux parents afin de leur permettre de concilier leur vie professionnelle
et leur vie familiale. On pense notamment aux parents isolés et encore plus
spécialement aux mères. Il est évident qu'une crèche fonctionnant sur une large
plage horaire, notamment très tôt le matin ou en soirée, sinon 24 h sur 24,
a un surcoût, mais la question n'est même pas encore posée en ces termes. Elle
n'est tout simplement pas abordée. La généralisation des 35 heures va plus que
jamais raviver ce besoin de modes d'accueils de la petite enfance mieux adaptés
aux besoins des usagers, jeunes (les enfants ) et moins jeunes (les parents).
L'évolution des modes d'accueil doit respecter dans tous les cas de figure les
besoins essentiels des jeunes enfants plutôt que les besoins des employeurs
de leurs parents.
Mandat avait déjà été donné en 1999 au Délégué Interministériel à la Famille
d'avancer sous un an des réponses notamment en réformant le statut du cadre
juridique des structures d'accueil. Reprenant le dossier, après que M. Rémy
eut démissionné au lendemain de sa propre nomination, Mme S. Royal au nom du
gouvernement avaient été pris des engagements à la conférence nationale de la
famille de juin 2000. Le 30 août 2000, la ministre de la famille et de l'enfance
annonçait la création d'un fonds d'investissement de 1 milliards 5 de francs
géré par la CNAF à compter du 1er janvier 2001.
On pourra toujours avancer qu'on est loin du compte. A hauteur d'environ 300
000 places d'accueil notre dispositif n'est pas en phase avec les besoins et
donc ne répond pas aux termes de l'article de la C.I.D.E. Or le plan annoncé
ne vise finalement qu'à créer 40 000 “ places ”.
Pourtant si on veut se souvenir des efforts déployés en 1981 quand le gouvernement
de Pierre Mauroy annonçait 100 000 places d'accueil et avait beaucoup de mal
a approcher son objectif malgré les différentes démarches contractuelles développées
sur plusieurs années, l'objectif annoncé en 2000 est très ambitieux et il ne
sera pas tenu facilement.
D'autant que, démarche séduisante qui là encore rappelle une autre époque, la
ministre entend s'appuyer sur la société civile et valoriser les initiatives
parentales. Un “ appel à projets innovants “ est lancé.
On vise les crèches collectives, les haltes garderies, les classes passerelles
vers la maternelle pour les 2-3 ans, les bus itinérants à la campagne …
L'innovation consisterait à faciliter “ la garde ” d'urgence
à domicile de l'enfant. La ministre souhaite que cet accueil puisse être opérationnel
dès le lendemain de la demande pour faire face aux situations de crise liées
à la maladie des parents ou aux accidents de la vie.
Cette remarque générale ne nie pas les efforts déployés notamment par les Caisses
d'allocations familiales, les municipalités ou le réseau associatif pour développer
le potentiel des modes d'accueil de la petite enfance. De même doit-on affirmer
que ces équipements permettent un remarquable éveil des jeunes enfants.
D.E.I.-France interroge :
quelles souplesses les pouvoirs publics et la C.N.A.F. peuvent-ils introduire
pour faciliter aux familles l'accès aux modes d'accueil, en prenant en compte
leur rythme de vie et leurs contraintes professionnelles ?
121 Sanctionner les parents
dits “défaillants” à travers les allocations familiales ?
35 000 familles voient leurs allocations familiales et prestations sociales
ouvertes du chef des enfants être mises sous tutelle sur décisions de justice.
Cette mesure originellement répressive est censée sanctionner les parents qui
gèrent mal leur budget ou dilapident l'argent social. Elle est aujourd'hui majoritairement
demandée par des familles qui la vivent comme une aide éducative - elle est
souvent la première ligne de protection judiciaire des enfants en danger -,
mais surtout comme une garantie anti-expulsion ou anti-saisie. Paradoxalement
on voit des services sociaux être aujourd'hui réservés à l'égard de cette mesure
en estimant qu'elle est une forme moderne du contrôle social des familles financièrement
déstabilisées par des accidents de la vie.
On aurait pu craindre que, la crise économique aidant, cette mesure ne prenne
un développement démesuré. Il n'en est rien. Bien au contraire. D'autres mécanismes
ont été mis en place tel que le dispositif sur le surendettement pour rééquilibrer
les budgets des familles les plus fragiles.
Les enfants accueillis par des tiers et les prestations sociales
Observant que se multiplient les cas d'enfants accueillis par des adultes qui
ne sont pas leurs parents voire tout simplement qui n'ont pas de titre juridique
formel, on se réjouira de la circulaire du 5 février 1999 de la C.N.A.F. prolongeant
la circulaire ministérielle du 5 janvier 1999 qui, à la suite d'une jurisprudence
de la Cour de Cassation, a le souci de permettre à ces tiers de percevoir les
allocations familiales et autres prestations ouvertes du chef des enfants qu'ils
accueillent.
En s'attachant à la charge effective et permanente de l'enfant ces instructions
sont de nature à dénouer nombre de difficultés rencontrées jusqu'ici par ces
personnes accueillantes au grand cœur, mais aux ressources limitées.
122 Les allocations familiales
sous tutelle ?
La tutelle aux prestations sociales a été mise sur les feux de l'actualité au
début de l'année 1999 dans le débat sur la délinquance juvénile.
Ceux qui envisageaient de supprimer les allocations familiales aux familles
d'enfants délinquants (voir chapitre IV) négligeaient totalement le fait que
les allocations ne sont pas propriété de parents mais des enfants qui y ouvrent
droit et dont les parents ne sont que les gestionnaires. Au mieux, si cette
solution s'avérait adaptée à la situation dont il s'agit, la mise sous tutelle
des allocations et diverses prestations ouvertes du chef de l'enfant pour en
confier la gestion à un tuteur, pourrait être une réponse cohérente. Mais encore
faut-il que les critères légaux soient réunis à savoir une incapacité des parents
d'utiliser cet argent dans l'intérêt des enfants.
D.E.I.-France se réjouit de ce que les pouvoirs publics n'aient finalement pas
accepté de revenir sur ces dispositions législatives car, à y regarder de près,
ils auraient fait basculer tout le dispositif de la tutelle aux prestations
sociales qui sur une année vient en aide à quelques 35 000 familles parmi les
plus fragiles du pays. Il est clair que ces familles qui viennent demander une
tutelle malgré la honte que parfois cela peut représenter ne le feraient pas
dans la même disposition si elles risquaient d'être assimilées aux parents délinquants.!
On relèvera que s'agissant des prestations non légales comme celles que servent
proprio motu les municipalités, on voit apparaître des discours, sinon des pratiques,
choquants. Comme à Béziers où le maire affirme dans un arrêté que les prestations
versées par sa commune aux familles ne le seront désormais qu'aux familles “ respectueuses ”
et “ aux personnes et aux familles qui auront une attitude citoyenne ”.
Sur ces bases-là nombre de familles pourraient être sanctionnées !
La tutelle aux prestations sociales en question
Reste que la tutelle aux prestations sociales est une institution qui doit être
revisitée. Le chantier est ouvert au ministère des affaires sociales, mais il
tarde à se concrétiser.
La mise sous tutelle des allocations familiales et plus généralement des prestations
sociales ouvertes du chef de l'enfant était initialement une mesure destinée
à sanctionner les parents et à garantir que l'argent serait bien utilisé pour
les enfants.
Dans les années 70, pour conserver leur logement aux familles à faible revenu,
mais ayant la chance d'avoir au moins deux enfants, les juges des enfants ont
été amenés de contrebattre l'ordonnance d'expulsion en “ saisissant ”
l'insaississable : les allocations familiales à travers la mise sous tutelle.
