Ils sont de plus en plus présents dans le paysage médiatique. On entend en effet souvent parler de la mise en place de « cellules psychologiques » à l’occasion des événements sordides qui jalonnent l’actualité. Un manque : ces informations qui se bornent à l’énoncé, restent fugaces. Et appauvries de par l’absence de l’analyse des professionnels. Rencontre avec l’association « psychologues du monde » qui propose la sienne en articulation avec l’action.
L’association est née de la réflexion des professionnels suite à la catastrophe de l’usine AZF de Toulouse. Elle met ses compétences au profit de toute personne, sans discrimination ethnique, politique, religieuse ou économique ainsi qu’à celui des autres intervenants qui les aident., avant, pendant et après leurs missions. Dans cet ordre d’idées, elle reconnait « les pensées non occidentales respectueuses du vivant ». Psychologues du monde (PDM) est animée par la prise en compte résolue de la situation globale des personnes aidées. De quoi tordre le cou à ceux qui voient les psys comme des intervenants déconnectés du réel ! « Les variations observées dans l’état de santé et l’espérance de vie sont fonction de l’exposition cumulée à différents facteurs de risque, dont l’environnement défavorable à la santé, la situation socio-économique, en particulier la dégradation de la qualité de la vie, comptabilisée par exemple en perte d’années de vie ou en taux de suicide au travail, mais aussi des dysfonctionnements et la défaillance des rapports sociaux et du lien social. Il est néanmoins possible d’intervenir sur les facteurs protecteurs. Dans la gestion des risques psychiques, des stratégies pour favoriser et renforcer la solidarité et le lien social sont souhaitables et possibles. Elles pourraient être considérées comme un acte de santé », lit-on dans « Modalités, enjeux et risques du monde contemporain : de la pensée à l’agir ». Ce texte a été corédigé par les membres de cette entité, laquelle veut promouvoir l’équilibre psychique individuel, mais aussi social. À partir de cette philosophie, l’association est engagée dans une dynamique de solidarité internationale, pour intervenir dans tout contexte, et particulièrement ceux d’exception. Ainsi, par exemple, ses statuts prévoient de contribuer à l’application effective des Droits Humains, et d’agir pour la prévention de l’impact d’un éventail d’agressions (harcèlement, persécution, emprisonnement etc.). C’est dans cette perspective qu’un réseau de praticiens de plusieurs pays se mobilisent. Des formations initiales et continues sont organisées en France comme à l’étranger. Des recherches-actions sont aussi menées.
L’association s’adonne par ailleurs à une réflexion constante en prise avec le réel. Objectif : affiner et adapter les pratiques. Dans cet ordre d’idées, on peut citer celle relative aux déterminants contextuels et à leurs homologues subjectifs. Les premiers, de nature par exemple environnementaux, culturels et économiques sont prépondérants sur les seconds qui concernent des facteurs tels que la position morale ou les convictions, pourtant puissantes dans certaines cultures.
C’est bien pour cela que les psys sont en immersion dans les lieux fréquentés par les précaires ! D’abord dans l’espace social, ancienne « soupe populaire » de Toulouse. Où se trouvent entre autres des familles, des jeunes en rupture avec ces dernières, et des mineurs étrangers isolés, de nouveaux arrivants.…
« Certains sont envoyés par des professionnels du social ou de la santé mentale, d’autres viennent spontanément. Nous les accompagnons inconditionnellement jusqu’à l’obtention d’une solution pérenne. Cela nécessite une coopération avec un éventail d’associations et de travailleurs sociaux pour les questions d’hébergement, de statut, d’alimentation, de papiers etc.… C’est après que nous travaillons l’estime de soi chez toutes les personnes qui sont à la fois démunies, dévalorisées et désorientées », explique Gilbert Lacanal, psychologue de l’association. On part aussi en ville, toujours pour faire de « l’aller vers ». Il estime qu’il faut inventer dans l’humanitaire, jusqu’à accompagner dans tous les lieux, même atypiques, quand il n’y a pas d’autre solution, et s’adapter aux carences du système. Ainsi, PDM prend les jeunes en charge jusqu’à ce qu’il y en ait une, tant attendue, en CMP. Il s’agit bien sûr d’éviter une dégradation de l’état psychique. Autre initiative : un partenariat avec des structures d’accueil social, des foyers d’hébergement. « Les éducs font du bon boulot, mais il n’y a pas toujours de psy au sein de la structure » précise-t-il. Dans le même ordre d’idées, une coopération avec une école pour des enfants palestiniens permet à ceux-ci d’être déscolarisés pendant le temps des consultations. Comme quoi on peut avancer tout de même sous réserve de déclinaisons concrètes liées à l’intelligence des situations. Particularités du côté des nouveaux arrivants: les passeurs vendent le voyage, mais aussi l’histoire à raconter, parfaitement identique d’une personne à l’autre! « Il faut donc les convaincre que l’officier va se poser des questions, et qu’il faut par conséquent évoquer leur vie », ajoute notre interlocuteur.
Car être aidant avec les nouveaux arrivants, c’est aussi être résolument incitatif quant à la nécessité d’apprendre la langue, d’être le plus possible autonome dans les démarches.
Dans ce cas figure aussi, les associations partenaires qui proposent de l’alphabétisation sont sollicitées.
Plus largement, un guide de l’urgence sociale, ou des applications en plusieurs langues, sont proposés. Le panel des orientations est très large, allant du pragmatique (repas, douche, lessive), au Pôle Santé Droits, ou à Amnesty international.
Un principe : on n’envoie pas les jeunes vers des structures au sein desquelles ils risquent de ne pas être admis.
À juste titre : la posture inverse qui consiste à se contenter de donner une liste aux usagers, largement pratiquée dans un certain nombre de services sociaux de droit commun, renforce le sentiment d’exclusion lié aux refus successifs d’admission. Les jeunes majeurs qui n’ont pas de prise en charge à ce titre, eu égard à la rareté de la denrée, en sont victimes.
Une innovation : la présence des pairs aidants. Ces derniers, qui ont été antérieurement eux-mêmes soutenus, rencontrent les nouveaux arrivants. Ce support chaleureux et solidaire apprivoise et sécurise ces derniers.
Gilbert Lacanal insiste par ailleurs sur la prévention des MST, laquelle de son point de vue, n’est pas assez abordée tant les priorités de survie sont prégnantes. « Il s’agit d’aider, mais aussi de responsabiliser : la solidarité n’existera plus dans un contexte de réduction des déficits, si on en abuse au lieu d’en user », commente-t-il.
Psychologues du Monde, comme son nom l’indique, réalise aussi des actions à l’étranger.
Par exemple elle a participé, en collaboration avec ONU SIDA, à des missions de prévention en Haïti où la population, entre autres juvénile, est très impactée par ces problèmes de santé publique. Dans un autre ordre d’idées, elle a travaillé, en coopération avec des associations locales, au Burkina sur la manière de lutter contre la pratique de l’excision. Elle a aussi monté des dispositifs d’aide à la vie quotidienne dans des villages d’Afrique.
Objectif : obtenir des anciens, grâce à cette aide concrète et bienveillante, qu’ils veillent sur les enfants, jusque-là livrés à eux-mêmes, pendant que les parents travaillent.
Un cliché qui saute: les psys, ce n’est pas que pour les fous!
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