Les créanciers – notamment les Offices d'H.L.M. – étaient alors
garantis d'être remboursés de l'essentiel à conditions d'être patients. Souvent
le tuteur parvenait tout simplement à rétablir le paiement de l'allocation-logement
ou des prestations suspendues depuis longtemps ; le rappel pouvant apurer
à lui-seul la dette. En pratique souvent les familles sous tutelle ne sont pas
expulsées même s'il n'y a pas de systématisme. Au point où fréquemment ce sont
les familles qui demandent la mise sous tutelle de leurs allocations soit pour
conserver leur logement soit pour en obtenir un nouveau, les O.P.H.L.M. exigeant
une tutelle pour donner les clés ! De fait il est essentiel de faire échapper
de jeunes enfants à l'expulsion ou de leur offrir un toit. La fin a pu parfois
justifier cette évolution.
Depuis des mécanismes de solvabilisation des familles en situation précaire
facilitent encore cette remise à niveau. Petit à petit une culture d'action
sociale a pénétré : les tuteurs sont de vrais travailleurs sociaux qui
entrent dans la situation familiale à travers les questions financières avec
le souci de permettre aux parents de faire face seuls à leur situation .
On aurait pu penser que la crise économique entraînerait une augmentation sensible
des signalements pour mise sous tutelle des prestations. Il n'en est rien, voire
dans certains départements comme la Seine Saint-Denis où vivent en masse des
familles en situation particulièrement précaires ou pauvres, on relève une baisse
des demandes ; on doit même réduire les équipes de tuteurs.
La tutelle conserve l'image que lui avait donné un discours critique des années
80 quand on mettait en évidence sa dérive sous la pression des créanciers de
loyers ou d'achats à crédit. Elle est devenue aujourd'hui une institution méconnue
d'aide aux familles quand au départ elle était destiné à les contrôler. Nombre
de travailleurs sociaux sont aujourd'hui hostiles à la mise sous tutelle. On
en a oublié de voir que la tutelle tait souvent la première ligne de la protection
judiciaire pour les enfants des familles fragiles.
D.E.I.-France souhaite que
le ministère des affaires sociales ouvre totalement le dossier et en s'associant
les professionnels reprofile cette mesure de mise sous tutelle des prestations
sociales
13 -
Le droit au logement (art. 27 de la C.I.D.E.)
C'est l'un des droits fondamentaux garantis par le Préambule de la Constitution
de 1946 qui a valeur constitutionnelle.
On sait l'importance d'un toit pour une famille, d'un logement stable, d'un
logement décent, d'un logement sans danger, d'un logement inscrit dans un environnement
sécurisé.
On pourrait ici s'attacher à de nombreux aspects inquiétants pour trop d'enfants
de ce pays comme :
Le DAL par ses actions très engagées
a contribué depuis dix ans à réveiller une France endormie et autosatisfaite.
Pourtant il est vrai que sur le territoire de la quatrième puissance mondiale
beaucoup n'ont pas de quoi se loger dignement.
Le triangle des Bermudes du logement social (la pauvreté, l'émigration et la
décentralisation) frappe toujours.
Un des gros points noirs
Le premier résultat du recensement de mars 1999 montre que le nombre de logements
vacants est en hausse spectaculaire depuis 1990. Ainsi à Paris la hausse est
de 15,5%, en Seine Saint-Denis, la hausse est de 48,8%, dans les Yvelines de
30 %, dans l'Essonne de 50% et en Seine et Marne de 38%. La tendance est la
même dans les autres agglomérations françaises.
Or, il ne fait aucun doute que l'expulsion par la force d'un logement dans lequel
un enfant a grandi est profondément traumatisante. Chaque année plusieurs dizaines
de milliers d'enfants sont chassés de leur logement ou sont contraints de le
quitter du fait d'un jugement d'expulsion.
La séparation des parents et des enfants lorsque la famille est privée de toit
constitue l'une des pires cruautés sociales. Et ajoutons : une absurdité
financière car il revient déjà pour chaque enfant à 18 -24 000 fr. par mois
- de 600 à 800 fr. par jour en moyenne - ce qui est largement suffisant pour
loger une famille nombreuse démunie. Que dire s'il y a trois ou quatre enfants
? Sinon que l'on confine à l'absurdité pour les finances publiques locales;
sans parler du coût social !
On peut évaluer à plus d'un million le nombre d'enfants qui en France vivent
dans des conditions de logement anormales voire dégradantes; dans tous les cas
ces conditions ne sont pas conformes à la Convention sur les droits de l'enfant.
Ces chiffres sont imprécis car à l'heure où l'on est en mesure de donner mensuellement
des variations du chômage et de nombreux indicateurs statistiques et économiques
précis, la France ne s'est pas encore donnée les moyens de connaître quantitativement
et qualitativement la situation du mal-logement ou de la précarité du logement
ou de son insalubrité, sans parler des sans-abris.
La lutte contre le saturnisme et le logement des plus pauvres
On s'attachera à un point qui fait aujourd'hui problème : le danger que représente
certains appartements pour les enfants du fait du saturnisme ou
intoxication au plomb liée aux peintures intérieures des appartements. Cette
question n'est en vérité que le révélateur des conditions particulièrement préoccupante
dans lesquelles sont logées les familles les plus pauvres du pays dont nombre
sont d'origine étrangère, fréquemment africaines, comme à Paris.
On sait que le saturnisme est une maladie grave et invalidante touchant de jeunes
enfants ayant ingéré des particules de peinture contenant du plomb interdites
depuis 1948. Les signes cliniques en sont l'irritabilité, l'apathie, les troubles
du sommeil et une altération importante du quotient intellectuel.
Les pouvoirs publics évaluent eux-mêmes à 85 000 les enfants âgés de un à six
ans concernés et à 50 000 les logements. Seulement 5% des enfants feraient aujourd'hui
l'objet d'un dépistage. Aujourd'hui les 3/4 des enfants repérés comme souffrant
de saturnisme résident en région parisienne où il existe 1,6 million de logements
construits avant 1948. 10 000 enfants nécessitent une intervention urgente avec
une plombémie supérieure à 250 ug/l.
On commence à prendre la mesure de la gravité et de l'étendue du problème posé
dès 1990 par un département comme la Seine Saint-Denis et à relayer les cris
d'alerte jetés par Médecins du Monde et le D.A.L.
La loi d'orientation contre les exclusions a justement introduit dans le Code
de la santé publique des mesures d'urgence contre le saturnisme. Les textes
d'application (décret et circulaire) sont parus courant 1999.
Les médecins doivent signaler les cas aux préfets qui ordonneront “ immédiatement ”
des diagnostic-plomb dans l'appartement concerné et l'immeuble. Les habitants
sont invités à faire procéder à une “ plombémie ” sur
leur enfants. Le propriétaire dispose de 10 jours pour faire effectuer les travaux
provisoires, “ palliatifs ” dit la circulaire car “ ils
n'ont pas pour but de traiter les causes profondes des dégradations ”
et ils n'ont pas à offrir “ a priori de garantie de durabilité ”.
Il s'agira généralement d'un recouvrement partiel des murs contaminés par un
matériau de type PVC, permettant certainement de limiter les dégâts chez les
enfants déjà malades ou que de nouveaux enfants ne soient touchés, mais ils
ne résolvent rien à terme.
Le décret du 9 juin 1999 oblige les préfets à définir des “ zones
à risques d'exposition au plomb ” en tenant compte des signalements
de la P.M.I. et l'état de vétusté des immeubles
Les mesures prises dans le prolongement de la loi d'orientation relative à la
lutte contre les exclusions sont des réponses provisoires et d'attente quand
souvent il faudrait rechercher un relogement aux familles concernées qui sont
parmi les plus défavorisées.
Les moyens affectés à la lutte contre le saturnisme sont certes croissants,
mais loin d'être à la hauteur. Le projet de loi de finances pour l'an 2 000
prévoirait 75 millions de francs quand en janvier l'I.N.S.E.R.M. chiffrait le
coût des travaux nécessaires à 2,5 milliards ! Le seul diagnostic du 1,6 million
de logements construits avant 1948 en Ile de France devrait coûter environ 4
milliards de frs.
En l'absence d'obligation légale de relogement, les travaux palliatifs qui sont
projetés laissent l'impression qu'on se contentera à terme de maintenir ces
familles dans des logements le plus souvent dégradés, voire insalubres.
Difficile de dire que ce constat noir dressé en 1999 ne reste pas d'actualité.
La dernière lutte en date – celle d'Aubervilliers- suscite des réactions
très mitigées. Incontestablement les familles concernées ne sont pas les plus
favorisées de France ; incontestablement aussi la Seine Saint Denis en
général, Aubervilliers en particulier ont fait dans le passé les efforts qui
s'imposaient. Etait-ce bien l'endroit où porter le fer quand les familles concernées
pour certaines n'ont jamais vécu à Aubervilliers. La forte résistance de la
mairie d'Aubervilliers et de certaines associations vise à ne pas laisser se
constituer des zones de pauvreté dans les communes les plus fragiles. On sait
que dans cette affaire les enfants sont mis en avant pour obtenir via leur droit
être scolarisation le droit de la famille s'installer sur place.
D.E.I-France réitère donc
son indignation de ce que la quatrième puissance économique mondiale soit incapable
d'apporter une réponse digne de ce nom à ce qui est un vrai problème de santé
publique et demande aux pouvoirs publics d'adopter un plan sérieux de relogement
pour les familles concernées.
S'agissant spécialement du saturnisme, d'ores et déjà, il apparaît nécessaire
d'adopter des références claires de seuil de dangerosité nécessitant des mesures
d'urgence auxquelles tous puissent se référer face à cette nouvelle maladie.
Avec certains observateurs on peut penser que la prudence des mesures prises
par les pouvoirs publics tiennent à l'impossibilité pour l'Etat d'avoir prise
aujourd'hui à la hauteur des besoins sur le parc social. N'est-il pas temps
de s'en donner les moyens ? On voit bien qu'à travers le saturnisme est posée
la question de l'accès à ce logement social pour les familles les plus pauvres
et spécialement pour celles d'origine étrangère.
On doit être profondément choqué que tel responsable de la préfecture de Paris
comme le rapporte le journal Le Monde estime qu' “ il ne
faut pas que la saturnisme soit un effet d'aubaine pour obtenir un logement
social ” tout en rappelant que “ la loi n'impose
pas le relogement des familles ”. On serait tenté de suggérer
que ce fonctionnaire soit mis dans l'obligation de s'installer dans l'un des
immeubles concernés.
C'est en logeant convenablement les plus démunis et en dégageant les moyens
budgétaires et administratifs adéquats que l'article 27 de la Convention sera
respecté alors que nous assistons à l'heure actuelle à une démission des pouvoirs
publics. La procédure de réquisition prévue depuis la loi du 13/04/46 et renforcée
par la loi du 29/7/98 de lutte contre les exclusions doit être systématiquement
exercée pour mettre fin à l'exclusion du logement.
14 –
Le droit à la santé
Le sondage précité (conf. Introduction ) intitulé "Regards croisés des
enfants et des adultes sur les droits des enfants", commandé par l'Unicef
et "Le Monde" à l'occasion du dixième anniversaire de l'adoption par
l'ONU de la Convention relative aux droits de l'enfant, réalisé par la Sofres
et, rendu publics en novembre 1999, indiquait tout d'abord que 60 % des
adultes disent ignorer l'existence de la Convention puis qu'à la question "Lorsque
vous pensez à la situation des enfants dans le monde, quels sont les droits
des enfants qui vous semblent les plus importants à faire respecter ?",
89 % des adultes et 84 % des enfants placent en tête le droit à "avoir
suffisamment à manger pour vivre", suivi pour 78 % des adultes et
seulement 58 % des enfants par celui à "être protégé des violences
et de l'exploitation sexuelle".
Ceci étant, 65 % des adultes et 51 % des enfants mentionnent ensuite
le droit à "être dans le meilleur état de santé possible", pendant
que 54 % des adultes et 61 % des enfants insistent sur le droit à
"pouvoir aller à l'école".
Une fois rappelée l'importance à leurs yeux des droits relatifs à la sécurité
de base, les enfants et les adultes insistent donc aujourd'hui, en France, sur
le fait que le bien-être des enfants repose sur l'application des deux catégories
de droits les plus essentiels pour le développement humain et le développement
social durables que sont ceux, d'ailleurs fortement intriqués, concernant leur
éducation et ceux concernant leur santé.
Au delà des considérations strictement médicales, l'état de santé d'un enfant
résulte en grande partie de la construction de ses possibilités à s'adapter
de façon adéquate aux conditions et aux modifications tant de son organisme
que de son environnement. Ainsi conçue, la santé est plus un moyen qu'un objectif.
Elle contribue, entre autres moyens, notamment éducatifs, à garantir la conquête
et l'entretien du niveau d'autonomie nécessaire à la satisfaction des besoins
et à la réalisation des projets de vie. C'est en ce sens que la santé peut être
considérée comme un objet de droit, voire comme un objet politique, et le "droit
à la santé", en première instance, comme le droit d'accéder à des conditions
de vie et d'éducation favorables à la santé.
Telles étaient, en résumé, les positions de principe de D.E.I.-France dès son
premier rapport, en 1999, sur l'application en France et par la France de la
Convention relative aux droits de l'enfant.
þ2000þ
Les diverses observations collectées tout au long des douze mois écoulés tendent
à confirmer à quel point l'état de santé des enfants (§ 141) et les modalités
de leur accès aux différents services de santé (§ 142) relèvent, pour l'essentiel,
de déterminants sociaux, économiques, éducatifs et culturels.
Aussi l'activation du concept de "droit à la santé" pour ce qui concerne
les enfants — et bien souvent, avec eux, leurs parents — repose-t-elle
en premier chef sur la mise en pratique d'orientations politiques, juridiques
et administratives susceptibles de prendre réellement en considération ces déterminants
et d'agir positivement sur eux.
C'est pourquoi dans les développements à venir nous nous attacherons principalement
à souligner et analyser les plus récentes de ces orientations sous l'angle de
leur aptitude à effectuer un lien entre la connaissance des principaux facteurs
favorables ou défavorables à la santé des enfants et la volonté d'infléchir
concrètement ces facteurs.
Les considérations plus techniques, relatives à la qualité des soins (§ 143),
ou plus stratégiques et sociétales, relatives aux dynamiques globales de promotion
de la santé (§ 144), pour illustratrices qu'elles soient d'une véritable
sensibilisation de fond des acteurs et des décideurs sanitaires au concept de
"droit à la santé", seront ici traitées de façon moins détaillées
qu'en 1999.
L'évaluation des avancées, des stagnations ou des risques de régressions observées
dans ces domaines relève en effet, pour la plupart d'entre elles, d'un temps
d'observation plus long que celui d'une année.
141 – Droits de l'enfant et état de santé
Affirmer et appliquer le droit de chaque enfant et surtout de tous les enfants
à "jouir du meilleur état de santé possible" (article 24 de la C.I.D.E.)
nécessite tout d'abord de s'efforcer de connaître leur état de santé actuel,
ainsi que les principaux facteurs qui les déterminent. Cette connaissance est
indispensable pour guider l'action tant clinique que politique, c'est-à-dire
pour la définir, la mettre en œuvre et l'évaluer. Or force est de constater
qu'en France, les données statistiques portant sur la santé des enfants, et
notamment des enfants de 2 à 10 ans, restent incomplètes voire lacunaires.
D.E.I.-France estime que les services départementaux de Protection maternelle
et infantile et que les services de Promotion de la santé en faveur des élèves
de l'Éducation nationale devraient être plus et mieux encouragés à assumer leurs
missions de principaux producteurs de données sanitaires généralistes, à la
fois globales et territorialisées, et régulièrement réactualisées, portant sur
l'état de santé des enfants et des jeunes.
L'analyse plus fine, ou plus ciblée, de ces données et l'appel à la production
de données complémentaires pourrait alors relever tout d'abord de concertations
départementales entre les services du Conseil général, de l'Inspection académique
et des organismes d'assurance maladie; d'instances régionales ensuite, telles
que les Observatoires régionaux de la santé (ORS), les Agences régionales de
l'hospitalisation (ARH) et les Conférences régionales de santé (CRS) ; d'instances
nationales enfin, telles que le Haut comité de la santé publique (HCSP) et la
Conférence nationale de santé.
La prise en compte systématique des données relatives à la santé des enfants
dans les Programmes régionaux d'accès à la prévention et aux soins (PRAPS) institués
par la loi d'orientation du 29 juillet 1998 relative à la prévention et à la
lutte contre les exclusions apparaît en outre comme une priorité au vu de certains
travaux rendus publics courant 2000.
C'est ainsi qu'un ouvrage collectif intitulé "Les inégalités sociales de
santé", réalisé par l'Institut national de la santé et de la recherche
médicale (INSERM), montre à quel point aujourd'hui, en France, les inégalités
face à la santé et à la maladie constituent le reflet et l'expression de véritables
inégalités sociales entre les adultes mais aussi, pour autant qu'on puisse en
juger dans certains domaines ou pour certaines tranches d'âge, entre les enfants.
On y constate en effet que l'amélioration générale de l'état de santé au cours
de ces dernières années s'est accompagnée d'un creusement des disparités entre
les différentes catégories socioprofessionnelles. S'agissant des enfants, une
série de données attire en particulier l'attention.
Comparativement aux autres pays de l'Union européenne, les différences de mortalité
appréciées, entre autres indicateurs, selon l'espérance de vie à la naissance
restent importantes entre les métiers manuels et non manuels (mais aussi, dès
la naissance, entre les hommes et les femmes). Or l'espérance de vie à la naissance
est un bon indicateur synthétique de santé ; les inégalités sociales et de santé
qui pèsent sur les adultes pèsent aussi sur les parents et donc, à travers les
conditions de vie familiale comme à travers les circonstances et les contenus
de l'éducation familiale à la santé, elles pèsent aussi à l'évidence sur les
enfants.
De fait, la mortalité périnatale, la prématurité, le faible poids à la naissance
et la mortalité infantile sont étroitement dépendants de la situation sociale
des parents (appréciée selon le niveau d'étude de la mère ou selon la catégorie
socioprofessionnelle de la mère, du père ou de couple parental).
L'état staturo-pondéral et la santé bucco-dentaire sont quelques-uns des rares
domaines où les données relatives aux enfants d'âge scolaire sont assez bien
renseignées. On constate ici que la taille des enfants de populations défavorisées
est sensiblement plus petite, à âge égal, que celle des enfants des classes
les plus aisées. Mais on fait la constatation inverse pour ce qui concerne la
prévalence des surcharges pondérales précoces et des obésités constituées, apanages
— statistiquement parlant — des enfants de familles à faibles revenus,
fragiles ou isolées.
Et si on observe une baisse générale de la prévalence des caries, appréciée
par le nombre de dents cariées et par le nombre d'enfants indemnes, on observe
aussi que les enfants d'agriculteurs ou de non actifs ont deux fois plus de
dents cariées que les enfants de cadres.
En dépit des mesures spécifiques prévues par la loi du 29 juillet 1998 pour
leur dépistage, leur protection et leur traitement, le nombre et la localisation
des enfants exposés aux risques du saturnisme chronique restent encore méconnus,
ou non rendus public, dans certaines des villes et certains des départements
les plus concernés. On sait que ce risque concerne les enfants des familles
les plus pauvres, le plus souvent migrantes, qu'il est directement lié aux logements
dégradés qu'elles occupent et que ces conditions d'habitat occasionnent de nombreux
autres risques pour la santé et la sécurité de leurs enfants.
Le rapport de février 2000 du Haut comité de la santé publique (HCSP) a porté
quant à lui sur "La souffrance psychique des adolescents et des jeunes
adultes". Il souligne l'importance et la prédominance des troubles psychosociaux
(conduites suicidaires, violences agies ou subies, troubles du comportement
alimentaire, consommations de toxiques, déscolarisation précoce, délinquances)
comme mode d'expression de la souffrance psychique des adolescents. Il décrit
les facteurs de vulnérabilité les plus fréquemment associés à ces troubles (manque
de confiance en soi, besoin d'appartenance à un groupe social et pas seulement
de réussite individuelle).
Et il insiste sur le fait que la précarité sociale aggrave cette vulnérabilité
psychique lorsqu'elle prive les jeunes des appuis familiaux et de l'accès aux
réseaux d'aide et de solidarité de proximité susceptibles de rendre moins périlleuses
leurs tentatives d'affirmation et d'intégration.
Ces observations permettent
à DEI-France de plaider une fois de plus pour la mise en place de réponses adaptées
à ces différentes caractéristiques de la souffrance psychique des adolescents,
reposant sur le rapprochement géographique et conceptuel des structures éducatives,
sociales et sanitaires autour d'objectifs certes de prévention, mais aussi d'offres
de soins appropriées - c'est-à-dire, souvent, plus accueillantes et plus inventives.
142 – Droits de l'enfant et accès aux services de santé
142.1 – Services de soins
préventifs
Dans son rapport 1999,
D.E.I.-France avait insisté sur le rôle pivot que doivent avoir en matière de
préventions primaire (réduction des facteurs de risques) et secondaire (dépistage,
conseil et orientation) voire tertiaire (réduction des handicaps et réinsertion)
tout d'abord les services départementaux de Protection maternelle et infantile
(P.M.I.), placés sous l'autorité et la responsabilité des présidents de Conseil
Général, puis les services de Promotion de la santé en faveur des élèves et
les services d'Action sociale de l'Éducation nationale, relevant du ministère
de l'Éducation nationale et de ses échelons déconcentrés.
D.E.I.- France exprimait le souhait que l'accès à ces services gratuits et de
proximité soit activement valorisé, encouragé et facilité auprès des parents
et des professionnels de l'enfance et de la santé, mais aussi des grands enfants
et des adolescents eux-mêmes.
Au-delà, D.E.I.-France insistait sur le fait que, plus de 15 ans après les lois
de décentralisation, l'État — à travers les Directions régionales et départementales
des affaires sanitaires et sociales, les Inspections académiques - et les collectivités
locales - et notamment les Conseils généraux à travers leurs services de P.M.I.
et de prévention sanitaire et sociale - devraient améliorer la coordination
de leurs missions, de leurs méthodes et de leurs moyens en faveur de la santé
des enfants et des jeunes. Leur objectif commun devrait être de fournir à ceux-ci
et à leurs familles, en tous les lieux du territoire national, des services
de prévention et d'éducation pour la santé et des facilités d'accès aux soins
curatifs et de promotion de la santé qui soient :
- attentifs et adaptés à leurs besoins et à leurs attentes ;
- et soucieux de leur garantir la qualité, la pertinence, l'efficacité, la mise
en réseau, le suivi, la continuité et l'évaluation des interventions sanitaires
et médico-sociales proposées.
2000 a fourni plusieurs occasions d'illustrer et de vérifier le bien fondé de
ces analyses et de ces préconisations.
Le décret (longtemps attendu) du 1er août 2000 "relatif aux établissements
et services d'accueil des enfants de moins de 6 ans" instaure la notion
d'un véritable service public d'accueil de la petite enfance qui fédère les
différents équipements qui y contribuent autour de critères et d'objectifs de
qualité. L'accueil intègre désormais l'ensemble des conditions permettant d'assurer
certes la sécurité physique des enfants de moins de 6 ans, mais aussi voire
surtout leur sécurité psychique, leur épanouissement individuel, leur ouverture
aux relations sociales, leur éveil culturel et, peu à peu, la préparation de
leur scolarisation.
Cette évolution consacre le dépassement des représentations hygiénistes et médicalisées,
historiquement justifiées mais devenues restrictives, de l'accueil de la petite
enfance et favorise la prise en compte, par les villes et les départements,
de la globalité des besoins des enfants et des attentes des familles.
Complétant le rôle des puéricultrices qui dirigent ces équipements — et
qui n'ont d'ailleurs plus l'exclusivité de ces fonctions de direction, lorsque
la capacité d'accueil est inférieure à 40 enfants — , les pédiatres et
les psychologues qui y interviennent ont vocation à y assurer des missions à
la fois de prévention sanitaire et de promotion du bien-être global des enfants
accueillis, mais aussi de participer aux ajustements des projets de service
ou d'établissement. Il en résulte de facto une réévaluation du rôle du
service départemental de P.M.I. qui ne saurait être cantonné aux autorisations
ou aux avis qu'il édicte dans le cadre légal des procédures de création, d'extension
ou de transformation de structures d'accueil, ni à l'agrément et à la formation
des assistantes maternelles.
L'occasion est plus que jamais ouverte de souligner que les missions de ce service,
lorsqu'elles sont étroitement articulées avec celles des services d'accueil,
comportent aussi la mobilisation de compétences relevant des champs de la promotion
de la santé des enfants de moins de 6 ans et de la prévention des situations
de risques et de dangers éducatifs, toutes compétences souvent sollicitées mais
pas toujours bien localisées par des parents en difficulté. Le décret tend ici
aux services de P.M.I. et à leurs usagers une nouvelle perche qu'il faut les
encourager à saisir.
Les services académiques de Promotion de la santé en faveur des élèves ont continué
à bénéficier, en 2000, des mesures de renforcement quantitatif du "Plan
de relance pour la santé scolaire" présenté le 11 mars 1998 par la ministre
déléguée chargée de l'enseignement scolaire.
Le projet de budget 2001 de l'Éducation nationale reste sur la même lancée en
prévoyant la création de 300 postes supplémentaires pour ces services. Pour
autant, la lisibilité des orientations générales voire locales de ces services
demeure encore assez faible. Malgré la mission conjointe de l'Inspection générale
de l'éducation nationale et de l'Inspection générale des affaires sociales mise
en place en octobre 1998 et dont le rapport a été publié en mars 1999, on ne
perçoit toujours pas clairement selon quelle recherche de pertinence des missions
et d'efficacité des actions, ni au regard de quelles priorités et au moyen de
quelles complémentarités avec les ressources extérieures aux établissements
scolaires, est guidée la coexistence de logiques de dépistages (et de suivi
de ceux-ci), de logiques d'intervention d'urgence et de logiques d'éducation
pour la santé.
Illustrant cette problématique, l'actualité a été marquée, depuis décembre 1999,
par la question de l'accès à la contraception d'urgence — dite "
pilule du lendemain" — dans les établissements scolaires. Cette question
a permis de mettre en lumière l'importance du rôle spécifique et de la relative
accessibilité, notamment en cas d'urgence, des infirmières scolaires. Les débats
publics et politiques qui ont accompagné cette question ont cependant eu tendance
à laisser un peu dans l'ombre :
C'est pourquoi, dès le 5 janvier 2000, D.E.I.-France rendait public le communiqué
suivant.
"La ministre déléguée chargée de l'enseignement scolaire, a présenté le
14 décembre 1999 un Protocole national sur l'organisation des soins et des urgences
dans les écoles et les établissements du second degré. La disposition la plus
commentée de ce protocole organise la participation des infirmières des Services
de promotion de la santé en faveur des élèves aux interventions de contraception
d'urgence proposées aux collégiennes et aux lycéennes, mineures ou majeures.
Elle prévoit que ces professionnelles de santé puissent leur délivrer le lévonorgestrel
(NorLevo®) dans les 72 heures suivant un rapport sexuel non ou mal
protégé si un Centre de planification et d'éducation familiales, un médecin
ou une pharmacie ne sont pas immédiatement accessibles et, s'agissant de
mineures, si celles-ci ne souhaitent pas associer leurs parents à une telle
décision. Il est rappelé que le NorLevo® , plus connu sous le surnom
de "pilule du lendemain", n'est pas un produit abortif — il
empêche seulement l'implantation de l'œuf — et qu'il ne présente
ni toxicité ni contre-indication.
D.E.I.-France approuve cette initiative, et ceci pour plusieurs raisons.
Elle apporte une contribution pertinente à la résolution de situations individuelles
d'urgence et de détresse vécues par un nombre non négligeable d'adolescentes.
Elle constitue un élément de réponse, parmi d'autres, à un problème de santé
publique dont le Rapport sur la prévention et la prise en charge des grossesses
des adolescentes du Pr Michèle Uzan, publié en mai 1999, a souligné l'ampleur
et les réalités. Selon ce rapport, en effet, on estime en France à 10 000
le nombre annuel de grossesses non désirées chez des mineures, parmi lesquelles
6 700 donnent lieu à une interruption volontaire de grossesse dont la réalisation
pose en outre de fréquents problèmes juridiques liés à la recherche de l'accord
des parents de ces mineures. Lorsque les grossesses sont menées à leur terme,
elles ont selon le Pr Uzan "souvent un assez bon pronostic médical, mais
elles sont génératrices de très graves problèmes à court, moyen et long terme,
tant sur le plan de la relation mère-enfant que sur le plan d'une véritable
désinsertion créée (ou aggravée) par la survenue de cette grossesse".
Il en va donc de l'intérêt supérieur de ces mineures que soient renforcées et
coordonnées toutes les initiatives, notamment publiques, leur donnant les moyens
concrets de maîtriser leur découverte de la sexualité, la réalisation de leurs
projets de vie et leur accès ultérieur à une parentalité choisie.
Le rôle reconnu et renforcé des infirmières des Services de promotion de la
santé en faveur des élèves comme intervenantes et accompagnatrices de première
ligne en matière non seulement de contraception d'urgence mais aussi, plus généralement
et préventivement, d'éducation à la sexualité et à la santé est d'autant plus
judicieux que ces professionnelles sont en général investies par les jeunes
comme des interlocutrices privilégiées au fil de leur vie scolaire.
Leur relative accessibilité au quotidien, leur bonne connaissance de l'institution
scolaire, leurs compétences sanitaires, leur sens de l'écoute et le secret professionnel
auquel elles sont tenues sont les fondements d'une confiance forgée tout au
long des dix millions de rencontres qu'elles ont chaque année, au plan national,
avec les élèves des collèges et des lycées.
Pour encourageant qu'il soit, le dispositif annoncé par la ministre comporte
des limites sur lesquelles D.E.I.-France tient à attirer l'attention.
Comme l'indique la ministre elle-même dans une lettre adressée le 13 décembre
1999 à l'ensemble des principaux de collèges et des proviseurs de lycée, "l'éducation
à la sexualité doit aller au-delà des objectifs de prévention des risques et
d'information sur la contraception". D'une part elle doit bien entendu
s'adresser tout autant aux filles qu'aux garçons. D'autre part, il convient
de remanier des messages sur la sexualité et sur la contraception qui ont été
brouillés, ces dernières années, par les accents dramatiquement et parfois trop
spectaculairement mis sur la prévention du sida et sur celle des violences sexuelles.
Enfin les rôles relatifs des parents et de l'éducation nationale — mais
aussi des médias — en ces domaines doivent être repensés en recentrant
les méthodes et les messages sur les attentes et les points de vue des jeunes
eux-mêmes, et pas seulement sur les représentations que s'en font les adultes.
C'est pourquoi le débat en cours sur l'accès à la "pilule de lendemain"
peut constituer une occasion privilégiée parmi d'autres de refonder radicalement
les politiques d'éducation à la sexualité et d'éducation à la santé. Celles-ci
doivent cesser de constituer le champ d'affrontements idéologiques surannés
qui font du corps et de la santé des enfants et des jeunes des objets que se
disputent les tenants de la primauté de "la" famille et ceux de la
légitimité de l'intervention publique.
Des droits ont été reconnus aux enfants et aux jeunes par la Convention internationale
des droits de l'enfant en matière d'éducation, de santé, de protection mais
aussi d'information, d'expression et de participation éclairée aux décisions
qui les concernent ; ces droits peuvent et doivent constituer désormais des
bases consensuelles pour les rendre acteurs et sujets, et plus seulement destinataires
passifs, des démarches relatives à leur santé et à la découverte de leur sexualité.
Le rôle des infirmières
S'agissant plus précisément du rôle des infirmières des Services de promotion
de la santé en faveur des élèves en ces différents domaines d'intervention,
et notamment dans les situations d'urgence, il convient de rappeler qu'elles
ne sont encore actuellement que 5 670 pour 7 500 collèges et lycées
publics, et donc pas en mesure d'y assurer une permanence d'accès quotidienne
dans tous les établissements scolaires du second degré ; qu'en outre ces derniers
ne sont ouverts que huit mois par an ; et que, par conséquent, le dispositif
d'urgence mis en place par la ministre ne pourra trouver sa pleine efficacité
que s'il est étroitement coordonné, en tous lieux du territoire national, avec
les missions des Centres de planification et d'éducation familiales qui relèvent,
depuis les lois de décentralisation, de la responsabilité et de la compétence
des présidents de Conseil général.
C'est dire qu'en matière d'accès à la contraception d'urgence et d'éducation
à la sexualité, comme en tant d'autres domaines relatifs à la santé et au bien-être
social des enfants et des jeunes, le rapprochement entre les services de l'Éducation
nationale et ceux des Conseils généraux constitue une priorité pour tous les
décideurs publics soucieux de placer le respect des droits des enfants et des
jeunes au centre de leurs politiques en faveur de l'enfance et de la famille."
Lorsque, faisant suite au recours déposé en avril 2000, avec le soutien des
évêques, par six associations de défense de la famille et de lutte contre l'avortement
devant le Conseil d'État, celui-ci devait annuler fin juin la circulaire organisant
ces nouvelles possibilités de délivrance des contragestifs d'urgence, D.E.I.-France
écrivait le 1er juillet à la ministre, devenue déléguée à la Famille
et à l'Enfance, pour insister sur certains aspects de sa première analyse.
"(…) Le Conseil d'administration de D.E.I.-France accueille avec
satisfaction l'annonce de la volonté du gouvernement de favoriser dans de très
courts délais les modifications de la loi du 28 décembre 1967, relative à la
régulation des naissances, qui permettront aux infirmières exerçant en milieu
scolaire d'administrer des contragestifs chaque fois que l'urgence et la demande
des jeunes le nécessiteront.
Il n'en reste pas moins que ces modifications, pour juridiquement indispensables
qu'elles soient, ne pourront résoudre à elles seules ni l'ensemble des situations
d'urgence, ni les besoins d'accompagnement plus global des jeunes filles et
des jeunes garçons en matière de maîtrise éclairée de leur sexualité. D'une
part, en effet, les établissements scolaires ne sont ouverts que huit mois par
an. D'autre part l'organisation et la délivrance de conseils, de prescriptions
et de suivis médico-sociaux gratuits et anonymes reposent pour l'essentiel,
en urgence comme sur la durée, sur les missions des Centres de planification
et d'éducation familiales qui relèvent de la responsabilité et de la compétence
des présidents de Conseil général.
Ces Centres, qui sont ouverts douze mois sur douze, doivent rester les principaux
partenaires et recours de proximité des Services de promotion de la santé en
faveur des élèves et, notamment, des infirmières qui y exercent. Celles-ci,
au vu de la confiance que les jeunes leur témoignent massivement, sont de fait
les mieux placées pour promouvoir tout au long de l'année scolaire la prise
de connaissance et de contact entre ces jeunes et les équipes des Centres de
planification et d'éducation familiales. La qualité et l'efficience de la nécessaire
articulation entre ces Centres et les Services de promotion de la santé en faveur
des élèves étaient du reste visées, en matière d'accès à la contraception d'urgence,
dans la première rédaction du Protocole national sur l'organisation des soins
et des urgences dans les écoles et les établissements du second degré. D.E.I.-France
souhaiterait que ces principes soient réaffirmés, au-delà des seules situations
d'urgence, lorsque les problèmes juridiques soulevés par le Conseil d'État auront
été résolus.(…)"
142.2
– Les actions d'éducation pour la santé menées en direction des enfants
et
des jeunes
Les positions ci-dessus développées par D.E.I.-France à propos de la délivrance
des contragestifs d'urgence et, au-delà, de l'éducation à la sexualité se situent
en droite ligne de l'analyse formulée dans son rapport 1999 à propos de l'éducation
pour la santé en général.
"On constate aujourd'hui, en France, un manque de coordination, notamment
au niveau national, mais aussi au niveau territorial, pour ce qui concerne tant
les thèmes retenus, que les publics visés, les méthodes employées et les services
et acteurs amenés à les mettre en œuvre. Ce constat est d'autant plus regrettable
que nombre d'enfants, de jeunes et de familles ont, pour des raisons diverses,
un contact très réduit ou nul avec les dispositifs développés en ces domaines
par les services de Protection maternelle et infantile, de Promotion de la santé
en faveur des élèves ou de médecine du travail."
Aussi, s'agissant de l'éducation à la sexualité, faut-il se réjouir du lancement
en janvier 2000, par la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, d'une campagne
nationale sur la contraception et du fait qu'elle ait particulièrement cherché
à atteindre les jeunes tout en réactualisant le contenu de messages centrés,
au cours de la décennie écoulée, sur la prévention du sida et l'usage du préservatif.
C'est ainsi que 5 des 12 millions d'exemplaires du "Guide de poche de la
contraception" réalisé à l'occasion de cette campagne ont été diffusés
en direction des collégiens et collégiennes des classes de troisième et aux
lycéens et lycéennes.
Cette initiative vient accompagner les dispositions d'une circulaire du ministère
de l'Éducation nationale, publiée en automne 1999, et qui prévoit trente à quarante
heures obligatoires d'éducation à la sexualité pour les élèves de quatrième
et de troisième avec le souci d'aller "au-delà des objectifs de prévention
du sida et d'information sur la contraception" en intégrant la sexualité
à un projet plus global "d'éducation à la santé et à la vie". Il reste
bien entendu à examiner en détail si et comment cette circulaire a été depuis
lors concrètement appliquée, et avec quels impacts réels sur les jeunes.
142.3
– Les services de soins curatifs
L'année 2000 a vu à deux reprises au moins s'enrichir les termes d'un débat
sur la "majorité sanitaire" ouvert en 1994 à l'occasion du "questionnaire
Balladur" et laissé ensuite en jachère.
On vient de voir à quel point le débat a été vif à propos de la mesure dans
laquelle une adolescente peut obtenir du médecin ou de l'infirmière de son établissement
scolaire, et plus seulement des Centres de planification et d'éducation familiale,
la délivrance d'un contragestif d'urgence sans l'accord voire à l'insu des parents.
Dans l'attente de mesures législatives permettant de prendre en considération
les objections du Conseil d'État sur cette question, des mesures transitoires
ont été mises en place par une récente circulaire du ministère de l'Éducation
nationale et maintiennent le principe de l'extension des modalités d'accès des
mineures à ce type de contraception.
Ce principe, qui avait été plébiscité d'emblée par les syndicats d'infirmières
scolaires et les syndicats de lycéens, est d'ailleurs bien compris et bien (trop
bien ?) accepté par la plupart des parents au vu des sondages d'opinion réalisés
au cours de l'été 2000 - à l'exception notable des six associations de défense
de la famille et de lutte contre l'avortement qui avaient déposé en avril 2000
le recours ci-dessus évoqué devant le Conseil d'État.
L'une des mesures arrêtées par le gouvernement, et en passe d'être examinées
par le Parlement, dans le cadre du projet de révision de la loi de 1975 sur
l'interruption volontaire de grossesse (I.V.G.) prévoit — outre l'allongement
de 10 à 12 semaines d'aménorrhée du délai légal de réalisation d'une I.V.G.
- un assouplissement et non pas une suppression, pourtant souhaitée par certains
parlementaires, de l'obligation d'autorisation parentale pour les mineures.
C'est ainsi que pourrait être proposé aux mineures en rupture familiale ou en
grande difficulté qui demandent une I.V.G. un accompagnement par un adulte proche
ou membre de la famille ou par tout autre adulte choisi par la mineure. (conf.
Infra Chapitre III)
Plus généralement, et dans un rapport publié en avril 2000, le Conseil national
du sida (C.N.S.), relevant que les adolescents sont de plus en plus matures
et parfois assez autonomes pour être soignés à l'insu de leurs parents, a pour
sa part recommandé "une exception législative au principe de l'autorité
parentale" afin de reconnaître aux mineurs "la confidentialité dans
l'accès aux soins".
Il y met deux conditions : que les mineurs la demandent, et que la mesure s'applique
aux soins "rendus nécessaires par un état ou une pathologie consécutifs
à des pratiques relevant de leur intimité et dont ils considèrent que la révélation
aux parents serait de nature à jeter sur eux le discrédit et l'opprobre et pourrait
avoir pour conséquence un dommage pour leur santé psychique et leur intégrité
corporelle."
Ceci rappelé, et dans un autre registre, l'avancée majeure de l'année écoulée
pour ce qui concerne les conditions d'accès des enfants, des jeunes et de leurs
parents aux services de soins curatifs est manifestement l'instauration de la
Couverture maladie universelle (C.M.U.). Dès le 11 janvier 2000, D.E.I.-France
saluait cette avancée par le communiqué ci-dessous reproduit.
"La loi du 30 juin 1999 instaurant la Couverture maladie universelle (C.M.U.)
est entrée en application le 1er janvier 2000. Elle vise deux objectifs :
D.E.I.-France se réjouit de la mise en place d'un dispositif qui renforce et
harmonise au plan national les conditions d'accès aux soins des 550 000
bénéficiaires actuels de l'assurance personnelle (pour la plupart bénéficiaires
du R.M.I.) et plus encore des quelque 150 000 personnes et familles pour
lesquelles cet accès était devenu nul ou aléatoire du fait des situations de
précarité économique et sociale majeures qu'elles connaissent au quotidien.
D.E.I.-France salue tout particulièrement le fait que cette réforme permette
d'inscrire dans le droit commun de l'assurance maladie de nombreux parents isolés
avec enfants qui en restaient exclus, mais aussi des jeunes de 16 à 25 ans en
situation de rupture familiale, ou ne vivant plus sous le toit de leurs parents
et ne leur étant plus rattachés fiscalement.
L'instauration de la C.M.U. permet à la France de se conformer plus étroitement
et plus concrètement à la Convention internationale des droits de l'enfant,
qu'elle a ratifiée en 1990, et notamment à son article 24 qui, au nom du "droit
de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de
services médicaux et de rééducation", demande aux États parties de "s'efforcer
de garantir qu'aucun enfant ne soit privé du droit d'avoir accès à ces services".
(…)
D.E.I.-France prend acte,
par ailleurs, de ce que l'État conserve la responsabilité de l'aide médicale
à apporter dans les situations d'urgence aux étrangers en situation irrégulière.
S'agissant des familles précarisées et des jeunes en rupture familiale, D.E.I.-France
insiste sur l'importance de leur assurer un accompagnement social de proximité
adapté afin qu'ils puissent accéder au mieux et au plus vite à la C.M.U., et
notamment aux dispositions concernant la couverture complémentaire qui comportent
des aspects complexes pour les bénéficiaires et nécessitent des choix éclairés
de leur part. À cet égard, les Centres communaux d'action sociale et les associations
humanitaires devraient donc pouvoir rester parties prenantes du nouveau dispositif
en participant à l'accueil, à l'information, à l'orientation, à l'instruction
des dossiers et au suivi des familles et des jeunes."
Le transfert vers les Caisses primaires
d'assurance maladie, dans des délais très courts, de compétences auparavant
mises en œuvre par les départements (en matière d'aide médicale légale
et de cartes santé) et par les Centres communaux d'action sociale (en matière
d'instruction et de suivi des dossiers correspondants) soulève cependant des
questions "techniques" qu'il reste à résoudre par voie législative
(pour ce qui concerne les plafonds de ressource) et réglementaire ou contractuelle
(pour ce qui concerne l'accompagnement social des bénéficiaires).
En effet, ni l'instauration de la C.M.U. au 1er janvier 2000 et sa progressive montée en charge dans
les mois qui ont suivi ni la non moins récente embellie économique n'ont bien
entendu magiquement effacé la réalité des problèmes de santé auxquels le contexte
de vie de familles en risque ou en voie de précarisation, ou encore de familles
harcelées par leurs contraintes professionnelles, expose les enfants et les
jeunes. Certaines conséquences sanitaires de ces situations s'expriment encore
et toujours par les recours excessifs ou inappropriés aux services hospitaliers
d'urgence, et ceci surtout dans les grandes villes qui n'ont pas pris l'initiative
d'organiser et de coordonner, avec les professionnels concernés et pour l'ensemble
de leur population, tant leurs dispositifs libéral et public d'urgences que
leurs réseaux locaux de prévention et de soins.
Sans un effort conséquent et soutenu des collectivités territoriales (villes
et départements) pour adapter et structurer, dans le cadre de leurs missions
respectives, les prestations des services de proximité, la C.M.U. ne pourra
à elle seule garantir, entre autres exemples : ni le dépistage et la compensation
précoces des déficiences sensorielles ou des troubles de la parole des jeunes
enfants ; ni les inégalités sociales en matière de statut vaccinal des adolescents
; ni la plus grande vulnérabilité psychosociale et la plus grande fréquence
de pathologies banales non traitées chez les jeunes en difficulté d'insertion
et/ou négligés d'une façon ou d'une autre par leurs parents.
D.E.I.-France estime donc
que l'instauration de la C.M.U. ne doit pas être l'occasion ou l'alibi d'un
désengagement des acteurs et des décideurs locaux pour ce qui concerne la prise
ou la poursuite d'initiatives politiques territorialisées en faveur de l'accès
réel des enfants, des jeunes et de leurs parents aux ressources sanitaires,
préventives et curatives, de proximité.
142.4
– Des initiatives politiques et territoriales
Selon une étude publiée par l'INSEE en octobre 2000, la France comptait, en
1996, 1,3 million de "travailleurs pauvres" (60 % d'hommes,
40 % de femmes), c'est-à-dire ayant eu une activité durant tout ou partie
de l'année mais vivant avec moins de 3 500 francs par mois pour une
personne seule, de 7 350 francs pour un couple avec deux enfants.
Mais bien plus de personnes sont concernées par ce type de pauvreté :"au
total, plus de deux millions de personnes de 17 ans ou plus - auxquelles
il faut ajouter 830 000 enfants de moins de 17 ans - vivent
dans un ménage de travailleurs pauvres".
Et il convient de joindre à ces données chiffrées celles, non précisément établies,
relatives aux enfants de bénéficiaires du RMI et aux enfants de personnes vivant
dans des situations de précarité économique et sociale majeures.
La plupart de ces enfants et de ces familles sont susceptibles d'être connues,
dans la diversité de leurs réalités et de leurs besoins, par les services sociaux
et médico-sociaux relevant des compétences des départements et des villes, exception
faite, et d'ailleurs relative, des personnes et des familles — incluant
celles qui résident en France de façon irrégulière - qui relèvent essentiellement
de l'aide sociale et médicale de l'État. Les années 1999 et plus encore 2000
ont cependant été marquées par la volonté de l'État d'intervenir de façon plus
affirmée aux côtés voire à la place de ces collectivités territoriales en faveur
de l'ensemble des populations précarisées.
C'est dire, pour commencer, l'importance qu'il y a à interroger comme on l'a
fait ci-dessus les moyens spécifiques que l'État entend mobiliser ou mettre
en œuvre pour garantir par principe (notamment pour ce qui concerne la
définition des plafonds de revenus) et pour accompagner en pratique (en particulier
sur les plans social et éducatif) l'accès à la Couverture maladie universelle
de toutes les familles concernées, mais aussi des jeunes de 16 à 18 ans qui
y ouvrent droit.
Le "nouveau" partenariat, en matière de droit à la santé, instauré
entre l'État, les organismes d'assurance-maladie (caisses primaires et organismes
de couverture complémentaire) et les collectivités territoriales doit certes
se manifester en faveur de l'objectif légitime d'assurer l'égalité des droits
et des conditions d'accès aux droits sur l'ensemble et en tous lieux du territoire
national. Mais il doit le faire sans inhiber ni entraver pour autant les initiatives
politiques et territoriales qui, selon le principe de subsidiarité, sont ou
seraient de nature à rendre plus adaptée, c'est-à-dire plus pertinente et plus
efficace encore, la mise en œuvre locale de mesures améliorant l'accès
aux services de prévention et de soins, et la qualité de ceux-ci, pour les enfants
et les jeunes vivant dans des situations familiales ou sociales difficiles.
Au plan régional, la première génération des Programmes régionaux d'accès à
la prévention et aux soins (PRAPS), institués par la loi d'orientation du 29
juillet 1998 relative à la prévention et à la lutte contre les exclusions et
placés sous la responsabilité des Directions régionales et départementales des
affaires sanitaires et sociales, est en voie d'achèvement. Ils tracent un cadre
d'analyse et d'action jusqu'en 2003. Leur préparation et leurs débuts d'application
ont bénéficié de façon variable, d'une région et même d'un département à l'autre,
de la contribution des grandes villes ou des communautés de communes et des
Conseils généraux. Quoi qu'il en soit, il apparaît au plan national que l'approche
suivie et favorisée par ces PRAPS comporte une forte dimension sociale.
S'appuyant sur les autres dispositions de la loi du 29 juillet 1998 —
mise en place, au niveau des hôpitaux, des Permanences d'accès aux soins de
santé (PASS), mise en place de Réseaux de soins, programmes liés à la politique
de la Ville, CMU — les premiers PRAPS ont d'emblée mis l'accent sur deux
sujets prioritaires : la santé des jeunes et la santé mentale.
D.E.I.-France propose que
soit rendu public un bilan spécifique portant sur les observations effectuées
et les actions programmées au sujet de la santé, physique et mentale, des enfants
et des jeunes à l'occasion de cette première génération de PRAPS, d'une part
afin d'en favoriser l'évaluation, et d'autre part pour mieux guider l'élaboration
des PRAPS qui suivront.
Au plan départemental, la valorisation et la diffusion de deux types d'initiatives
devraient être envisagées. Elles intéressent l'une et l'autre les services départementaux
de l'Aide sociale à l'enfance.
Plusieurs départements ont, depuis quelques années, le souci d'évaluer les coûts
relatifs à la prise en charge de l'assurance personnelle et des frais de soins
des enfants confiés à l'Aide sociale à l'enfance et dont les droits à la couverture
maladie ne sont pas établis - notamment, depuis l'instauration de la Couverture
maladie universelle, des enfants de moins de 16 ans. Ces départements le font
certes dans un souci de réduire les dépenses afférentes à ce poste budgétaire
(ce qui suppose que celui-ci soit clairement identifié dans leurs budgets primitifs
et, plus encore dans leurs comptes administratifs).
Mais ils le font aussi, et sur cette base, dans le souci de piloter des programmes
volontaristes de promotion de la santé, physique et mentale, et d'accès aux
soins des enfants confiés dont on sait par plusieurs études que leur état et
leurs besoins de santé posent des problèmes spécifiques et justifient l'organisation
de réponses en conséquence. Ces programmes comportent aussi l'avantage notable
de permettre de maintenir ou de restaurer les liens de l'enfant — et de
l'administration - avec des parents souvent moins réticents à engager dialogue
et coopération sur des questions de santé que sur des questions d'éducation.
D.E.I.-France estime qu'il
serait opportun de mieux faire connaître les différentes initiatives prises
par certains départements dans ces domaines, et que l'État encourage l'extension
de ces initiatives à l'ensemble des autres départements.
Les troubles psychologiques* des enfants
Chacun à sa façon, le rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires
sociales et de l'Inspection générale des services judiciaires publié en juin
2000 sous le titre "Accueils provisoires et placements d'enfants et d'adolescents
de M. Noves et Cathala cité supra : des décisions qui mettent à l'épreuve le
système français de protection de l'enfance et de la famille" et l'étude
annuelle de l'observatoire de l'enfance en danger de l'Observatoire national
de l'action sociale décentralisée (ODAS), portant sur les données de 1999 transmises
par les Conseils généraux et rendue publique en septembre 2000, ont mis en lumière
une question ancienne mais à laquelle ce double éclairage semble donner un caractère
d'actualité : celle de la forte prévalence de troubles psychologiques ou
psychiatriques des parents et/ou des enfants dans les situations d'enfance en
danger connues des services sociaux et/ou judiciaires.
Ce constat est dramatisé par celui de la faiblesse, quantitative et qualitative,
des contributions apportées en ces domaines par les secteurs publics de psychiatrie
mais aussi par les instituts de rééducation, ainsi que par les compétences médico-psychologiques
affectées aux services et équipements de l'Aide sociale à l'enfance et de la
Protection judiciaire de la jeunesse, voire aux Centres d'hébergement et de
réinsertion sociale accueillant des parents avec leurs enfants.
Sans entrer ici dans le détail des causes et des conséquences de ces différents
constats de prévalences et de carences, D.E.I.-France estime qu'il importe désormais
d'éviter, en la dépassant, la pérennisation des malentendus portant sur les
domaines et les carrefours de compétences des parties impliquées, et de rechercher
plutôt les conditions du dégagement de réelles perspectives opérationnelles
locales.
Aussi D.E.I.-France préconise-t-il
la participation systématique et active du Directeur départemental des affaires
sanitaires et sociales (voire des responsables des secteurs de psychiatrie adultes
et infanto-juvéniles) aux côtés du Président du Conseil général, du Président
du Tribunal de grande instance, du Procureur de la République, du Directeur départemental de la protection judiciaire
de la jeunesse et de l'Inspecteur d'académie dans toutes les procédures d'élaboration
et d'actualisation du Schéma départemental des établissements et services concourant
à la protection de l'enfance, ainsi que dans les instances de coordination départementale
susceptibles d'être créées en ce domaine.
En pratique, de telles coopérations pourraient déboucher dans un premier
temps sur la passation et la multiplication de conventions territoriales d'objectifs
et de moyens, encore très rarement observées, entre les secteurs de psychiatrie
adultes et infanto-juvéniles et les services départementaux de l'Aide sociale
à l'enfance, voire de Protection maternelle et infantile.
- le droit de l'enfant malade
d'être informé sur son état de santé et sur les soins qu'il requiert, et ceci
en des termes appropriés à son degré de compréhension et à son contexte de vie
;
- son droit d'exprimer son avis
sur les soins proposés ou effectués, et de voir cet avis dûment pris en considération,
surtout si ces soins sont angoissants, douloureux ou mutilants ;
le droit des enfants, et notamment des plus âgés, de participer de façon active
à la définition, au déroulement
143 – Droits de l'enfant et qualité des soins
D.E.I.-France estime que l'examen par le Parlement du projet de loi sur les
droits des usagers face au système de santé ne devrait plus être retardé, comme
il l'a été courant 2000, au seul motif de la complexité de ses composantes relatives
aux aléas thérapeutiques et au droit assuranciel alors qu'il comporte aussi
d'importantes mesures en matière de démocratie sanitaire et d'accès au dossier
médical.
- D.E.I.-France insiste sur l'importance
de ce que la situation spécifique des mineurs et la promotio